4 ans de pri­son pour la cer­veau du tra­fic dé­man­te­lé

Le Courrier de Fourmies - - TRIBUNAL -

C’ est en marge d’une autre af­faire de stu­pé­fiants dont un vaste tra­fic avait été dé­man­te­lé sur Avesnes (voir notre édi­tion du 29 mai 2015), qu’un autre ré­seau sé­vis­sant sur la ré­gion a pu être stop­pé par la gen­dar­me­rie d’Avesnes- surHelpe. Suite à un ren­sei­gne­ment ano­nyme, c’est tout d’abord A. Ca­ni­vet, un jeune d’une ving­taine d’an­nées, qui fo­ca­lise l’at­ten­tion des en­quê­teurs. Une sur­veillance est vite mise en place au­tour du jeune homme, son té­lé­phone, mais aus­si ses dé­pla­ce­ments, en par­ti­cu­lier à la sta­tion ser­vice Es­so où il ren­contre à plu­sieurs re­prises un cer­tain M. Mai­resse. Ce der­nier n’est pas un in­con­nu, dé­jà convain­cu de tra­fic de stu­pé­fiants par le pas­sé, il a ef­fec­tué en 2006, trois ans de pri­son pour les mêmes rai­sons. Les choses vont très vite suite aux écoutes té­lé­pho­niques, et tous deux ap­pa­raissent ra­pi­de­ment au centre d’un vaste tra­fic de can­na­bis et de ré­sine de can­na­bis où des quan­ti­tés as­sez im­por­tantes se­ront écou­lées par les deux hommes. En­ten­du en pre­mier lieu, A. Ca­ni­vet avoue as­sez ra­pi­de­ment s’adon­ner au tra­fic de can­na­bis. Ce ne se­rait pas moins de 8 kg en tout qu’il au­rait écou­lé sur la ré­gion, pour une va­leur d’en­vi­ron 20 000 eu­ros. Et c’est di­rec­te­ment qu’il dé­signe M. Mai­resse comme son prin­ci­pal four­nis­seur mais aus­si G.L., tom­bé en dé­but d’an­née dans la pre­mière af­faire de stup sur Avesnes et dont il avait re­pris le bu­si­ness.

20 000 de can­na­bis

Mai­resse est à son tour in­ter­pel­lé et pla­cé en garde à vue. Il re­con­naît, de­vant l’évi­dence, son im­pli­ca­tion dans le tra­fic. Oui, il four­nis­sait à Ca­ni­vet, et oui il re­ven­dait aus­si, en­vi­ron 4,5 kg sur la pé­riode de pré­ven­tion, en­vi­ron une an­née. Mais il re­fuse de s’im­pli­quer dans un tra­fic in­ter­na­tio­nal, ar­guant se four­nir uni­que­ment sur Mau­beuge, pas­sant la fron­tière vers les Pays-Bas dans le seul but de ren­con­trer des filles et faire un peu la fête. Un dé­tail ap­pré­cié de son épouse, elle aus­si pré­ve­nue dans cette af­faire, pour avoir bé­né­fi­cié de l’ar­gent en­gran­gé par son ma­ri grâce à ce tra­fic de stu­pé­fiants. Car ils me­naient grand train, les époux Mai­resse, voyages, res­tos, loi­sirs de haut stan­ding, bi­joux, montres de luxe, le tout bien sûr pos­té sur fa­ce­book. Un train de vie que l’épouse de Mai­resse pen­sait fi­nan­cé par les in­dem­ni­tés de li­cen­cie­ment de son ma­ri, puis par l’achat et la re­vente de voi­tures. Mais fi­na­le­ment, elle re­con­naî­tra lors de l’en­quête avoir bien eu conscience à un mo­ment don­né que son ma­ri dea­lait tout en pro­fi­tant lar­ge­ment de la manne fi­nan­cière.

Une épouse im­pli­quée

Pour la sub­sti­tut du pro­cu­reur, Mme De­cour­celles, nul doute que l’épouse de Ma­nuel Mai­resse ait été au cou­rant du tra­fic dont elle bé­né­fi­ciait lar­ge­ment, elle et toute la famille. D’ailleurs, à plu­sieurs re­prises elle se ren­dra en voi­ture avec son époux sur les lieux d’échanges de drogue. La drogue était en­tre­po­sée à son do­mi­cile sans que ce­la ne l’in­quiète plus que ce­la avec quatre en­fants à la mai­son. « Vous sa­viez ce qui se pas­sait une fois par mois, l’in­ter­roge la sub­sti­tut, vous voyiez votre époux re­ve­nir avec un grand sa­chet, vous sa­viez ce qui se pas- sait sous votre toit de­vant vos en­fants ? » Oui, bien sûr, même si la jeune femme avoue avoir été prise dans l’en­gre­nage, au­jourd’hui, elle avoue vivre as­sez dif­fi­ci­le­ment, seule, avec un ma­ri en pri­son dont il faut ex­pli­quer l’ab­sence aux en­fants, sans voi­ture et peu­têtre aus­si sans mai­son, tout le pa­tri­moine, y com­pris im­mo­bi­lier étant sus­cep­tible en pa­reil cas d’être confis­qué par la jus­tice. Douze mois de pri­son avec sur­sis se­ront ré­cla­més à l’en­contre de l’épouse. Quant à A. Ca­ni­vet, dont le ca­sier est vierge, et qui mi­ra­cu­leu­se­ment a de­puis sa garde à vue trou­vé un emploi, la sub­sti­tut ne se­ra pas plus tendre au vu du vaste tra­fic et des quan­ti­tés écou­lées. « On au­rait en­vie de le croire com­mence la sub­sti­tut, c’est un pe­tit jeune qui ne sa­vait pas, ne se ren­dait pas compte... or, il avait quand même vingt-sept clients et 18 000 de bé­né­fices ça met des étoiles dans les yeux... » Et la sub­sti­tut de fus­ti­ger ce tra­vail tom­bé du ciel, un tra­vail « pour les be­soins de la cause, afin d’évi­ter le man­dat de dé­pôt. » Un man­dat de dé­pôt ré­cla­mé par le mi­nis- tère, pour deux ans et six mois de pri­son avec sur­sis mise à l’épreuve.

De lourdes ré­qui­si­tions

Mais c’est pour Ma­nuel Mai­resse que les ré­qui­si­tions se­ront les plus lourdes. Il faut dire qu’en ré­ci­dive, c’est deux fois dix ans de pri­son qu’il en­court. Pour les faits eux­mêmes, mais aus­si pour son at­ti­tude lors de l’en­quête qui laisse pré­sa­ger que n’a été dé­cou­verte qu’une pe­tite par­tie du tra­fic. « Vous ne m’avez pas sur­veillé as­sez long­temps » au­rait-il af­fir­mé aux en­quê­teurs. « Dites-moi ce que vous avez sur moi, je confir­me­rai, sur ce que vous n’avez pas, je ne di­rai rien... » Et que dire en­core de son dé­part chaque jour de son do­mi­cile avant 6 heures du ma­tin afin d’évi­ter l’heure lé­gale des per­qui­si­tions. « Son seul dé­sir était de faire de l’ar­gent, af­firme la sub­sti­tut dans ses ré­qui­si­tions. Et passe son temps à faire l’an­guille, à nous faire croire qu’il n’ache­tait que sur Mau­beuge, mais je n’y crois pas. Et puis il a beau dire que ce n’était pas de l’hé­roïne ou de la co­caïne, en al­lant cher­cher ses clients dans les ly­cées il s’en fi­chait des consé­quences du can- na­bis sur un cer­veau d’ado­les­cent, lui, il ne consomme pas. » Quatre ans de pri­son se­ront ré­cla­més, plus la confis­ca­tion de sa mai­son, et les deux vé­hi­cules ser­vant au tra­fic. Après en avoir dé­li­bé­ré, le tri­bu­nal in­fli­ge­ra à A. Ca­ni­vet dix-huit mois de pri­son dont douze avec sur­sis mise à l’épreuve. Il échappe au man­dat de dé­pôt. M. M., écope quant à elle de douze mois de pri­son avec sur­sis et 10 000 d’amende. Pour Ma­nuel Mai­resse ce se­ront quatre ans de pri­son ferme et un main­tien en dé­ten­tion. Il de­vra s’ac­quit­ter de 15 d’amende. Ses deux vé­hi­cules sont sai­sis, plus le nu­mé­raire trou­vé chez lui. Il a ma­ni­fes­té im­mé­dia­te­ment son sou­hait de faire ap­pel de la dé­ci­sion.

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