L’ad­di­tion turque

Le Courrier de Fourmies - - REPÈRES -

Il y a moins d’un an, An­ge­la Mer­kel était bro­car­dée, in­sul­tée, brû­lée en ef­fi­gie à Athènes et dans di­verses ma­ni­fes­ta­tions en Eu­rope. Elle était la mé­chante, l’égoïste prête à ex­clure la Grèce de l’eu­ro, avant qu’un ac­cord soit trou­vé in­ex­tre­mis, ac­cep­té du bout des lèvres par le Bun­des­tag. Il y a quelques mois, elle de­ve­nait une hé­roïne sau­vant l’hon­neur de l’Eu­rope en ou­vrant lar­ge­ment la fron­tière al­le­mande aux ré­fu­giés fuyant la guerre. Au­jourd’hui, la chan­ce­lière est la meilleure al­liée d’Alexis Tsi­pras ; elle fait tout pour que la Grèce, trans­for­mée en un im­mense camp de tran­sit, ne sombre pas. Pour qu’elle mette en oeuvre les ré­formes (no­tam­ment des re­traites) exi­gées par ses créanciers, il va fal­loir l’ai­der éco­no­mi­que­ment et po­li­ti­que­ment. Le ré­sul­tat n’est pas ga­ran­ti, tant la si­tua­tion est ten­due, mais si Tsi­pras saute c’est le com­pro­mis la­bo­rieu­se­ment conclu en juillet 2015 qui s’ef­fondre et An­ge­la Mer­kel en sor­ti­ra érein­tée dans son propre par­ti. L’ac­cord sur le point d’être conclu avec la Tur­quie est tout sauf glo­rieux. L’Union Eu­ro­péenne va payer, au propre et au fi­gu­ré, le prix de ses égoïsmes, de ses divisions et de son in­ca­pa­ci­té à trou­ver une so­lu­tion - qui était pour­tant à sa por­tée - à la crise mi­gra­toire. Les pays de l’Est et l’Au­triche portent une lourde res­pon­sa­bi­li­té dans cet échec, mais il est mal­heu­reu­se­ment exact qu’An­ge­la Mer­kel a fait preuve de naï­ve­té po­li­tique ou d’im­pru­dence, en agis­sant sans s’as­su­rer d’un mi­ni­mum de sou­tien chez ses par­te­naires, ni pré­voir qu’un af­flux mas­sif et sou­dain se­rait vite dif­fi­cile à gé­rer en Al­le­magne. Au­jourd’hui, la route des Bal­kans est fer­mée et l’on s’ap­prête à ren­voyer en Tur­quie les mi­grants dé­bar­quaient en Grèce, l’ob­jec­tif af­fi­ché étant de dis­sua­der les can­di­dats à l’exil de prendre la mer en ris­quant leur vie, sim­ple­ment pour se re­trou­ver en Tur­quie. Dans le meilleur des cas, ce­la di­mi­nue­ra le flux mais ne nous dis­pen­se­ra pas de trai­ter le pro­blème des ré­fu­giés, ceux qui fuient la guerre. C’est-à-dire de ré­pondre à la ques­tion : l’Eu­rope,c’est­seu­le­men­tun mar­ché,voi­reu­ne­ma­chi­neà­dis­tri­buer­des­sub­ven­tions, ouc’es­taus­siun­so­cle­de­va­leurs­par­ta­gées? Et peut-on bé­né­fi­cier de l’un sans s’en­ga­ger sur les autres ? Dans l’ur­gence, on peut évi­ter les ques­tions qui fâchent, mais elles fi­nissent un jour par vous rat­tra­per. Et ne pas y ré­pondre coûte cher, fi­nan­ciè­re­ment et po­li­ti­que­ment.

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