Amour ou em­prise ? Un jeune con­dam­né à 6 mois ferme

Ju­gé en com­pa­ru­tion im­mé­diate, ce four­mi­sien de­vait ré­pondre de­vant la jus­tice pour vio­lences.

Le Courrier de Fourmies - - SAMBRE-AVESNOIS -

Elle a 15 ans, lui dix-huit. Ils s’aiment. Jusque- là tout va bien, une simple amou­rette comme il en existe tant. Sauf que lui, K. La­val­lard n’a pas eu une en­fance fa­cile. Bal­lot­té de­puis sa plus tendre en­fance entre fa­milles d’ac­cueil et foyers pour en­fants, il a dé­ve­lop­pé se­lon ses propres dires une cer­taine pro­pen­sion à la vio­lence. Elle, est en­ceinte, de plus de six mois, de lui évi­dem­ment. Et ça se dis­pute, et ça se bat même. A tel point que le 15 fé­vrier der­nier les pa­rents et le grand-père de la jeune fille doivent s’in­ter­po­ser. La jeune femme au­rait su­bi un étran­gle­ment. Les gen­darmes sont ap­pe­lés, K. La­val­lard s’en­fuit non sans cas­ser le nez du grand-père dans l’échauf­fou­rée.

Après 3 se­maines de ca­vale, il se rend

S’en­sui­vront pour le jeune homme 3 se­maines de ca­vale, où il se­ra re­joint par l’ado­les­cente en­ceinte, qui ten­te­ra de fuir avec lui. Il se pré­sen­te­ra fi­na­le­ment au tri­bu­nal le 9 mars, convo­qué pour d’autres faits de vio­lence sur sa pe­tite amie, et se­ra pla­cé di­rec­te­ment en garde à vue. Ven­dre­di, en com­pa­ru­tion im­mé­diate, c’était des faits du 15 fé­vrier qu’il de­vait ré­pondre. Qu’il re­con­naît à de­mi- mot. Ju­rant n’avoir ja­mais vou­lu faire de mal à la fu­ture mère de son en­fant, à qui il sou­haite une meilleure vie que la sienne, mais bon.

Un des as­ses­seurs connaît bien le dos­sier

Un dis­cours qui ne se­ra pas du goût de la pré­si­dente Mme Spi­lette, ni même d’un des as­ses­seurs, juge pour en­fant qui connaît bien le dos­sier, et la jeune fille puis­qu’elle est mi­neure. Car des vio­lences, au­pa­ra­vant il y en a dé­jà eu. Et non des moindres. « Vous n’étiez pas content qu’elle soit en­ceinte, rap­pelle Mme Cot­ti­gny, dou­tant que cet en­fant soit de vous alors. On a même dit que vous au­riez pré­fé­ré qu’elle avorte ? » Ap­pe­lée à la barre pour té­moi­gner, la jeune fille de 15 ans, vic­time dans cette af­faire, est ve­nue seule, sans ses pa­rents tu­teurs lé­gaux, avi­sés ce­pen­dant de l’au­dience. Et c’est seule qu’elle ré­pond au tir nour­ri des ques­tions de la pré­si­dente, des as­ses­seurs et du sub­sti­tut du pro­cu­reur, M. Sau­vage. Sans se dé­mon­ter, et sans va­rier non plus de ses dis­cours an­té­rieurs, son ami, et fu­tur père, K. La­val­lard n’a rien fait. Et re­fuse de l’im­pli­quer dans quoi que ce soit.

Amour ou em­prise ?

« On va me dire que c’est une his­toire d’amour tonne le sub­sti­tut, mais c’est une his­toire d’em­prise, non d’amour. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’il y a des vio­lences. Et à chaque fois la plainte est re­ti­rée. Elle a beau être en­ceinte, ça ne change rien, quoi qu’elle fasse il y au­ra tou­jours des vio­lences. » Reste la dif­fi­cul­té de la peine à ré­cla­mer se­lon le par­quet. Le jeune homme a un ca­sier vierge, et même s’il était convo­qué deux jours avant pour des faits de vio­lence, les faits ju­gés ven­dre­di sont an­té­rieurs. « Mais il s’agit ici, conti­nue M. Sau­vage de pro­tec­tion à la per­sonne. J’ai peur pour la vic­time et pour son en­fant à naître. Car elle pour­ra su­bir toutes les vio­lences, elle ne por­te­ra ja­mais plainte, qu’on la laisse ac­cou­cher en toute tran­quilli­té. » D’où une peine par­ti­cu­liè­re­ment sé­vère ré­cla­mée pour un pri­mo dé­lin­quant : 10 mois dont 4 as­sor­tis de sur­sis mise à l’épreuve. Avec man­dat de dé­pôt.

Pas si sé­vère d’ha­bi­tude pour les femmes bat­tues

Un quan­tum très éle­vé pour Me Bou- dard, avo­cat du jeune homme, qui ten­te­ra de mettre en avant l’im­ma­tu­ri­té de son client, son pas­sé dif­fi­cile, mais sur­tout le fait qu’il n’a au­cun ca­sier. « Et puis ter­mi­ne­ra Me Bou­dard, com­bien de man­dat de dé­pôt dé­cerne-t-on pour des femmes bat­tues ? Y a-t-il dans ces cas-là tou­jours des com­pa­ru­tions im­mé­diates, tou­jours des dé­pôts ? Non!! Que mon client aille en pri­son de toute ma­nière ne ré­gle­ra rien, après qu’est-ce qu’on en fait ? » Peine per­due. Après en avoir dé­li­bé­ré, le tri­bu­nal in­fli­ge­ra à Ké­vin La­val­lard 6 mois de pri­son ferme qu’il de­vra pur­ger im­mé­dia­te­ment. A l’énon­cé du ju­ge­ment, la jeune ado­les­cente se pré­ci­pi­te­ra en larmes dans les bras de Ké­vin La­val­lard des­quels il fau­dra l’ar­ra­cher de force. « Ce n’est pas de l’em­prise au­ra en­core le temps de hur­ler le con­dam­né, on s’aime, vous al­lez m’em­pê­cher de voir naître mon en­fant !!! »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.