Trump, Pou­tine et nous

Le Courrier de Fourmies - - AVESNOIS -

Il y a quelques se­maines en­core, on se de­man­dait s’il n’al­lait pas réus­sir à bou­le­ver­ser à la fois la so­cié­té amé­ri­caine et le fra­gile équi­libre mon­dial. Pour beau­coup, le mot d’ordre Ame­ri­ca First si­gni­fiait non seule­ment la fer­me­ture des fron­tières mais le re­trait des Etats- Unis de leurs en­ga­ge­ments sur la scène mon­diale. L’épi­sode de ses fa­meux dé­crets an­ti- im­mi­gra­tion ap­pa­rais­sait comme une pro­vo­ca­tion sym­bo­lique et un mes­sage à usage in­terne et ex­terne. L’échec re­ten­tis­sant que vient de su­bir Do­nald Trump, contraint de re­ti­rer son pro­jet de loi sup­pri­mant l’Oba­ma­care, est pour lui beau­coup plus grave. Il illustre par­fai­te­ment l’im­passe po­li­tique à la­quelle le condam­nait sa stra­té­gie élec­to­rale : pour sé­duire la droite ré­pu­bli­caine, il avait pro­mis la fin de l’as­su­rance ma­la­die mi­ni­mum si dif­fi­ci­le­ment im­po­sée par son pré­dé­ces­seur ; mais pour ob­te­nir le vote de tous les par­le­men­taires ré­pu­bli­cains au congrés, il a dû pré­sen­ter un texte ju­gé trop mo­dé­ré par leur frange la plus dure, qui a re­fu­sé de l’ap­prou­ver. Même con­tra­dic­tion in­terne à la ga­laxie Trump dans la com­po­si­tion de son gou­ver­ne­ment et de ses équipes. Après avoir an­non­cé qu’il net­toie­rait Wa­shing­ton de tous ces re­pré­sen­tants de la banque et de la fi­nance qui avaient rui­né les Amé­ri­cains, il a re­cru­té, à peine élu, à des postes clés des an­ciens de Gold­man - Sachs et autres en­seignes hon­nies. En même temps, il s’est en­tou­ré de pro­pa­gan­distes sans com­plexes d’un na­tio­na­lisme ex­trême, pro­tec­tion­nistes éco­no­mi­que­ment, in­té­gristes à l’oc­ca­sion sur le ter­rain des va­leurs. Les pre­miers pas du pré­sident en po­li­tique étran­gère ont éga­le­ment fait mouche : di­sant tout le bien qu’il pense du Brexit, il a ac­cueilli The­re­sa May avec ef­fu­sion et trou­vé le moyen, en re­ce­vant An­ge­la Mer­kel, de re­fu­ser de lui ser­rer la main ! Dé­sor­mais, les choses sont claires, l’Eu­rope n’a pas d’autre choix que ce­lui de se res­sai­sir, à par­tir du couple fran­co- al­le­mand. A l’ouest et à l’est, une al­liance ob­jec­tive des po­pu­lismes rêve de la dis­soudre, comme Pou­tine de voir Mme Le Pen à l’Ely­sée. Pour­tant, beau­coup en Amé­rique se ré­veillent et en Rus­sie le règne ac­tuel pren­dra fin un jour. En at­ten­dant, nous avons du pain sur la planche.

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