Deux vic­times dé­cla­rées de D. Sca­la té­moignent

Cla­ra Ber­nard et Bet­ty Cens sont per­sua­dées d’avoir été vic­times de Di­no Sca­la, le vio­leur de la Sambre. Les deux femmes re­viennent sur leurs agres­sions et leurs at­tentes du pro­cès.

Le Courrier de Fourmies - - LA UNE - Fa­bien La­pos­tolle

Le 27 août 1997, à Ba­chant, comme d’ha­bi­tude, le ma­ri de Cla­ra Ber­nard part au tra­vail. Il est 5 h 30. Sa jour­née, Cla­ra Ber­nard, mère de fa­mille, va la pas­ser tran­quille­ment avec sa fille, alors âgée de neuf mois. Mais, quelques ins­tants après le dé­part de son ma­ri, un étran­ger l’agresse et lui met un cou­teau sous la gorge. L’in­di­vi­du se­rait pas­sé par la porte de ga­rage. « Je me suis re­trou­vée seule, en­fer­mée avec ce type

dans ma mai­son », ra­conte-t-elle, en­core sous le choc mal­gré les an­nées pas­sées. Et la suite fait froid dans le dos. L’agres­seur, mas­qué et por­tant des gants, pousse vio­lem­ment la jeune femme au sol. La scène est ter­rible. Al­lon­gée sur le ventre, Cla­ra Ber­nard saigne du nez, a trois dents cas­sées et le lobe de l’oreille ar­ra­ché. L’agres­seur se re­trouve en­suite à ca­li­four­chon sur elle, la bâillonne et lui li­gote les mains. Puis il l’em­mène dans la salle de bain. Dé­chaî­né, l’homme ré­clame des actes sexuels. Mais Cla­ra Ber­nard ne se laisse pas faire. Alors, il me­nace. « Il di­sait qu’il pou­vait s’en prendre à ma fille. Mais comment sa­vait-il que j’avais un en­fant ? » dit Cla­ra Ber­nard, per­sua­dée que l’in­di­vi­du la sur­veillait dé­jà de­puis quelques temps. Elle se sou­vient avoir aper­çu un soir, une se­maine au­pa­ra­vant, un homme s’en­fuir des buis­sons alors qu’elle sor­tait les pou­belles. Dif­fi­cile de ne pas faire le lien. « Je re­ce­vais aus­si des ap­pels té­lé­pho­niques dou­teux. »

IL FI­NIT PAR S’EN­FUIR

Dans la tempête, Cla­ra Ber­nard abat une der­nière carte, celle de l’apai­se­ment. Elle es­saie de cal­mer son agres­seur en lui par­lant cal­me­ment. Et ça fonc­tionne. L’homme cesse toute vio­lence et se met à se confier, ra­conte qu’il a des pro­blèmes avec sa femme. Il reste tou­te­fois très me­na­çant : si elle parle, il re­vien­dra. L’agres­seur fi­nit par s’en al­ler. La mère de fa­mille ne perd pas une se­conde, prend sa

fille, et va se ré­fu­gier chez son frère. Ils alertent son ma­ri, qui re­vient im­mé­dia­te­ment. Tous se rendent

au com­mis­sa­riat d’Aulnoye. « Là­bas, ça a été la douche froide. Je ne me suis pas vrai­ment sen­tie sou­te­nue. Ils m’ont dit que j’étais la vingt­deuxième... » Une re­cons­ti­tu­tion est faite dans l’heure. « Je n’avais

qu’une en­vie, me la­ver. » En­quête et re­cons­ti­tu­tion ne don­ne­ront rien.

SUR LE CHE­MIN DE L’ÉCOLE...

Quant à Bet­ty Cens, elle est à l’époque ly­céenne, âgée de 17 ans. Elle a 20 mi­nutes de marche pour se rendre à l’école. On est au mois de dé­cembre 2002, il est 7 h 15. Il fait en­core nuit à cette pé­riode de l’an­née. Sou­dain, Bet­ty Cens en­tend quel­qu’un cou­rir der­rière elle. La jeune fille ne se re­tourne pas, pen­sant à un simple jog­geur. Mais l’in­di­vi­du la sai­sit par der­rière - elle aus­si. La ly­céenne est ter­ri­fiée. L’agres­seur lui ré­pète bru­ta­le­ment de se taire, si­non il la tue. Il l’em­mène dans une pâ­ture à quelques pas de là. Sa fa­çon de pro­cé­der res­semble à celle dé­crite par Cla­ra Ber­nard. « Les si­mi­li­tudes nous ont vrai­ment frap­pées », dé­clarent les deux vic­times. L’agres­seur fi­nit par re­lâ­cher la ly­céenne. « Je de­vais comp­ter jusque trente avant de par­tir. Je pen­sais qu’il al­lait me tuer. » Bet­ty Cens re­joint son ly­cée (le Clos Fleu­ri à Avesnes) où, en larmes, elle pré­vient tout de suite les pro­fes­seurs. Ac­com­pa­gnée de sa mère - ef­fon­drée - et d’un en­sei­gnant, une plainte est dé­po­sée à la gen­dar­me­rie. Là-bas, la jeune fille s’in­quiète. « On ne me croyait pas. J’ai dit que mon agres­seur avait je­té mon sac au sol. Or, mon sac

n’était pas sale. » Un détail suf­fi­sant pour re­mettre en cause le bien­fon­dé de sa dé­cla­ra­tion. La jeune fille leur ex­plique qu’il fai­sait froid, et que le sol était ge­lé. La plainte est fi­na­le­ment prise. Son agres­seur lui, ne se­ra ja­mais re­trou­vé. S’en­suit un état de ter­reur pour les deux vic­times. Trau­ma­ti­sées, il leur fau­dra beau­coup de temps avant de re­mettre un pied de­hors. Cla­ra Ber­nard ins­talle des ca­mé­ras chez elle, et bloque, à l’époque, sa porte d’en­trée chaque soir avec une chaise. Im­pos­sible aus­si de s’en­dor­mir sans que la té­lé ne soit al­lu­mée. Entre crises d’an­goisse et idées noires, la dou­leur n’est pas apai­sée. Mal­gré tout, les deux femmes ont dé­ci­dé de conti­nuer à se battre, en­semble pour la vé­ri­té.

Bet­ty Cens à gauche et Cla­ra Ber­nard à droite, de­mandent toutes deux que Di­no Sca­la re­con­naisse ce qu’il a fait. « Je veux l’en­tendre dire que ce jour-là, à Avesnes, lors de mon viol, c’était lui », lâche Bet­ty Cens.

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