Qu’est-ce qu’on mange ?

Le Courrier de Fourmies - - AVESNOIS -

A la ques­tion « vou­lez-vous une ali­men­ta­tion saine, de qua­li­té et res­pec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment », qui va ré­pondre « non » ? Is­su des états gé­né­raux de l’ali­men­ta­tion te­nus il y a quelques mois, le pro­jet de loi qu’exa­mine le Sé­nat cette se­maine af­fiche un prin­cipe de bon sens et pour­tant no­va­teur : si l’on veut pré­ser­ver une ca­pa­ci­té de pro­duc­tion agri­cole en France, il faut par­tir des coûts de pro­duc­tion en in­té­grant une juste ré­mu­né­ra­tion des agri­cul­teurs. Au­tre­ment dit, si l’on veut per­mettre à ces der­niers de vivre de leur tra­vail au lieu de sur­vivre à coups de sub­ven­tions, on ne peut lais­ser l’offre et la de­mande seules à fixer les prix sur le marché. D’où la né­ces­si­té de re­le­ver le seuil au­to­ri­sé pour les ventes à perte, mais aus­si de ren­for­cer les contrôles sur la sé­cu­ri­té sa­ni­taire des ali­ments et de ré­duire la dé­pen­dance aux pro­duits phy­to­sa­ni­taires. La qua­li­té sa­ni­taire et nu­tri­tion­nelle des pro­duits a en ef­fet un im­pact di­rect sur la san­té (obé­si­té, ma­la­dies car­dio-vas­cu­laires) et la mal bouffe coûte très cher à la col­lec­ti­vi­té. On connaît l’ob­jec­tion : le bio n’est pas à la por­tée de tous. Plus il se dé­ve­lop­pe­ra, moins ce se­ra vrai et il ne s’agit pas que de pro­duits is­sus de l’agri­cul­ture bio­lo­gique, mais aus­si de pro­duits lo­caux ou sous signe de qua­li­té, les­quels au to­tal de­vront re­pré­sen­ter au moins 50 % de l’ali­men­ta­tion en res­tau­ra­tion col­lec­tive en 2022 ; il est en ef­fet es­sen­tiel que soit ré­duite l’in­éga­li­té ba­sique qui voit les bud­gets les plus mo­destes pri­vés de l’ac­cès à une ali­men­ta­tion de qua­li­té. La loi ali­men­ta­tion va donc dans le bon sens, mais elle ne peut pas tout. Les prix des pro­duc­tions ani­males ou vé­gé­tales sont aus­si for­te­ment dé­pen­dants de mar­chés mon­diaux, du cli­mat, de dé­ci­sions po­li­tiques qui nous échappent (taxa­tion d’im­por­ta­tions par D. Trump, par exemple). Et puis il y a nous, les consom­ma­teurs, at­ta­chés à nos pro­duits lo­caux et à nos ter­ri­toires mais qui nous pré­ci­pi­tons sur la pre­mière promotion ve­nue d’une sa­lo­pe­rie parce que la deuxième est gra­tuite. En 2014, l’ali­men­ta­tion re­pré­sen­tait 20,4 % du bud­get moyen des Fran­çais (34,6 % en 1960). Et si on se fai­sait un peu de bien, cet été ?

Jean-Pierre de Ker­raoul

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