L’OP­PO­SI­TION DU NORD RÉ­AGIT Les élus de gauche haussent le ton

Les Com­mu­nistes et So­cia­listes du Dé­par­te­ment dé­noncent « le désen­ga­ge­ment » des po­li­tiques so­ciales en fa­veur des po­pu­la­tions les plus fra­giles.

Le Courrier de Fourmies - - RÉGION - Laurent Gou­det

Elle ne fait au­cun ca­deau à Jean-Re­né Le­cerf. L’op­po­si­tion de gauche au Dé­par­te­ment du Nord est plus que re­mon­tée contre l’ac­tuel pré­sident (Di­vers droite). Les cri­tiques sont nom­breuses et convergent entre les Com­mu­nistes et les So­cia­listes.

DÉSEN­GA­GE­MENT ET AUS­TÉ­RI­TÉ

Pre­mière cri­tique et non des moindres : les élus d’op­po­si­tion contestent tou­jours le bien fon­dé de la hausse de la taxe sur le fon­cier bâ­ti dé­ci­dée en 2016. Et sur­tout la fa­çon dont cette hausse a été dé­fen­due. Pour Di­dier Ma­nier, lea­der des so­cia­listes dé­par­te­men­taux, il y a une forme de pé­ché ori­gi­nel qui en­tache le mandat. « On a agi­té de­puis le dé­but du mandat qu’on al­lait mettre la clé sous le paillas­son, ex­plique l’élu mé­tro­po­li­tain. Ils ont uti­li­sé la me­nace de la mise sous tu­telle pour faire pas­ser la pi­lule de la hausse d’im­pôts. » Et de

pour­suivre : « Jean-Re­né Le­cerf a fait des pro­pos de cam­pagne, la main sur le coeur qu’il n’aug­men­te­rait pas les im­pôts. En 2016, la hausse du taux de la taxe sur le fon­cier bâ­ti a aug­men­té en moyenne de 70 eu­ros pour les mé­nages et de 700 eu­ros pour les en­tre­prises. » Charles Beau­champ, chef de file des com­mu­nistes, conseiller dé­par­te­men­tal du Douai­sis, va plus loin. « Dès le dé­part, la ma­jo­ri­té a pré­sen­té la me­nace de faillite, alors qu’elle n’a ja­mais exis­té, pour im­po­ser trois choses : aug­men­ter les im­pôts, dé­cré­di­bi­li­ser l’an­cienne ma­jo­ri­té de gauche, et im­po­ser un plan d’aus­té­ri­té. » À mi-mandat, les élus com­mu­nistes et so­cia­listes ont bien l’in­ten­tion de haus­ser le ton face face à l’exé­cu­tif. Pour sa part, Di­dier Ma­nier a te­nu à pré­sen­ter « le vrai bi­lan

de mi-mandat », en ré­ponse aux ré­cents dé­pla­ce­ments des élus de la ma­jo­ri­té sur le ter­rain. « Les re­cettes sont vo­lon­tai­re­ment sous-éva­luées pour jus­ti­fier l’ar­rêt des po­li­tiques pu­bliques et lé­gi­ti­mer les désen­ga­ge­ments. » Il dé­nonce pêle-mêle la suppressio­n des 500 agents dé­par­te­men­taux, les « coupes dras­tiques » dans les cré­dits ac­cor­dés aux po­li­tiques so­ciales, aux Mis­sions locales. Di­dier Ma­nier s’alarme éga­le­ment des baisses de dé­penses dans les col­lèges : « on se contente dé­sor­mais d’un col­lège construit et

un col­lège ré­ha­bi­li­té par an. Sans comp­ter les baisses des bourses sco­laires et l’aban­don du trans­port sco­laire. » Charles Beau­champ est, lui, très re­mon­té contre la po­li­tique

« d’aus­té­ri­té ». « On constate que l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire a bais­sé d’un cran. La ma­jo­ri­té pré­cé­dente ga­ran­tis­sait le sou­tien aux com­munes

ru­rales. » Il dé­nonce aus­si les baisses de sub­ven­tion pour l’en­semble des po­li­tiques de so­li­da­ri­té en fa­veur des per­sonnes en si­tua­tion de han­di­cap ou des per­sonnes âgées. Alors que le pré­sident du Dé­par­te­ment, Jean-Re­né Le­cerf a si­gné le contrat avec l’Etat qui im­pose une maî­trise de la dé­pense, les élus de gauche dé­noncent un re­cul de la dé­cen­tra­li­sa­tion. Le lea­der so­cia­liste va plus loin met­tant en cause per­son­nel­le­ment le pré­sident Le­cerf dans ses né­go­cia­tions dé­li­cates avec l’Etat sur le fi­nan­ce­ment des

collectivi­tés locales. « En quelques mois, Jean-Re­né Le­cerf a évo­lué. Je le trou­vais pug­nace vis à vis du gou­ver­ne­ment. Je trouve au­jourd’hui qu’il a le­vé le pied. Est-il bien­tôt en Marche ? Ou en voie de l’être ? » Le re­proche est clair : Jean-Re­né Le­cerf au­rait fi­na­le­ment ac­cep­té les condi­tions de l’Etat qui im­pose une sta­bi­li­té des dé­penses de fonc­tion­ne­ment pour main­te­nir les do­ta­tions. « C’est un re­tour en ar­rière ter­rible de la dé­cen­tra­li­sa­tion,

s’énerve Di­dier Ma­nier. Nous de­vons pré­ser­ver le Dé­par­te­ment, c’est le ga­rant de l’équi­té ter­ri­to­riale. » Charles Beau­champ dé­nonce, pour sa part, le fait que le pré­sident n’ait rien né­go­cié. « Il a pro­po­sé un contrat clé en main en de­van­çant les at­tentes de l’Etat. Jean-Re­né Le­cerf ne re­ven­dique rien pour dé­fendre les in­té­rêts des Nor­distes. »

CLASH ENTRE CH­RIS­TIAN POI­RET ET DI­DIER MA­NIER

On frise par­fois les crises de nerf en plein hé­mi­cycle dé­par­te­men­tal. De­puis le dé­but du mandat, il y a eu de nom­breux clashs entre Di­dier Ma­nier et Ch­ris­tian Poi­ret, l’ac­tuel pre­mier vice pré­sident di­vers droite. « C’est un jeu de rôle. Il y a en a un qui épluche et l’autre qui pleure », siffle Di­dier Ma­nier évo­quant le duo Le­cerf-Poi­ret. « Ch­ris­tian Poi­ret a un pen­chant na­tu­rel à jouer les bou­te­feux. C’est dans sa na­ture. Jean-Re­né Le­cerf es­saye de prendre de la hau­teur. » Pour l’ave­nir, l’élu af­firme vou­loir être très vi­gi­lant « sur les nuages noirs qui s’ac­cu­mulent sur les Dé­par­te­ments. » Charles Beau­champ par­tage cette crainte. Il per­çoit même une vo­lon­té ca­chée de l’Etat de mettre fin aux Conseil Dé­par­te­men­taux.

« Ch­ris­tian Poi­ret a un pen­chant na­tu­rel

de jouer les bou­te­feux. C’est dans sa na­ture. »

Charles Beau­champ, pré­sident du groupe com­mu­niste et Di­dier Ma­nier, pré­sident du groupe so­cia­liste.

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