Bé­bé se­coué : 12 mois de prison pour la nou­nou

CAN­TON D’HIRSON Un bé­bé de 3 mois a été hos­pi­ta­li­sé suite aux vio­lences d’une as­sis­tante ma­ter­nelle agréée. Les ex­per­tises mé­di­cales sont claires, le bé­bé a été vio­lem­ment se­coué.

Le Courrier de Fourmies - - LA UNE - Clé­ment Ra­veaux

C’est la chose la plus dif­fi­cile que nous ayons vé­cu de notre vie. Ce jeu­di 4 oc­tobre, la ma­man de Claire* a dé­ci­dé de son plein gré de s’ex­pri­mer à la barre du tri­bu­nal. Prise par l’émo­tion, elle a quand même sou­hai­té té­moi­gner de la souf­france psy­cho­lo­gique que son ma­ri et elle-même ont su­bi ces 9 der­niers mois. « Nous l’avons très mal vé­cu. En tant que pa­rents, nous avons été les pre­miers vi­sés, nous avons été ac­cu­sés de mal­trai­tance en­vers

notre en­fant » ra­joute-t-elle, dans un souffle li­bé­ra­teur. Le si­lence est alors com­plet dans la salle d’au­dience, on peut sen­tir le be­soin de la ma­man de cla­mer cette vé­ri­té au grand jour. Mais elle n’au­ra pas pu le faire de­vant la pré­ve­nue, ab­sente pour l’au­dience. Elle com­pa­rais­sait pour vio­lence sur un mi­neur de moins de 15 ans. Des faits qui se sont dé­rou­lés le 23 fé­vrier 2018. Suite à une jour­née pas­sée chez son as­sis­tante ma­ter­nelle, Claire, 3 mois et de­mi, est hos­pi­ta­li­sée à Saint-Quen­tin, puis ra­pi­de­ment trans­fé­rée au CHU d’Amiens. L’en­fant pré­sente des hé­ma­tomes sous-du­raux ain­si qu’une hé­mor­ra­gie ré­ti­nienne, son état est pré­oc­cu­pant. Si la conclu­sion ne pour­ra être dé­fi­ni­tive que vers les 5 ou 6 ans de l’en­fant, Claire n’a pour l’ins­tant pas de sé­quelles.

● UN DÉ­ROU­LÉ CLAIR DES FAITS

Le ma­tin de ce 23 fé­vrier, le pa­pa dé­pose ses en­fants chez la nou­nou. Ce­la fait une se­maine qu’elle a été em­bau­chée pour s’oc­cu­per de Claire, 3 mois et de­mi, et de son grand-frère. Lorsque le pa­pa re­vient vers mi­di pour ré­cu­pé­rer son fils, Claire dort nor­ma­le­ment dans la chambre. C’est seule­ment vers 15 h que la nou­nou ap­pelle la ma­man, pa­ni­quée. Se­lon elle, après une pro­me­nade, Claire s’est mise à vo­mir, puis est res­tée inerte dans ses bras. Très ra­pi­de­ment, les mé­de­cins concluent au syn­drome du bé­bé se­coué, qui se­ra confir­mé plus tard dans la pro­cé­dure, par un ex­pert fran­çais en la ma­tière. Mon­trés du doigt, les pa­rents sont vite mis hors de cause. L’en­quête se tourne vers la nou­nou.

● LA MÉ­DE­CINE AU SER­VICE DE LA JUS­TICE

Lors de sa pre­mière au­di­tion, elle nie to­ta­le­ment. Mais lors de la se­conde, alors que lui sont pré­sen­tés les rap­ports d’ex­per­tises mé­di­cales qui prouvent les vio­lences, elle va chan­ger de ver­sion. « La pré­ve­nue ex­plique que Claire a fait un ma­laise, et que prise de pa­nique, elle l’a alors se­coué vio­lem­ment » ra­conte le juge Favre. Elle n’a plus chan­gé de ver­sion de­puis, mais au­cune des ana­lyses mé­di­cales ne cor­ro­borent sa ver­sion. « Les ana­lyses mé­di­cales sont claires, il n’y a au­cun signe d’un autre désordre

mé­di­cal » af­firme le juge. La sub­sti­tut du pro­cu­reur, Aude De Val­lée, et l’avo­cat des pa­rents, maître Mi­chel Ma­thieu, vont d’ailleurs in­sis­ter sur la fai­blesse de cette ver­sion. « La pré­ve­nue es­saye d’en­ro­ber, d’édul­co­rer la vé­ri­té » as­sène maître Ma­thieu. « Sa per­son­na­li­té montre une in­ca­pa­ci­té à se re­mettre en ques­tion, à prendre la res­pon­sa­bi­li­té des faits » en­fonce Aude De Val­lée. Cette der­nière va s’ap­puyer sur l’ir­ré­fu­ta­bi­li­té des rap­ports mé­di­caux. « On peut se ré­jouir que ce syn­drome soit dé­sor­mais bien connu et dé­cryp­té. Nous sommes en ca­pa­ci­té d’éta­blir qui a com­mis les faits » dé­clare Aude

De Val­lée, qui ra­joute « on com­prend dans les rap­ports, la vio­lence des gestes. Une telle vio­lence qu’elle ne peut ar­guer qu’elle n’en avait pas conscience ». Elle va re­qué­rir 12 mois em­pri­son­ne­ment, dont 6 avec

sur­sis, ain­si que l’in­ter­dic­tion pen­dant 5 ans d’être en contact avec des mi­neurs. L’avo­cate de la dé­fense com­mise d’of­fice, maître GilletHau­quier, va sim­ple­ment pas­ser le mes­sage de la pré­ve­nue. « Elle ne s’ex­plique tou­jours pas les faits, elle parle de mau­vais ré­flexe. Elle vou­lait que je mar­tèle que c’est elle la res­pon­sable, et dit être sin­cè­re­ment

dé­so­lée » dé­clare l’avo­cate. Suite aux dé­li­bé­ra­tions de la cour, elle est condam­née à 12 mois de prison, dont 6 avec sur­sis, ac­com­pa­gnés de l’in­ter­dic­tion d’avoir une ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle ou bé­né­vole avec des en­fants pen­dant 10 ans. Elle ne pour­ra plus être as­sis­tante ma­ter­nelle à vie. *Le pré­nom a été mo­di­fié pour pro­té­ger l’ano­ny­mat de l’en­fant.

La pré­ve­nue ne s’est pas pré­sen­tée à la barre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Laon. Le pro­cès a quand même eu lieu, la de­mande de ren­voi ayant été re­je­tée. Les pièces pré­sen­tées n’ont pas per­mis de jus­ti­fier l’ab­sence.

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