Une nou­velle po­lé­mique au­tour de la mai­son Té­nart

Passe d’armes entre la mu­ni­ci­pa­li­té et un par­ti­cu­lier

Le Courrier de Fourmies - - LA UNE - An­toine Pi­sa­no

Juan-Car­los Va­len­ti­ni, com­mer­çant va­len­cien­nois, vou­drait ra­che­ter la mai­son Té­nart. Tou­te­fois, la com­mune, peu convain­cue par son offre, re­fuse d’exa­mi­ner sa de­mande.

Vous de mer avez ? Une dit ser­pent fois de plus, le dé­bat fait rage au­tour de la mai­son Fal­leur, aus­si dite mai­son Té­nart, la su­perbe de­meure de style art dé­co dont la com­mune a hé­ri­té en 1999.

JUAN-CAR­LOS VA­LEN­TI­NI VEUT LA RA­CHE­TER

En cause, la pro­po­si­tion d’un par­ti­cu­lier, Juan-Car­los Va­len­ti­ni, qui se pré­sente comme un an­cien piz­zaio­lo va­len­cien­nois. Il dit être tom­bé amou­reux de la bâ­tisse et vou­loir y ins­tal­ler sa fa­mille. Et ce, mal­gré le fait que la com­mune n’ait pas le droit de lui re­vendre le parc at­te­nant à la mai­son, puisque l’acte de ces­sion des der­niers pro­prié­taires sti­pule que ce­lui-ci doit res­ter à l’usage de tous les Tré­lo­nais. Après avoir vi­si­té deux fois la mai­son Té­nart, l’an­cien com­mer­çant veut of­frir 10 000 eu­ros à la com­mune pour son ra­chat et es­time à 350 000 eu­ros la masse de tra­vaux à réa­li­ser pour la rendre de nou­veau ha­bi­table. Mais à en croire Juan-Car­los Va­len­ti­ni, les né­go­cia­tions coincent avec la mu­ni­ci­pa­li­té. Il dé­nonce une at­ti­tude qu’il juge « fuyante » de la part du maire. Il ra­conte aus­si qu’après de nom­breuses re­lances, l’édile au­rait fi­ni par le rap­pe­ler pour lui si­gni­fier que de toute fa­çon, la mai­son se­rait dé­mo­lie. « On me dit qu’on se se­rait ha­bi­tué à l’idée qu’elle soit ra­sée. C’est ab­surde », pro­teste l’an­cien com­mer­çant. Pour­tant, contre toute at­tente, le maire au­rait ac­cep­té de sou­mettre le su­jet à la dé­li­bé­ra­tion du pro­chain con­seil mu­ni­ci­pal, le 27 no­vembre, tou­jours se­lon M. Va­len­ti­ni. Mais peu dis­po­sé à croire en une ré­ponse fa­vo­rable, ce­lui-ci s’in­ter­roge : « Pour­quoi veut-on ab­so­lu­ment dé­truire cette bâ­tisse ? Elle a abri­té l’élite du vil­lage, elle a sur­vé­cu aux guerres, et on vou­drait s’en dé­bar­ras­ser ?! » Afin de ral­lier du monde à sa cause, Juan-Car­los Va­len­ti­ni a lan­cé une pé­ti­tion en ligne et une page Fa­ce­book qui sont toutes deux dé­jà sui­vies par près de 500 per­sonnes.

DES VER­SIONS DES FAITS QUI DI­VERGENT

On s’est donc tour­né vers Fran­çois Lou­ve­gnies, maire de Trélon, pour ob­te­nir des ex­pli­ca­tions. Et force est de consta­ter que la ver­sion des faits ra­con­tée par M. Va­len­ti­ni dif­fère du tout au tout avec la sienne. Lors­qu’on in­ter­roge le pre­mier ma­gis­trat sur la dé­li­bé­ra­tion à ve­nir, il grince : « Vous de­vez être mieux in­for­més que moi... Non, il n’y a au­cune dé­li­bé­ra­tion de pré­vue à l’ordre du jour du pro­chain con­seil mu­ni­ci­pal sur la mai­son Té­nart. » Et quand on lui de­mande pour­quoi, il ré­pond fer­me­ment : « Tout sim­ple­ment parce qu’elle n’est pas à vendre. » Pous­sé à en dire plus sur l’ave­nir de l’édi­fice, Fran­çois Lou­ve­gnies fi­nit par se mon­trer plus lo­quace : « Il n’y a au­cune nou­veau­té sur ce su­jet. J’ai tou­jours l’es­poir d’en faire une mé­dia­thèque. A la de­mande de la DRAC [di­rec­tion ré­gio­nale des af­faires cultu­relles, ndlr], la com­mune a d’ailleurs com­man­dé une étude de fai­sa­bi­li­té. Main­te­nant, on conti­nue à cher­cher des sub­ven­tions et des so­lu­tions de fi­nan­ce­ment co­hé­rentes, qui ne met­tront pas en pé­ril les fi­nances du vil­lage. » Il faut dire que les chiffres res­sor­tant de cette étude sont ver­ti­gi­neux. En tout, la ré­no­va­tion de la mai­son né­ces­si­te­rait en­vi­ron 1,8 mil­lion d’eu­ros hors taxes, rien que pour le bâ­ti. Avec les voi­ries et ré­seaux di­vers, la fac­ture bon­dit à 2,2 mil­lions. « Ce mon­sieur ra­conte qu’il peut fi­nan­cer les ré­no­va­tions avec 300 000 eu­ros, c’est un re­mar­quable fai­seur », iro­nise Fran­çois Lou­ve­gnies. Et d’ajou­ter : « S’il m’avait fait une offre mi­ro­bo­lante, j’y au­rais peut-être ré­flé­chi, mais là... » En bref, dans cette af­faire, il est dif­fi­cile de faire la part des choses et de prendre po­si­tion tant les ver­sions des deux pro­ta­go­nistes di­vergent. Pré­ci­sons éga­le­ment que, dans le cadre de notre en­quête, nous avons contac­té un conseiller mu­ni­ci­pal d’op­po­si­tion. Et à l’ins­tar du maire, ce­lui-ci doute de la per­ti­nence de la pro­po­si­tion for­mu­lée par Juan-Car­los Va­len­ti­ni.

La mai­son Té­nart a été cons­truite dans un style Art Dé­co en 1936, par l’ar­chi­tecte Da­nis, ar­chi­tecte com­mu­nal d’Haut­mont.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.