Po­pu­lismes

Le Courrier de Fourmies - - AVESNOIS - Jean-Pierre de Ker­raoul

Ca­ra­cas, Rome, Londres, qu’ont en com­mun ces trois ca­pi­tales ? D’être celles de pays riches qui vont dans le mur grâce au po­pu­lisme. Le Venezuela dé­tient les plus im­por­tantes ré­serves de pé­trole, il avait tout pour réus­sir et il est en train de som­brer dans la pau­vre­té : 1,3 mil­lion pour cent d’in­fla­tion, tout sim­ple­ment in­ima­gi­nable, une po­pu­la­tion qui fuit la mi­sère, un chaos po­li­tique to­tal, parce que l’al­liance mor­ti­fère de l’in­com­pé­tence et de la dé­ma­go­gie de Cha­vez, pro­lon­gée par Ma­du­ro, a plon­gé le pays dans l’abîme. L’Ita­lie, proche de nous à tous égards, n’en est pas là, heu­reu­se­ment; mais elle connaît sa troi­sième ré­ces­sion en dix ans et les ex­perts lui pro­mettent une an­née 2019 entre 0 % et 0,6 % ( au mieux) de crois­sance, en par­ti­cu­lier parce que les in­ves­tis­se­ments, ita­liens et étran­gers, s’ef­fondrent. Pourquoi ? L’in­cer­ti­tude po­li­tique to­tale dé­cou­rage les mi­lieux éco­no­miques. Le manque de confiance dans la coa­li­tion des po­pu­lismes d’extrême-droite et de gauche a fait grim­per les taux d’in­té­rêt et plombe l’ac­ti­vi­té. Tout le monde sait que le cli­mat ten­du et agres­sif en­tre­te­nu par le pou­voir n’ai­de­ra pas à ré­soudre les pro­blèmes chro­niques du pays : dés­équi­libre entre le nord et le sud, faible pro­duc­ti­vi­té, po­pu­la­tion ac­tive en baisse. Et quand il va fal­loir, très bien­tôt, trou­ver les mil­liards man­quant dans un bud­get ba­sé sur une crois­sance illu­soire, il ne suf­fi­ra pas d’ac­cu­ser la guerre com­mer­ciale entre les Etats-Unis et la Chine, comme le fait Gius­sepe Conte, ou Bruxelles ou les im­mi­grés pour ex­pli­quer l’échec. Est-il exa­gé­ré de par­ler de po­pu­lisme à pro­pos du Royaume Uni, ber­ceau de la dé­mo­cra­tie par­le­men­taire ? Une bonne par­tie de la classe po­li­tique, conser­va­teurs et tra­vaillistes confon­dus, ri­va­lise d’ar­gu­ments d’une rare dé­ma­go­gie, mul­ti­pliant les plus gros­siers men­songes, pour en­traî­ner le peuple bri­tan­nique dans un Brexit gra­ve­ment ap­pau­vris­sant, tour­nant le pays en ri­di­cule pour ne pas ad­mettre une évi­dence : même la Grande-Bretagne doit vivre au 21e siècle. Alors qu’on se de­mande com­ment sor­tir d’une crise, il est per­mis de s’in­ter­ro­ger sur les ef­fets concrets du po­pu­lisme, quels que soient ses vi­sages.

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