Le per­son­nel in­quiet pour l’ave­nir de l’hô­pi­tal

Inquiets pour la sur­vie de la ma­ter­ni­té et de la chi­rur­gie à Four­mies, le per­son­nel soi­gnant a dé­po­sé un pré­avis de grève illi­mi­tée. Le maire, quant à lui, se veut ras­su­rant.

Le Courrier de Fourmies - - LA UNE -

Quand au dé­but du mois d’avril, le di­rec­teur du centre hos­pi­ta­lier Ro­dolphe Bour­ret a an­non­cé que la prime de ser­vice 2018 ne se­rait pas ver­sée en temps et en heure pour des rai­sons bud­gé­taires, le per­son­nel a vu rouge. Mais il faut dire qu’au sein de l’hô­pi­tal de Four­mies, la grogne cou­vait de­puis long­temps dé­jà.

● UNE GRÈVE ILLI­MI­TÉE Ain­si, les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales CGT et FO ont-elles dé­po­sé un pré­avis de grève illi­mi­tée. Et pour faire plus de bruit, une cin­quan­taine de per­sonnes, agents ou simples ha­bi­tants de Four­mies, se sont réunis de­vant l’hô­pi­tal ce mar­di 21 mai, pre­mier jour de la grève. En bonne place dans les mots d’ordre fi­gu­rait bien sûr le paie­ment de la prime de ser­vice des agents sta­tu­taires. Et ces der­niers n’ou­blient pas pour au­tant les contrac­tuels en CDI, « qui ont un

sa­laire au ra­bais », ex­plique So­nia Nguyen, se­cré­taire gé­né­rale de la CGT de l’hô­pi­tal de Four­mies. « Hier, le di­rec­teur nous a re­çus. Il nous a dit qu’il al­lait mettre en place des ac­tions pour faire des éco­no­mies. Mais quelles ac­tions ? Il est aus­si ques­tion de ré­or­ga­ni­sa­tions à la ma­ter­ni­té et au bloc opé­ra­toire, pour­tant le per­son­nel de ces ser­vices n’a pas été con­vo­qué », s’in­surge la res­pon­sable syn­di­cale. Et de conclure : « On tape beau­coup sur le pe­tit per­son­nel. » L’in­ter­syn­di­cale s’in­quiète sur­tout d’une « di­mi­nu­tion alar­mante » de l’ac­ti­vi­té chi­rur­gi­cale et des nais­sances à la ma­ter­ni­té, pas­sées de 1 200 par an à un peu plus de 500 l’an der­nier, en à peine 10 ans. Fort de ce cons­tat, le per­son­nel craint des fer­me­tures de ser­vices. D’au­tant plus que les soi­gnants ne croient pas au bien-fon­dé de l’as­treinte de chi­rur­gie vis­cé­rale, mise en place avec des pra­ti­ciens mau­beu­geois, pour per­mettre à la ma­ter­ni­té de fonc­tion­ner. « L’ARS

[Agence ré­gio­nale de san­té, ndlr] a dé­blo­qué une en­ve­loppe de 250 000 € pour cette as­treinte, mais les chi­rur­giens mau­beu­geois ne jouent pas le jeu et ren­voient beau­coup d’actes vers Maubeuge. Avec cet ar­gent, on pour­rait em­bau­cher deux chi­rur­giens », pos­tule un autre dé­lé­gué syn­di­cal.

● LE MAIRE RAS­SURE Mi­ckaël Hi­raux, maire de Four­mies et pré­sident du con­seil de sur­veillance de l’hô­pi­tal, ne par­tage pas cet alar­misme : « L’ARS nous a as­su­ré que l’hô­pi­tal de Four­mies res­te­rait un hô­pi­tal de spé­cia­li­té et ne de­vien­drait pas un hô­pi­tal de proximité. » Cette nuance est de taille, puisque le sta­tut d’hô­pi­tal de spé­cia­li­té ga­ran­tit le main­tien des ur­gences, de la ma­ter­ni­té et de la chi­rur­gie. Néan­moins, « la ma­ter­ni­té et la

chi­rur­gie perdent toutes les deux 1,5 mil­lion d’eu­ros par an, car il n’y

a pas as­sez d’ac­ti­vi­té. » En ef­fet, de­puis l’en­trée en vi­gueur en 2008 de la ta­ri­fi­ca­tion à l’ac­ti­vi­té (T2A), les re­ve­nus des hô­pi­taux dé­pendent de leur ac­ti­vi­té et non plus d’une do­ta­tion stable ver­sée par l’Etat, comme ce fut le cas au­pa­ra­vant. Et « même au meilleur de son ac­ti­vi­té, la chi­rur­gie à Four­mies n’a ja­mais dé­pas­sé les 60 % de taux de rem­plis­sage. », in­dique le maire. Au­jourd’hui, pour lui comme pour la di­rec­tion, il convient donc d’« op­ti­mi­ser le fonc­tion­ne­ment du bloc opé­ra­toire ». Une piste se­rait par exemple de pro­gram­mer toutes les opé­ra­tions sur trois jours et non plus cinq et pour le reste, se tour­ner vers un sys­tème d’as­treinte. « De toute fa­çon, l’ARS sait bien que nous ne réa­li­se­rons pas as­sez d’actes pour

re­ve­nir à l’équi­libre. Mais le dé­fi­cit du centre hos­pi­ta­lier a at­teint les 4 mil­lions d’eu­ros, et il faut ab­so­lu­ment stopper l’hé­mor­ra­gie », pour­suit Mi­ckaël Hi­raux. Alors il en ap­pelle aux agents de l’hô­pi­tal, « qu’on a sou­hai­té as­so­cier dès le dé­part à cette ré­or­ga­ni­sa­tion », sou­ligne-t-il pour ex­pri­mer son in­com­pré­hen­sion de­vant le mou­ve­ment de grève. « Si l’ARS le fait à notre place, ils n’au­ront plus leur mot à dire et la

di­rec­tion non plus », conclut-il. En ce qui concerne les primes, le per­son­nel de l’hô­pi­tal a dé­jà ob­te­nu sa­tis­fac­tion puisque l’ARS vient de dé­blo­quer une en­ve­loppe d’un mil­lion d’eu­ros qui se­ra af­fec­tée à leur paie­ment. Pas sûr tou­te­fois que ce­la apaise les ten­sions. Mar­di, les syn­di­cats par­laient de leur ac­tion comme d’une « avant-pre­mière ».

An­toine Pi­sa­no

Une cin­quan­taine de per­sonnes se sont réunies ce mar­di 21 mai de­vant le centre hos­pi­ta­lier, pour ma­ni­fes­ter leur mé­con­ten­te­ment, à l’ap­pel de la CGT, de FO et de la CFDT.

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