La guerre contre les patates s’in­ten­si­fie

Les op­po­sants à une culture in­ten­sive de pommes de terre s’or­ga­nisent. Leur pé­ti­tion a dé­jà re­cueilli 14 000 si­gna­tures. Le sous-préfet, quant à lui, ap­pelle à l’apai­se­ment.

Le Courrier de Fourmies - - LA UNE - Antoine Pi­sa­no

La culture des patates, es­sen­tiel­le­ment pra­ti­quée par des agri­cul­teurs ve­nus de Bel­gique et des Pays-Bas, est ac­cu­sée de dé­truire les pâ­tures et les haies de bo­cage. En cause, son in­ten­si­té qui épuise les sols, le large re­cours aux pes­ti­cides, ain­si que les ar­ra­chages de haies né­ces­saires au pas­sage des en­gins agri­coles.

Les op­po­sants à cette culture ne comptent pas re­lâ­cher la pres­sion. Après une pre­mière réunion pu­blique à Mau­beuge, le Col­lec­tif bo­cage Sambre-Avesnois en dan­ger or­ga­nise un évé­ne­ment si­mi­laire le sa­me­di 22 juin à 14 h, à la salle de la Mal­te­rie à Anor. Tout un cha­cun, agri­cul­teur ou pas, y est convié pour dé­battre. « Toutes les opi­nions se­ront en­ten­dues. Nous ne sommes pas contre les agri­cul­teurs, c’est même à eux qu’on doit le bo­cage. D’ailleurs, les agri­cul­teurs conven­tion­nels [non bio, ndlr] sont aus­si concer­nés par le su­jet, puisque les pa­ta­tiers font grim­per le prix du fon­cier », veut croire Fa­brice Preux, figure de proue du col­lec­tif.

Par le biais de cette réunion, il es­père aus­si comp­ter les sym­pa­thi­sants et in­for­mer la po­pu­la­tion sur les ac­tions à ve­nir. « Après cette réunion, nous crée­rons une as­so­cia­tion, qui nous per­met­tra éven­tuel­le­ment d’en­ga­ger des ac­tions en jus­tice. Mais on conti­nue­ra de faire vivre le col­lec­tif in­for­mel, pour que les sym­pa­thi­sants - qui n’ont pas for­cé­ment en­vie de s’en­ga­ger - puissent conti­nuer à s’ex­pri­mer », in­dique-t-il.

DÉ­JÀ DE SA­CRÉES VIC­TOIRES

En deux mois en tout cas, le col­lec­tif a dé­jà ob­te­nu des vic­toires spec­ta­cu­laires. Il re­ven­dique 750 sym­pa­thi­sants et a réuni en une semaine plus 14 000 si­gna­tures sur sa pé­ti­tion en ligne (voir www. mon­bo­cage.fr).

Au-de­là de ça, Fa­brice Preux et son équipe ont mis la pré­ser­va­tion des sols et du bo­cage au centre des at­ten­tions. En té­moignent la pré­ser­va­tion des haies ins­crite au plan d’ur­ba­nisme du Sud-Avesnois, ou en­core les ar­rê­tés pour en­ca­drer l’uti­li­sa­tion des pes­ti­cides dans les com­munes d’Anor, Ohain et Trélon. Le noyau dur du col­lec­tif a même pu s’en­tre­te­nir avec le pré­sident du Parc na­tu­rel ré­gio­nal de l’Avesnois (PNRA), Guis­lain Cam­bier.

LES AR­RÊ­TÉS MU­NI­CI­PAUX, UN DÉ­BAT QUI VA MON­TER

Alors à quoi bon conti­nuer de re­muer ciel et terre ? En fait, Fa­brice Preux pressent que les ar­rê­tés mu­ni­ci­paux sus-men­tion­nés puissent être re­ti­rés par les maires sur de­mande de la pré­fec­ture ou le cas échéant, faire l’ob­jet d’un re­cours de­vant le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif. Car il est fort pro­bable en ef­fet qu’à tra­vers les ar­rê­tés qu’ils ont si­gnés, les édiles aient ou­tre­pas­sé leurs pou­voirs. Qu’à ce­la ne tienne, Fa­brice Preux les ap­pelle à ne pas re­ti­rer leurs ar­rê­tés et même à les mul­ti­plier : « Il faut que toutes les com­munes sur le ter­ri­toire du PNRA les suivent, si on veut que le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture nous en­tende. »

IL FAUT « TRA­VAILLER EN BONNE IN­TEL­LI­GENCE »

Nous avons contac­té le sous-préfet de l’ar­ron­dis­se­ment d’Avesnes, Alexan­der Gri­maud. Il confirme que la lé­ga­li­té des ar­rê­tés mu­ni­ci­paux en­ca­drant l’uti­li­sa­tion des pes­ti­cides est bien en cours d’ex­per­tise par les services pré­fec­to­raux. En re­vanche, il ne se po­si­tionne pas sur la suite qui leur se­ra don­née. Pour le re­pré­sen­tant de l’Etat, « il faut apai­ser le su­jet sur le ter­ri­toire. La po­pu­la­tion, les agri­cul­teurs, les élus, l’Etat... on a tous in­té­rêt à tra­vailler en bonne in­tel­li­gence. » En clair, il sou­haite donc « re­nouer le dialogue » entre toutes les par­ties et évi­ter « les op­po­si­tions sté­riles ». Alexan­der Gri­maud ap­pelle d’au­tant plus à l’apai­se­ment qu’il es­time s’être dé­jà bien im­pli­qué sur cette pro­blé­ma­tique : « Avec la DREAL, la DDTM et la gen­dar­me­rie, nous avons ef­fec­tué de nom­breux contrôles, sur l’ar­ra­chage des haies, le re­tour­ne­ment des pâ­tures et les pro­duits phy­to­sa­ni­taires. J’avais de­man­dé aux maires d’être des sen­ti­nelles sur ces sujets. Ils ont joué leur rôle et m’ont fait re­mon­ter les in­for­ma­tions. » L’étape sui­vante se­ra de trou­ver des so­lu­tions à cette crise. Bien­tôt, le sous-préfet de­vrait ren­con­trer le pré­sident de la Chambre d’agri­cul­ture pour s’en­tre­te­nir avec lui sur le su­jet.

Fa­brice Preux, membre du Col­lec­tif bo­cage Sambre-Avesnois en dan­ger.

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