Dans la tête de Froome…

Es­sayez de vous glis­ser dans la tête de Froome, ré­cent vain­queur du Gi­ro, qui se­ra (très cer­tai­ne­ment) au dé­part du Tour, le 7 juillet en Ven­dée, sans sa­voir si ses ré­sul­tats (une cin­quième vic­toire ?) se­ront va­li­dés à la suite de son contrôle anor­mal sur

Le Cycle - - Tour De France 2018 - Par J. Pes­sac

La ques­tion de sa­voir si Ch­ris­to­pher Froome rem­por­te­ra une cin­quième vic­toire au Tour est su­bor­don­née à une autre in­ter­ro­ga­tion : se­ra-t-il au dé­part de l’épreuve ? Très cer­tai­ne­ment à en croire Da­vid Lap­par­tient, le pré­sident de l’Union cy­cliste in­ter­na­tio­nale ( UCI), qui a dé­cla­ré que cette af­faire du­re­rait « au moins un

an » (car les deux camps pour­ront faire ap­pel de la pre­mière dé­ci­sion au­près du tri­bu­nal ar­bi­tral du sport). Le contrôle anor­mal du Bri­tan­nique, au sal­bu­ta­mol, pro­duit uti­li­sé contre l’asthme, est sur­ve­nu le 7 sep­tembre 2017 au Tour d’Es­pagne qu’il a rem­por­té. La dose re­trou­vée lors de l’ana­lyse du test était deux fois plus im­por­tante que celle au­to­ri­sée (2 000 na­no­grammes de sal­bu­ta­mol par mil­li­litre d’urine contre 1 000 na­no­grammes per­mis), ce qui a contri­bué à l’aug­men­ta­tion des per­for­mances du cou­reur. Le temps du sport est ra­re­ment ce­lui de la jus­tice spor­tive. On ne connaît tou­jours pas le ver­dict : fau­tif ou pas, sus­pen­du ou blan­chi par le tri­bu­nal an­ti­do­page de l’Union cy­cliste in­ter­na­tio­nale qui s’est sai­si de ce dos­sier plus com­plexe qu’il n’y pa­rais­sait à l’ori­gine de cette his­toire ?

Froome au Tour de France, c’est face au mi­roir gros­sis­sant de la plus grande course du monde le risque de voir un ma­laise se ré­pandre dans l’opi­nion pu­blique, à nou­veau l’as­si­mi­la­tion de ce sport au do­page, l’an­née du 20e an­ni­ver­saire de l’af­faire Fes­ti­na, mal­gré les ef­forts im­por­tants qui ont été réa­li­sés pour as­sai­nir le pe­lo­ton. « Ce se­rait un dé­sastre pour l’image

du cyclisme » , dé­plore Da­vid Lap­par­tient. Ima­gi­nez la si­tua­tion : le 29 juillet, à Pa­ris, le lea­der du team Sky égale le re­cord de Jacques An­que­til, Ed­dy Mer­ckx, Ber­nard Hi­nault et Mi­guel In­du­rain, et quelques se­maines (ou mois) plus tard, on lui re­tire le maillot jaune ! Quel nou­veau coup por­té au Tour de France, ce se­rait ! Et s’il n’est pas condam­né, le doute se­ra-t-il pour au­tant ef­fa­cé ? ROU­LER AVEC UNE ÉPÉE DE DAMOCLÈS Quoi qu’il en soit, s’il est au­to­ri­sé à cou­rir en juillet, ce n’est pas le Froome que l’on connaît (ou que l’on croit connaître) qui se­ra de­vant nous. La pres­sion se­ra forte comme ja­mais sur ses épaules. De la part de ses ri­vaux, du pu­blic, des or­ga­ni­sa­teurs, des mé­dias. Qu’il ait tri­ché ou pas à la der­nière Vuelta, ima­gi­nez la force men­tale qu’il de­vra pos­sé­der pour y ré­sis­ter. Et pour évi­ter de pen­ser que ses ef­forts se­ront peut- être gra­tuits, que ses ré­sul­tats peuvent être an­nu­lés, un jour ou l’autre, sur dé­ci­sion des au­to­ri­tés. Pa­ral­lè­le­ment à sa propre et dure ba­taille sur la route se tient une autre ba­taille, ju­ri­dique celle-là, avec beau­coup d’ar­gent en jeu. En ré­su­mé, son éven­tuel quin­tu­plé est condi­tion­né au suc­cès de ses avo­cats, des poids lourds eux aus­si dans leur spé­cia­li­té, qui es­pèrent prou­ver que leur client n’a pas vio­lé les règles an­ti­do­page en contes­tant la va­li­di­té scien­ti­fique du test de dé­tec­tion du sal­bu­ta­mol. Cette épée de Damoclès se ba­lade sur la tête de Froome de­puis le mois de mai et sa vic­toire au Tour d’Ita­lie. En de­hors de l’as­pect psy­cho­lo­gique, il lui fau­dra être phy­si­que­ment cos­taud pour dou­bler Gi­ro-Tour. Pour­quoi avoir chan­gé sa pré­pa­ra­tion pour juillet qui a fait lar­ge­ment ses preuves, l’an­née où il es­père en­trer dans la lé­gende du cyclisme ? Seule­ment pour l’ar­gent (il au­rait tou­ché 2 mil­lions d’eu­ros en prime de dé­part des or­ga­ni­sa­teurs ita­liens) ? « Bien sûr, mo­di­fier mon pro­gramme avant le Tour pré­sente un risque, avoue- t- il. Mais si je n’étais pas al­lé au Gi­ro, je pense que

je l’au­rais re­gret­té toute ma vie » . À 33 ans, Ch­ris Froome sait que le temps lui est comp­té. Le temps du sport et ce­lui de la jus­tice…

Soup­çon­né de triche, le Bri­tan­nique de­vra être cos­taud men­ta­le­ment, car la pres­sion se­ra forte sur ses épaules.

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