Les “Sky­hawk” is­raé­liens

Des pi­lotes ra­content

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire - Par Sh­lo­mo Alo­ni. Tra­duit de l’an­glais par Xa­vier Méal.

Troi­sième par­tie. Vient la ter­rible guerre du Kip­pour en oc­tobre 1973 pour les “Sky­hawk” is­raé­liens en­ga­gés au coeur de la ba­taille.

Troi­sième par­tie et fin. Au len­de­main de la guerre d’Usure (juillet 1967-août 1970), la flotte d’“Ahit” se dé­ve­lop­pa au sein de cinq es­ca­drons qui s’en­ga­gèrent dans la guerre du Kip­pour, du 6 au 24 oc­tobre 1973.

Lors de l’en­ga­ge­ment du 12 mai 1970, le com­man­dant Ez­ra Do­than était aux com­mandes de l’“Ahit” 03, le pre­mier à avoir été équi­pé de ca­nons De­fa de 30 mm de fa­bri­ca­tion fran­çaise. Le mi­traillage au sol des avions avait per­mis d’ac­qué­rir la su­pé­rio­ri­té aé­rienne pen­dant la guerre des Six Jours, et la plu­part des avions d’at­taque is­raé­liens étaient ar­més de deux ou quatre ca­nons de 30 mm. Dès le dé­but, l’ar­me­ment du “Sky­hawk”, consti­tué de deux ca­nons de 20 mm, avait été ju­gé in­suf­fi­sant, et la force aé­rienne is­raé­lienne avait de­man­dé leur rem­pla­ce­ment dès le dé­but du pro­jet “Rug­by”. McDon­nell Dou­glas avait con­çu une mo­di­fi­ca­tion struc­tu­relle et, à la fin de 1969, l’Es­ca­dron 109 avait ré­cep­tion­né deux “Ahit” équi­pés de ca­nons de 30 mm, “Ahit” 03 et “Ahit” 34. Les es­sais de tirs sous fac­teurs de charges éle­vés – su­pé­rieurs à 3,5 g – ré­vé­lèrent des pro­blèmes, tout comme à basse vitesse et forte in­ci­dence. Ces ré­sul­tats furent com­pa­rés à ceux des “Ahit” équi­pés des ca­nons de 20 mm ; il ap­pa­rut qu’ils fai­saient preuve des mêmes dé­fauts à basse vitesse et forte in­ci­dence, mais que les pro­blèmes sous fort fac­teur de charge étaient propres à ceux équi­pés du 30 mm. Des mo­di­fi­ca­tions et des tests furent ef­fec­tués, et l’“Ahit” ar­mé du 30 mm fut dé­cla­ré opé­ra­tion­nel. L’uni­té de main­te­nance Air 22 de Tel Nof mo­di­fia les “Ahit” mo­no­places dé­jà li­vrés, et McDon­nell Dou­glas équi­pa les avions qui étaient en­core dans ses usines. As­saf Ben-Nun se sou­vient :

“Le rem­pla­ce­ment du ca­non cau­sa quelques pro­blèmes. Les ca­nons de 30 mm n’ont pas été ins­tal­lés

avec le même angle que les ca­nons de 20 mm ; ils étaient in­cli­nés vers le bas comme sur le MiG-17. L’ar­gu­ment était que l’angle des­cen­dant per­met­trait le tir sous un plus fort fac­teur de charge. Le “Sky­hawk” ayant un vi­seur fixe, le taux de réus­site a été très bas dans le do­maine du tir ai­rair. Même pour le mi­traillage, cette ins­tal­la­tion se ré­vé­la pro­blé­ma­tique. Si l’avion était in­cli­né d’un côté ou de l’autre du­rant un pi­qué pour cor­ri­ger la vi­sée, la dé­flexion par­tait sur le côté. Vous de­viez donc plon­ger droit si­non vous ra­tiez la cible.”

La ques­tion de sa­voir si l’ef­fort de rem­pla­ce­ment des ca­nons en va­lait la peine est dis­cu­table. Le mi­traillage avait en ef­fet été une com­po­sante es­sen­tielle pour rem­por­ter la su­pé­rio­ri­té aé­rienne au cours de la guerre des Six Jours de juin 1967, mais les le­çons ti­rées de ce conflit par les op­po­sants avaient consi­dé­ra­ble­ment ré­duit son ef­fi­ca­ci­té. Les avions arabes n’étaient dé­sor­mais plus sta­tion­nés à l’air libre mais abri­tés dans des “han­ga­rettes” ren­for­cées, et des moyens de dé­fense aé­rienne mas­sifs pro­té­geaient les installations clés dans tout le MoyenO­rient. L’ef­fi­ca­ci­té du mi­traillage opé­ra­tion­nel par les “Ahit” était donc pro­ba­ble­ment dé­jà ré­duite lorsque le rem­pla­ce­ment des ca­nons fut pré­vu.

Les tran­chées pour ob­jec­tif

Les pre­miers signes du dé­ploie­ment du ré­seau de dé­fense aé­rienne so­vié­tique vers le ca­nal de Suez furent la construc­tion de nom­breuses tran­chées, des­ti­nées à re­ce­voir des bat­te­ries de missile sol-air SA-3. La force aé­rienne is­raé­lienne bom­bar­da 38 tran­chées en mars 1970, 80 en mai 1970 et 106 en juillet 1970. 310 tran­chées furent bom­bar­dées du­rant la guerre d’Usure (ou d’At­tri­tion). Le rythme des mis­sions d’in­tru­sion noc­turnes fut éga­le­ment in­ten­si­fié car les Égyp­tiens pro­fi­taient de l’obs­cu­ri­té pour construire l’in­fra­struc­ture de leur ré­seau de dé­fense aé­rienne et dé­ployer les bat­te­ries de mis­siles sol-air. Mal­gré les ef­forts de la force aé­rienne is­raé­lienne, la force de dé­fense aé­rienne so­vié­tique s’éta­blit fer­me­ment à l’ouest du ca­nal de Suez à la fin du mois de juin 1970. La confron­ta­tion qui s’en­sui­vit entre les avions de com­bat is­raé­liens et les mis­siles so­vié­tiques lan­cés de­puis le sol égyp­tien de­vait res­ter à tout ja­mais gra­vée dans les an­nales de la force aé­rienne is­raé­lienne. Cinq “Phan­tom” furent per­dus lors des frappes contre des bat­te­ries de mis­siles du 30 juin au 3 août 1970. Les “Ahit” ne furent pas char­gés de frap­per les bat­te­ries de mis­siles sol-air mais at­ta­quèrent l’ar­tille­rie et les infrastructures égyp­tiennes ; ils s’at­te­lèrent à la sup­pres­sion des bat­te­ries d’ar­tille­rie de dé­fense an­ti­aé­rienne et des sta­tions ra­dar. As­saf BenNun se sou­vient : “Le “Sky­hawk” avait d’ex­cel­lentes armes et pou­vait em­por­ter beau­coup de bombes, mais il était équi­pé d’un vi­seur fixe. L’al­ti­tude mi­ni­male pen­dant les mis­sions d’at­taque de la guerre d’Usure était de 10 000 pieds [3 050 m] afin de mi­ni­mi­ser le risque de dom­mages cau­sés par l’ar­tille­rie de dé­fense an­ti­aé­rienne, alors nous bom­bar­dions de­puis 12 000 pieds [3 660 m] avec un vi­seur fixe ! La pré­ci­sion des bom­bar­de­ments diurnes n’était donc pas éle­vée. Du­rant les opé­ra­tions de nuit, nous vo­lions plus bas. La nuit, nous opé­rions par paires. Un aé­ro­nef en or­bite à l’est du ca­nal de Suez, tan­dis que l’autre, tous feux éteints, fran­chis­sait le ca­nal pour cher­cher des cibles d’op­por­tu­ni­té, et les rôles étaient in­ver­sés toutes les 15 à 20 mi­nutes. Nous avons bom­bar­dé la nuit à basse al­ti­tude et même mi­traillé ; les mis­sions noc­turnes étaient très exi­geantes et très fruc­tueuses.”

Les in­ter­cep­teurs MiG-21 fai­saient par­tie in­té­grante d’une di­vi-

Je passe sur le dos et je plonge. La lueur jaune d’un missile SA-2 monte de Port-Saïd vers moi

sion de dé­fense aé­rienne so­vié­tique. Le suc­cès des bat­te­ries égyp­tiennes lan­ceuses de mis­siles so­vié­tiques en­cou­ra­gea les pi­lotes so­vié­tiques de MiG-21 à adop­ter une at­ti­tude agres­sive. Les ser­vices de ren­sei­gne­ments de la force aé­rienne is­raé­lienne consta­tèrent un ac­crois­se­ment du nombre des pa­trouilles en MiG-21 et des in­ter­cep­tions ef­fec­tuées par les So­vié­tiques. La plu­part de ces in­ter­cep­tions ne se concré­ti­sèrent pas en vic­toires, mais il s’en fal­lut de peu lors d’un en­ga­ge­ment qui eut lieu le 25 juillet 1970. Des MiG-21 in­ter­ce­ptèrent une paire d’“Ahit” de l’Es­ca­dron 102. Les “Ahit” firent face et un com­bat aé­rien s’en­sui­vit. Des chas­seurs is­raé­liens en pa­trouille de cou­ver­ture des avions d’at­taque furent di­ri­gés vers la scène de l’af­fron­te­ment, mais ils étaient trop loin. Les “Ahit” se désen­ga­gèrent fi­na­le­ment et le com­bat aé­rien se trans­for­ma en une pour­suite à basse al­ti­tude. Un MiG-21 ti­ra un missile qui se ver­rouilla sur l’ai­lier de la paire d’“Ahit”, et l’avion dis­pa­rut dans une énorme boule de feu. Les pi­lotes so­vié­tiques, sa­tis­faits, vi­rèrent et ren­trèrent à leur base, re­ven­di­quant une vic­toire en com­bat aé­rien. Alors qu’ils re­par­taient, le “Sky­hawk” sor­tit de la boule de feu et at­ter­rit, en­dom­ma­gé, à Re­fi­dim.

is­raé­lien d’un ces­sezle-feu le long du ca­nal de Suez fut fi­na­le­ment at­teint le 7 août 1970, date à la­quelle la guerre d’Usure prit of­fi­ciel­le­ment fin. La flotte d’“Ahit” avait ef­fec­tué près de 6 000 sor­ties opé­ra­tion­nelles, n’avait per­du que trois avions et avait at­ta­qué de nom­breuses cibles en Égypte, en Jor­da­nie, au Li­ban et en Syrie.

VIA AISO

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L’Es­ca­dron 115 re­çut son pre­mier “Ahit” en fé­vrier 1973. Il vo­la avec le code de fu­se­lage 322 à par­tir de fé­vrier 1973 mais se­rait de­ve­nu le 422 après la guerre du Kip­pour… à moins qu’il ait été per­du au com­bat du­rant le conflit.

VIA AISO

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L’“Ahit” 317/417 aux com­mandes du­quel le nou­veau com­man­dant de l’Es­ca­dron 115, Gio­ra Romm, fit son tout pre­mier vol sur “Sky­hawk” lors d’une mis­sion de guerre lors de la guerre du Kip­pour.

L’“Ahit” (à gauche) à ré­ac­teur J52 souf­frit beau­coup plus du missile SA-7 que le “Super Mys­tère” amé­lio­ré avec le même ré­ac­teur, même si les deux types ef­fec­tuèrent des mis­sions si­mi­laires pen­dant la guerre du Kip­pour. Se­lon les ana­lyses de la force aé­rienne is­raé­lienne, la tuyère plus longue du “Super Mys­tère” for­çait le SA-7 à ex­plo­ser plus loin de la queue ; la tuyère des “Ahit” fut mo­di­fiée en consé­quence.

Les dé­gâts – rien de fatal… – d’un SA-7 sur l’“Ahit” 31.

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