Dans l’in­ti­mi­té de Mem­phis Belle

B-17F “For­te­resse vo­lante”

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire - Par Xa­vier Méal

Mem­phis Belle est de re­tour ! Tout sur son his­toire et sa res­tau­ra­tion.

Le fa­meux B-17 Mem­phis Belle est de nou­veau ex­po­sé, cette fois au Na­tio­nal Mu­seum of the Uni­ted States Air Force, à Day­ton dans l’Ohio, après 13 an­nées de res­tau­ra­tion. L’oc­ca­sion de le­ver le voile sur la qua­li­té du tra­vail ef­fec­tué, mais aus­si sur les des­sous du mythe.

En 2005, lorsque les tra­vaux de res­tau­ra­tion dé­bu­tèrent sur le Mem­phis Belle, le pre­mier et prin­ci­pal dé­fi fut d’éta­blir la liste des pièces man­quantes, et de dé­ter­mi­ner ce qui pou­vait être re­trou­vé ici ou là, ou né­ces­si­tait d’être fa­bri­qué d’après les plans ori­gi­naux et avec les pro­ces­sus et ma­té­riaux de l’époque. Car, du­rant les pre­mières an­nées de son exposition à Mem­phis, juste après la guerre, les van­dales et col­lec­tion­neurs mal­hon­nêtes de sou­ve­nirs firent qua­si­ment plus de dé­gâts que la Flak et

la Luft­waffe réunies. Tout ce qui pou­vait être dé­mon­té ou ar­ra­ché à l’in­té­rieur du bom­bar­dier dis­pa­rut : sièges du pi­lote, du co­pi­lote, du na­vi­ga­teur, ra­dios, etc. Com­men­ça alors une longue quête, por­tée par l’es­poir que nombre de ces pièces et élé­ments ori­gi­naux se trou­vaient en­core dans des caves et des gre­niers à Mem­phis ou dans ses alen­tours. Ro­ger Deere, chef du dé­par­te­ment Res­tau­ra­tion du Na­tio­nal Mu­seum of the Uni­ted States Air Force, fit alors sa­voir qu’au­cune ques­tion ne se­rait po­sée à ceux qui fe­raient don au mu­sée d’une

pièce ori­gi­nale du Mem­phis Belle, es­pé­rant ain­si le­ver l’ap­pré­hen­sion qui pou­vait blo­quer cer­taines vel­léi­tés…

La chance joua par­fois en fa­veur de Ro­ger Deere. Ain­si, en 2006, il se ren­dit dans une ville mi­nière de l’est de l’Ohio, où il avait été in­vi­té à fu­re­ter dans un bun­ga­low pré­fa­bri­qué de quatre pièces dont le pla­fond me­na­çait de s’ef­fon­drer sous le poids des ob­jets ac­cu­mu­lés dans le gre­nier. Le pro­prié­taire ve­nait de dé­cé­der, et un de ses hé­ri­tiers, en fai­sant l’in­ven­taire, était tom­bé sur quelque chose qui, se­lon lui, pou­vait in­té­res­ser Deere. Dans tout le bricà-brac, Deere tom­ba sur l’équi­pe­ment ra­dio com­plet d’un B-17. Il ne de­man­da pas comment il était ar­ri­vé jusque dans ce gre­nier, ne vou­lait pas d’ex­pli­ca­tion… il vou­lait juste les ra­dios qui trou­vèrent leur place dans le Mem­phis Belle res­tau­ré.

Mieux en­core, en 2013, un cer­tain Ralph Bar­ret rap­por­ta au mu­sée la poi­gnée de la se­ringue d’in­jec­tion des mo­teurs qui se trouve sur le ta­bleau de bord côté pi­lote. Il avait été élève mé­ca­ni­cien à l’école de l’USAF de Mem­phis, toute proche de la base de la Garde na­tio­nale où était alors ex­po­sé le Mem­phis Belle, dont les mo­teurs étaient régulièrement dé­mar­rés. Il se rap­pe­la avoir ra­mas­sé par terre cette poi­gnée avec l’ins­crip­tion Pri­mer, sans sa­voir ce que c’était. Pen­dant 40 ans, la poi­gnée était res­tée dans sa caisse à ou­tils… jus­qu’à ce qu’il re­tombe des­sus en net­toyant la­dite caisse. Il fi­nit par l’iden­ti­fier après avoir fait un vol dans un B-17 ve­nu vendre des bap­têmes à Nashville. En­core mieux : en 2015, le Mem­phis Belle re­trou­va la sec­tion gauche de son ta­bleau de bord, don­né par le Na­tio­nal Mu­seum of the Migh­ty Eighth Air Force de Sa­van­nah, en Géor­gie, qui l’avait ré­cu­pé­ré en 2009 sous forme d’élé­ment d’une table basse. La sec­tion de ta­bleau de bord avait été of­ferte à Clair­mont L. Egt­vedt, an­cien pa­tron de la Boeing Com­pa­ny, sur­nom­mé le “père de la For­te­resse vo­lante”, lors­qu’il prit sa re­traite en 1966. Egt­vedt avait en­suite don­né ob­jet historique à son ami Lo­well J. William­son, an­cien mi­trailleur sur B-17 et pri­son­nier de guerre du­rant la Deuxième Guerre mon­diale, qui avait pro­mis d’en faire don à un mu­sée…

Le dé­ca­page du fu­se­lage ré­serve des sur­prises…

Au fil des ans, pour­tant, nombre de pièces et d’élé­ments ont dû être (re)fa­bri­qués, comme les sup­ports de mi­trailleuses, le plan­cher, la porte gauche de la soute à bombes, les pare-brise du poste de pi­lo­tage, un lon­ge­ron de fu­se­lage et un lon­ge­ron de la par­tie fixe de la dé­rive, ou en­core le chauf­feur de gly­col qui ali­men­tait le cir­cuit de chauf­fage de la ca­bine – que per­sonne ne ver­ra car il est à l’in­té­rieur de l’aile gauche. Ca­sey Sim­mons, le tech­ni­cien du mu­sée qui l’a fa­bri­qué, pré­cise que ce chauf­feur fonc­tionne néan­moins par­fai­te­ment !

Les mo­teurs ar­ri­vés avec l’avion n’étant pas des mo­teurs d’ori­gine de B-17, ils ont été rem­pla­cés par quatre exem­plaires du bon type is­sus des ré­serves du mu­sée.

Du­rant ces 13 an­nées, le per­son­nel de l’ate­lier de res­tau­ra­tion du mu­sée a re­çu l’aide de bé­né­voles re­grou­pés au sein d’une as­so­cia­tion agréée par l’éta­blis­se­ment. John Vance, dont le père fut mi­trailleur de queue sur B-17, s’est ain­si char­gé de la res­tau­ra­tion de la tou­relle de mi­trailleuses… de la queue. Chuck Flaum et Steve Mark­man

ont fa­bri­qué dix re­pro­duc­tions à l’iden­tique des sup­ports en bois des bou­teilles d’oxy­gène qu’em­por­taient les membres de l’équi­page dans le bom­bar­dier qui n’était pas pres­su­ri­sé. Le dé­ca­page du fu­se­lage a ré­ser­vé quelques sur­prises. Se­lon Ro­ger Deere, “la pein­ture ca­chait beau­coup de cor­ro­sion. Nous vou­lions tout dé­mon­ter afin de pou­voir en­tre­prendre les ré­pa­ra­tions struc­tu­relles en pre­mier”. Ce tra­vail in­grat a été très long, en par­tie parce que dé­ci­sion avait été prise de pas uti­li­ser de dé­ca­pants chi­miques à l’in­té­rieur. “Les fa­bri­cants af­firment que leurs pro­duits chi­miques ne sont pas cor­ro­sifs, ex­plique Ro­ger Deere. Peu­têtre ne le sont-ils pas sur le mo­ment, mais qu’en se­ra-t-il dans cinq ou dix ans ?” En col­la­bo­ra­tion avec les res­tau­ra­teurs, les chi­mistes des four­nis­seurs ont mo­di­fié un pro­duit exis­tant en un dé­ca­pant à sec qui ré­pon­dait aux pré­oc­cu­pa­tions de Ro­ger Deere.

En plus de ré­vé­ler la cor­ro­sion sous-ja­cente, le dé­ca­page a mis au jour plus de 1 000 noms ins­crits, ou plu­tôt gra­vés sur la queue et le fu­se­lage par le pu­blic pen­dant le War Bond Tour (tour­née de pro­pa­gande et de le­vée de fonds par la vente d’obli­ga­tions). Ces noms ont été pho­to­gra­phiés avant de dis­pa­raître sous la nou­velle pein­ture, puisque le mu­sée a choi­si de re­don­ner au Mem­phis Belle son as­pect d’avant le War Bond Tour.

John Wayne, son ca­si­no et la pin-up

Pour ce qui concerne la li­vrée, on peut re­mar­quer que les ka­ki et vert des par­ties ver­ti­cales de la queue et des gou­vernes sont lé­gè­re­ment dif­fé­rents de ceux du reste de l’avion. Le conser­va­teur du mu­sée, Jeff Du­ford, qui a me­né les re­cherches sur les cou­leurs et les mar­quages du Mem­phis Belle, a dé­cou­vert que si la pein­ture sur la queue des B-17 s’éclair­cis­sait avec le temps, sous les ef­fets des in­tem­pé­ries et du so­leil, la pein­ture des gou­vernes en­toi­lées pas­sait en­core plus ra­pi­de­ment. L’équipe du mu­sée a tra­vaillé jus­qu’à ce qu’ils ob­tiennent les bonnes nuances. “Nous avons d’abord réa­li­sé 25 mé­langes dif­fé­rents pour trou­ver les bonnes teintes, afin de nous as­su­rer que la re­pro­duc­tion de la li­vrée “pé­riode juste après la 25e mis­sion” soit la plus pré­cise pos­sible”, a dé­cla­ré Du­ford.

le Mem­phis Belle est dé­sor­mais ex­po­sé dans le NMUSAF, son long et la­bo­rieux pro­ces­sus de res­tau­ra­tion n’en est pas pour au­tant ter­mi­né. Ce­lui de l’in­té­rieur, en par- ti­cu­lier, se­ra réa­li­sé in si­tu. Mais au moins, 75 ans après sa 25e et der­nière mis­sion, le Mem­phis Belle ra­conte dé­sor­mais lui-même son his­toire.

L’équi­page du Boeing B-17F10-BO “Flying For­tress” ma­tri­cule 41-24485 prit en compte l’avion en sep­tembre 1942 sur la base de Dow, près de Ban­gor, dans le Maine, au sein du 91st Bom­bard­ment Group (Hea­vy) du 1st Com­bat Wing de la 1st Air Di­vi­sion du VIII Bom­ber Command. Dans son livre Figh­ting Co­lors : The Crea­tion of Mi­li­ta­ry Air­craft Nose Art, Ga­ry Ve­las­co ra­conte que le pi­lote, Ro­bert Mor­gan, vou­lait à l’ori­gine bap­ti­ser l’avion Lit­tle One, du sur­nom af­fec­tueux qu’il avait don­né à sa nou­velle pe­tite amie de l’époque, Mar­ga­ret Polk, de Mem­phis, dans le Ten­nes­see. Mais après avoir vu au ci­né­ma avec son co­pi­lote James Ve­ri­nis le film La­dy for a Night, il chan­gea d’avis. Dans ce film, John Wayne joue le rôle de Jack Mor­gan, homme po­li­tique in­fluent amou­reux de Jen­ny Blake (jouée par Joan Blon­dell) ; tous deux sont co­pro­prié­taires, d’un ca­si­no flot­tant sur le Mis­sis­sip­pi, à Mem­phis, le Mem­phis Belle, mais leur his­toire d’amour tourne mal lorsque Jen­ny

Blake se met en tête de se ma­rier avec un autre homme dans l’es­poir d’in­té­grer la haute so­cié­té. Le nom Mem­phis Belle fut sou­mis au vote de l’équi­page, qui l’adop­ta à l’una­ni­mi­té. Ro­bert Mor­gan écri­vit en­suite au magazine Es­quire afin que son illus­tra­teur ve­dette, Georges Pet­ty, au­teur d’une sé­rie de pin-up in­ti­tu­lée “Pet­ty Girls” pu­bliée en double page centrale, lui en­voie un mo­dèle. Et c’est ain­si qu’une fois l’avion convoyé jus­qu’à la base de Bas­sing­bourn, en Grande-Bre­tagne, où il se po­sa le 14 oc­tobre sui­vant, le ca­po­ral To­ny Star­cer pei­gnit des deux cô­tés du nez du bom­bar­dier la “Pet­ty Girl” du nu­mé­ro d’avril 1941 d’Es­quire, une su­perbe blonde aux longues jambes pas­sant un coup de té­lé­phone. Si le maillot de bain de la belle fut bleu d’un côté et rouge de l’autre, c’est tout sim­ple­ment que Star­cer man­qua de l’une ou l’autre des cou­leurs après avoir peint la pre­mière pin-up.

Der­rière le mythe et la pro­pa­gande

Un équi­page de B-17 était com­po­sé de dix membres. La règle était que l’équi­page ren­trait au États-Unis après avoir ef­fec­tué 25 mis­sions (un tour d’opé­ra­tions). En 1943 et jus­qu’au dé­but de 1944, la plu­part des bom­bar­diers amé­ri­cains étaient abat­tus en moyenne entre leur 8e et 12e mis­sion. Beau­coup n’en ac­com­plis­saient que trois au quatre avant d’être dé­truits. Un grand nombre ne re­ve­nait pas de la pre­mière… Cer­taines for­ma­tions com­ptèrent jus­qu’à 1 000 avions pour cer­taines opé­ra­tions, lors des­quelles en furent par­fois per­dus 200 à 300… Pas de quoi at­ti­rer les nou­velles re­crues. Et c’est pour cette rai­son que l’US Ar­my Air Corps lan­ça une opé­ra­tion de pro­pa­gande, qui pren­drait la forme d’un film à la gloire d’un équi­page de bom­bar­dier re­ve­nant de ses 25 mis­sions sur l’Eu­rope. Elle fit pour ce­la ap­pel au réa­li­sa­teur hol­ly­woo­dien William Wy­ler, en­ga­gé dans ses rangs, et ren­du cé­lèbre par son Ben Hur aux 11 os­cars avec Charl­ton Hes­ton dans le rôle prin­ci­pal.

Ro­bert Mor­gan ra­conte dans ses mé­moires qu’il fut ap­pro­ché par William Wy­ler à la fin de jan­vier 1943, après la hui­tième mis­sion de son équi­page. Wy­ler lui ex­pli­qua qu’il vou­lait fil­mer le Mem­phis Belle et son équi­page en rai­son d’une cer­taine mys­tique liée au pe­tit nom de l’avion, et à la ré­pu­ta­tion qu’avait ac­quis Mor­gan de “pi­lote qui ra­me­nait tou­jours son équi­page”. Mor­gan ac­cep­ta après que Wy­ler lui eut as­su­ré que ses opé­ra­teurs ca­mé­ra ne gê­ne­raient en rien les ac­ti­vi­tés de l’équi­page. Les toutes pre­mières images ne furent pas tour­nées à bord du Mem­phis Belle, mais à bord du Jer­sey Bounce lors d’une mis­sion le 26 fé­vrier 1943 sur Wil­helm­sha­ven, en Al­le­magne ; le Mem­phis Belle était alors en ré­pa­ra­tion après avoir su­bi de graves dom­mages à la queue, qui avait été sur le point de se dé­ta­cher, in­cen­diée par les tirs d’un Focke-Wulf 190 lors d’une mis­sion sur la base sous-ma­rine de Lo­rient le 23 jan­vier – Ro­bert Mor­gan avait ra­me­né l’avion et son équi­page à bon port. Ce jour-là, le Jer­sey Bounce fit l’ob­jet de lourdes at­taques de chas­seurs al­le­mands et deux B-17 du 91st BG furent abat­tus. Mal­gré le dan­ger, Wy­ler fil­ma au moins six autres mis­sions de com­bat

La ré­pu­ta­tion qu’avait ac­quis Mor­gan de “pi­lote qui ra­me­nait tou­jours son équi­page”

avec l’équi­page de Ro­bert Mor­gan, mais pas toutes à bord du Mem­phis Belle. Au re­tour de sa mis­sion du 17 mai 1943, une nou­velle fois sur la base de sous-ma­rins de Lo­rient, le Mem­phis Belle du 324th Bomb Squa­dron fut dé­cla­ré par l’USAAC comme pre­mier bom­bar­dier ayant ac­com­pli 25 mis­sions. Pour au­tant, le Mem­phis Belle et son équi­page ha­bi­tuel – au sens de l’équi­page du dé­part – n’avaient pas ac­com­pli en­semble leur tour d’opé­ra­tion.

En ef­fet, l’équi­page ha­bi­tuel di­ri­gé par le cap­tain Ro­bert Mor­gan ( pi­lote) était com­po­sé des cap­tains James “Jim” Ve­ri­nis (co­pi­lote), Vince Evans (bom­bar­dier), Chuck Leigh­ton (na­vi­ga­teur), des ser­geants Ro­bert Han­son (ra­dio), Ce­cil Scott (mi­trailleur tou­relle “boule”), des ser­geants Ha­rold Loch, Eu­gene Ad­kins, Le­vi­ti­cus Dillon (mi­trailleurs tou­relle dor­sale), du sgt John Quin­lan (mi­trailleur de queue), des ser­geants Scott Miller, Ca­si­mir Nas­tal, Cla­rence Win­chell (mi­trailleurs de sa­bord). Aux­quels il faut ajou­ter ce­lui qui res­tait à terre di­ri­ger les tra­vaux d’en­tre­tien et de ré­pa­ra­tion du bom­bar­dier, le sgt Jo­seph “Joe” Giam­brone, chef mé­ca­ni­cien qui rem­pla­ça neuf mo­teurs, les deux ailes, deux fois l’em­pen­nage ver­ti­cal et les deux trains d’at­ter­ris­sage. Mais la com­po­si­tion de l’équi­page va­ria au fil des mis­sions, et lors de cer­taines, le Mem­phis Belle eut même un autre pi­lote que Ro­bert Mor­gan. Par ailleurs, l’équi­page de Ro­bert Mor­gan vo­la sur d’autres B-17 à l’oc­ca­sion de quatre mis­sions (le 4 fé­vrier sur le B-17F ma­tri­cule 41-24515 Jer­sey Bounce, le 27 fé­vrier sur le B-17 41-24515, le 5 avril 1943 sur le B-17 41-24480 Bad Pen­ny, le 4 mai 1943 sur le B-17 41-24527 The Great Spe­ck­led Bird).

Ro­bert Mor­gan a pour sa part ef­fec­tué 29 mis­sions avec le 324th BS avant de ren­trer aux États-Unis. Le co­pi­lote Jim Ve­ri­nis n’a ef­fec­tué que six mis­sions sur le Mem­phis Belle ; la der­nière fut en tant que com­man­dant de bord à la place de Mor­gan qui était ma­lade le 30 dé­cembre 1942, puis il re­çut le 12 jan­vier 1943 le com­man­de­ment d’un autre B-17, qu’il bap­ti­sa Con­nec­ti­cut Yan­kee et qu’il pi­lo­ta lors de 20 mis­sions (ce qui lui va­lut quoi qu’il en soit d’at­teindre le chiffre ma­gique des 25 mis­sions le 13 mai, quelques jours avant Ro­bert Mor­gan…) puis de fi­na­le­ment ren­trer aux États-Unis en juin 1943 en tant que co­pi­lote du Mem­phis Belle. Ro­bert Mor­gan ra­conte dans ses mé­moires qu’il n’y eut ja­mais de vé­ri­table rem­pla­çant de Ve­ri­nis ; plu­sieurs co­pi­lotes se suc­cé­dèrent dans le siège de droite et il consi­dé­ra tou­jours Ve­ri­nis comme le co­pi­lote du Mem­phis Belle. Du fait de rem­pla­ce­ments oc­ca­sion­nels ou pro­lon­gés de cer­tains membres de l’équi­page d’ori­gine, au moins une ving­taine d’hommes ont vo­lé à bord du Mem­phis Belle. Ce fut no­tam­ment le cas de Le­vi Dillon, mi­trailleur dor­sal, qui prit part aux quatre pre­mières mis­sions, d’Eu­gene Ad­kins qui par­ti­ci­pa aux six sui­vantes et eut les mains ge­lées à la der­nière, ou en­core d’E. Scott Miller, mi­trailleur qui par­ti­ci­pa aux 15 pre­mières mis­sions.

Le Mem­phis Belle n’était pas le pre­mier

Qui plus est, la vé­ri­té de la pro­pa­gande de l’USAAC n’est pas celle des faits. Se­lon des his­to­riens spé­cia­li­sés, le pre­mier bom­bar­dier amé­ri­cain à fi­nir son tour de mis­sion fut le B-24 “Li­be­ra­tor” ma­tri­cule 41-23728 bap­ti­sé Hot Stuff qui ef­fec­tua sa 25e mis­sion le 7 fé­vrier 1943 – soit trois mois avant le Mem­phis Belle. Il en ef­fec­tua même 31 et fut alors ap­pe­lé à ren­trer aux États-Unis pour y faire un War Bond Tour, mais s’écra­sa dans le mau­vais temps en Is­lande le 3 mai 1943 sur le che­min du re­tour vers les États-Unis. Seul le mi­trailleur de queue sur­vé­cut. À cette date, le Mem­phis Belle avait dé­jà ac­com­pli 22 mis­sions, et sem­blait donc un bon pros­pect pour l’USAAC. Mais le 13 mai 1943, le B-17F ma­tri­cule 41-24577 bap­ti­sé Hells An­gels du 358th BS du 303rd BG ef­fec­tua sa 25e mis­sion – soit une se­maine avant le Mem­phis Belle. À cette date, William Wy­ler avait dé­jà tour­né des heures et des heures d’images avec l’équi­page de Ro­bert Mor­gan et, le 17 mai, le Mem­phis Belle fut dé­cré­té of­fi­ciel­le­ment comme le pre­mier bom­bar­dier à avoir com­plé­té un tour d’opé­ra­tion au re­tour d’une mis­sion sur Lo­rient. Ce 17 mai, le Hell’s An­gels, qui était aus­si al­lé vers Lo­rient, ren­tra de sa 28e mis­sion. Dans son livre Hit the Tar­get : Eight Men who Led The Eighth Air Force to Vic­to­ry over the Luft­waffe, Bill Yenne ra­conte qu’à l’is­sue de cette 25e mis­sion, Ro­bert Mor­gan de­man­da à William Wy­ler ce qu’il se se­rait pas­sé si le Mem­phis Belle avait été abat­tu. Wy­ler ré­pon­dit cal­me­ment qu’il avait em­bar­qué un ca­mé­ra­man à bord du Hell’s An­gels.

Le 8 juin 1943, le Mem­phis Belle re­vint aux États-Unis, pi­lo­té par Ro­bert Mor­gan et Jim Ve­ri­nis, mon­té par un “équi­page of­fi­ciel” consti­tué d’hommes ayant 25 mis­sions à leur actif et en ayant ac­com­pli cer­taines – si­non la plu­part – à bord du bom­bar­dier, choi­sis par l’état-major de la 8th Air Force.

La se­conde étape du War Bond Tour du Mem­phis Belle, après Wa­shing­ton, D.C., fut bien sûr Mem­phis. Quand le bom­bar­dier s’y po­sa le 19 juin 1943, Mar­ga­ret Polk at­ten­dait Ro­bert Mor­gan, en­tou­rée d’une nuée de jour­na­listes et pho­to­graphes. Ro­bert Mor­gan sau­ta de son avion et se pré­ci­pi­ta pour em­bras­ser sa belle, et la pho­to fit la une de tous les jour­naux du soir. Cette mis­sion de trois mois au cours de l’été 1943 ame­na le Mem­phis Belle et son équi­page dans 31 villes, dont Cle­ve­land, Los An­geles, Wi­chi­ta et Mo­bile. Par­tout, les membres de l’équi­page furent trai­tés comme des hé­ros. Mais dé­but août 1943, Mar­ga­ret rom­pit les fian­çailles…

Hells An­gels eut droit à son War Bond Tour en 1944… après avoir ac­com­pli un to­tal de 48 mis­sions et n’être ren­tré aux États- Unis que le 20 jan­vier 1944. Lors d’une étape près d’Hol­ly­wood, son équi­page fut pho­to­gra­phié en com­pa­gnie d’Hum­phrey Bo­gart et de Lau­ren Ba­call. Le do­cu­men­taire Mem­phis Belle : The Sto­ry Of A Flying For­tress ( Mem­phis Belle, his­toire d’une for­te­resse vo­lante) de William Wy­ler fut pro­je­té pour la

pre­mière fois le 4 avril 1944. Hell’s An­gels fut ven­du comme sur­plus et fer­raillé en août 1945 ; il s’en fal­lut de peu que le Mem­phis Belle su­bisse le même sort.

Re­pé­ré dans un parc à fer­raille

La tour­née ter­mi­née, le Mem­phis Belle fut af­fec­té pen­dant un cer­tain temps à une uni­té d’en­traî­ne­ment. Mais, en 1945, il fut poussé dans un parc à fer­raille de la base d’Al­tus, dans l’Ok­la­ho­ma, en at­ten­dant d’être dé­cou­pé. Un jour­na­liste avi­sé le re­pé­ra, pu­blia un ar­ticle sur son triste sort et contac­ta le maire de Mem­phis – qui ache­ta l’avion pour 340 dol­lars. Le bom­bar­dier fut ra­pa­trié à Mem­phis le 17 juillet 1946.

Le Mem­phis Belle fut ex­po­sé sans pro­tec­tion en divers endroits de la ville, où il su­bit non seule­ment les ou­trages du temps mais aus­si ceux des van­dales. Le con­seil mu­ni­ci­pal le ré­tro­cé­da au dé­but des an­nées 1970 à l’US Air Force qui consen­tit à ce qu’il reste ex­po­sé sur place. En no­vembre 1977, il fut dé­pla­cé de­puis l’en­trée de la base de la Garde na­tio­nale où il était de­puis 1950 jus­qu’à l’aé­ro­port de Mem­phis. Au cours des neuf an­nées sui­vantes, divers ef­forts de col­lecte de fonds furent dé­ployés pour le res­tau­rer. Après que l’ani­ma­teur de té­lé­vi­sion Hugh Downs eut dif­fu­sé dans son émission 20/20 un ap­pel aux dons, Frank Do­no­frio, un homme d’af­faires lo­cal, ac­cep­ta d’of­frir un mor­ceau de terre sur l’île Mud, où le bom­bar­dier historique pourrait être ex­po­sé. Fe­de­ral Express et Boeing firent cha­cun un don de 100 000 dol­lars pour sa res­tau­ra­tion et la ville don­na 150 000 dol­lars. Au to­tal plus d’un de­mi-mil­lion de dol­lars furent ré­col­tés. Le mé­mo- rial – avec un toit pour pro­té­ger le B-17 – fut inau­gu­ré en mai 1987. Mais la pré­sence d’en­va­his­sants et per­sis­tants pi­geons en­traî­na de nou­velles dé­gra­da­tions, d’un autre type, due aux fientes. Du­rant l’été de 2003, le Mem­phis Belle fut dé­mon­té et trans­por­té jusque dans un han­gar de l’an­cienne base na­vale de Mem­phis, à Milling­ton, pour y être res­tau­ré. En sep­tembre 2004, le Na­tio­nal Mu­seum of the Uni­ted States Air Force, ap­pa­rem­ment fa­ti­gué des hauts et des bas des ten­ta­tives de la ville pour pré­ser­ver l’avion, fit sa­voir qu’il vou­lait le res­tau­rer pour l’ex­po­ser. Et le bom­bar­dier ar­ri­va dans ses ate­liers de la base de Wright Pat­ter­son, à Day­ton dans l’Ohio, en oc­tobre 2005.

Une ver­sion ro­man­cée de l’his­toire, ti­trée Mem­phis Belle, fut pro­duite en 1990 par Da­vid Putt­nam en Grande-Bre­tagne, co­pro­duite par Ca­the­rine Wy­ler, la fille de William Wy­ler, et réa­li­sée par Mi­chael Ca­tonJones, avec Mat­thew Mo­dine et Eric Stoltz dans les rôles prin­ci­paux. De quoi en­tre­te­nir un mythe fa­bri­qué pour les be­soins de la pro­pa­gande, alors que l’his­toire du Hell’s An­gels, qui ef­fec­tua 48 mis­sions sans ja­mais de­voir ren­trer à la base avant d’avoir at­teint l’ob­jec­tif, et sans qu’au­cun de ses hommes d’équi­page ne fût ja­mais bles­sé, est – celle-là – bien réelle.

US AIR FORCE PHO­TO BY KEN LAROCK

Les spé­cia­listes en res­tau­ra­tion Ja­son Da­vis et Ca­sey Sim­mons du NMUSAF se pré­parent à ins­tal­ler la tou­relle su­pé­rieure du B-17F Mem­phis Belle.

US AIR FORCE

Le Boeing B-17F-10-BO “Flying For­tress” ma­tri­cule 41-22485, bap­ti­sé Mem­phis Belle, en vol au-des­sus de la Gran­deB­re­tagne en 1943.

XA­VIER MÉAL

Une sec­tion d’aile en res­tau­ra­tion dans les ate­liers du NMUSAF en oc­tobre 2007.

US AIR FORCE

La sec­tion gauche du ta­bleau de bord du Mem­phis Belle, peu après qu’elle a été don­née au NMUSAF par le Na­tio­nal Mu­seum of the Migh­ty Eighth Air Force.

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XA­VIER MÉAL

La tou­relle boule ven­trale élec­tro­hy­drau­lique Sper­ry, aux mains des bé­né­voles de l’ate­lier de res­tau­ra­tion du NMUSAF, en oc­tobre 2007.

US AIR FORCE PHO­TO BY KEN LAROCK US AIR FORCE

L’in­té­rieur de la tou­relle boule Sper­ry après res­tau­ra­tion.

Ca­sey Sim­mons peint les noms Pete et Re­peat sur la tôle du poste de mi­trailleur de queue. Du­rant la guerre, John Quin­lan, mi­trailleur de queue du Mem­phis Belle, avait ain­si bap­ti­sé ses deux mi­trailleuses.

US AIR FORCE

Dans le nez en par­tie dé­mon­té du Mem­phis Belle,

en no­vembre 2010. Au pre­mier plan le vi­seur Nor­den.

DR

Le co­pi­lote Jim Ve­ri­nis et Stu­ka, le Scot­tish Ter­rier mas­cotte du Mem­phis Belle.

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Le Mem­phis Belle à Day­ton, dans l’Ohio, lors de son War Bond Tour qu’il ef­fec­tua de juin à août 1943.

US AIR FORCE PHO­TO BY KEN LAROCK

Ca­sey Sim­mons a re­peint les en­jo­li­veurs des roues du Mem­phis Belle à l’iden­tique de ce qu’ils étaient juste après la 25e mis­sion du bom­bar­dier.

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