Cha­pitre 3

Au mi­lieu des an­nées 1980, l’USAF sou­hai­ta rem­pla­cer le A-10 par le chasseur lé­ger. Une idée qui tour­na court…

Le Fana de l'Aviation - - Hors-serie No10 -

• LE A-16 : L’HIS­TOIRE DU F-16 QUI VOU­LUT JOUER AU A-10… • QUEL SUC­CES­SEUR POUR LE A-10 ?

Avant même que com­mence la guerre du Golfe, l’US Air Force cherche dé­jà le moyen de se dé­bar­ras­ser du A- 10. Et quoi de mieux pour y ar­ri­ver que de pro­po­ser une ver­sion du F-16 op­ti­mi­sée pour le tra­vail air-sol, qui fe­rait ain­si du A-10 un ap­pa­reil has been ? C’est ain­si que naît l’idée du A-16, un F-16 sur­vi­ta­mi­né au­quel on au­rait don­né la puis­sance de feu du A-10, avec en plus un cerveau et de bons yeux pour de­ve­nir le roi de la nuit... Pour ob­te­nir cette

puis­sance de feu, l’USAF adapte le ca­non qua­dri­tube GAU-13 (en ca­libre 30 mm) dans un pod qui ac­cueille éga­le­ment les mu­ni­tions : 353 obus si­mi­laires à ceux du A-10. Le pod prend la dé­si­gna­tion GPU-5 pour l’Air Force, ou GEPOD 30 pour Ge­ne­ral Dy­na­mics, le fa­bri­quant de l’arme. L’en­semble est mas­sif mais suf­fi­sam­ment compact pour être em­por­té par un avion tac­tique.

Les pre­miers se­ront les der­niers !

Le A-16 doit éga­le­ment re­ce­voir un en­semble Fal­con Eye au-des­sus du ra­dar, ras­sem­blant un FLIR et un sys­tème de ci­blage ins­tal­lé aus­si sur le nez de l’avion et dans l’em­plan­ture des ailes. Le pi­lote doit en outre être équi­pé d’un vi­seur de casque. L’en­semble doit of­frir au pi­lote une image ex­cep­tion­nelle de son en­vi­ron­ne­ment de jour comme de nuit, dans les mis­sions d’ap­pui- feu. Le sys­tème est mon­té sur un ap­pa­reil d’es­sais mais il se ré­vèle trop com­plexe et il est aban­don­né car dé­jà se pro­filent à l’ho­ri­zon des na­celles de ci­blage et de gui­dage d’ar­me­ment plus simples et plus per­for­mantes. Mais l’idée d’un A-16 spé­cia­li­sé dans la mis­sion CAS ne meurt pas pour au­tant.

Mais le pro­jet d’ap­por­ter de la puis­sance de feu au F-16 reste dans l’air et des na­celles GPU-5 sont four­nies au 174th TFW de New York. L’uni­té a échan­gé ses A-10 contre des F-16A block 10 en 1988 et elle a été sé­lec­tion­née pour être la pre­mière uni­té de F-16 spé­cia­li­sée dans l’ap­pui- feu. Ses avions re­çoivent un ca­mou­flage in­té­gral vert du plus bel ef­fet, mais l’his­toire va ra­pi­de­ment mon­trer que l’ha­bit ne fait pas le moine… Des ap­pa­reils de Shaw et Nel­lis AFB sont éga­le­ment mo­di­fiés pour la mis­sion et par­ti­cipent à des es­sais d’avio­nique. Quelques mois plus tard dé­bute la guerre du Golfe et le 174th TFW est im­mé­dia­te­ment en­ga­gé dans la guerre, avec pour mis­sion de s’at­ta­quer aux sites de dé­fense aé­rienne. Mais la pre­mière mis­sion avec les ca­nons se­ra aus­si la der­nière : le tir au ca­non n’a, semble-t-il, pas été tes­té avant l’en­ga­ge­ment au com­bat. Ou bien il l’a très mal été. Tou­jours est-il que le ca­non mon­té en pod vibre ter­ri­ble­ment et le tir se ré­vèle com­plè­te­ment im­pré­cis. Les plus im­por­tants dé­gâts ne sont pas sur les cibles au sol mais dans l’avion, les vi­bra­tions in­con­trô­lables se­mant la dé­so­la­tion dans son élec­tro­nique em­bar­quée ! «Il sont fait une pre­mière mis­sion et le ré­sul­tat a été si mau­vais qu’ ils n’ ont même pas re­char­gé les ca­nons, ra­conte Pierre Sprey avec un sou­rire en coin. Ils le sont im­mé­dia­te­ment dé­mon­tés et on n’ a plus ja­mais en­ten­du par­ler Dua-16…» ■

Un co­chon avec du rouge à lèvres reste un co­chon... De la même ma­nière, un F-16 peint en vert reste un F-16, c’est-à-dire un ap­pa­reil taillé pour la vi­tesse et pas fait pour re­ce­voir du plomb... En somme, tout le contraire de ce que doit être un bon avion d’ap­pui-feu. (USAF)

L’em­ploi du ca­non mon­té en na­celle se ré­vèle ca­tas­tro­phique en Irak. C’est à se de­man­der si l’USAF avait tes­té le mon­tage ! (USAF)

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