Une vie de tra­vail et de dé­fis

Re­tour sur la car­rière ex­cep­tion­nelle d’un in­dus­triel qui a su se faire un pré­nom.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 584/juillet 2018 - Par Claude Car­lier

Serge Das­sault est dé­cé­dé d’une dé­faillance car­diaque, le 28 mai 2018, à son bu­reau du siège so­cial de son groupe in­dus­triel, à 93 ans. Par­mi les pre­miers hom­mages, fi­gure ce­lui du pré­sident de la Ré­pu­blique, Em­ma­nuel Ma­cron : “La France perd un homme qui a consa­cré sa vie à dé­ve­lop­per un fleu­ron de l’in­dus­trie fran­çaise […], qui toute sa vie au­ra veillé avec une at­ten­tion ex­trême aux choix stra­té­giques du groupe hé­ri­té de son père, lui per­met t a nt d’opé­rer les vi­rages in­dis­pen­sables et de conduire des in­no­va­tions mul­tiples.”

Les ob­sèques se dé­roulent le 1er juin, aux In­va­lides, haut lieu des cé­ré­mo­nies de l’État où, après la cé­ré­mo­nie re­li­gieuse, les hon­neurs mi­li­taires lui sont ren­dus en pré­sence des au­to­ri­tés ci­viles et mi­li­taires, des per­son­nels de ses en­tre­prises, d’amis et un nom­breux pu­blic. Le dis­cours d’hom­mage est pro­non­cé par le Pre­mier mi­nistre, Édouard Phi­lippe. Une telle cé­ré­mo­nie est rare pour un in­dus­triel.

La pré­cé­dente, il y a 32 ans, se dé­rou­lait éga­le­ment aux In­va­lides et concer­nait son père, Mar­cel Das­sault. Comme d’ha­bi­tude, les Fran­çais, prompts à la cri­tique du vi­vant de leurs grands hommes, sont ad­mi­ra­tifs de leurs oeuvres dès qu’ils sont morts. En France, il faut sou­vent at­tendre de mou­rir pour être re­con­nu. Fi­na­le­ment,

qui est Serge Das­sault, es­sen­tiel­le­ment connu de son vi­vant comme in­dus­triel de l’aé­ro­nau­tique, pa­tron de presse et homme po­li­tique ? Comme pour son père, c’est l’avia­tion qui est l’oeuvre de sa vie. C’est l’avia­tion, et elle seule, qui le fait en­trer dans l’his­toire. “En ser­vant son en­tre­prise, a dé­cla­ré le Pre­mier mi­nistre lors de ses ob­sèques, Serge Das­sault n’a ja­mais ces­sé de ser­vir son pays. Il était lé­gi­time que le pays lui té­moigne sa gra­ti­tude au­jourd’hui.” C’est l’avia­tion qui est es­sen­tiel­le­ment l’ob­jet du pré­sent ar­ticle ré­di­gé à par­tir d’en­tre­tiens avec Serge Das­sault, la consul­ta­tion de ses ar­chives et l’écri­ture de livres (1).

La connais­sance du dé­rou­le­ment de l’en­fance et des études, des grandes pre­mières fa­mi­liales et pro­fes­sion­nelles, des pé­ri­pé­ties de la vie, est im­por­tante pour com­prendre le sens de la vie d’un homme et son com­por­te­ment. Serge Das­sault en est une des illus­tra­tions.

Une en­fance pai­sible

Né Serge Bloch, à Pa­ris, le 4 avril 1925, il est le se­cond fils de Mar­cel et Ma­de­leine Bloch. La fa­mille, de confes­sion juive, change de nom après la Deuxième Guerre mon­diale pour adop­ter le pa­tro­nyme Das­sault.

Quand, en 1928, après la créa­tion du mi­nis­tère de l’Air, Mar­cel Bloch re­tourne à l’avia­tion, Serge l’ac­com­pagne par­fois au bu­reau d’études et sur les ter­rains d’avia­tion : “Mon uni­vers d’en­fant a été un uni­vers de pro­to­types. Mon père par­lait aus­si quel­que­fois de po­li­tique, mais plu­tôt d’avia­tion, d’hé­lices et de tech­nique. Il se pré­oc­cu­pait beau­coup de notre tra­vail sco­laire et se mon­trait at­ten­tif pour tout ce qui se pas­sait à l’école. Mais en de­hors des re­pas, je ne le voyais pra­ti­que­ment pas, car il tra­vaillait. Je l’ai tou­jours connu ain­si, to­ta­le­ment in­ves­ti dans son tra­vail, y pen­sant sans cesse. Je dois dire que cette énorme ca­pa­ci­té de tra­vail, d’in­ven­tion et d’in­no­va­tion m’a tou­jours im­pres­sion­né.”

En 1936, la so­cié­té aé­ro­nau­tique Mar­cel Bloch est na­tio­na­li­sée et en­glo­bée dans la So­cié­té na­tio­nale de construc­tions aé­ro­nau­tiques du Sud-Ouest (SNCASO) dont, à la de­mande de l’État, il de­vient l’ad­mi­nis­tra­teur, car le mi­nis­tère de l’Air ne dis­pose pas de cadres as­sez qua­li­fiés pour la di­ri­ger.

Pen­dant ce temps, Serge gran­dit. L’ai­sance fi­nan­cière fa­mi­liale lui per­met de vivre confor­ta­ble­ment. Sa gou­ver­nante, Léa Lom­bard, se sou­vient “qu’il était un en­fant do­cile, calme, un peu es­piègle, spon­ta­né, tou­jours sin­cère. Il ne par­lait pas beau­coup, mais était te­nace”. Les an­nées passent. Il pour­suit sa sco­la­ri­té au lycée Jan­son-de-Sailly : “Je n’étais pas très bon en ma­thé­ma­tiques, ce qui aga­çait pro­di­gieu­se­ment mon

père. Il sur­veillait mes ré­sul­tats, me pous­sait constam­ment à tra­vailler plus. Quand je ren­trais à la mai­son, il me lan­çait : “Alors ! Quelle note ?” Par contre, je ne me rap­pelle pas qu’il m’ait ai­dé à faire un de­voir.”

Lors d’une promenade, Mar­cel Bloch trouve un trèfle à quatre feuilles qu’il place soi­gneu­se­ment dans son por­te­feuille. Ce ta­lis­man l’ac­com­pa­gne­ra toute sa vie. Après sa mort, son fils le garde éga­le­ment dans son por­te­feuille et fait de ce trèfle le lo­go de Das­sault Avia­tion.

Nuit et brouillard

En 1939, c’est la guerre. Mar­cel Bloch, in­quiet, ins­talle sa fa­mille dans le Loir- et- Cher tan­dis qu’il reste à Pa­ris. Le 15 fé­vrier 1940, après un dif­fé­rend avec le mi­nis­tère de l’Air, il quitte la di­rec­tion de la SNCASO. Quand les Al­le­mands passent à l’at­taque en mai 1940, la fa­mille s’ins­talle à Cannes. Après l’ar­mis­tice, il est sol­li­ci­té par le IIIe Reich, qui a tes­té ses avions et les a ap­pré­ciés, pour di­ri­ger une usine al­le­mande, il re­fuse fer­me­ment. Le 5 oc­tobre 1940, il est ar­rê­té et in­ter­né. Re­fu­sant tou­jours de tra­vailler pour l’Al­le­magne, il est dé­pla­cé dans plu­sieurs pri­sons. Son état de san­té se dé­té­rio­rant, il est hos­pi­ta­li­sé en jan­vier 1944 à Écul­ly (Rhône) et de­mande à sa fa­mille de le re­joindre. Le 29 mars 1944, ils sont tous ar­rê­tés par la Ges­ta­po, ai­dée par la po­lice de Vi­chy, et conduits au fort de Mont­luc, haut lieu d’in­ter­ro­ga­toire, de tor­tures et d’exé­cu­tions. Serge Das­sault, se sou­vient : “J’al­lais avoir 19 ans. D’un jour à l’autre, j’avais tout per­du, la li­ber­té, le bon­heur, ma di­gni­té. Je n’étais plus qu’un nu­mé­ro.”

Mar­cel Bloch re­fu­sant tou­jours de tra­vailler pour l’oc­cu­pant, la fa­mille est trans­fé­rée au camp de Dran­cy, an­ti­chambre des camps de la mort. Le 17 août, alors que Pa­ris se li­bère, les Al­le­mands, dans un der­nier convoi, em­portent quelques pri­son­niers, dont Mar­cel Bloch, vers une des­ti­na­tion alors in­con­nue, le camp de concen­tra­tion de Bu­chen­wald.

“Il m’est ar­ri­vé de mettre les pieds dans le plat en par­lant avec fran­chise ”

Li­bé­rés, Ma­de­leine et ses deux fils ré­in­tègrent Pa­ris où Serge s’ins­crit en classe pré­pa­ra­toire aux grandes écoles. Les mois s’écoulent sans nou­velle de Mar­cel puis, su­bi­te­ment, le 22 avril 1945, c’est le mi­racle, l’an­nonce qu’il est vi­vant et qu’il rentre à Pa­ris. Il re­trouve sa fa­mille et s’in­quiète im­mé­dia­te­ment de la sco­la­ri­té de son fils : “En ap­pre­nant que je n’avais pas per­du un ins­tant pour re­prendre mes études, il a ho­ché la tête sim­ple­ment : « C’est bien Serge, c’est très bien. C’est par le tra­vail que tu ar­ri­ve­ras. C’est l’ave­nir qui est im­por­tant et qu’il faut sans cesse pré­pa­rer en tra­vaillant. »”

Mar­cel Das­sault, qui a alors 53 ans, en­tame une nou­velle vie qui va le por­ter au fir­ma­ment de la construc­tion aé­ro­nau­tique. De son cô­té, Serge, comme toute sa gé­né­ra­tion, est for­te­ment mar­qué par les an­nées 1939-1945. Que peuvent dé­sor­mais re­pré­sen­ter les obs­tacles clas­siques de la vie, les cri­tiques, les mé­di­sances pour un jeune homme alors âgé de 20 ans, qui a connu la haine, l’hu­mi­lia­tion, la pri­son et qui a cô­toyé la mort ? Lui aus­si en­tame une nou­velle vie.

La pré­pa­ra­tion à la vie ac­tive

En 1947, Serge Das­sault est re­çu à l’École po­ly­tech­nique : “Mon père m’a sim­ple­ment dit : « C’est bien ! »” Après les ré­sul­tats, il re­lâche un peu ses ef­forts, sort sou­vent le soir et rentre très tard. Un ma­tin, re­ga­gnant dis­crè­te­ment sa chambre, il trouve sur son bu­reau une lettre de son père dont il n’a pas ou­blié la te­neur : “Mon fils, que tu sois en­tré à Po­ly­tech­nique, c’est bien, mais il faut que tu saches que seuls les in­gé­nieurs sor­tis dans les pre­miers m’in­té­ressent.” Il com­prend le mes­sage : “C’était clair, net et pré­cis. C’était sa fa­çon à lui de si­gni­fier que seul le tra­vail comp­tait vrai­ment et sur­tout les ré­sul­tats. Je fus im­mé­dia­te­ment re­mis dans le droit che­min !”

Après Po­ly­tech­nique, il in­tègre l’École na­tio­nale su­pé­rieure de l’aé­ro­nau­tique (Sup’Aé­ro) dont il ob­tient le di­plôme en 1951. Au­pa­ra­vant, il a ren­con­tré une jeune

fille qui a at­ti­ré son at­ten­tion, Ni­cole Raf­fel, qu’il épouse le 5 juillet 1950. Le 1er juillet 1951 naît le pre­mier de ses quatre en­fants.

Di­plô­mé, ma­rié, père de fa­mille, il entre dans la vie ac­tive en in­té­grant la so­cié­té aé­ro­nau­tique de son père comme in­gé­nieur au bu­reau d’études et, confor­mé­ment aux tra­di­tions de l’en­tre­prise, au bas de l’échelle, sans passe-droit.

Lors des ob­sèques de Serge Das­sault, le Pre­mier mi­nistre, Édouard Phi­lippe, a ain­si com­men­cé son dis­cours d’hom­mage : “« Le plus dif­fi­cile, ce n’est pas de sor­tir de Po­ly­tech­nique, c’est de sor­tir de l’or­di­naire », di­sait le gé­né­ral de Gaulle ; Serge Das­sault était un gaul­liste convain­cu, il avait réus­si Po­ly­tech­nique et il sor­tait de l’or­di­naire.” Ef­fec­ti­ve­ment, Serge Das­sault va sor­tir de l’or­di­naire en tant qu’in­dus­triel de l’aé­ro­nau­tique et par ses concep­tions po­li­tiques et so­ciales, mais aus­si par un com­por­te­ment hors du com­mun. L’exa­men de sa car­rière en est la preuve.

Les ex­pé­riences pro­fes­sion­nelles

Di­rec­tif et exi­geant, Mar­cel Das­sault de­man­dait une grande dis­po­ni­bi­li­té à ses col­la­bo­ra­teurs : “Je peux vous as­su­rer qu’il ne m’a fait au­cun ca­deau !” pré­cise son fils. Hen­ri Dé­plante, alors di­rec­teur gé­né­ral tech­nique, a bien connu les deux hommes : “Les rap­ports avec son père étaient très cu­rieux. Ça n’ac­cro­chait pas. Mar­cel Das­sault était gê­né de voir son fils tra­vailler avec lui, il pré­fé­rait être seul à com­man­der. De son cô­té, Serge vou­lait jouer un rôle et était te­nace. Ça n’a pas été fa­cile pour lui, on ne peut pas dire qu’il a été pis­ton­né par son père.”

L’en­trée du fils dans la so­cié­té pa­ter­nelle a sus­ci­té bien des mal­en­ten­dus, car ni son do­maine réel d’ac­ti­vi­té, ni sa marge de ma­noeuvre n’ont été pré­ci­sés. Homme se­cret, Mar­cel Das­sault n’in­for­mait que très peu sa fa­mille de ses ac­ti­vi­tés. Il avait le goût du pou­voir sans par­tage, ce qu’a consta­té ra­pi­de­ment son fils : “Moi, je vou­lais m’im­pli­quer dans ses af­faires mais ce­la ne lui plai­sait pas. En plus, comme je dis tou­jours la vérité et ce que je pense, il m’est ar­ri­vé de mettre les pieds dans le plat en par­lant avec fran­chise et, cer­tai­ne­ment, avec mal­adresse.” Serge Das­sault dé­crit ici un de ses prin­ci­paux traits de ca­rac­tère. Ne cher­chant pas à plaire, il va droit au but. Alors que son ju­ge­ment est gé­né­ra­le­ment ex­cellent, il s’ex­prime sans ar­ron­dir les angles, in­dif­fé­rent à la forme, ce qui choque ses in­ter­lo­cu­teurs – sur­tout son père tou­jours sou­cieux d’har­mo­nie –, qui y voient une at­ti­tude non ré­flé­chie, de la mal­adresse, de l’in­dif­fé­rence ou les trois. Ce com­por­te­ment sans nuance lui vaut beau­coup d’en­ne­mis, mais il ne sou­haite pas en chan­ger. Sa té­na­ci­té est re­dou­table : “Quand je m’as­signe un ob­jec­tif, je pla­ni­fie et je mets le temps qu’il faut pour y par­ve­nir même si, au dé­part, ce­la semble une mis­sion im­pos­sible.” Il en dé­coule un homme seul alors qu’il est très en­tou­ré, mais uni­que­ment pour ce qu’il re­pré­sente de puis­sance in­dus­trielle et fi­nan­cière.

Pour le gé­né­ral Pierre de Bé­nou­ville, très proche col­la­bo­ra­teur de Mar­cel Das­sault et par­rain des en­fants de Serge Das­sault, “Serge était tout à fait à la hau­teur mais, comme son père ne sup­por­tait pas de par­ta­ger son au­to­ri­té, il s’est re­trou­vé en conflit avec lui. Leurs re­la­tions n’étaient que pro­fes­sion­nelles, il n’y avait pas de com­pli­ci­té.

Quand Mar­cel Das­sault écri­vait à son fils, les lettres com­men­çaient par Mon­sieur, comme s’il ne le connais­sait pas. Serge a beau­coup souf­fert de cette re­la­tion père-fils.”

Néan­moins, Mar­cel Das­sault a dis­crè­te­ment as­so­cié son fils à ses af­faires. Dès sa ma­jo­ri­té, 21 ans à l’époque, il de­vient ac­tion­naire de toutes les so­cié­tés Das­sault et membre des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion, mais avec comme con­signe d’écou­ter et de ne pas in­ter­ve­nir. Comme pour le dau­phin, il peut as­sis­ter au Con­seil du roi, mais sans y par­ti­ci­per et doit at­tendre son heure.

En 1954, Serge Das­sault de­vient in­gé­nieur d’es­sais. En com­pa­gnie des pi­lotes et des mé­ca­ni­ciens, il par­ti­cipe à la mise au point des pro­to­types : “De cette époque date ma pro­fonde convic­tion de la so­li­da­ri­té qui lie tous ceux qui tra­vaillent en­semble dans un ate­lier, une usine, une en­tre­prise. La réus­site d’une en­tre­prise est en­tiè­re­ment liée à la co­hé­sion et à la mo­ti­va­tion de ses sa­la­riés : ce fut ma pre­mière le­çon avant d’abor­der, plus tard, la ges­tion par­ti­ci­pa­tive.”

En 1955, son père le nomme di­rec­teur des es­sais en vol. Quand on connaît la pas­sion de Mar­cel Das­sault pour les pro­to­types, cette no­mi­na­tion est la preuve de la confiance qu’il lui ac­cor­dait. Serge Das­sault de­meure di­rec­teur des es­sais en vol jus­qu’à 1960. Pen­dant cette pé­riode, il su­per­vise les es­sais de pres­ti­gieux pro­to­types : “Su­perMys­tère”, “Éten­dard”, “Mi­rage” III, “Mi­rage” IV. Il en a gar­dé un grand sou­ve­nir : “Un seul but nous ani­mait, un tra­vail bien et vite fait. Le sa­me­di, le di­manche étaient pour nous des jours de tra­vail comme les autres et per­sonne ne s’en plai­gnait, car nous étions fiers d’ap­par­te­nir à l’équipe Das­sault, à la mai­son Das­sault. Que de nuits avons-nous pas­sées à tra­vailler en­semble, par­ta­geant le même casse-croûte, pour pré­pa­rer les pro­to­types, les ré­gler et com­prendre les pannes, mo­di­fier les struc­tures, chan­ger des équi­pe­ments afin qu’au pe­tit ma­tin, après un es­sai ré­ac­teur, le pi­lote puisse conti­nuer ses vols.”

Alors que les es­sais en vol se dé­roulent sans pro­blème, in­ter­vient une dé­ci­sion lourde de consé­quences. De­vant l’aug­men­ta­tion du tra­fic aé­rien dans la ré­gion pa­ri­sienne, les au­to­ri­tés ci­viles et mi­li­taires de l’avia­tion de­mandent le trans­fert des es­sais en vol à Istres. Serge Das­sault et ses col­la­bo­ra­teurs y sont fa­vo­rables. Mar­cel Das­sault y est to­ta­le­ment op­po­sé, mais doit cé­der de­vant la dé­ci­sion des au­to­ri­tés éta­tiques. Ma­de­leine Das­sault, la mère de Serge, a souf­fert du dif­fé­rend op­po­sant son ma­ri et son fils : “Serge avait ses idées, mais Mar­cel vou­lait que les pro­to­types conti­nuent à vo­ler à Villa­roche pour pou­voir mieux les sur­veiller. Il vou­lait avoir l’oeil sur tout. Serge les vou­lait dans le Mi­di, car le temps était meilleur. C’est ce dif­fé­rend qui est à la base de leur rup­ture.”

Serge Das­sault est alors mu­té à la di­rec­tion des ex­por­ta­tions où il pi­lote les né­go­cia­tions qui abou­tissent à la vente des “Mi­rage” III à l’Aus­tra­lie et à la Suisse, et lance la cam­pagne de vente des avions d’af­faires “Mys­tère” 20 aux États-Unis.

L’Élec­tro­nique Serge Das­sault

En 1963, le dé­par­te­ment élec­tro­nique Das­sault est trans­for­mé en so­cié­té ano­nyme, Élec­tro­nique Mar­cel Das­sault. Serge Das­sault est nom­mé di­rec­teur gé­né­ral ad­joint puis, en 1967, pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral. La so­cié­té éta­blit sa ré­pu­ta­tion es­sen­tiel­le­ment dans le do­maine des au­to­di­rec­teurs de mis­siles, en par­ti­cu­lier ce­lui du cé­lèbre mer-mer “Exo­cet”, des ra­dars de bord et dans sa par­ti­ci­pa­tion à des pro­grammes ba­lis­tiques. Sa di­vi­sion “Au­to­ma­tisme” conçoit et fa­brique des dis­tri­bu­teurs au­to­ma­tiques de billets de banque, des ter­mi­naux mo­né­tiques, des caisses en­re­gis­treuses élec­tro­niques.

Mar­cel Das­sault suit de près les ré­sul­tats de sa so­cié­té d’élec­tro­nique, son fils en est bien

conscient : “Mon père était d’une ri­gueur et d’une exi­gence im­pla­cables. Je vous ga­ran­tis que si la so­cié­té n’avait pas at­teint ses ob­jec­tifs in­dus­triels et fi­nan­ciers, le pré­sident- di­rec­teur gé­né­ral que j’étais au­rait eu des dif­fi­cul­tés avec son ac­tion­naire prin­ci­pal. J’au­rais pu être dé­bar­qué du jour au len­de­main.” Au dé­but de jan­vier 1982, Mar­cel Das­sault trans­forme le nom de la so­cié­té qui de­vient Élec­tro­nique Serge Das­sault. Une nou­velle fois, les sup­pu­ta­tions abondent, al­lant jus­qu’à sug­gé­rer que Mar­cel Das­sault ne vou­lait pas cou­rir le risque de voir son pré­nom as­so­cié à de fu­tures mau­vaises af­faires. Ma­de­leine Das­sault a ap­por­té une tout autre ré­ponse : “C’était pour faire plai­sir à Serge.” Une lettre de jan­vier 1982 de Mar­cel Das­sault à un des di­rec­teurs de sa so­cié­té d’élec­tro­nique va dans ce sens lors­qu’il évoque son fils : “Il faut aus­si te­nir compte qu’au cours des an­nées les choses changent, la Terre tourne et l’étoile de Serge com­mence à mon­ter.”

Le dau­phin de­ve­nu roi

Le 17 avril 1986, une page se tourne avec le dé­cès de Mar­cel Das­sault. Pour de nom­breux res­pon­sables po­li­tiques, in­dus­triels et mi­li­taires, Serge Das­sault n’ap­pa­raît pas la per­son­na­li­té idéale pour pré­si­der une so­cié­té si em­blé­ma­tique. Les cri­tiques fusent rap­pe­lant que son père ne l’a pas dé­si­gné comme son suc­ces­seur. Le mi­nistre de la Dé­fense, An­dré Gi­raud, ne veut pas qu’il de­vienne pré­sident de la so­cié­té. Serge Das­sault ne l’en­tend pas ain­si et en­tre­prend de conqué­rir le poste : “Je crois bien que c’était le presque unique ob­jet de mes pen­sées. Ce fut sans doute

l’un des mo­ments les plus durs de mon exis­tence.” Avec le sou­tien de sa mère, ce­lui du gé­né­ral de Bé­nou­ville et l’ap­pui du Pre­mier mi­nistre, Jacques Chi­rac, il fi­nit par l’em­por­ter. Le 29 oc­tobre 1986, le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion l’élit à la pré­si­dence de la so­cié­té. Une page vient de se tour­ner, il de­vient le pa­tron, le dau­phin est de­ve­nu roi. À ceux qui lui font re­mar­quer qu’il a 61 ans, l’âge de la re­traite, il ré­torque : “Il y a des gens fa­ti­gués à 40 ans et d’autres en pleine forme à 90 ans. J’en ai connu !”

L’en­trée en fonc­tion du nou­veau pré­sident in­ter­vient à un mo­ment dé­li­cat de la vie de la so­cié­té. Les marchés à l’ex­por­ta­tion ci­vils et mi­li­taires se sont ef­fon­drés tan­dis que l’État fran­çais re­voit à la baisse ses com­mandes d’avions mi­li­taires. Dans ce contexte, la so­cié­té doit s’adap­ter si elle ne veut pas com­pro­mettre son ave­nir. Serge Das­sault en­tre­prend une im­por­tante re­struc­tu­ra­tion des éta­blis­se­ments, fu­sionne les bu­reaux d’études ci­vils et mi­li­taires et im­pose une nou­velle ap­proche in­dus­trielle et com­mer­ciale : “Avant, on fai­sait un bel avion qui vo­lait bien, puis on es­sayait de le vendre. Main­te­nant, c’est fi­ni. Quand on lance un nou­vel avion, on doit fixer un prix pla­fond en fonc­tion de ce que peuvent payer les clients. Si on n’im­pose pas ce­la au dé­part, on fi­nit par faire n’im­porte quoi. C’est d’ailleurs va­lable pour tous les pro­duits.”

Le 4 juillet 1986, le dé­mons­tra­teur tech­no­lo­gique “Ra­fale” A fait son pre­mier vol. Serge Das­sault est pré­sent : “J’ai sen­ti ce jour-là qu’une nou­velle ère dé­mar­rait pour la so­cié­té et qu’il ne fal­lait pas la ra­ter.”

Afin de re­lan­cer les ventes de “Mi­rage” 2000, une nou­velle ver­sion est dé­ve­lop­pée, le “Mi­rage” 2000-5, mieux ar­mée et plus po­ly­va­lente. Das­sault Avia­tion lance éga­le­ment un nou­vel avion d’af­faires, le bi­réac­teur “Fal­con” 2000 à fu­se­lage large, construit di­rec­te­ment en sé­rie sans pro­to­type, le pre­mier de sé­rie étant uti­li­sé pour les es­sais en vol. Cette pre­mière mon­diale a été pos­sible grâce au lo­gi­ciel Ca­tia de Das­sault Sys­tèmes pour la struc­ture, l’amé­na­ge­ment et la do­cu­men­ta­tion. Pa­ral­lè­le­ment, la gamme des tri­réac­teurs “Fal­con” 900 s’en­ri­chit avec le “Fal­con” 900EX do­té de mo­teurs plus puis­sants et d’une nou­velle avio­nique. Se­lon Charles Edel­stenne, alors vice-pré­sident de Das­sault Avia­tion : “Serge Das­sault a cru dans les avions ci­vils. Il a eu rai­son, car de­puis les an­nées 1980, dans le monde en­tier, le sec­teur des avions mi­li­taires va de crises en crises, les bud­gets de la Dé­fense sont en baisse ain­si que les ex­por­ta­tions.” La double vo­ca­tion ci­vile et mi­li­taire, tou­jours soi­gneu­se­ment en­tre­te­nue, a sau­vé l’en­tre­prise. Les ventes d’avions ci­vils ont fi­ni par at­teindre 70 % du chiffre d’af­faires.

Faire face à toutes les si­tua­tions

Tan­dis que se dé­roule le pro­gramme “Ra­fale” qui su­bit de nom­breuses cri­tiques, es­sen­tiel­le­ment parce qu’il ne perce pas à l’ex­por­ta­tion, le gou­ver­ne­ment sou­haite fu­sion­ner Das­sault Avia­tion et la so­cié­té na­tio­nale Aé­ro­spa­tiale. Serge Das­sault, sou­te­nu par le per­son­nel de sa so­cié­té, s’y op­pose fer­me­ment et ne doit son sa­lut qu’au chan­ge­ment de ma­jo­ri­té après la dis­so­lu­tion de l’As­sem­blée na­tio­nale en 1997. Il par­vient éga­le­ment à évi­ter que sa so­cié­té soit en­glo­bée dans la nou­velle so­cié­té eu­ro­péenne EADS : “Je ne suis pas contre les fu­sions, pré­cise-t-il, mais à condi­tion que chaque par­te­naire soit ga­gnant.” Pour Charles Edel­stenne : “Serge Das­sault a tou­jours su faire face à toutes les si­tua­tions et pro­té­ger sa so­cié­té de toutes les convoi­tises. S’il y a une dé­co­ra­tion qu’il mé­rite bien, c’est la “mé­daille de la ré­sis­tance”.”

Les sta­tuts de Das­sault Avia­tion pré­voyant une li­mite d’âge pour

“Serge Dass­sault a tou­jours su pro­té­ger sa so­cié­té de toutes les convoi­tises ”

le pré­sident- di­rec­teur gé­né­ral de 75 ans, Serge Das­sault cesse ses fonc­tions en 2000. Il choi­sit Charles Edel­stenne jus­qu’alors vice-pré­sident, pour lui suc­cé­der.

S’il n’est plus di­rec­te­ment en charge de la so­cié­té d’avia­tion, Serge Das­sault de­meure pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral du Groupe Das­sault, le hol­ding qui pos­sède Das­sault Avia­tion, et dont il est l’ac­tion­naire ma­jo­ri­taire.

Charles Edel­stenne est éga­le­ment at­teint par la même li­mite en 2013. Éric Trap­pier lui suc­cède. Serge Das­sault nomme alors Charles Edel­stenne di­rec­teur gé­né­ral du Groupe Das­sault et l’an­née sui­vante, avec l’accord des ac­tion­naires, pré­sident sta­tu­taire suc­ces­sif.

Un groupe di­ver­si­fié

De 1986 à 2018, Das­sault Avia­tion a conçu, fa­bri­qué ou mo­der­ni­sé plu­sieurs ap­pa­reils :

– dans le do­maine mi­li­taire : “Su­per- Éten­dard” mo­der­ni­sé ; “Mi­rage” 2000-5 ; “Mi­rage” 2000D ; “Ra­fale” B (bi­place) et C (mo­no­place), ver­sions ar­mée de l’Air ; “Ra­fale” M (mo­no­place) pour l’Aé­ro­nau­tique na­vale ; nEUROn, pré­fi­gu­ra­tion des fu­turs drones de com­bat, réa­li­sé en co­opé­ra­tion avec cinq autres pays eu­ro­péens ;

– dans le do­maine ci­vil : mo­der­ni­sa­tion de la gamme des tri­réac­teurs “Fal­con” 900 ; bi­réac­teur “Fal­con” 2000 à fu­se­lage large ; tri­réac­teur “Fal­con” 7X, pre­mier avion d’af­faires au monde à être do­té de com­mandes de vol élec­triques ; tri­réac­teur “Fal­con” 8X pou­vant par­cou­rir 12 000 km.

Il était pré­vu un “Fal­con” 5X do­té de mo­teurs “Sil­ver­crest” de Sa­fran. Les dif­fi­cul­tés de mise au point de ce mo­teur ont en­traî­né l’ar­rêt du pro­gramme. Un “Fal­con” 6X est lan­cé pour rat­tra­per cet ar­rêt.

Das­sault Avia­tion (4,8 mil­liards d’eu­ros de chiffre d’af­faires, 12 000 per­sonnes) pos­sède 24,9 % du groupe de dé­fense et d’élec­tro- nique Thales (15 mil­liards d’eu­ros de chiffre d’af­faires, 61 000 per­sonnes) le­quel pos­sède lui-même 35 % de DCNS (Na­val Groupe de­puis 2017, 3,2 mil­liards d’eu­ros de chiffre d’af­faires, 13 000 per­sonnes), lea­der eu­ro­péen du na­val mi­li­taire, construc­teur de porte-avions, de sous-ma­rins, de fré­gates.

Le Groupe Das­sault dont la va­leur 2017 est es­ti­mée à 14 mil­liards d’eu­ros, est pro­prié­taire à 62 % de Das­sault Avia­tion, à 53 % de la So­cié­té ano­nyme belge de construc­tions aé­ro­nau­tiques (SABCA). Il pos­sède éga­le­ment 41 % de

Das­sault Sys­tèmes (3,2 mil­liards d’eu­ros de chiffre d’af­faires, 16 000 per­sonnes). Cette so­cié­té est créée par Mar­cel Das­sault et Charles Edel­stenne à par­tir du lo­gi­ciel Ca­tia de la so­cié­té aé­ro­nau­tique ; elle est de­ve­nue le lea­der mon­dial du mar­ché des logiciels 3D et de so­lu­tions de ges­tion du cycle de vie des pro­duits, et est pré­sente dans 140 pays re­pré­sen­tant plus de 210 000 en­tre­prises. Nom­breux dans le monde sont les pro­duits fa­bri­qués avec ses logiciels. Un exemple par­mi tant d’autres, Boeing fa­brique ses avions avec les logiciels Das­sault Sys­tèmes.

Trois dé­cen­nies après avoir pris les rênes du groupe, la réus­site in­dus­trielle et fi­nan­cière de Serge Das­sault ne peut être dis­cu­tée. Ne se conten­tant pas de vivre des rentes d’un hé­ri­tage, il s’est to­ta­le­ment in­ves­ti dans ses en­tre­prises et a su les faire pros­pé­rer. La va­leur 2018 du Groupe Das­sault est dix fois su­pé­rieure à celle de 1986 lors du dé­cès de son père. Avec ses pé­pites Das­sault Avia­tion et Das­sault Sys­tèmes ain­si qu’avec sa par­ti­ci­pa­tion dans Thales, il consti­tue un en­semble d’in­té­rêt stra­té­gique na­tio­nal et même in­ter­na­tio­nal au­quel s’ajoute Le Fi­ga­ro, l’Im­mo­bi­lière Das­sault, le vi­gnoble de Châ­teau Das­sault, la mai­son de vente aux en­chères Art­cu­rial. Me­nant un com­bat in­ces­sant pour as­su­rer l’in­dé­pen­dance et la pé­ren­ni­té de son pa­tri­moine, il a su, mal­gré un contexte dif­fi­cile, ame­ner ses so­cié-

tés en bonne pos­ture pour af­fron­ter les dé­fis du XXIe siècle.

Serge Das­sault a me­né une vie très ac­tive. In­gé­nieur en chef de l’Ar­me­ment de ré­serve, di­plô­mé du Centre de per­fec­tion­ne­ment des af­faires et an­cien au­di­teur de l’Ins­ti­tut des hautes études de dé­fense na­tio­nale (IHEDN), il est nom­mé en 1975 com­mis­saire gé­né­ral des sa­lons in­ter­na­tio­naux de l’aé­ro­nau­tique et de l’es­pace du Bour­get. À ce titre, il co­or­donne avec suc­cès l’or­ga­ni­sa­tion de dix sa­lons du Bour­get.

Il est pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de Das­sault Avia­tion de 1986 à 2000 et pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral du Groupe Das­sault de 1986 à sa mort en 2018.

Il pré­side le Grou­pe­ment des in­dus­tries fran­çaises aé­ro­nau­tiques et spa­tiales (Gi­fas) de 1993 à 1997. En pa­ral­lèle, il est pré­sident du Con­seil des in­dus­tries de dé­fense (Ci­def) de 1994 à 1996 et vice-pré­sident de l’As­so­cia­tion eu­ro­péenne des construc­teurs de ma­té­riels aé­ro­nau­tiques (Aec­ma) de 1994 à 1997.

En 1998, il est élu construc­teur aé­ro­nau­tique de l’an­née dans le cadre des tro­phées de la re­vue amé­ri­caine Avia­tion Week & Space Tech­no­lo­gy.

La po­li­tique et la presse

La po­li­tique et la presse sont deux do­maines dans les­quels il s’est beau­coup im­pli­qué. Très ac­tif maire de Cor­beil-Es­sonnes de 1995 à 2008, son sou­ci d’ef­fi­ca­ci­té l’a ame­né im­pru­dem­ment à pra­ti­quer une “po­li­tique des grands frères” pour main­te­nir le calme et ai­der des jeunes à trou­ver des dé­bou­chés. Elle s’est re­tour­née contre lui et a en­ta­ché gra­ve­ment sa ré­pu­ta­tion.

De 2004 à 2017, il est sé­na­teur de l’Es­sonne, très as­si­du aux séances du Sé­nat. Dé­fen­dant ses idées li­bé­rales avec pas­sion, ses in­ter­ven­tions sur la ges­tion de l’État sont re­mar­quées ; il de­vient vice-pré­sident de la com­mis­sion des Fi­nances.

En de­ve­nant pro­prié­taire du quo­ti­dien Le Fi­ga­ro en 2004, il ac­quiert un ni­veau mé­dia­tique im­por­tant.

La même an­née, il est éle­vé à la di­gni­té de Grand of­fi­cier de la Lé­gion d’hon­neur.

Dans une car­rière aus­si rem­plie, il man­quait une der­nière ac­tion : as­su­rer cor­rec­te­ment sa suc­ces­sion. Sou­cieux de pré­ser­ver l’uni­té de son groupe et d’as­su­rer sa pé­ren­ni­té, il a mis en place un “co­mi­té des sages” et dé­si­gné un pré­sident sta­tuaire suc­ces­sif, Charles Edel­stenne, en cas de va­cances de sa pré­si­dence, pro­tec­tion au cas où une mé­sen­tente in­ter­vien­drait entre ac­tion­naires fa­mi­liaux après sa dis­pa­ri­tion.

De Mar­cel à Serge Das­sault, de l’hé­lice Éclair de 1916 aux “Ra­fale” et “Fal­con” de 2018, ce sont 102 an­nées d’his­toire de l’avia­tion fran­çaise qui sont cou­vertes par seule­ment deux hommes, im­pres­sion­nant exemple de conti­nui­té, d’ex­pé­rience et de tra­vail.

Grand tra­vailleur, Serge Das­sault avait pour cou­tume de dire : “Si j’ar­rête de tra­vailler, je meurs.” La mort seule a pu mettre un terme à 67 an­nées d’ac­ti- vi­té pro­fes­sion­nelle d’un homme qui a mar­qué de son em­preinte l’his­toire de l’avia­tion fran­çaise ain­si que le rap­pe­lait le Pre­mier mi­nistre : “Serge Das­sault était vi­sion­naire ; il était aus­si et avant tout pa­triote. Il n’in­car­nait pas seule­ment un ca­pi­ta­lisme fa­mi­lial so­lide et conqué­rant, il avait à coeur de par­ti­ci­per à la construc­tion de notre a u t ono­mi e stra­té­gique en contri­buant au dé­ve­lop­pe­ment des grandes fonc­tions de notre dé­fense. Pour lui, l’in­no­va­tion n’avait de sens qu’au ser­vice de l’in­dé­pen­dance et de la puis­sance in­dus­trielle de la France.”

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En uni­forme d’élève de l’École po­ly­tech­nique.

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Serge Das­sault, élève au lycée Jan­son-de-Sailly.

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Serge Das­sault entre Gé­rard Mu­sel­li (à droite), pi­lote d’es­sais, et Lu­cien Mar­tin, chef mé­ca­ni­cien, de­vant le pro­to­type du “Mys­tère” IV N 01 en 1954.

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Serge Das­sault à Mé­ri­gnac, en conver­sa­tion avec Jean-Ma­rie Sa­get (pi­lote d’es­sais) dans la ca­bine de l’“Éten­dard” IV.

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Serge Das­sault (à gauche) aux cô­tés de Paul Bou­dier (pi­lote d’es­sais) et Lu­cien Mar­tin (chef mé­ca­ni­cien) de­vant le “Su­per Mys­tère” IV B1.

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La dé­lé­ga­tion d’achat is­raé­lienne de­vant le Mi­rage III A 03.

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L’équipe des es­sais en vol de­vant le “Mys­tère Del­ta” (MD 550 “Mi­rage” I). Serge Das­sault est au centre.

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La dé­lé­ga­tion aus­tra­lienne vient de si­gner la com­mande de 100 “Mi­rage” III O.

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Serge Das­sault à son bu­reau de pré­si­dent­di­rec­teur gé­né­ral de l’Élec­tro­nique Serge Das­sault.

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Serge Das­sault pré­sente une ma­quette du “Mys­tère” 20, aux cou­leurs de la com­pa­gnie aé­rienne amé­ri­caine Pan Ame­ri­can, au sé­na­teur de l’In­dia­na Birch Bayh, en 1963.

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De gauche à droite : Ben­no Claude Val­lières (PDG des Avions Mar­cel Das­saultB­re­guet Avia­tionAMD-BA), Jean-Ma­rie Sa­get (pi­lote d’es­sais Das­sault), Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing (pré­sident de la Ré­pu­blique) et Serge Das­sault de­vant le bi­réac­teur “Su­per Mi­rage” 4000 au Sa­lon du Bour­get de 1979.

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Le “Ra­fale” A à Istres. À droite de Serge Das­sault, Guy Mi­tauxMau­rouard puis Jean-Fran­çois Ca­zau­biel. À sa gauche X, Bru­no Re­vel­lin-Fal­coz et Charles Edel­stenne.

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DAS­SAULT AVIA­TION DAS­SAULT AVIA­TION

Mar­cel et Serge Das­sault sor­tant de RTL après un en­re­gis­tre­ment. Serge Das­sault sa­luant Georges Pom­pi­dou, pré­sident de la Ré­pu­blique, au Sa­lon du Bour­get de 1971.

Serge Das­sault, pré­si­dent­di­rec­teur gé­né­ral de Das­sault Avia­tion, avec une ma­quette du “Ra­fale”.

DAS­SAULT AVIA­TION

Serge Das­sault à Mé­ri­gnac, de­vant le bi­réac­teur d’af­faires “Fal­con” 2000 dont il avait dé­ci­dé le lan­ce­ment.

DAS­SAULT AVIA­TION/S. RANDÉ

Chaîne d’as­sem­blage des fu­se­lages du “Ra­fale” et du “Fal­con” sur de nou­velles pla­te­formes à Ar­gen­teuil.

DAS­SAULT AVIA­TION/A. BOISSAYE

Au 52e Sa­lon in­ter­na­tio­nal de l’aé­ro­nau­tique et de l’es­pace du Bour­get (2017), pré­sen­ta­tion du “Ra­fale” au pré­sident de la Ré­pu­blique De gauche à droite : Loïk Se­ga­len, Oli­vier Das­sault, Em­ma­nuel Ma­cron, Éric Trap­pier, Serge Das­sault et Charles Edel­stenne.

DAS­SAULT AVIA­TION/A. DASTE

Dis­cours de Serge Das­sault lors de la com­mé­mo­ra­tion des 100 ans du dé­but de l’aven­ture aé­ro­nau­tique Das­sault à Pa­ris, au Grand Pa­lais, le 9 avril 2016. Sur l’écran Mar­cel Das­sault, alors étu­diant, trai­tant une équa­tion au ta­bleau.

DAS­SAULT AVIA­TION/C. COSMAO

Deux “Ra­fale“sui­vis d’un “Fal­con” 8X sur­volent le cer­cueil de Serge Das­sault, pla­cé au mi­lieu de la cour d’hon­neur des In­va­lides, à Pa­ris, ap­por­tant l’hom­mage des ailes fran­çaises, le 1er juin 2018.

DAS­SAULT AVIA­TION/P. SAGNES

Serge Das­sault et Charles Edel­stenne, dé­sor­mais pré­si­dent­di­rec­teur gé­né­ral du Groupe Das­sault.

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