De 1909 à 1960 : les ex­pé­riences amé­ri­caines et ca­na­diennes

C’est après avoir tâ­ton­né et mul­ti­plié les ex­pé­riences qu’Amé­ri­cains et Ca­na­diens va­li­dèrent le prin­cipe du lar­gage libre d’eau – puis de re­tar­dant – de­puis un avion vo­lant à basse hau­teur.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire - Par Fré­dé­ric Mar­sa­ly

Pen­dant des mil­lé­naires, les feux de prai­rie, de brousse ou de fo­rêt, lors­qu’ils pre­naient un peu d’am­pleur, ne pou­vaient être com­bat­tus. Comme face aux raz-de-ma­rée, érup­tions vol­ca­niques ou trem­ble­ments de terre, l’homme se conten­tait de ten­ter de fuir ou de sur­vivre. De tous ces dé­sastres na­tu­rels ma­jeurs, le feu est dé­sor­mais le seul dont l’homme fait plus que de se pro­té­ger, il peut le com­battre. Les avions prennent une part ac­tive à ce com­bat, mais si au­jourd’hui as­sis­ter à un lar­gage d’eau ou de re­tar­dant est de­ve­nu com­mun, il n’en a pas été tou­jours ain­si et c’est une longue évo­lu­tion, qua­si dar­wi­nienne, qui mène des pre­mières mis­sions d’ob­ser­va­tion aux pre­miers lar­gages ef­fi­caces.

Le pre­mier avion uti­li­sé of­fi­ciel­le­ment par des pom­piers fut un hy­dra­vion Cur­tiss F bap­ti­sé “Ae­rial Truck Num­ber one” à San Die­go, en Ca­li­for­nie, en juin 1917. Il était destiné à lut­ter contre les feux pou­vant écla­ter en bor­dure du Pa­ci­fique avec sa charge utile consti­tuée d’ex­tinc­teurs ma­nuels. Il fut re­ti­ré du ser­vice très ra­pi­de­ment sans avoir à com­battre le moindre in­cen­die.

Jus­qu’à la Deuxième Guerre mon­diale, l’es­sen­tiel des mis­sions fut des vols de re­con­nais­sance au-des­sus des mas­sifs ca­li­for­niens pour dé­tec­ter les feux. De 1919 à 1928, c’est même l’avia­tion mi­li­taire qui fut en charge de main­te­nir une pré­sence constante de Cur­tiss JN- 4D et JN- 4H, puis de De Ha­villand DH.4, au-des­sus des fo­rêts. Après le re­trait des mi­li­taires, l’US Fo­rest Ser­vice, la branche fo­res­tière du mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture amé­ri­cain, com­men­ça à faire ap­pel aux ser­vices de so­cié­tés

pri­vés pour cette mis­sion de­ve­nue es­sen­tielle.

Des ex­pé­riences si­mi­laires eurent aus­si lieu de l’autre cô­té de la fron­tière, au Ca­na­da, dès juillet 1919, avec une ex­pé­ri­men­ta­tion me­née avec deux hy­dra­vions Cur­tiss HS-2L ba­sés sur le Lac-à-la-Tor­tue, au Qué­bec. D’autres pro­vinces pro­cé­dèrent de même comme en Co­lom­bie- Bri­tan­nique où des Fe­lixs­towe F.3 furent uti­li­sés dans les an­nées 1920 pour la re­con­nais­sance des feux, mais aus­si pour trans­por­ter du ma­té­riel et des pom­piers. C’est d’ailleurs pour ce­la qu’en 1926 ap­pa­rut le Vi­ckers “Va­ru­na”, un bi­mo­teur bi­plan à coque pro­duit à huit exem­plaires seule­ment mais qui fut le pre­mier aé­ro­nef conçu spé­ci­fi­que­ment pour par­ti­ci­per à la lutte contre les feux de fo­rêt en ache­mi­nant des hommes et du ma­té­riel. Ils res­tèrent en ser­vice jus­qu’en 1932.

Des fûts de bière rem­plis d’eau ba­lan­cés d’un DH.4

En 1930, un DH.4 sous contrat dans l’État de Wa­shing­ton, pi­lo­té par Nick Ma­mer (1), ef­fec­tua quelques es­sais de lar­gages en ba­lan­çant par-des­sus bord des fûts de bière rem­plis d’eau. Un Ford AT-4 “Tri­mo­tor” fut en­suite mo­di­fié avec un ré­ser­voir de 380 l mais, dans un cas comme

dans l’autre, l’ef­fi­ca­ci­té n’était pas au ren­dez-vous. Une ten­ta­tive du même ordre fut ef­fec­tuée l’an­née sui­vante par le pi­lote “Red” Jen­sen du cô­té d’Oro­ville en Ca­li­for­nie.

Des sa­peurs-pa­ra­chu­tistes lar­gués près des flammes

C’est à cette époque que na­quirent en Rus­sie puis aux États-Unis les pre­miers corps de sa­peurs-pa­ra­chu­tistes, lar­gués ain­si au plus près des flammes et opé­rant en pleine na­ture. Lorsque la guerre écla­ta, ces sa­peurs-pa­ra­chu­tistes se ren­for­cèrent en de­ve­nant une des af­fec­ta­tions pos­sibles pour les ob­jec­teurs de conscience.

Au Ca­na­da, en 1944, des es­sais furent en­suite me­nés avec un “Nor­se­man” sur flot­teurs qui pou­vait re­char­ger sa soute de lar­gage en pom­pant le plan d’eau sur le­quel il était po­sé. Si sa charge utile trop faible ne lui per­mit pas de faire une avan­cée dé­ci­sive, la so­lu­tion ap­pro­chait… (1) Nick Ma­mer, pi­lote de chasse aux trois vic­toires pen­dant la Grande Guerre, se ren­dit cé­lèbre par son vol trans­con­ti­nen­tal al­ler-re­tour sans es­cale et avec ra­vi­taille­ments en vol au­des­sus des États-Unis d’une du­rée de 120 heures entre le 15 et le 20 août 1929 à bord d’un Buhl CA-6 “AirSe­dan” bap­ti­sé Spo­kane Sun-God.

POPULAR SCIENCE MONTHLY

Le Cur­tiss H de San Die­go, pre­mier avion “pom­pier”, eut une car­rière de quelques se­maines seule­ment.

US FO­REST SER­VICE

COMOX AIR MU­SEUM

Un DH.4 de l’avia­tion mi­li­taire amé­ri­caine im­pli­qué dans les pa­trouilles de sur­veillance des feux dans les an­nées 1920. Le Vi­ckers “Va­ru­na” fut le pre­mier avion conçu en 1926 spé­ci­fi­que­ment pour par­ti­ci­per à la lutte contre les feux de fo­rêt en trans­por­tant des pom­piers et leur ma­té­riel.

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