L’ar­mée de l’Air au se­cours des pom­piers

Le Fana de l'Aviation - - Expériences Américaines Et Canadiennes -

Dès les an­nées 1920, en France, des pilotes uti­li­sèrent leurs avions pour ob­ser­ver les feux, mais ces ex­pé­ri­men­ta­tions furent très ponc­tuelles. Une in­ter­ven­tion par­ti­cu­liè­re­ment mar­quante de l’avia­tion se dé­rou­la en août 1946 dans les Landes. En soi­rée, près de la ville de La­brit, à une ving­taine de ki­lo­mètres au nord de Montde- Mar­san, au coeur de la fo­rêt des Landes, un feu écla­ta et em­bra­sa ra­pi­de­ment une large part de la fo­rêt. Au coeur de la nuit, les pom­piers furent dé­bor­dés. Le feu pro­gres­sa ra­pi­de­ment et s’éten­dit. Un pom­pier ap­pe­la alors la base aé­rienne de Mont- de- Mar­san et par­vint à ob­te­nir le co­lo­nel “Kos­tia” Ro­za­noff en per­sonne pour lui de­man­der s’il lui était pos­sible d’en­voyer un avion pour re­con­naître le sec­teur, l’éten­due du feu et ses axes de pro­gres­sion afi n de les ai­der. Ro­za­noff n’hé­si­ta pas et don­na ses ordres. Quelques mi­nutes plus tard, un P- 39 “Ai­ra­co­bra”, pi­lo­té par le lieu­te­nant Claude Bou­ton du CEAM ( Centre d’ex­pé­riences aé­riennes mi­li­taires), fu­tur pi­lote d’es­sais, dé­col­la. Mais com­ment, en pleine nuit, par­ve­nir à réus­sir cette mis­sion de re­con­nais­sance à vue alors que le feu com­men­çait à me­na­cer plu­sieurs ha­meaux ? Le pi­lote dé­ci­da alors de lan­cer des “top” à la ra­dio pour per­mettre des re­lè­ve­ments gio­no. À vi­tesse et caps constants, il qua­drilla le sec­teur du feu pen­dant plus d’une heure au- des­sus de la fu­mée, no­tant ora­le­ment ain­si les avan­cées du front de fl ammes, re­por­tées dans le même temps sur une carte à Mont- de- Mar­san et com­mu­ni­quées en­suite par té­lé­phone au com­man­de­ment des pom­piers à La­brit. Le jour le­vé, le ca­pi­taine Pe­tit et le sous- lieu­te­nant Bor­deaux dé­col­lèrent à bord d’un Mo­rane, un avion plus lent mais bien plus adap­té à l’ob­ser­va­tion. Ils re­le­vèrent sur une carte les contours du dé­sastre de la nuit pré­cé­dente et l’em­pla­ce­ment des re­prises. Pour com­mu­ni­quer le ré­sul­tat de leur ob­ser­va­tion aux sol­dats du feu, ils les­tèrent la carte et la lan­cèrent en di­rec­tion d’un gen­darme pla­cé pour l’oc­ca­sion à un car­re­four. Après cet évé­ne­ment, in­ter­ro­gé par la presse, le col. Ro­za­noff of­frit son point de vue sur l’uti­li­sa­tion des avions contre les feux de fo­rêt : “La par­ti­ci­pa­tion de l’avia­tion à la lutte contre l’in­cen­die doit s’ins­pi­rer de l’ex­pé­rience ti­rée de la guerre entre les hommes. Après la re­con­nais­sance, qui fut la pre­mière mis­sion du plus lourd que l’air, l’at­taque au sol !” Ro­za­noff en ap­pe­lait à l’équi­pe­ment VHF des vé­hi­cules au sol pour main­te­nir un contact constant avec les avions et à la four­ni­ture de bombes char­gées de

mousse car­bo­nique : “Mes bom­bar­diers se­raient en­chan­tés de faire quelques pi­qués sur les fo­rêts en flammes. (…) Que l’on nous en donne, nous nous char­geons du reste…” Mais la tech­no­lo­gie ne per­met­tait pas en­core l’at­taque di­recte des feux. Trois ans plus tard, un drame terrible frap­pa à nou­veau les Landes, cau­sant la mort de 82 per­sonnes. Un pro­ces­sus s’en­clen­cha qui abou­tit, en 1963, à l’ar­ri­vée des deux pre­miers “Ca­ta­li­na” de la Pro­tec­tion ci­vile fran­çaise ( 1). L’his­toire était en marche !

( 1) Du même au­teur, “La base d’avions de la Sé­cu­ri­té ci­vile, 50 ans d’his­toire”. Le Fa­na de l’Avia­tion n° 524, juillet 2013.

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