Walt Dar­ran (1940-2013)

Le Fana de l'Aviation - - Les “tracker” En Californie -

Peu in­té­res­sé par l’avia­tion, en dé­pit de quelques vols ef­fec­tués en échange de me­nus ser­vices sur l’aé­ro­drome d’Eas­ton en Penn­syl­va­nie où il naît et gran­dit, le jeune Wal­ter Dar­ran s’en­gage dans la Ma­rine, l’âge ve­nu, et sert à bord d’un des­troyer pen­dant 18 mois avant d’être sé­lec­tion­né pour in­té­grer la for­ma­tion de pi­lote en 1962. Af­fec­té sur “Sky­rai­der”, il par­ti­cipe à la guerre du Viêt­nam avec la VA 165 en 1965 de­puis le Cor­ral Sea et ef­fec­tue deux tours d’opé­ra­tions au cours des­quels il re­çoit une DFC (Dis­tin­gui­shed Flying Cross). Il ef­fec­tue en­suite un troi­sième tour d’opé­ra­tion comme ob­ser­va­teur aé­rien au sein du 1st Ca­va­le­ry sur hé­li­co­ptère “Huey”. En 1967, il in­tègre Air Ame­ri­ca et se trouve en­ga­gé dans l’opé­ra­tion Blue Goose, le ra­vi­taille­ment aé­rien noc­turne des troupes in­fi ltrées au Laos avec un B- 26 spé­cia­le­ment mo­di­fi é. De re­tour à la vie ci­vile, il in­tègre He­met Val­ley Flying Ser­vices comme co­pi­lote de “Ca­ta­li­na” bom­bar­dier d’eau puis se fait lâ­cher sur “Aven­ger” et Stear­man. Lorsque la com­pa­gnie est char­gée de trans­for­mer les an­ciens “Tra­cker” de l’US Na­vy en avion de lutte an­ti- in­cen­die, Walt fait par­tie des pre­miers pilotes à es­sayer le nou­vel avion. Il par­ti­cipe ac­ti­ve­ment à sa mise au point et en de­vient un des fer­vents sup­por­ters, com­pre­nant, peut- être avant tout le monde, qu’il était l’ou­til qua­si- idéal pour la mis­sion d’at­taque ini­tiale, pou­vant cir­cons­crire un dé­part de feu avant que la si­tua­tion ne tourne à la ca­tas­trophe et pré­ser­vant ain­si les moyens fé­dé­raux. Il s’im­plique aus­si for­te­ment dans le Ca­li­for­nia Fire Pi­lots As­so­cia­tion et dans l’Ae­rial Fi­re­fi gh­ter As­so­cia­ted, deux or­ga­nismes syn­di­caux qui oeuvrent pour amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail et les ré­mu­né­ra­tions des équi­pages. En 1979, néan­moins, sou­cieux d’of­frir à sa jeune fa­mille de meilleures condi­tions ma­té­rielles d’exis­tence, il se fait em­bau­cher comme co­pi­lote de Boeing 737

chez AirCal. De fu­sion en ac­qui­si­tion, AirCal fi nit par être in­té­grée à Ame­ri­can Air­lines et Walt pour­suit sa car­rière de pi­lote de ligne jus­qu’à de­ve­nir com­man­dant de bord sur MD- 80, DC- 10 puis Air­bus A300. À 60 ans, en 2000, consi­dé­ré, ad­mi­nis­tra­ti­ve­ment par­lant, comme trop vieux pour sur­veiller un pi­lote au­to­ma­tique à 30 000 pieds

[9 140 m], il prend sa re­traite mais ré­in­tègre très vite le Ca­li­for­nia De­part­ment of Fo­res­try avec le­quel le lien n’avait ja­mais été vrai­ment rom­pu. Il de­vient le pi­lote at­ti­tré du “Tan­ker” 93 à Chi­co et, qua­li­fi é ins­truc­teur, forme de nom­breux pilotes. En 2009, sen­tant que, cette fois, l’âge le fai­sait de­ve­nir un pi­lote moins fi able et moins sûr, il rac­croche dé­fi ni­ti­ve­ment son casque de vol et ses gants à l’is­sue de son ul­time sai­son de feu. Pour au­tant, il ne cesse de s’in­ves­tir dans l’AAF ( As­so­cia­ted Ae­rial Fi­re­fi gh­ters) dont il est de­ve­nu… pré­sident.

Il est l’au­teur de mul­tiples ar­ticles et in­ter­ven­tions, no­tam­ment en di­rec­tion du Con­grès afi n d’ob­te­nir, en­core et tou­jours, de meilleures condi­tions de tra­vail pour ses col­lègues. Il cu­mule éga­le­ment les fonc­tions de pi­lote “consul­tant” pour dif­fé­rents pro­jets, et c’est à ce titre qu’il est ame­né à vo­ler sur Be­riev 200 au cours de la tour­née de l’am­phi­bie russe en Ca­li­for­nie, un avion qu’il a trou­vé “in­té­res­sant” et pour le­quel il a ap­puyé la créa­tion d’une en­tre­prise char­gée d’ob­te­nir la li­cence de pro­duc­tion pour les États- Unis. Mais Walt tombe ma­lade et le can­cer fi nit par l’em­por­ter en no­vembre 2013. Ses cendres sont dis­per­sées de­puis le “Tan­ker” 96, le 93 étant alors en main­te­nance, un soir de prin­temps, après une jour­née d’en­traî­ne­ment, au cours d’un lar­gage spé­cial que son ami Jé­rôme La­val a ef­fec­tué dans les col­lines non loin de Chi­co : “So long Uncle Walt”.

Après sa dis­pa­ri­tion, et à l’oc­ca­sion de la ma­ni­fes­ta­tion spé­cia­li­sée Ae­rial Fire Figh­ting, ses col­lègues créent le Walt Dar­ran In­ter­na­tio­nal Fi­re­fi gh­ting Award pour ré­com­pen­ser un in­di­vi­du ou un or­ga­nisme qui, se­lon les pré­ceptes de Walt, au­ra no­ta­ble­ment contri­bué à amé­lio­rer la sé­cu­ri­té et la sû­re­té des opé­ra­tions aé­riennes de lutte contre les feux de fo­rêt. Fi­na­le­ment, et parce que le nom de Walt n’est vrai­ment con­nu qu’aux États- Unis, la ré­com­pense est re­bap­ti­sée In­ter­na­tio­nal Fi­re­fi gh­ting Award, mais le der­nier ré­ci­pien­daire au mois de mars der­nier, Jim Barnes, qui fut un des créa­teurs du CFPA ( Ca­li­for­nia Fire Pi­lots As­so­cia­tion), n’a pas man­qué, au cours de son dis­cours, de rap­pe­ler l’im­por­tance qu’a jouée Walt et à quel point son hé­ri­tage est d’im­por­tance et son sou­ve­nir en­core vif dans la com­mu­nau­té des pilotes ca­li­for­niens.

DR/COLL. C. DEFEVER

Walt Dar­ran à bord de son Stear­man en 1972.

DR

Walt Dar­ran à Sa­cra­men­to au dé­but des an­nées 2000. Trop vieux pour pi­lo­ter un avion de ligne ? Qu’à ce­la ne tienne !

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