Les restes d’un Bre­guet XIV re­trou­vés au Proche-Orient

Le Fana de l'Aviation - - Le Courrier - Hen­ri de Wailly

Mon ami Ber­nard Adell m’a mon­tré les éton­nants cli­chés qu’il a pris en 2002 au cours d’un voyage au Proche- Orient, des dé­bris d’un Bre­guet XIV conser­vés comme tro­phées par les ha­bi­tants du vil­lage de Smed, dans le Dje­bel Druze [an­cien ter­ri­toire au­to­nome créé par

la France en 1921 dans le cadre du man­dat fran­çais en Sy­rie. Il dis­pa­rut

en 1936. NDLR] à 20 km en­vi­ron au sud- ouest de Souéï­da. L’ap­pa­reil, ve­nu les bom­bar­der, avait été abat­tu, ils s’en sou­viennent très bien, le 26 mai 1926. Les restes pieu­se­ment conser­vés de l’avion sont le vi­le­bre­quin tor­du du mo­teur et un mât d’en­tre­toise mé­tal­lique, ca­rac­té­ris­tique de cet ap­pa­reil. L’une de ses bombes, non ex­plo­sée, a été éga­le­ment conser­vée. Membre d’une pa­trouille de trois ap­pa­reils, cet avion fut abat­tu par un ti­reur au fu­sil alors qu’il vo­lait à basse al­ti­tude. Le pi­lote fut tué, l’avion s’écra­sa, mais son ca­ma­rade sur­vé­cut, pro­té­gé par une femme nom­mée Bous­tan Chal­ghinn qui l’abri­ta dans sa mai­son, in­ter­di­sant avec au­to­ri­té aux hommes qui vou­laient le sai­sir d’y pé­né­trer : “Per­sonne n’entre chez

moi, criait- elle, les lois de l’hos­pi­ta­li­té

sont sa­crées !” ra­conte- t- on. Mieux : on af­firme que le pi­lote se pré­nom­mait Phi­lippe et l’autre Serge ! Ce der­nier se­rait bien­tôt li­bé­ré. Il avait eu de la chance car, dans les mêmes cir­cons­tances, d’autres avia­teurs furent brû­lés vi­vants, at­ta­chés à leur ma­chine. L’af­faire se si­tue par­fai­te­ment dans l’his­to­rique de “L’Avia­tion au Le­vant” dé­po­sé au Ser­vice his­to­rique. Après avoir été en­ga­gées dans les opé­ra­tions de Ci­li­cie ( 1920- 1921), les es­ca­drilles de Bre­guet eurent un rôle es­sen­tiel pen­dant la guerre des Druzes ( 19251926), no­tam­ment en ra­vi­taillant la ci­ta­delle de Souéï­da où se trou­vaient en­cer­clés les restes d’une co­lonne fran­çaise pré­cé­dem­ment at­ta­quée, la co­lonne Mi­chaud. Pas­sant à basse al­ti­tude au- dessus de la pe­tite ci­ta­delle, “ils lan­cèrent 12 155 kg de vivres et 54 sacs de cour­rier et de ma­té­riel. Ja­mais cette ma­noeuvre ne fut ac­com­plie sans que l’avion ne soit at­teint de plu­sieurs balles. Aux coups de l’en­ne­mi on ré­pon­dait par des bom­bar­de­ments.” Après la prise de Souéï­da, la pa­ci­fi­ca­tion de la ré­gion fut réa­li­sée en trois phases. La se­conde eut lieu du 15 au 26 mai, et c’est pro­ba­ble­ment au cours de celle- ci que le Bre­guet XIV dont il est ques­tion fut abat­tu sur Smed. “Pour l’avia­tion, pré­cise l’his­to­rique, la tâche était par­ti­cu­liè­re­ment rude. Il fal­lait vo­ler très bas pour voir dans les chaos, et tout avion en panne était des­ti­né presque in­évi­ta­ble­ment à se bri­ser sur les ro­chers…” Sept ap­pa­reils furent abat­tus au cours de ces opé­ra­tions. Stop­pées pen­dant l’hi­ver 1926- 1927, elles se­ront re­prises au mois de mars. L’ap­pa­reil abat­tu ap­par­te­nait sans doute à la 1re Es­ca­drille, sta­tion­née à De­raa ou Ez­raa en 1926. Son in­signe était “un coq sur une bombe dans un crois­sant”.

BER­NARD ADELL

Un ha­bi­tant de Smed pré­sente une en­tre­toise mé­tal­lique ca­rac­té­ris­tique du Bre­guet XIV.

DR/COLL. HEN­RI DE WAILLY

Un Bre­guet XIV sur le ter­rain d’Esz­raa à 91 km au sud de Da­mas.

BER­NARD ADELL

Le vi­le­bre­quin et une bombe, les re­liques du Bre­guet XIV conser­vés au vil­lage de Smed.

DR/COLL. HEN­RI DE WAILLY

Un Bre­guet XIV des es­ca­drilles du Le­vant.

DR/COLL. HEN­RI DE WAILLY

Une pa­trouille de Bre­guet dé­colle d’un ter­rain du Le­vant.

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