“Cor­sair” contre ka­mi­kazes

Ba­taille d’Oki­na­wa (1er avril - 22 juin 1945) Qua­trième et der­nière par­tie. Les pi­lotes en vol pen­dant l’at­taque du Bun­ker Hill té­moignent de l’en­fer et des der­niers as­sauts des ka­mi­kazes. La ba­taille la plus san­glante de l’his­toire de l’US Na­vy touche à

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 586 / septembre 2018 - Par Xa­vier Méal

Qua­trième par­tie et fi n. Der­niers raids des ka­mi­kazes. La fl otte amé­ri­caine souffre, mais les “Cor­sair” veillent in­las­sa­ble­ment et font face.

Pour les pi­lotes de la VMF-221, la ma­ti­née du 11 mai avait été fruc­tueuse – par rap­port à la mis­sion ef­fec­tuée par ceux de la VMF- 451. Ils avaient été ca­ta­pul­tés du Bun­ker Hill à 7 heures pour une CAP sur les na­vires de la cein­ture ra­dar et avaient af­fron­té des avions ja­po­nais qui me­na­çaient la R.P.15, oc­cu­pée alors par les des­troyers Hugh W. Had­ley et Evans, le na­vire de dé­bar­que­ment LSM (R) 193 et les na­vires de sup­port de dé­bar­que­ment LCS (L) 82, 83 et 84. Entre leur ar­ri­vée sur zone à 8 heures et leur dé­part de cette même zone à 9 h 15, les sept “Cor­sair” de la 221 avaient abat­tu un Mit­su­bi­shi G4M “Bet­ty” por­tant un “Okha”, un Yo­ko­su­ka P1Y “Frances” et un Na­ka­ji­ma B6N “Jill”. Au mo­ment où ils ap­pro­chaient du Bun­ker Hill pour y ap­pon­ter, ils furent té­moins im­puis­sants de l’at­taque. Dans le rap­port de mis­sion de la pa­trouille, on peut lire : “Vers 9 h 15, les deux pa­trouilles se sont re­jointes sur le point de ren­dez-vous Tare et ont pris le cap de la base [le Bun­ker Hill]. Ils or­bi­taient au- dessus de la base à 1 500 pieds [460 m] quand le capt. Swett a vu deux avions pra­ti­que­ment au- dessus du Bun­ker Hill et en­vi­ron 3 000 pieds au-dessus de sa pa­trouille. Il a vi­ré vers eux et un des avions a com­men­cé à pi­quer vers le porte-avions. Le capt. Swett a pré­ve­nu par ra­dio le contrôle que deux ka­mi­kazes plon­geaient sur le na­vire. Ce­pen­dant, il n’a pas ti­ré sur le pre­mier avion qui s’est écra­sé sur les ap­pa­reils à l’ex­tré­mi­té du pont d’en­vol (heure ap­proxi­ma­tive 10 h 20).

Pen­dant ce temps, la sec­tion du lt Glen­din­ning avait com­men­cé à pour­suivre le se­cond avion mais n’a pu le rat­tra­per bien qu’ils aient mis la puis­sance maxi­male. Ils ont ti­ré dessus alors qu’il était hors de por­tée ; leurs tirs ont été sans ef­fets. L’avion a

im­mé­dia­te­ment plon­gé sur la sec­tion cen­trale du Bun­ker Hill (la bat­te­rie de 20 mm de l’avant du cô­té bâ­bord a tou­ché plu­sieurs fois le se­cond avion qui lais­sait échap­per de la fu­mée quand il a per­cu­té).

À ce mo­ment, ils ont aper­çu un troi­sième ban­dit mais n’ont pu s’en rap­pro­cher avant qu’il soit abat­tu par l’écran des tirs de dé­fense an­ti­aé­rienne. La pa­trouille du capt. Bald­win s’est im­mé­dia­te­ment jointe à la CAP tan­dis que le capt. Swett or­don­nait aux avions de sa pa­trouille d’or­bi­ter au­tour des sur­vi­vants tom­bés à l’eau (ce qu’ils firent de 10 h 20 à 11 h 30) et de lar­guer des mar­queurs au co­lo­rant pour as­sis­ter les na­vires dans leur mis­sion de sau­ve­tage.”

Les ca­nons vic­times du froid à haute al­ti­tude

“Le 11 mai 1945 a été un mau­vais jour pour nous, ra­con­ta le capt Jim Swett. Ma pa­trouille et une autre ont été ca­ta­pul­tées pour une CAP vers 8 heures et une al­ti­tude de 25 000 pied [7 620 m] nous a été as­si­gnée. Quand nous y sommes ar­ri­vés, ils nous ont di­ri­gés vers un avion de re­con­nais­sance ja­po­nais, que nous avons trou­vé et que nous avons pris en chasse. Il s’agis­sait d’un P1Y de la Ma­rine im­pé­riale.

J’avais un F4U-1C “Cor­sair” équi­pé de quatre ca­nons de 20 mm, mais j’avais beau­coup de mal à les faire fonc­tion­ner cor­rec­te­ment. À cause du froid en al­ti­tude, ils ge­laient et seu­le­ment un ou deux sur les quatre ti­raient en même temps quand je dé­clen­chais les quatre. Je n’ai tou­ché le “Frances” qu’une seule fois, puis mon ai­lier, le 2nd lt Wal­ter Goeg­gel, l’a frap­pé et il est tom­bé en flammes.

Nous sommes en­suite al­lés au- dessus de le- Shi­ma où nous avons vu un bom­bar­dier “Bet­ty” por­tant une bombe “Ba­ka” [“Okha”, NDLR] – une de leurs bombes vo­lantes gui­dées par un pi­lote. Le 1st lt Ralph Glen­den­ning, un de mes lea­ders de paire, a abat­tu le “Bet­ty” et la “Ba­ka”, mais il n’a été cré­di­té que d’un seul avion au lieu de deux. Pour nous, il a réel­le­ment abat­tu deux avions.

Peu après, alors que nous fi­lions vers un autre en­droit en ré­ponse à di­vers rap­ports d’ob­ser­va­tion d’avions, l’of­fi­cier d’in­ter­cep­tion de notre staSDASM ACHIVES tion ra­dar au sol a an­non­cé qu’un bom­bar­dier tor­pilleur “Jill” vo­lait à basse al­ti­tude en s’éloi­gnant d’Oki­na­wa et que ce se­rait une bonne idée de l’abattre. Nous avons donc pi­qué vers Oki­na­wa pour le pour­suivre.

Le “Jill” était un ka­mi­kaze, sans doute pi­lo­té par un très jeune homme. Il était à en­vi­ron 200 pieds [60 m] et avait pris un cap de re­tour vers le Ja­pon (Kyu­shu se trou­vait à en­vi­ron 180 km). Je l’ai vu de­puis en­vi­ron 6 000 pieds [1 830 m] et j’ai plon­gé sur lui. Ça se pré­sen­tait comme un tir avec la dé­flexion maxi­male de 90°. J’ai vu mes obus in­cen­diaires com­men­cer par frap­per la zone du cock­pit puis conti­nuer vers la queue. Je l’ai tou­ché au moins dix fois.

Alors qu’il pour­sui­vait droit de­vant lui, je me suis mis der­rière et l’ai lit­té­ra­le­ment mis en pièces avec mes quatre ca­nons de 20 mm. Il n’avait au­cun moyen de fuir et je peux ima­gi­ner que ce pi­lote était ef­frayé. Il a per­du le contrôle et a pi­qué dans l’océan. Il de­vait être dé­jà mort car je l’avais tou­ché de très, très nom­breuses fois. C’était le der­nier avion que j’ai abat­tu.

À peu près au même mo­ment où le “Jill” tom­bait en mer, nous ap­pro­chions de la fin de notre temps de pa­trouille, et nous avons pris le cap nous ra­me­nant vers le Bun­ker Hill. Le na­vire na­vi­guait nor­ma­le­ment. Une paire de chas­seurs ja­po­nais a réus­si à pas­ser l’écran de dé­fense an­ti­aé­rienne des des­troyers, mais ils ont été promp­te­ment abat­tus par des chas­seurs d’un des autres porte-avions. Nous pen­sions alors qu’il n’al­lait plus se pas­ser grand-chose.

Nous avons pris nos dis­po­si­tions res­pec­tives pour nous pré­pa­rer à ap­pon­ter par le tri­bord du Bun­ker Hill, mais nous ne pou­vions nous po­ser à

J’ai hur­lé à la ra­dio : “Base Vi­ce­roy, deux ka­mi­kazes plongent sur vous !”

ce mo­ment-là car la moi­tié ar­rière du pont d’en­vol était cou­verte d’avions, et il leur fal­lait dé­col­ler pour nous lais­ser la place. Alors que nous dé­ga­gions du cir­cuit d’at­ter­ris­sage pour al­ler or­bi­ter, j’ai vu deux avions pas­ser comme des balles près de nous, se di­ri­geant droit vers le ba­teau. J’ai hur­lé à la ra­dio “Base Vi­ce­roy, deux ka­mi­kazes plongent sur vous !”

Le pre­mier avion a plon­gé et a at­ter­ri au beau mi­lieu des ap­pa­reils par­qués sur la par­tie ar­rière du pont d’en­vol. Le pi­lote a lar­gué sa bombe juste au mo­ment où il a per­cu­té. Quand elle a ex­plo­sé, elle a ba­layé la moi­tié des ser­vants des postes de dé­fenses an­ti­aé­rienne sur le cô­té bâ­bord du na­vire.

La bombe ex­plose dans la salle d’alerte

L’autre avion était un “Ze­ro”. Au der­nier mo­ment il a ca­bré et a fait un genre de ren­ver­se­ment au-dessus du na­vire, puis il a pi­qué et a per­cu­té au pied de l’îlot. Sa bombe a ex­plo­sé dans la salle d’alerte de la VF- 84 et a tué sur le coup en­vi­ron 30 pi­lotes. Le corps du pi­lote ka­mi­kaze a été pro­je­té dans les cour­sives – il a dé­va­lé les es­ca­liers. Il pa­rais­sait in­tact, mais nombre de ses os étaient bri­sés…

Le na­vire a im­mé­dia­te­ment pris feu. C’était un en­fer – aus­si ter­rible que le Frank­lin quand il avait été in­cen­dié du­rant notre frappe contre le Ja­pon ; le feu, les bombes et nombre d’ex­plo­sions in­ternes ont tué près de 400 hommes et en ont bles­sé 400 autres. La liste des bles­sés était épou­van­table. Le seul état- ma­jor de l’am. Mit­scher a per­du quelque 25 per­sonnes. Et la VMF-221 a per­du ap­proxi­ma­ti­ve­ment le même nombre d’hommes, pi­lotes et mé­ca­ni­ciens.

Ceux d’entre nous qui étaient en l’air au-dessus du na­vire ont été hor­ri­fiés. Nous avons ob­ser­vé nombre d’hommes sau­ter par-dessus bord à cause des feux d’huiles, de la fu­mée, des ex­plo­sions et tout ce qu’on peut ima­gi­ner. La plu­part ont sau­té de­puis l’ar­rière du na­vire, tout sim­ple­ment parce qu’ils n’ar­ri­vaient plus à res­pi­rer là où ils étaient.

En peu de temps, j’ai ras­sem­blé une ving­taine d’avions, pour la plu­part des “Cor­sair”, qui étaient en at­tente pour ap­pon­ter sur le Bun­ker Hill. J’ai réa­li­sé que la moi­tié des gars qui avaient sau­té à l’eau n’avait pas de gi­let de sau­ve­tage ou quoi que ce soit pour les ai­der à flot­ter ; nous sommes donc des­cen­dus et nous avons lan­cé nos mar­queurs au co­lo­rant, nos Mae West [gi­let de sau­ve­tage pour pi­lote] et tout ce dont nous dis­po­sions qui pou­vait les ai­der. Si nous avions été contraints d’amer­rir en ca­tas­trophe, ce­la nous au­rait mis dans la pa­nade…

Je n’ai ja­mais su si tous ces hommes à la mer ont été se­cou­rus, ou si au­cun n’a pu re­mon­ter sur le porte-avions. Quand les na­vires de sau­ve­tage sont ar­ri­vés, j’ai em­me­né les avions que j’avais re­grou­pés vers l’En­ter­prise pour y ap­pon­ter – l’am. Mit­scher et son état- ma­jor y avaient aus­si été trans­fé­rés. Ce porte-avions n’avait ja­mais re­çu de “Cor­sair” au­pa­ra­vant, mais l’of­fi­cier d’ap­pon­tage a réus­si sans pro­blème à faire ap­pon­ter nos 24 avions – 18 “Cor­sair” et six “Hell­cat” de re­con­nais­sance qui étaient en vol en même temps que nous et qui nous ont sui­vis.

Une des pre­mières choses que les hommes d’équi­page de l’En­ter­prise ont faite après que je me suis po­sé a été de pous­ser mon “Cor­sair” par­des­sus bord pour faire de la place. Le porte- avions ne pou­vait re­ce­voir nos avions en plus des siens qui étaient alors en l’air. De fait, ils ont pous­sé à l’eau tous les avions que j’avais ra­me­nés, sauf six.

Le len­de­main, 12 mai, nous nous sommes pré­pa­rés pour nous en­vo­ler vers un de nos aé­ro­dromes sur Oki­na­wa, d’où nous pour­rions être éva­cués. J’étais le pi­lote le plus âgé du Bun­ker Hill, j’ai donc eu le pri­vi­lège de pou­voir pi­lo­ter un des six avions qui nous res­taient ; j’ai dit aux pi­lotes de s’ar­ran­ger entre eux pour sa­voir qui pren­drait les cinq ap­pa­reils res­tant. Les autres ont été pris comme pas­sa­gers à bord de quelques avions bom­bar­diers-tor­pilleurs.

On m’a don­né une brosse à dents et des vê­te­ments

Quand nous nous sommes po­sés à Oki­na­wa, on nous a dit qu’il était in­utile de nous dé­bar­ras­ser de nos pis­to­lets, com­bi­nai­sons an­ti-g, planche de na­vi­ga­tion, etc. Mais nous l’avons quand même fait, car des gars en avaient bien plus be­soin que nous sur place.

Je n’avais plus rien à me mettre, alors un des Ma­rines m’a don­né ses vê­te­ments de tra­vail et une brosse à dents. C’était tout ce que j’avais. Le reste était sur le Bun­ker Hill et je ne sa­vais pas ce qu’il en était ad­ve­nu.

Il nous fal­lait trou­ver un trans­port vers Uli­thi, qui était très loin d’Oki­na­wa. Nous avons trou­vé un

Nous avons lan­cé nos Mae West aux hommes qui avaient sau­té à l’eau, fuyant le feu

Cur­tiss C- 46 “Com­man­do” des Ar­my Air Forces qui al­lait dans notre di­rec­tion, et nous avons vo­lé pen­dant 8 heures dans cette chose jus­qu’à Guam. Puis nous avons dû trou­ver un autre vol de Guam jus­qu’à Uli­thi, qui a du­ré 4 heures, et ain­si de suite. Quand nous nous sommes fi­na­le­ment po­sés à Uli­thi, j’ai dû per­sua­der le ca­pi­taine d’un na­vire de dé­bar­que­ment de la Na­vy de nous em­me­ner jus­qu’au Bun­ker Hill qui, à ce mo­ment même, le­vait l’ancre pour ren­trer aux États-Unis.

Il nous a fal­lu quatre jours pour re­tour­ner sur le Bun­ker Hill, et le pauvre na­vire était sur le point de par­tir quand nous l’avons rat­tra­pé. Nous avons réus­si à mon­ter à bord quelques mi­nutes avant qu’il ne prenne le large, et nous sommes ren­trés aux États-Unis avec lui via Pearl Har­bor. Pauvre chose. L’odeur était atroce – fu­mée et chairs brû­lées.”

L’at­taque ka­mi­kaze sur le Bun­ker Hill fut la plus mortelle de toutes celles de la Deuxième Guerre mon­diale : 396 hommes pé­rirent, 264 furent bles­sés. Par­mi les morts on dé­nom­bra le lt Do­ris C. Free­man, as sur “Cor­sair” aux neuf vic­toires de la VF- 84, le lieu­te­nant ( ju­nior grade) John T. Gil­dea, as aux sept vic­toires de la VF-84, le lt( jg) John J. Sargent, as aux 5,5 vic­toires de la VF-84. Les ka­mi­kazes qui avaient frap­pé le Bun­ker Hill fai­saient par­tie d’un groupe de 37 dont les avions avaient dé­col­lé des bases de Ka­noya et Ko­ku­bu sur l’île Kyu­shu. Le pre­mier “Ze­ro” était pi­lo­té par le sous-lieu­te­nant Seiz Ya­su­no­ri, qui mi­trailla le porte-avions du­rant son pi­qué ; juste avant de s’écra­ser sur l’ar­rière du pont d’en­vol il lar­gua sa bombe de 250 kg qui tra­ver­sa le pont puis le flanc du na­vire et ex­plo­sa dans l’eau. Les éclats de cette bombe tuèrent et bles­sèrent nombre des ma­rins du porte-avions. Le se­cond “Ze­ro” était pi­lo­té par l’en­seigne Kiyo­shi Oga­wa ; la bombe qu’il lar­gua fit un trou de 15 m de dia­mètre dans le pont d’en­vol, qui s’éten­dit sur trois ni­veaux sous le pont, em­por­tant la salle d’alerte des pi­lotes où se trou­vaient 22 pi­lotes de la VF-84. Le Bun­ker Hill ne cou­la ce­pen­dant pas, mais l’am. Mit­scher dut quit­ter ce qui avait été jus­qu’alors le na­vire

ami­ral de la flotte d’invasion, avec ce qu’il res­tait de son état-ma­jor – il avait en fait per­du trois of­fi­ciers et neuf hommes du rang. Il tran­si­ta via le des­troyer En­glish avant d’éta­blir son nou­veau quar­tier gé­né­ral à bord du porte-avions En­ter­prise.

Le Bun­ker Hill se traî­na à 20 noeuds jus­qu’à Uli­thi où il fut re­joint par les avions et pi­lotes de la VMF-221 qui avaient as­sis­té en vol à son at­taque, avant de re­joindre Pearl Har­bor puis le chan­tier na­val de Bre­mer­ton, non loin de Seat­tle. Le porte-avions San­ga­mon mit aus­si le cap sur Uli­thi tard dans la nuit, après avoir été per­cu­té par un ka­mi­kaze en plein mi­lieu du pont d’en­vol et avoir dé­nom­bré 11 morts, 25 dis­pa­rus et 21 bles­sés graves.

Dé­jà en­dom­ma­gé au large d’Oki­na­wa le 5 avril, ré­pa­ré à Uli­thi et de re­tour à Oki­na­wa de­puis seu­le­ment le 6 mai, le porte-avions In­tre­pid fut de nou­veau frap­pé à son tour le 14 mai par un “Ze­ro” ka­mi­kaze pi­lo­té par le lt Shun­suke To­miya­su, qui dé­trui­sit son as­cen­seur avant en fai­sant 13 morts et 34 bles­sés. Mit­scher dut de nou­veau dé­mé­na­ger avec son état-ma­jor, cette fois sur le porte-avions Ran­dolph.

Pi­lotes et mé­ca­ni­ciens pris de pa­nique

Une at­taque sui­cide d’un autre genre eut lieu dans la nuit du 24 au 25 mai, en pré­lude à Ki­ku­sui 7. Avec pour ob­jec­tif de rendre les aé­ro­dromes de Ka­de­na et Yon­tan in­uti­li­sables et d’y dé­truire le plus d’avions pos­sible, une dou­zaine de bom­bar­diers Mit­su­bi­shi Ki-21-IIb “Sal­ly” du 3e Do­ku­rit­su Hi­ko­tai, tous al­lé­gés au maxi­mum afin d’em­por­ter cha­cun une dou­zaine de com­man­dos “Gi­ret­su” (“hé­roïques”), dé­col­lèrent de la base aé­rienne de l’Ar­mée im­pé­riale de Ku­ma­mo­to, sur l’île prin­ci­pale du Ja­pon. Au­cun des Ki-21 qui de­vaient at­ta­quer Ka­de­na ne par­vint jus­qu’à Oki­na­wa, pour di­verses rai­sons. Mais vers 22 h 30, cinq “Sal­ly” ap­pa­rurent au-dessus de Yon­tan ; la DCA en abat­tit quatre, tan­dis que le der­nier, se glis­sant à tra­vers l’écran dé­fen­sif des tirs, par­vint à se po­ser train ren­tré sur la piste, ter­mi­nant sa course presque au pied de la tour de contrôle. À peine l’avion ar­rê­té, jaillit par les is­sues de se­cours une dou­zaine de com­man­dos fai­sant feu de tout bois. Sur­pris, et pas ha­bi­tués au com­bat au sol, pi­lotes et mé­ca­ni­ciens amé­ri­cains furent d’abord pris de pa­nique, ne réa­li­sant pas qu’ils n’étaient at­ta­qués que par une dou­zaine d’hommes. Pen­sant su­bir une at­taque mas­sive, ils s’égayèrent pour se mettre à cou­vert et ti­rer un peu au ha­sard comme ils le pou­vaient. Pen­dant quelques heures, le chaos ré­gna ain­si sur l’aé­ro­drome, ce qui per­mit aux com­man­dos ja­po­nais de faire sau­ter un dé­pôt d’es­sence de 70 000 gal­lons (264 980 l), dont l’in­cen­die em­bra­sa le ciel de spec- ta­cu­laires gey­sers de flammes. L’in­fan­te­rie de ma­rine com­men­ça à in­ter­ve­nir au le­ver du jour, et tous les com­man­dos ja­po­nais furent tués, le der­nier étant dé­lo­gé à 13 heures de sa ca­chette dans des buis­sons. Du­rant les com­bats de la nuit, trois Ma­rines furent tués et 18 bles­sés, et les com­man­dos ja­po­nais dé­trui­sirent

trois F4U “Cor­sair”, deux qua­dri­mo­teurs PB4Y “Pri­va­teer” de pa­trouille ma­ri­time et quatre bi­mo­teurs R4D (ver­sion pour l’US Na­vy du C- 47). Par ailleurs, ils en­dom­ma­gèrent 22 “Cor­sair”, trois F6F “Hell­cat”, deux PB4Y et deux R4D. Mais Yon­tan fut de nou­veau opé­ra­tion­nel à la mi-jour­née le 25 mai, et les avions en­dom­ma­gés furent tous ré­pa­rés en quelques jours.

Ki­ku­sui 7 dé­bu­ta ce même jour, im­pli­quant 65 ka­mi­kazes de la Ma­rine im­pé­riale et 100 de l’Ar­mée, et se pour­sui­vit le len­de­main.

Ce 25 mai fut un jour par­mi les plus fastes pour les es­ca­drons de “Cor­sair” des Ma­rines d’Oki­na­wa qui abat­tirent 39 ka­mi­kazes. Dans le cadre d’une Tac­ti­cal Air Force com­bi­née – avec les P- 47N du 318th Figh­ter Group de l’USAAF ba­sés sur le- Shi­ma de­puis le 14 mai –, un to­tal de 165 avions at­ta­quants furent abat­tus. Mais deux na­vires furent cou­lés et neuf autres en­dom­ma­gés.

DR

Un “Cor­sair” de la VMF-351 a ter­mi­né son ap­pon­tage dans la bar­rière d’ar­rêt du porte-avions Cape Glou­ces­ter le 5 juillet 1945, après la red­di­tion des der­nières troupes ja­po­naises sur Oki­na­wa.

US NA­VY

Les épaves des avions dé­truits par l’in­cen­die sur l’ar­rière du pont du Bun­ker Hill après qu’il a été per­cu­té par le pre­mier ka­mi­kaze le 11 mai 1945.

Les dé­gâts pro­vo­qués sur le Bun­ker Hill par le se­cond ka­mi­kaze.

VINCENT DHORNE

F4U-1C de la VMF-311, seule uni­té à Oki­na­wa in­té­gra­le­ment équi­pée de cette ver­sion à quatre ca­nons de 20 mm du “Cor­sair”. Ba­sé à Yon­tan à par­tir du 7 avril 1945, cet ap­pa­reil ac­com­plit plus de 400 heures de mis­sions de com­bat et ob­tint huit vic­toires.

US AIR FORCE

Le Ki-21 “Sal­ly” co­dé 546 sur la queue fut le seul qui réus­sit à se po­ser en ca­tas­trophe sur la piste de Yon­tan au dé­but de la nuit, le 24 mai 1945, pour y dé­ver­ser une dou­zaine de com­man­dos.

US AIR FORCE

Quelques-uns des avions dé­truits par les com­man­dos ja­po­nais qui se­mèrent le chaos pen­dant quelques heures sur l’aé­ro­drome de Yon­tan dans la nuit du 24 au 25 mai 1945.

DR

Des “Cor­sair” de la VMF-323 au-dessus d’Oki­na­wa le 10 juin 1945.

ENSIGN H.F. BAR­RETT/US NA­VY

L’ami­ral Mit­scher, com­man­dant de la Task Force 58, en cours de trans­fert vers le porte-avions Ran­dolph le 15 mai 1945, après que ses deux pré­cé­dents na­vires ami­raux, le Bun­ker Hill et l’En­ter­prise ont été suc­ces­si­ve­ment en­dom­ma­gés au large d’Oki­na­wa.

DR

Un “Cor­sair” de la VMF-512 est ca­ta­pul­té du porte-avions Sargent Bay le 2 juin 1945.

E DHORN T VINCEN

Mit­su­bi­shi Ki-21 IIb du 3e Do­ku­rit­su Chu­tai conver­ti pour une mis­sion com­man­do-sui­cide sur Yon­tan le 24 mai au soir. Cet ap­pa­reil se po­sa sur le ventre et dé­po­sa une di­zaine de pa­ra­chu­tistes qui dé­truisent plu­sieurs ap­pa­reils et du ra­vi­taille­ment.

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