Les chas­seurs de sau­cisses

L’avia­tion en 1918 - Épi­sode 9

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 587/octobre 2018 - Par Da­vid Mé­chin

La chasse aux bal­lons d’ob­ser­va­tion entre 1914 et 1918 ? Il faut aveu­gler à tout prix l’en­ne­mi ! Sus aux sau­cisses !

Dans la gi­gan­tesque guerre d’ar­tille­rie que fut la Pre­mière Guerre mon­diale, le ré­glage des tirs des ca­nons est une ques­tion pri­mor­diale pour l’en­semble des bel­li­gé­rants. Ce ré­glage peut dif­fi­ci­le­ment se faire par des ob­ser­va­teurs au sol compte te­nu de la puis­sance de l’ar­tille­rie qui tire sur des ob­jec­tifs hors de la porte de la vue des ar­tilleurs. L’avia­tion va dès lors être sol­li­ci­tée, avec une lon­gueur d’avance pour la France dont l’ac­tion de ses avia­teurs est une des causes de la vic­toire de la ba­taille de la Marne au mois de sep­tembre 1914. Mais elle n’est pas la seule à ac­com­plir cette tâche, qui peut aus­si être ef­fec­tuée par des ob­ser­va­teurs pos­tés dans des bal­lons cap­tifs, qui, si l’on en croit les sta­tis­tiques fran­çaises, vont ef­fec­tuer en­vi­ron les 3/4 des ob­ser­va­tions sur le champ de ba­taille.

De ce point de vue, l’Al­le­magne dis­pose au dé­but de la guerre d’une cer­taine avance en ayant à sa dis­po­si­tion des com­pa­gnies d’aé­ros­tiers équi­pés de bal­lons al­lon­gés, dits Dra­chen­bal­lon (lit­té­ra­le­ment, bal­lons cerfs-vo­lants), bien plus stables que les quelques vieux bal­lons sphé­riques fran­çais en ser­vice dans les places fortes fran­çaises de Ver­dun, Toul, Épi­nal et Bel­fort, très peu adap­tés car tour­nant sur eux-mêmes

face au vent. Les Fran­çais vont vite consti­tuer des com­pa­gnies d’aé­ros­tiers (jus­qu’à 94 en 1918) qu’ils vont équi­per d’une co­pie du Dra­chen al­le­mand, le bal­lon type H, puis cou­rant 1915 par le type L, équi­pé d’un em­pen­nage et très stable face au vent, réa­li­sé par le ca­pi­taine Al­bert Ca­quot (po­ly­tech­ni­cien et in­gé­nieur des ponts et chaus­sées). L’an­née sui­vante, Ca­quot sort un mo­dèle équi­pé d’un em­pen­nage triple, le type M, qui se­ra uti­li­sé par tous les bel­li­gé­rants y com­pris par l’Al­le­magne qui en réa­lise aus­si­tôt une co­pie.

Tous ces bal­lons de­viennent des sil­houettes fa­mi­lières pour les sol­dats qui en voient tou­jours de­vant ou der­rière leurs tran­chées. Les Fran­çais les sur­nomment cou­ram­ment “sau­cisses”, un sur­nom qui s’im­pose de par leur forme et qui se ré­pand dans la presse, même si on trouve dans un jour­nal de marche le sur­nom plus fleu­ri de “couille” qui est pré­ci­sé­ment ce­lui don­né par les sol­dats al­le­mands : “Nülle”, qui peut se tra­duire aus­si par “ser­vice trois pièces”, une forme que peut faire évo­quer le Dra­chen­bal­lon du dé­but de guerre. Quelle que soit leur dé­no­mi­na­tion, leur ap­pa­ri­tion sur les lignes n’an­nonce en gé­né­ral rien de bon pour les sol­dats si­non un pro­chain orage d’ar­tille­rie… De ce fait, leur des­truc­tion s’im­pose vite comme un ob­jec­tif mi­li­taire afin d’aveu­gler l’ar­tille­rie en­ne­mie. Mais l’en­tre­prise va vite s’avé­rer aus­si ris­quée que com­pli­quée. Ris­quée, car ces bal­lons sont in­va­ria­ble­ment pro­té­gés par un au­to­ca­non et des mi­trailleuses en bat­te­rie prêtes à ti­rer sur tout as­saillant éven­tuel. Com­pli­quée, car les at­ta­quer à la mi­trailleuse n’a pour ef­fet que d’en per­cer l’en­ve­loppe, sans grands dom­mages. Gon­flés à l’hy­dro­gène, ils pour­raient s’en­flam­mer fa­ci­le­ment au contact d’une flamme mais au­cun ar­me­ment adé­quat n’existe en 1914.

Pre­miers avia­teurs à l’as­saut des sau­cisses

Les pre­mières at­taques contre les bal­lons cap­tifs sont ten­tées par l’avia­tion fran­çaise dès le dé­but de la guerre, à l’ini­tia­tive même des avia­teurs qui y voient un ob­jec­tif d’op­por­tu­ni­té. Le pre­mier cas do­cu­men­té dont on dis­pose vient de l’Es­ca­drille MF 8 sta­tion­née en Lor­raine, à Toul, où le lieu­te­nant Pierre Per­rin de Bri­cham­bault vo­lant sur un Mau­rice Far­man MF VII­bis re­père fin août 1914 un Dra­chen en sur­vo­lant les lignes et re­vient lors d’un vol ul­té­rieur l’at­ta­quer à coup de pro­jec­tiles in­cen­diaires, sans suc­cès. Plus chan­ceux se­ra son ca­ma­rade d’es­ca­drille, le lt Al­bert Mo­ris qui, le 1er sep­tembre 1914, s’attaque seul à bord de son MF VII­bis n° 123 à un bal­lon – pro­ba­ble­ment le même – à l’aide de flé­chettes. Les ar­chives al­le­mandes in­diquent qu’un ob­ser­va­teur du Luft­schif­fer-Ba­taillon 3, l ’ ober­leut­na nt Al­brecht Ol­den­burg, est tué ce jour à Ar­ra­court, près de Lu­né­ville. On ignore si Mo­ris a dé­chi­ré l’en­ve­loppe, tué di­rec­te­ment l’ob­ser­va­teur d’une flé­chette dans la na­celle ou fait ex­plo­ser le bal­lon, mais tou­jours est-il que son ex­ploit laisse une trace dans les ar­chives fran­çaises sous la forme d’une men­tion faite par le gé­né­ral Joffre dans son ordre du jour en date du 8 oc­tobre 1914 : “Dans une ar­mée on a dé­truit par des flé­chettes un Dra­chen-bal­lon. Les Dra­chen sont in­dis­pen­sables à l’en­ne­mi pour son ar­tille­rie lourde et l’on doit at­ta­cher la plus grande im­por­tance à leur des­truc­tion. Dans une autre ar­mée, un avion a des­cen­du un Avia­tik par le feu de sa mi­trailleuse.”

Joffre men­tionne bien dans son texte l’im­por­tance de la des­truc­tion des Dra­chen, cette ques­tion va vite pas­ser dans les faits au se­cond plan, tout comme les ré­com­penses ac­cor­dées aux quelques avia­teurs qui vont s’y es­sayer. Cet ordre du jour fait par ailleurs men­tion de la pre­mière vic­toire aé­rienne contre un avion des­cen­du en com­bat aé­rien, ob­te­nue par l’équi­page du ser­gent Frantz et du sol­dat Que­nault (lire Le Fa­na de l’Avia­tion n° 539), dé­co­rés res­pec­ti­ve­ment de la Lé­gion d’hon­neur et de la Mé­daille mi­li­taire, et dont l’ex­ploit fe­ra la une des jour­naux. Mo­ris, en re­vanche, bien que pro­mu au grade de ca­pi­taine, n’a au­cune men­tion dans la presse de son ex­ploit et manque de pas­ser à l la pos­té­ri­té c comme le pre­mier avia­teur vic­to­rieux au com­bat aé­rien. Contraint de se po­ser en zone en­ne­mie en 1915, il passe le res­tant de la guerre en c cap­ti­vi­té et d dé­cé­de­ra pré­ma­tu­ré­ment en 1920.

Un se­cond D Dra­chen est dé­truit le 6 dé­cembre 1914 par un Voi­sin LA de l’Es­ca­drille V.14 mon­té par le ca­po­ral Ju­lien Ser­viès (pi­lote) et le s-lt Louis Bar­rès (ob­ser­va­teur), qui ont réus­si à bom­bar­der leur cible si­tuée au sud de la fo­rêt d’Hou­thul­st, en Bel­gique, bles­sant les deux ob­ser­va­teurs pré­sents dans la na­celle. Mais, tou­chés par la DCA, ils sont contraints de se po­ser dans les lignes en­ne­mies et, tout comme

On ne fai­sait que des pe­tits trous ; les plus cu­lot­tés ne de­man­daient même pas la des­cente

Mo­ris, fi­ni­ront la guerre en cap­ti­vi­té. Il faut at­tendre le 15 juin 1915 pour voir la des­truc­tion du troi­sième Dra­chen à Villers-lès-Man­giennes, près de Ver­dun, par un Cau­dron G.3 de l’Es­ca­drille C.18 pi­lo­té par le bri­ga­dier Maxime Le­noir em­me­nant en ob­ser­va­teur le lt Pierre Ri­vier. Se­lon les dé­cla­ra­tions de Le­noir, de­ve­nu un cé­lèbre as aux 11 vic­toires en 1916, le Dra­chen au­rait été dé­truit avec des balles in­cen­diaires qui ont été pré­ci­sé­ment ex­pé­ri­men­tées contre un autre Dra­chen deux se­maines plus tôt par l’as Jean Na­varre, dont l’ob­ser­va­teur, le lt Moi­nier, pos­sé­dait une ca­ra­bine ti­rant de telles mu­ni­tions bien qu’il n’ait pu pla­cer un coup au but. Plus chan­ceux dans son tir, l’équi­page Le­noir-Ri­vier n’ob­tient ce­pen­dant au­cune ré­com­pense pour son ex­ploit qui ne se­ra re­con­nu à Le­noir comme la deuxième de ses 11 vic­toires aé­riennes que bien plus tar­di­ve­ment, au mois d’août 1916.

Il ne faut pas pour au­tant en conclure un manque d’in­té­rêt de l’état- ma­jor pour l’attaque des Dra­chen, qui com­mande aux construc­teurs un ap­pa­reil conçu pour cette tâche, le Voi­sin LB, dit Voi­sin- Ca­non, équi­pé d’un ca­non de 37 mm. Le 11 mai 1915, deux pro­to­types pi­lo­tés par le sgt Jo­seph Frantz et l’ad­ju­dant Ai­mé Gras­set sont dé­ta­chés à l’Es­ca­drille VB 109 à Bruay-en-Ar­tois et passent aus­si­tôt à l’ac­tion en pre­nant pour cible les Dra­chen en­ne­mis. Les ré­sul­tats sont vite dé­ce­vants : le 15 mai 1915, l’ap­pa­reil de Gras­set avec pour ti­reur le ma­te­lot Mi­chel Le Hé­naff tire 18 obus contre un Dra­chen al­le­mand qui est his­sé à terre. Dans la jour­née, les deux Voi­sin-Ca­non, entre Ar­ras et Lens, en at­taquent de concert un autre qui est éga­le­ment ra­me­né au sol, sans dom­mages vi­sibles mal­gré les 18 obus ti­rés… Un autre bal­lon est contraint d’être his­sé à terre le len­de­main à Mé­ri­court après 14 obus ti­rés. Frantz se sou­vient : “Les Dra­chen des­cen­daient mais ne pre­naient pas feu, les obus in­cen­diaires de 37 n’exis­tant pas. Il au­rait fal­lu trou­ver un obus in­cen­diaire qui laisse une trace, pour en­flam­mer l’en­ve­loppe… Quand les Al­le­mands se sont ren­du compte qu’on ne fai­sait que de pe­tits trous, les plus cu­lot­tés des ob­ser­va­teurs ne de­man­daient même pas la des­cente. Ils étaient bien dé­fen­dus, il faut dire.”

Six exem­plaires de sé­rie trans­for­més à par­tir de Voi­sin LA sont com­man­dés au construc­teur le 18 juin 1915, sui­vis de 12 autres le 9 juillet pour une pro­duc­tion to­tale in­con­nue es­ti­mée à une tren­taine d’exem­plaires. Ils équipent des sec­tions d’avions-ca­nons qui sont ré­par­tis par­mi les es­ca­drilles Voi­sin sur le front et se voient ho­mo­lo­guer cinq vic­toires du­rant l’an­née 1915, quatre contre des avions et une seule contre un Dra­chen in­cen­dié le 2 oc­tobre 1915 par le sgt Co­mès et son ti­reur, le ma­te­lot Mau­rice Jous­se­lin. Ces deux hommes fai­saient par­tie de la 10e Sec­tion d’avions-ca­nons, com­po­sée de quatre Voi­sin LB rat­ta­chés à l’Es­ca­drille V.21 et qui, du­rant l’offensive fran­çaise de Cham­pagne, ont été char­gés d’aveu­gler l’ar­tille­rie al­le­mande en dé­trui­sant ses Dra­chen, avec des ré­sul­tats très mi­ti­gés puisque leur vic­toire est la seule ho­mo­lo­guée ob­te­nue dans le rôle pour le­quel ils ont été conçus.

Les fu­sées Le Prieur entrent en scène

Alors que seule­ment trois Dra­chen ont été ho­mo­lo­gués à l’avia­tion fran­çaise du­rant l’an­née 1915, 1916 marque de nets pro­grès dans leur des­truc­tion avec l’ap­pa­ri­tion d’une nou­velle arme, une fu­sée in­ven­tée par l’en­seigne de vais­seau Yves Le Prieur, brillant in­ven­teur à qui on doit de mul­tiples réa­li­sa­tions dans de nom­breux do­maines dont l’avia­tion. Il n’est pas stric­to sen­su l’in­ven­teur de la fu­sée à poudre noire, mais a l’idée d’en équi­per un avion pour la ti­rer contre les

Dra­chen et faire en­flam­mer leur en­ve­loppe gon­flée à l’hy­dro­gène grâce au jet ga­zeux in­can­des­cent de la fu­sée qui au­ra per­cé l’en­ve­loppe. Les fu­sées sont dis­po­sées dans des tubes fixés sur les mâts d’aile d’un chas­seur Nieu­port (quatre par cô­té) et mises à feu élec­tri­que­ment à par­tir du poste de pi­lo­tage.

La pré­ci­sion est très aléa­toire, mais le tir d’une salve de huit pro­jec­tiles, gé­né­ra­le­ment ti­rés entre 100 et 200 m de la cible, suffit pour que l’un touche le Dra­chen. Un pre­mier test est ef­fec­tué par Le Prieur à par­tir d’un Far­man au mois de fé­vrier 1916, puis, le 4 mai, un es­sai gran­deur na­ture à par­tir d’un chas­seur Nieu­port est réa­li­sé sur l’aé­ro­drome du Bour­get par un pi­lote du Camp re­tran­ché de Pa­ris (CRP), le sgt Jo­seph Gui­guet. Il dé­truit un Dra­chen avec les fu­sées de­vant tout un par­terre d’of­fi­ciels, dont le pré­sident de la Ré­pu­blique Ray­mond Poin­ca­ré qui ne manque pas de l’en fé­li­ci­ter.

Les Dra­chen sur­pris par la nou­velle arme

En pleine ba­taille de Ver­dun, le chef de l’avia­tion fran­çaise, le co­lo­nel Ré­gnier, pro­pose alors au gén. Ni­velle, qui en­tre­prend toute une sé­rie de contre-of­fen­sives sur le sec­teur, d’uti­li­ser cette nou­velle arme de ma­nière mas­sive sur une zone afin d’y dé­truire tous les Dra­chen et d’y aveu­gler l’ar­tille­rie al­le­mande. À l’aube du 22 mai 1916, juste avant une attaque me­née pour ten­ter de re­prendre le fort de Douau­mont à l’en­ne­mi, huit Nieu­port 16 équi­pés de fu­sées Le Prieur sont ras­sem­blés sur le ter­rain de Va­de­lain­court. À leurs com­mandes, sept pi­lotes de chasse che­vron­nés ac­com­pagnent le sgt Jo­seph Gui­guet ve­nu du CRP avec son ap­pa­reil : l’as Charles Nun­ges­ser de l’Es­ca­drille N 65, ci­té de­puis la veille au com­mu­ni­qué et à ce mo­ment ti­tu­laire de huit vic­toires (lire Le Fa­na de l’Avia­tion n° 551 et 552), puis le sgt Jean Cha­put de la N 57, alors ti­tu­laire de trois vic­toires ( Le Fa­na de l’Avia­tion n° 555), le cne Louis Ro­bert-de-Beau­champ ( Le Fa­na de l’Avia­tion n° 516) et le lt Georges de Bou­ti­ny de la N 23, l’adj. Hen­ri Ré­ser­vat de la N 65, puis le lt An­dré Du­bois de Gennes et l’adj. Lu­cien Ba­rault de la N 57.

L’attaque prend les Dra­chen Al­le­mands par sur­prise, car tous les pi­lotes pré­ci­tés in­cen­dient un Dra­chen, à l’ex­cep­tion de Bou­ti­ny qui ne peut mettre à feu ses fu­sées et Ba­rault qui manque sa cible. Seul Re­ser­vat ne ren­tre­ra pas de la mis­sion, tou­ché par la DCA qui l’a contraint à se po­ser dans les lignes al­le­mandes où il est cap­tu­ré. Ba­rault tente de re­ven­di­quer sa vic­toire mais la su­per­che­rie est vite dé­cou­verte et il est le seul des huit pi­lotes à ne pas ob­te­nir de ci­ta­tion à l’ordre de l’ar­mée pour l’attaque.

À comp­ter de cette date, d’autres at­taques sont me­nées par des Nieu­port 16, puis des Nieu­port 17 équi­pés de fu­sées Le Prieur au point que 33 Dra­chen sont ho­mo­lo­gués aux avia­teurs fran­çais du­rant l’an­née 1916. Mais l’exer­cice reste ex­trê­me­ment pé­rilleux : re­ve­nus de leur sur­prise, les Al­le­mands mul­ti­plient la cou­ver­ture de DCA au­tour de leurs Dra­chen qui sont en outre par­fois pro­té­gés par une pa­trouille de chasse. Le sgt Jo­seph Gui­guet, mu­té de­puis à l’Es­ca­drille N 3, en fait la cui­sante ex­pé­rience le 1er juillet 1916 alors qu’il attaque une sau­cisse : “Plu­sieurs obus ont écla­té très près de moi et ont tou­ché mon mo­teur alors que j’étais sur les lignes al­le­mandes. Je me suis alors di­ri­gé en vol pla­né vers les lignes fran­çaises, quand j’ai été pris à par­tie par un chas­seur al­le­mand qui m’a ti­ré des­sus. Heu­reu­se­ment que je vo­lais sans mo­teur, à la li­mite de la vi­tesse de dé­cro­chage, ce qui a per­tur­bé sa vi­sée…” Il en ré­chappe, bles­sé à l’épaule droite et dans le dos, po­sé de jus­tesse dans les lignes fran­çaises et quitte pour plu­sieurs se­maines d’hô­pi­tal.

Les balles in­cen­diaires au phos­phore

Peu de temps après l’en­trée en ser­vice des Le Prieur, une autre arme va être pla­cée à dis­po­si­tion des pi­lotes, les balles in­cen­diaires au phos­phore ti­rées par des ver­sions re­cham­brées en 11 mm des mi­trailleurs Hot­ch­kiss ou Vi­ckers, et pro­duites en pe­tite sé­rie pour l’avia­tion. Plu­sieurs pi­lotes com­binent les deux sys­tèmes d’armes, cer­tains pré­fé­rant la mi­trailleuse 11 mm pour sa plus grande pré­ci­sion, tan­dis que d’autres pré­fèrent

Des obus ont écla­té très près de moi et ont tou­ché mon mo­teur sur les lignes al­le­mandes

em­por­ter les fu­sées et conser­ver une mi­trailleuse stan­dard dont la ca­dence de feu est su­pé­rieure. Le sgt Pierre de Ca­ze­nove de Pra­dines, as aux sept vic­toires, té­moigne bien du di­lemme quand il abat l’unique bal­lon de son ta­bleau de chasse le 20 août 1917 : “Un jour, le chef de la SPA 81, le ca­pi­taine Ray­mond Bailly, a de­man­dé un vo­lon­taire pour al­ler dé­truire un bal­lon à Mont­fau­con. Je me suis pro­po­sé et j’ai com­men­cé à m’en­traî­ner. Équi­pant mon Spad de fu­sées Le Prieur sur les mâts d’aile, dé­clen­chées par une com­mande élec­trique, j’ai vite re­pé­ré ma proie sur la­quelle j’ai pi­qué alors que des bat­te­ries de DCA ou­vraient le feu. Au bon mo­ment j’ai ac­tion­né le tir et les fu­sées sont par­ties dans toutes les di­rec­tions dans un im­pres­sion­nant nuage de fu­mée. Quand il s’est dis­si­pé, je me suis trou­vé en train de vo­ler vers un bal­lon qui était in­tact. Les fu­sées étaient par­ties dans toutes les di­rec­tions, ex­cep­té sur la cible ! Le len­de­main, je suis re­tour­né sur place mais cette fois-ci équi­pé de balles au phos­phore dans ma mi­trailleuse, et là j’ai pu flam­ber ce bal­lon.”

Un seul pi­lote se spé­cia­lise dans la chasse aux “sau­cisses” du­rant l’an­née 1916 et de­ve­nir le pre­mier as de la spé­cia­li­té : le sgt Mar­cel Bloch (ho­mo­nyme du cé­lèbre avion­neur), af­fec­té à l’Es­ca­drille N 62. Le 5 juin 1916, en com­pa­gnie d’un équi­pier et cou­vert par six autres chas­seurs, il tire sa salve de fu­sées contre un pre­mier Dra­chen sur le front de la Somme et le re­ven­dique dé­truit – il ne lui se­ra pas ho­mo­lo­gué. En pleine offensive de la Somme, l’attaque des Dra­chen est de­man­dée par l’état-ma­jor et Bloch dé­cide de se spé­cia­li­ser dans cette tech­nique, in­cen­diant cinq d’entre eux en trois mois, mais frô­lant la mort à chaque vic­toire.

“Le 1er juillet 1916, c’était la jour­née d’attaque. Je pars, j’attaque un pre­mier Dra­chen et réus­sis à l’abattre mal­gré l’in­ter­ven­tion de nom­breux avions en­ne­mis se pré­ci­pi­tant à ma pour­suite, les aé­ro­dromes en­ne­mis étant proches. Je rentre sans être gê­né. Tout va bien. Je re­prends d’autres fu­sées et je pars à la re­cherche d’un autre cap­tif, j’en dé­couvre un. Au mo­ment de pi­quer pour dé­clen­cher mes fu­sées, un ap­pa­reil al­le­mand qui m’a pris en chasse s’in­ter­pose entre le Dra­chen et moi. Il tire fré­né­ti­que­ment pour m’em­pê­cher d’in­ter­ve­nir et me crible de balles. Je vire lé­gè­re­ment et ri­poste par une bande [un char­geur de sa mi­trailleuse], tout en me te­nant à la ver­ti­cale à 400 m du sol. L’avion est tou­ché. Il pique, semble tom­ber pour s’écra­ser, mais je n’ai pas le temps de le suivre. L’es­sen­tiel est qu’il m’ait lais­sé la route libre. Je conti­nue ma des­cente vers le Dra­chen et j’ai la chance de l’in­cen­dier à son tour. Oui, ce jour- là, je res­sen­tis cer­tai­ne­ment la plus forte émo­tion de ma vie. C’était à Gueu­de­court.”

Le chas­seur trans­for­mé en pas­soire

Ce que ne pré­cise pas Bloch dans son té­moi­gnage, c’est qu’il est pris pour cible par une nuée de tirs qui trans­percent son ap­pa­reil qui, tou­ché au mo­teur, vole en per­dant de l’al­ti­tude. Or il est à ce mo­ment à 30 m de hau­teur… Il par­vient à se po­ser dans les lignes bri­tan­niques où il constate qu’outre le fait que son fu­se­lage soit trans­per­cé de toutes parts, qu’un éclat d’obus a tran­ché net un des mon­tants d’ailes. Les deux Dra­chen lui sont ho­mo­lo­gués et consti­tuent ses deux pre­mières vic­toires of­fi­cielles. Il doit

prendre un nou­veau Nieu­port 16 (n° 1254) pour re­par­tir à l’attaque le sur­len­de­main 3 juillet, mais il est pris dans le tir d’une mi­trailleuse au sol dont une balle lui tra­verse le pouce et lui fait man­quer sa salve de fu­sées. Obs­ti­né, il re­vient à l’attaque avec ses balles in­cen­diaires, mais un nou­veau tir lui trans­perce une cuisse : il par­vient à in­cen­dier sa cible et par­vient in ex­tre­mis à se po­ser dans les lignes bri­tan­niques, à la li­mite de l’éva­nouis­se­ment, où il est ra­mas­sé à la pe­tite cuillère par les tom­mies et en­voyé à l’hô­pi­tal où il res­te­ra deux mois.

Le Nieu­port en rase-mottes

De re­tour au front au mois de sep­tembre 1916, il re­part à la chasse : “Le 30 sep­tembre je réus­sis à abattre en flammes ma qua­trième sau­cisse. Je rentre une fois de plus trans­for­mé en écu­moire.” Ce­la ne le dis­suade pas de re­par­tir vaillam­ment à l’attaque le len­de­main ; il dé­truit sa cin­quième sau­cisse lors d’un pre­mier vol avec une ma­noeuvre au­da­cieuse. Il re­part en mis­sion et par­vient à en dé­truire une autre au sol mais les Al­le­mands ne se laissent cette fois­ci pas sur­prendre et tirent de toutes leurs pièces, trouant son Nieu­port qu’il par­vient à ra­me­ner en ra­se­mottes pour l’écra­ser de nou­veau dans les lignes bri­tan­niques. Ci­té au com­mu­ni­qué du 2 no­vembre 1916, il pense à juste titre avoir un peu trop sol­li­ci­té la chance et aban­donne la chasse aux sau­cisses pour par­tir en Rus­sie et ser­vir d’ins­truc­teur aux pi­lotes lo­caux. Il se­ra vic­time d’un grave ac­ci­dent sur un ap­pa­reil russe qui le lais­se­ra gra­ve­ment mu­ti­lé et met­tra un terme à sa car­rière de pi­lote.

Un joueur de rugby court après les bal­lons

L’an­née 1917 n’ap­porte au­cun chan­ge­ment si­gni­fi­ca­tif avec seule­ment 30 Dra­chen dé­truits, princ ipa­le­ment à l’oc­ca­sion des of­fen­sives f ra nç a i s e s du Che­min des Dames (avril, neuf d dé­truits), à Ver­dun (août, six dé­truits) et sur le fort de la Mal­mai­son ( (oc­tobre, sept dé­truits). Les huit autres D Dra­chen dé­truits spo­ra­di­que­ment hors de ces of­fen­sives sont pour l’es­sen­tiel à mettre au cré­dit d’un seul pi­lote, as­sez cou­ra­geux ou as­sez fou pour se ris­quer de son propre chef sur un tel ob­jec­tif : le sgt Mau­rice Boyau, de l’Es­ca­drille SPA 77. Ca­pi­taine de l’équipe de France de rugby lors du Tour­noi des cinq na­tions, son es­ca­drille sta­tionne en Lor­raine où au­cune opé­ra­tion mi­li­taire d’en­ver­gure n’a lieu du­rant toute l’an­née 1917. Les af­fron­te­ments aé­riens sont ra­ris­simes… C’est pra­ti­que­ment par es­prit spor­tif que Boyau va cher­cher que­relle sur les lignes en­ne­mies alors que dans nombre d’uni­tés de chasse les pi­lotes de ce front ne se can­tonnent qu’au strict mi­ni­mum. Il est ai­dé en ce­la par plu­sieurs équi­piers par­ta­geant son état d’es­prit, tous des spor­tifs ac­com­plis au point que le jour­na­liste Jacques Mor­tane sur­nom­me­ra pré­ci­sé­ment la SPA 77 “l’es­ca­drille des spor­tifs”.

Après avoir rem­por­té sa pre­mière vic­toire le 23 mars 1917 contre un bi­place d’ob­ser­va­tion, Boyau part à l’attaque des Dra­chen le 23 mai 1917 à bord de son Nieu­port 23 équi­pé de balles in­cen­diaires. Si l’ob­ser­va­teur en­ne­mi saute en pa­ra­chute sans de­man­der son reste, le Dra­chen ne s’en­flamme pas et est his­sé au sol. Boyau per­sé­vère et, le 3 juin 1917, par­vient à en­flam­mer son pre­mier bal­lon avec l’aide de son équi­pier Jean Sar­dier. En­har­di par ce suc­cès, Boyau passe de nou­veau à l’attaque le sur­len­de­main. De re­tour d’une mis­sion de re­con­nais­sance pho­to­gra­phique sur Sar­re­bourg, il dé­couvre une sau­cisse qu’il attaque aus­si­tôt. Son Nieu­port pique en ti­rant sur le bal­lon qui est ra­me­né au sol. Les mi­trailleuses au sol ri­postent et l’en­tourent dan­ge­reu­se­ment de balles tra­çantes. Mais il par­vient à la der­nière mi­nute à en­flam­mer sa cible que l’ob­ser­va­teur éva­cue en pa­ra­chute. Boyau ra­conte la suite : “J’étais des­cen­du de 4 000 à 400 m. Quand j’ai vou­lu re­prendre de la

hau­teur pour ren­trer, mon mo­teur, dé­faut de pres­sion, n’a pas vou­lu re­prendre. Toutes mes ten­ta­tives pour uti­li­ser le moyen de se­cours usi­té en pa­reil cas (nour­rice) échouent ; et je me rends compte alors que mon mo­teur manque d’es­sence. Je ne suis plus qu’à 200 m et, déses­pé­rant de re­ga­gner les lignes, j’avise une prai­rie au bord d’une route”. Le long de cette route bor­dée d’arbres ar­rivent deux au­to­mi­trailleuses al­le­mandes qui voient se po­ser l’avion fran­çais et s’ap­prochent pour le cap­tu­rer. Avec l’éner­gie du déses­poir, Boyau ac­tionne sa pompe et par­vient in ex­tre­mis à faire re­par­tir son mo­teur et à faire dé­col­ler son Nieu­port sous le nez de ses pour­sui­vants, qu’il gra­ti­fie d’un doigt d’hon­neur bien sen­ti ! Le grand Mau­rice, qui dé­tonne avec sa taille d’1 m 81 qui en fait un géant pour l’époque, re­part à la chasse aux Dra­chen le 24 juin 1917 près de Nan­cy à la tête d’une pa­trouille d’attaque de trois Nieu­port, cou­verts par une autre pa­trouille de son es­ca­drille. Cinq chas­seurs al­le­mands s’in­ter­posent et sont en­ga­gés par la pa­trouille de cou­ver­ture ; Boyau entre alors dans la mê­lée après avoir dé­truit le Dra­chen et va abattre un chas­seur al­le­mand, ob­te­nant ain­si un “dou­blé” qui le fait ac­cé­der au rang d’as. Pas­sant sur chas­seur Spad vers le mois de sep­tembre 1917, il ter­mine l’an­née avec 11 vic­toires au comp­teur, dont six Dra­chen, de­ve­nant l’as de la spé­cia­li­té. Deux autres pi­lotes le dé­passent du­rant l’an­née 1918 où la phy­sio­no­mie de la guerre aé­rienne change consi­dé­ra­ble­ment.

Le Spad XIII très efficace

Le 21 mars 1918, l’ar­mée al­le­mande lance une vio­lente offensive à la jonc­tion des troupes an­glaises et fran­çaises, pro­fi­tant des ren­forts ra­me­nés de Rus­sie qui lui donne une su­pé­rio­ri­té nu­mé­rique pour ten­ter une per­cée dé­ci­sive avant que les Al­liés ne puissent bé­né­fi­cier des troupes amé­ri­caines en­core à l’ins­truc­tion. L’offensive est un réel suc- cès au point de dé­truire la 5e Ar­mée an­glaise. Les troupes fran­çaises ac­courent pour com­bler la brèche… Dans ces condi­tions dra­ma­tiques, l’avia­tion fran­çaise va être for­te­ment sol­li­ci­tée, d’abord pour at­ta­quer au sol les co­lonnes al­le­mandes et ralent tir leur pro­gres­sion, e en­suite pour ten­ter d’aveu­gler l’ar­tille­rie al­le­mande dans cette guerre de mou­ve­ment n nou­velle.

La chasse franç çaise dis­pose alors, a avec le Spad XIII, d’un ap­pa­reil par­ti­cu­liè­re­ment adap­té pour la chasse au Dra­chen : avion le plus ra­pide du front avec 218 km/h, il e est par­ti­cu­liè­re­ment so­lide et pique comme un ra­pace, deux qua­li­tés utiles pour dis­tan­cer les chas­seurs de pro­tec­tion et li­mi­ter au mi­ni­mum le temps de pas­sage dans la zone pro­té­gée par la DCA. Plu­sieurs es­ca­drilles se spé­cia­lisent dans la chasse aux sau­cisses, dont les SPA 154 (40 bal­lons), SPA 152 (31), SPA 77 de Boyau (24,17) et

DR/COLL. GREG VANWYNGARDEN

DR

Bal­lon Ca­quot type M de l’ar­mée fran­çaise, uti­li­sé par tous les bel­li­gé­rants de l’En­tente de 1916 à la fin de la guerre.

DR

Voi­sin-Ca­non ex­pé­ri­men­tal dé­ta­ché à l’Es­ca­drille VB 109 au mois de mai 1915, pi­lo­té par le sgt Jo­seph Frantz (à gauche), et le ma­te­lot poin­teur Fra­lin.

DR/COLL. DA­VID MÉ­CHIN

Le lt Al­bert Mo­ris, pi­lote à l’Es­ca­drille MF 8 et ti­tu­laire de la pre­mière “vic­toire” de l’avia­tion fran­çaise contre un Dra­chen, le 1er sep­tembre 1914.

DA­VID MÉ­CHIN

Le MF VII­bis du lt Al­bert Mo­ris. L’ap­pa­reil fi­nit sa car­rière ex­po­sé aux In­va­lides au mois de mars 1915, après être re­ve­nu de mis­sion cri­blé par 400 im­pacts de balles et obus en­ne­mis le 27 fé­vrier 1915 avec Mo­ris et le lt Georges de Ram en ob­ser­va­teur.

DA­VID MÉ­CHIN

Le Cau­dron G.3 du bri­ga­dier Maxime Le­noir et du lt Pierre Ri­vier, vain­queurs d’un Dra­chen abat­tu à la ca­ra­bine à balles in­cen­diaires le 15 juin 1915.

DR/COLL. CLAUDE THOL­LON-POM­ME­ROL

Ali­gne­ment des huit Nieu­port 16 équi­pés de fu­sées Le Prieur uti­li­sés pour le coup de ba­lai contre les Dra­chen du sec­teur de Ver­dun, le 22 mai 1916.

GAL­LI­CA

Le 4 mai 1916, ce Nieu­port 16 pi­lo­té par le sgt Jo­seph Gui­guet attaque un Dra­chen à l’aide de ses fu­sées Le Prieur… sur le ter­rain du Bour­get, lors d’un test gran­deur na­ture.

IN CH MÉ ID DAV

Nieu­port 16 n° 976 de l’Es­ca­drille N 95 CRP équi­pé de fu­sées Le Prieur et uti­li­sé par le sgt Jo­seph Gui­guet pour abattre son pre­mier Dra­chen au com­bat le 22 mai 1916.

MÉ­CHIN DA­VID

Le Spad XIII n°21xx de Mau­rice Boyau.

DR/COLL. AL­BIN DE­NIS

Le sgt Mar­cel Bloch de l’Es­ca­drille N 62, pre­mier as de la chasse aux Dra­chen. À no­ter les rails des fu­sées Le Prieur le long du hau­ban d’aile, à gauche sur la pho­to.

DR/COLL. CH­RIS­TOPHE CO­NY

Les pi­lotes de la SPA 154 qui a flam­bé le plus de Dra­chen (40). Au centre, ap­puyé sur sa canne, le lt Mi­chel Coif­fard (34 vic­toires dont 24 Dra­chen). Le 2e à sa gauche, l’adj. Jacques Ehr­lich (19 vic­toires dont 18 Dra­chen), le 2e à sa droite le s-lt Paul Bar­breau (huit Dra­chen).

MÉ­CHIN DA­VID

Le Spad XIII n° 4930 du lt Mi­chel Coif­fard, chef de la SPA 154. Il rem­porte ses trois der­nières vic­toires sur cet ap­pa­reil à bord du­quel il est griè­ve­ment bles­sé le 28 oc­tobre 1918, se po­sant dans les lignes fran­çaises pour y ex­pi­rer. Coif­fard a fait peindre le pré­nom de deux fian­cées suc­ces­sives, “Va­len­tine” dé­trô­nant “Ma­do” par­tiel­le­ment ef­fa­cée par le sym­bole de l’es­ca­drille.

EC­PAD

Mau­rice Boyau, ca­pi­taine de l’équipe de France de rugby et grand as de l’avia­tion sous les dra­peaux. Il to­ta­lise 35 vic­toires aé­riennes ho­mo­lo­guées à sa mort, dont 21 Dra­chen (troi­sième meilleur score de la spé­cia­li­té).

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