Res­tau­ra­tion ga­gnante

Ré­com­pen­sée par la Coupe Gi­fas du Grand Prix du Pa­tri­moine de l’Aé­ro-Club de France, la res­tau­ra­tion du “Cor­sair” F-AZEG est le fruit de presque une dé­cen­nie de tra­vail par une pe­tite équipe de bé­né­voles.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 589/décembre 2018 - Par Xa­vier Méal

La grande aven­ture du “Cor­sair” des Casques de cuir qui vient de s’of­frir une nou­velle jeu­nesse.

Le 14 juillet 2002, le “Cor­sair” F-AZEG vo­la deux fois dans la jour­née, aux mains de Georges Pe­rez. D’abord 20 mi­nutes au- des­sus de l’aé­ro­drome de Dux­ford, près de Cam­bridge en Grande-Bre­tagne, dans le cadre du spec­tacle aé­rien Flying Le­gends, et une heure et trente mi­nutes pour ren­trer à La Fer­té-Alais. Puis il s’en­dor­mit quatre ans, bien à l’abri dans un des han­gars du pla­teau de Cer­ny. Jus­qu’à ce que Bap­tiste Sa­lis, ap­puyé par ses frères, le sorte de sa tor­peur pour lui don­ner un coup de jeune, en­traî­nant avec lui une pe­tite équipe de bé­né­voles très mo­ti­vés. Au fil des week-ends et de soi­rées, Xa­vier, Oli­vier, Fré­dé­rick, Franck, Alain, Jo­seph, Jean-Luc, Pas­cal, Vincent, Hu­bert, Clé­ment, Jean-Marc, Mi­chel, Zo­zo et quelques autres vont alors oeu­vrer. Mais nul n’ima­gi­nait alors que le “coup de jeune” al­lait du­rer presque dix ans…

Le Chance-Vought F4U-5NL “Cor­sair” BuAer n° 124724 a été li­vré à l’US Na­vy le 26 sep­tembre 1951, puis as­si­gné en avril 1952 à la VC-3, un es­ca­dron com­po­site en­voyé en Co­rée à bord du Val­ley Forge en dé­cembre sui­vant. Après un pre­mier tour d’opé­ra­tions qui du­ra six mois, il fut dé­ta­ché à bord du Boxer en août 1953, pour un se­cond tour d’opé­ra­tions qui se ter­mi­na en no­vembre 1953 et à l’is­sue du­quel il fut ren­voyé aux ÉtatsU­nis. Sa trace se perd alors un peu, mais on le re­trouve en mars 1956 sur le dé­pôt à ciel ou­vert de l’US Na­vy de Lit­ch­field Park, dans le dé­sert de l’Ari­zo­na. Ce mois-là, la Fuer­za Ae­ra Hon­du­re­na (FAH) conclut un ac­cord avec les États-Unis aux termes du­quel furent li­vrés sur la base de Te­gu­ci­gal­pa 10 F4U-5, F4U-5N et F4U-5NL – par­mi les­quels le BuAer n° 124724.

La Guerre du foot­ball en 1969

Après avoir par­ti­ci­pé aux com­bats de Co­rée, le 124724 fut ain­si en­ga­gé dans ceux de la fa­meuse “Guerre du foot­ball” en 1969, avec le ma­tri­cule FAH600 (lire Le Fa­na de l’Avia­tion n° 435). Il est qua­si cer­tain qu’il prit part à des at­taques au sol contre les forces ar­mées du Sal­va­dor qui avaient fran­chi la fron­tière ouest du Hon­du­ras. Cette guerre du­ra un peu moins de deux se­maines, après quoi le 124724 et les autres “Cor­sair” de la FAH furent re­ti­rés du ser­vice, en­tre­po­sés et rem­pla­cés par des F- 86 “Sabre” au dé­but des an­nées 1970. En 1979, la so­cié­té Hol­ly­wood Wings Inc. des Amé­ri­cains George et Jim Net­tle ache­ta les huit der­niers “Cor­sair” en­core en état de vol de la force aé­rienne du Hon­du­ras ; elle en re­ven­dit sept à des col­lec­tion­neurs amé­ri­cains et conser­va le BuAer n° 124724, le der­nier des 567 F4U-5 construits. Pen­dant le vol de con­voyage vers les ÉtatsU­nis, le train d’at­ter­ris­sage du 124724 re­fu­sa de sor­tir alors qu’il se pré­sen­tait en longue fi nale sur l’aé­ro­port de Be­lize, étape pré­vue pour re­faire les pleins. Ed Real, qui était aux com­mandes, lar­gua alors

les ré­ser­voirs sup­plé­men­taires au­des­sus de la jungle et pro­cé­da à un at­ter­ris­sage sur le ventre. Les dé­gâts furent re­la­ti­ve­ment mi­nimes, le chas­seur glis­sant sur les py­lônes d’em­port sous les ailes. Les pièces né­ces­saires, dont l’im­mense hé­lice, furent ex­pé­diées en ur­gence de­puis la Ca­li­for­nie, et avec l’aide des troupes bri­tan­niques alors sta­tion­nées sur place, le 124724 fut à nou­veau dé­cla­ré bon de vol seule­ment deux se­maines plus tard et re­joi­gnit sans plus d’en­combre sa nou­velle base de Los An­geles, en Ca­li­for­nie. Hol­ly­woods Wings le fit vo­ler pen­dant quatre ans, avant de le vendre, en 1983, à Ter­ry Ran­dall et John Rourke de Tul­sa, dans l’Ok­la­ho­ma, les­quels le re­ven­dirent im­mé­dia­te­ment à Phi­lipp Bass de Fai­rhope, dans l’Ala­ba­ma. En 1984, Bass ven­dit alors le “Cor­sair” à Ralph C. Par­ker de Whi­chi­ta Falls, au Texas, qui le fit re­peindre dans ses cou­leurs ori­gi­nales de la VC-3, uni­té avec la­quelle il avait ser­vi en Co­rée co­dé 22-NP, mais seule­ment avec la lettre P (comme Par­ker) peinte sur l’em­pen­nage ver­ti­cal. Ralph Par­ker dé­ci­da de le re­vendre deux ans plus tard.

Sa­lis l’ache­ta en mars 1986 et le fit ache­mi­ner par ba­teau jus­qu’à Rot­ter­dam, où il ar­ri­va le 21 avril 1986 avant de tran­si­ter par Le Havre. Puis il le fit im­ma­tri­cu­ler F-AZEG et “l’avion de Pap­py Boying­ton” en­chan­ta les afi­cio­na­dos fran­çais et eu­ro­péens pen­dant 15 ans.

XA­VIER MÉAL

FRÉ­DÉ­RICK VANDENTORREN

Le dé­ca­page in­té­gral fut une des toutes pre­mières étapes de la longue res­tau­ra­tion du F-AZEG.

Le F-AZEG lors d’une de ses pre­mières ap­pa­ri­tions en pu­blique à La Fer­té-Alais en 1986.

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