Au coeur de l’Al­le­magne sur B-17

Deuxième par­tie. Les raids au coeur de l’Al­le­magne se pour­suivent. La DCA se montre re­dou­table, la chasse at­taque par­fois les for­ma­tions de B-17. Ar­rive bien­tôt la der­nière mis­sion.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 589/décembre 2018 - Par Gré­go­ry Pons

Deuxième par­tie. Les for­ma­tions de B- 17 pi­lonnent l’Al­le­magne au prin­temps 1945. Bien­tôt sonne de la fi n…

Jeudi 1er mars 1945. Le brie­fing pour ma 25e mis­sion a eu lieu à 6 h 30. L’ob­jec­tif était une usine dans la ville d’Ulm, en Al­le­magne. Nous avons vo­lé dans la par­tie haute de la for­ma­tion de notre groupe à bord de l’ap­pa­reil n° 544. On a dé­col­lé à 9 h 20. En fran­chis­sant la côte, deux ap­pa­reils qui se trou­vaient en des­sous de nous se sont per­cu­tés en sor­tant d’un nuage ; ils se sont bri­sés et sont par­tis au ta­pis. Un des équi­pages était ce­lui d’Armm­brus­ter qui i était pas­sé par la base e de Ra­pid Ci­ty avec nous. Seule­ment trois d’entre eux ont réus­si à sau­ter. Au-des­sus de la ligne de front, nous n’avons pas eu de Flak, pro­ba­ble­ment en rai­son de la couche nua­geuse de 10/10. Après notre vi­rage en fran­chis­sant le point ini­tial (1), tout était en ordre pour que l’opé­ra­teur Mi­ckey puisse bien faire son job (2). Nous avons ef­fec­tué un bon lar­gage à 13 h 24. Pas de Flak non plus au-des­sus de la cible, ce qui nous a en­chan­tés. Le tra­jet du re­tour s’est dé­rou­lé sans en­nui et nous avons at­ter­ri à 17 h 20. Le lt Han­son a vo­lé avec nous en tant que na­vi­ga­teur. Notre opé­ra­teur ra­dio était le sgt Hayes, le mi­trailleur de tou­relle de nez le sgt Bar­nett et l’opé­ra­teur ra­dar le sgt Mil­ler. Ça fai­sait long­temps qu’on n’avait pas fait une “tour­née du lai­tier” [mis­sion réa­li­sée sans ren­con­trer de pro­blème. NDLR].

Ven­dre­di 2 mars 1945 Mis­sion n° 26. Ce fut une des plus longues et des plus dures que nous ayons ef­fec­tuées de­puis un bon bout de temps. Le brie­fing a eu lieu très tôt, à 03 h 30. La cible pri­maire (at­taque e en vi­suel un u n i que - ment) n’a pas pu être bom­bar­dée bomb à cause des nuage nuages, nous avons donc at­ta­qué la cible se­con­daire qui était Dresde. Nous étions dans le groupe de tête avec le col. Jum­per. Dé­col­lage à 06 h 45 ; nous nous sommes re­grou­pés juste au mo­ment où le so­leil se le­vait. Avec un puis­sant vent ar­rière,

nous nous sommes re­trou­vés dans le sec­teur de la cible en moins de 3 heures après avoir quit­té l’An­gle­terre. La couche nua­geuse s’est den­si­fiée tout au long du par­cours – ce qui nous ar­ran­geait bien ; il y avait beau­coup moins de Flak sur l’ob­jec­tif se­con­daire. En­vi­ron 20 mi­nutes avant le point ini­tial on nous a dé­si­gné la cible se­con­daire. Juste après le pas­sage du point ini­tial, Jer­ry (mi­trailleur de tou­relle su­pé­rieure) a cru qu’il avait aper­çu des chas­seurs en­ne­mis au loin. Ce qui a im­mé­dia­te­ment été confir­mé par le mi­trailleur de queue et par Fred nous an­non­çant “Ban­dits” 2 mi­nutes plus tard. La par­tie su­pé­rieure de notre for­ma­tion se trou­vait pile au-des­sus de la queue de notre ap­pa­reil, en bonne po­si­tion, en for­ma­tion ser­rée. La for­ma­tion basse s’éti­rait der­rière à en­vi­ron 2 km, l’en­droit où les at­taques avaient l’ha­bi­tude de se concen­trer. Les seuls chas­seurs que j’ai vus de près étaient quatre Fw 190 qui nous ont frô­lés par la droite en lâ­chant leurs ré­ser­voirs auxi­liaires. Nos mi­trailleurs sont res­tés dé­ten­dus tout au long de l’at­taque qui a du­ré en­vi­ron 20 mi­nutes, bien oc­cu­pés à leur tâche, an­non­çant cal­me­ment chaque ap­pa­reil en­ne­mi qui s’ap­pro­chait. L’at­taque sur notre for­ma­tion s’est dé­rou­lée en deux vagues avec des chas­seurs ar­ri­vant de trois ou quatre di­rec­tions en même temps. La ma­jeure par­tie de leurs ac­tions s’est concen­trée sur l’ar­rière de notre for­ma­tion, sur les groupes 1, 2 et 3, et ils ont réus­si à abattre trois de nos ap­pa­reils ; en échange on a abat­tu quatre des leurs.

Après avoir pas­sé le point de ral­lie­ment, le ciel s’est rem­pli de P-51 qui, ap­pa­rem­ment, de­vaient être oc­cu­pés à autre chose au cours de notre phase de bom­bar­de­ment. La Luft­waffe ne nous a plus dé­ran­gés.

À en­vi­ron 100 km de Bruxelles, le mo­teur n° 2 nous a lâ­chés suite à une panne de car­bu­rant que nous n’avons pas vu ve­nir ; une heure plus tôt on en avait suf­fi­sam­ment… Peut-être un pro­blème de jauge ou peut-être que le n° 2 avait pom­pé plus que les autres ? Nous avons aban­don­né la for­ma­tion et avons pris la dé­ci­sion de nous po­ser sur le ter­rain al­lié B-53 à Mer­ville (NordPas-de- Ca­lais) pour nous ra­vi­tailler. La consom­ma­tion de car­bu­rant a été in­ha­bi­tuelle au cours de cette mis­sion, et d’autres ap­pa­reils ont eu le même pro­blème. Crim­mins s’est po­sé sur notre base en An­gle­terre avec les ré­ser­voirs to­ta­le­ment vides. On a at­ter­ri à B-53 à 14 h 45 et on a dû at­tendre 4 heures pour avoir de l’es- sence. Nous avons im­mé­dia­te­ment re­dé­col­lé après le ra­vi­taille­ment et ce­la nous a pris en­core 1 h 20 min pour re­joindre Great Ash­field.

Dimanche 4 mars, 1945 En­core une autre mis­sion du dimanche. Le type qui était de quart a ou­blié de me ré­veiller à la bonne heure pour le brie­fing et le pe­tit-dé­jeu­ner, et il me res­tait moins de 10 mi­nutes avant le dé­col­lage lorsque les gars m’ont je­té dans une jeep et m’ont lan­cé un pa­ra­chute avant de m’ame­ner au pied de l’avion. J’ai eu du mal à réa­li­ser ce qui se pas­sait. Fred n’était pas de la par­tie et c’est le lt Pol­land qui a pris la place de co­pi­lote avec le lt McCul­lough en tant que na­vi­ga­teur. La cible pour cette mis­sion n° 27 était Nu­rem­berg que nous avions dé­jà bom­bar­dée le 21 fé­vrier – et ça n’avait pas été simple. En rai­son de la mau­vaise mé­téo sur l’An­gle­terre, la for­ma­tion s’est re­grou­pée sur la Bel­gique. Nor­ma­le­ment c’est quelque chose d’as­sez dif­fi­cile à réa­li­ser en rai­son des dif­fi­cul­tés de ré­cep­tion et de na­vi­ga­tion, mais grâce au sys­tème GEE

Les bombes de l’ap­pa­reil qui vo­lait au-des­sus de nous sont pas­sées à cô­té…

(3) ce­la s’est fait sans pro­blème. Juste après avoir pris leur po­si­tion, deux B-17 se sont heur­tés en vol pour une rai­son in­con­nue, mais ils n’étaient pas de notre uni­té. En­suite, on a eu des traî­nées de conden­sa­tion per­sis­tantes et tout le tra­jet a été en­com­bré de nuages cau­sés par les cen­taines d’ap­pa­reils qui se trou­vaient de­vant nous ; la plu­part du temps on a même dû vo­ler aux ins­tru­ments.

Nous avons pris le cap 07° 50’ à l’est. Nous avons eu une Flak mo­dé­rée mais pré­cise lorsque nous l’avons fran­chie ; nous étions ce­pen­dant trop pré­oc­cu­pés à cet ins­tant pour y prê­ter vrai­ment at­ten­tion. De­vant nous, les nuages s’éle­vaient jus­qu’à 30 000 pieds [9 150 m] et la vi­si­bi­li­té tout au­tour était faible. Lorsque la for­ma­tion a ef­fec­tué un vi­rage à 180° pour ren­trer à la mai­son, on s’est sen­ti beau­coup mieux. À en­vi­ron 160 km de Bruxelles, le groupe est ren­tré dans d’épais nuages et notre pare-brise s’est cou­vert de glace. Nous avons aban­don­né la for­ma­tion afin de ren­trer par nos propres moyens. D’autres ont fait comme nous. Nous nous sommes po­sés à 11 h 55 ; temps de vol to­tal : 6 heures. L’at­ter­ris­sage avec le char­ge­ment de bombes s’est fait sans pro­blème. Il y eut quelques in­ter­ro­ga­tions, mais cette mis­sion nous fut bien cré­di­tée.

Lun­di 5 mars 1945 Le­ver à 02 h 30. Cette fois c’était une raf­fi­ne­rie à cô­té de Dresde. L’ob­jec­tif se­con­daire au ra­dar H2X était Chem­nitz, qui est de­ve­nue notre cible dé­fi­ni­tive en rai­son des mau­vaises condi­tions mé­téo. Le ras­sem­ble­ment s’est ef­fec­tué comme hier sur la Bel­gique avec tout un tas de dif­fi­cul­tés à la clé, mais sans dom- mage pour nous. Le lt McCul­lough a fait un ex­cellent bou­lot ques­tion na­vi­ga­tion et nous a ame­nés pile au bon en­droit au sein de la zone de ras­sem­ble­ment. Nous n’avons eu que très peu de temps pour nous pla­cer dans la for­ma­tion qui s’était dé­jà bien for­mée à notre ar­ri­vée. Nous étions dans la par­tie basse que le lea­der n’a pas réus­si à re­joindre. Nous avons alors pris la place du lt Millard, lea­der en se­cond, et nous n’avons plus bou­gé. Nous avons eu pas mal de P-51 en es­corte car nous étions qua­si­ment sûrs qu’on al­lait tom­ber sur des chas­seurs. Nous avons vo­lé en for­ma­tion et aux ins­tru­ments presque toute la du­rée de la mis­sion à cause des nuages et des traî­nées de conden­sa­tion. Nous avons fran­chi les lignes à 9 heures. Lar­gage des bombes à 11 h 11 et re­tour à la base à 14 h 45. Quelques

salves de Flak to­ta­le­ment im­pré­cise, mais compte te­nu de la mau­vaise mé­téo on ne peut pas dire que ce fut une mis­sion fa­cile. Ce­la me fait 28 mis­sions pour un to­tal de 200 heures de vol. De­main je suis en per­mis­sion pour deux jours, nous en avons tous gran­de­ment be­soin après tout ce que nous avons vé­cu.

Dimanche 11 mars 1945 Nou­velle mis­sion ce dimanche, la 29e pour moi. La cible était une raf­fi­ne­rie et les abris de sous-ma­rins à Ham­bourg. Nous nous sommes re­trou­vés avant- der­niers sur 11 ap­pa­reils au- des­sus de l’ob­jec­tif. Notre avion, le 056, a été fi­na­le­ment ré­pa­ré après la mis­sion sur Mu­nich. Ils ont chan­gé deux mo­teurs, un jeu de gros ré­ser­voirs, un bon nombre de pan­neaux de mé­tal et plu­sieurs ac­ces­soires. Le brie­fing a eu lieu tard ce ma­tin, à 09 h 35. La mé­téo était très bonne. Nous avons eu une Flak dense mais im­pré­cise de la part des 300 ca­nons ré­par­tis dans le sec­teur de Ham­bourg. Cou­ver­ture nua­geuse de 10/10, bom­bar­de­ment au ra­dar H2X. Une épaisse fu­mée noire mon­tait à tra­vers les nuages de­puis les ré­ser­voirs de pé­trole en feu. Re­tour par les Pays-Bas. At­ter­ris­sage à 16 h 05, temps de vol to­tal 06 h 40. Joe Ko­la­sins­ki est tou­jours à l’hô­pi­tal.

Lun­di 12 mars 1945 Ré­veil tôt ce ma­tin pour cette mis­sion qui nous a conduits le plus à l’est pos­sible par rap­port aux pré­cé­dentes, même si ce ne fut pas la plus longue. L’ob­jec­tif se trou­vait à Swi­ne­muende, juste au nord de Stet­tin, à seule­ment 25 km du front russe. Les ins­tal­la­tions na­vales étaient notre cible prin­ci­pale, ain­si que les dé­pôts de sto­ckage de car­bu­rant. On nous a an­non­cé que le croi­seur Ad­mi­ral Scheer se trou­vait dans la zone de l’ob­jec­tif.

La vague d’at­taque n’était pas im­por­tante. On a vo­lé sur notre 056, à notre place ha­bi­tuelle. Dé­col­lage à 08 h 15 avec une bonne mé­téo tout le long du tra­jet. Sur­vol de la mer du Nord et du Da­ne­mark jus­qu’à un point au nord de l’ob­jec­tif ; vi­rage à droite, di­rec­tion au sud pour ar­ri­ver au-des­sus de la cible. Nous avons pu aper­ce­voir le ca­nal de Kiel mal­gré un écran de fu­mée mis en place pour ten­ter de le dis­si­mu­ler. La cible était cou­verte par une couche nua­geuse de 10/10 mais nous avons fait une belle ap­proche grâce au ra­dar avec seule­ment une cor­rec­tion de 2° sur 60 km. De la fu­mée noire s’éle­vait au-des­sus de la cible à cause des in- cen­dies des stocks de car­bu­rant. La Flak qui dé­fen­dait la cible fut faible et im­pré­cise. Notre char­ge­ment était de cinq bombes de 1 000 livres [453 kg]. Lar­gage à 12 h 37. Tra­jet re­tour sans en­combre, nous avons at­ter­ri à 16 h 25 pour un temps de vol de 8 h 10 min. Le flying of­fi­cer Phil­lips était notre na­vi­ga­teur, le sgt Ma­ra­cich l’opé­ra­teur ra­dio et le sgt Schip­pers le lar­gueur.

Jeudi 15 mars 1945 La cible pour ma mis­sion n° 31 était Ora­nien­burg, au nord de Ber­lin. Le point cen­tral d’im­pact se trou­vait au coeur d’une gare de triage rem­plie de wa­gons char­gés de ma­té­riel pour le front russe. En rai­son du brouillard épais, l’ho­raire a été dé­ca­lé d’une heure ce qui fait que nous avons dé­col­lé à 11 h 25. Nous avons vo­lé dans la par­tie haute de la for­ma­tion. La Flak sur l’ob­jec­tif était de l’ar­tille­rie lourde : des 155 mm. Son in­ten­si­té et sa pré­ci- sion étaient com­pa­rables à celles des mis­sions sur Mann­heim et Mu­nich, mais j’es­time que c’était notre jour de chance car nous avons peu de dé­gâts. On nous avait par­lé de 30 ca­nons sur la cible ; ils nous ont bien ar­ro­sés au cours des 11 mi­nutes de la phase de bom­bar­de­ment, avec un bon nombre d’obus ex­plo­sant pile à notre al­ti­tude. Le bom­bar­de­ment s’est fait en vi­suel mais, en rai­son de nos dé­to­na­teurs à re­tar­de­ment, nous n’avons pas pu voir les ré­sul­tats. Nous avons eu un sou­ci avec un ap­pa­reil qui vo­lait au-des­sus de nous ; ses bombes sont pas­sées à cô­té, à en­vi­ron 100 m. Nous sommes ren­trés à la base à 18 h 10. Temps de vol : 6 h 45. On avait avec nous des membres d’équi­page de rem­pla­ce­ment : lt Hor­mann, na­vi­ga­teur, s/ sgt Kmiec, opé­ra­teur ra­dio, et le sgt Kli­mas, mi­trailleur de sa­bord.

Samedi 17 mars 1945 Le­ver à 04 h 30 pour ma mis-

sion n° 32. Ob­jec­tif dans la ré­gion de Leip­zig. Ob­jec­tif pri­maire en vi­suel, Mul­den­stein, et ob­jec­tif se­con­daire au ra­dar, Bit­ter­feld, à quelques ki­lo­mètres au sud. Nous étions dans le der­nier groupe de la di­vi­sion. Nous avons vo­lé sur notre ap­pa­reil ha­bi­tuel à notre place ha­bi­tuelle. La for­ma­tion n’était pas ser­rée comme d’ha­bi­tude, ce qui a ren­du le vol plus fa­cile. Dé­col­lage à 8 h 20, ras­sem­ble­ment au-des­sus de l’An­gle­terre. En­trée en Al­le­magne après avoir sur­vo­lé Liège, Franc­fort, etc. Nous avons été confron­tés à d’épaisses traî­nées de conden­sa­tion au­tour de 15 000 pieds [4 570 m] et ça a du­ré tout du long. Nous avons été contraints de mo­di­fier notre al­ti­tude de bom­bar­de­ment de 22 000 à 27 000 pieds [6 700 à 8 230 m] pour res­ter le plus pos­sible au-des­sus des nuages. Quand nous avons vi­ré au point ini­tial à 12 h 12, il y avait une épaisse couche nua­geuse et nous avons dû bom­bar­der au ra­dar sans ren­con­trer d’op­po­si­tion à l’ex­cep­tion de la mé­téo. Je me suis un peu re­lâ­ché au re­tour et nous sommes ar­ri­vés les pre­miers à la base. Nous nous sommes po­sés à 16 h 25. Temps de vol to­tal : 8 h 05 min.

Mer­cre­di 21 mars 1945 Mis­sion n° 33. Le­ver à 2 h 30 pour le brie­fing à 3 h 30, bien tôt par rap­port aux der­nières mis­sions. Elle s’an­non­çait comme dif­fi­cile mais fi­na­le­ment tout s’est bien pas­sé. Dé­col­lage à 6 h 25 et ras­sem­ble­ment au le­ver du jour. Notre groupe a gui­dé toute la vague et même toute la 8th Air Force. Nous avons en­ta­mé la tra­ver­sée de la Manche à 8 h 20 pour prendre la di­rec­tion de la cible qui était un aé­ro­drome au sud-ouest de Wil­helm­sha­ven. Le temps a été par­fait et la tren­taine de ca­nons de Flak qui dé­fen­dait l’ob­jec­tif ne nous a pas beau­coup per­tur­bés, mais nous nous at­ten­dions à une cen­taine de chas­seurs en­ne­mis qui au­raient dû être en l’air.

9 h 50, le mo­teur n° 2 nous a lâ­chés à cause d’une panne in­terne. C’était la deuxième fois que ça nous ar­ri­vait. Après avoir mis l’hé­lice en dra­peau, nous avons lar­gué la moi­tié de notre char­ge­ment de bombes pour ga­gner du poids. Le point ini­tial se trou­vait à seule­ment 30 mi­nutes et nous avons gar­dé l’es­poir de pou­voir lar­guer les autres bombes sur l’ob­jec­tif. À cet ins­tant, nous nous trou­vions à 1,5 km der­rière le groupe sans pou­voir le rat­tra­per. Vers 10 h 20, au point ini­tial, nous avons lar­gué nos bombes et nous avons été en me­sure de re­col­ler à notre groupe afin de bé­né­fi­cier d’un sem­blant de pro­tec­tion en cas d’at­taque de chas­seurs, même si nous ne re­pré­sen­tions pas for­cé­ment la cible idéale pour des chas­seurs à ré­ac­tion ou autres qui se se­raient trou­vés dans le sec­teur. Nous avons vu trois pa­naches d’ex­plo­sion de Flak juste avant le point ini­tial, mais nous n’avons ef­fec­tué au­cune ma­noeuvre éva­sive. Nous pou­vions par­fai­te­ment voir les trois for­ma­tions de­vant nous lors­qu’elles ont lar­gué leurs bombes en plein sur la cible. Les ré­sul­tats étaient bons, voire même ex­cel­lents. Tout au­tour de nous, les autres groupes ont fait de même sur d’autres ter­rains d’avia­tion dans le même sec­teur. Cu­rieu­se­ment, il n’y a pas eu de Flak au-des­sus de la cible. Nous nous sommes re­grou­pés au point de ral­lie­ment et nous sommes pas­sés en po­si­tion n° 7 dans la sec­tion basse de la for­ma­tion lea­der. Le reste du tra­jet s’est dé­rou­lé sans évé­ne­ment par­ti­cu­lier. Nous avons vo­lé sur l’ap­pa­reil n° 527 au­jourd’hui. Le lt McCul­lough était notre na­vi­ga­teur, le sgt Smith l’opé­ra­teur ra­dio et le sgt Ed­wards le lar­gueur. Nous nous sommes po­sés à 11 h 45 pour un temps de vol to­tal de 5 h 20 min. Joe Ko­la­sins­ki est sor­ti de l’hô­pi­tal hier et de­vrait bien­tôt re­vo­ler. La cible au­jourd’hui était Zwi­schen­sh­ner.

Jeudi 22 mars 1945

En­core une mis­sion. C’était ma 34e et l’ob­jec­tif était Ra­tin­gen, au nord de Dus­sel­dorf. Elle fut brève, comme celle d’hier. Dé­col­lage à 9 h 10, at­ter­ris­sage à 14 h 30 : du­rée to­tale 5 h 40 min. La mé­téo a été de nou­veau très bonne et on a eu une très bonne vi­si­bi­li­té au-des­sus de la Manche, ain­si que sur tous les PaysBas. En fran­chis­sant le Rhin nous avons eu un peu de Flak mo­dé­rée mais re­la­ti­ve­ment pré­cise au cours des 6 mi­nutes où nous nous sommes trou­vés au-des­sus du ter­ri­toire en-

Lar­gage de bombes en grappe au-des­sus de l’Al­le­magne. On dis­tingue dif­fé­rents types de pro­jec­tiles mê­lant des bombes GP ( Ge­ne­ral Pur­pose) (à souffle et à frag­men­ta­tion) et des clus­ters ren­fer­mant des sous-mu­ni­tions in­cen­diaires.En mé­daillon le bre­vet de pi­lote en ar­gent du lieu­te­nant Ben­sing.

DR/COLL. G. PONS

USAF

Ce pan­neau se trou­vait à l’en­trée de la base de Great Ash­field, fief du 385th BG. Le terme Van’s Va­liants est le sur­nom de l’uni­té et fait ré­fé­rence au pre­mier com­man­dant de l’uni­té, le co­lo­nel El­liot Van­de­van­ter.(3) Un sys­tème de ra­dio­na­vi­ga­tion ayant per­mis d’amé­lio­rer la na­vi­ga­tion ain­si que la pré­ci­sion des bom­bar­de­ments.

VINCEN T DHORN E

Le B-17G Lea­ding La­dy (ma­tri­cule 42-97668) du 385th BG (548th BS) en An­gle­terre en 1945.

DR/COLL. G. PONS

William R. Ri­chards, mi­trailleur, fut pho­to­gra­phié par le lt Ben­sing lors d’un ar­rêt en France pour se ra­vi­tailler en car­bu­rant. À no­ter la marque de cen­sure ap­pli­quée sur le mar­quage d’uni­té au som­met de la dé­rive.

DR/COLL. G. PONS

Le lt Ben­sing (deuxième en par­tant de la gauche) pose avec d’autres avia­teurs au­tour de l’épave d’un Fw 190 dans la ré­gion de Min­den, en Al­le­magne.

À haute al­ti­tude, ce B-17 “Pa­th­fin­der” équi­pé d’un ra­dôme H2X à la place de la tou­relle ven­trale ar­bore le mar­quage tar­dif du 385th BG : un da­mier rouge et blanc.

DR/COLL. G. PONS

À son poste de tra­vail, Je­rome J. Man­gan sur­nom­mé “Jer­ry”, mé­ca­ni­cien de bord et mi­trailleur de tou­relle su­pé­rieure de l’équi­page du lt Ben­sing. Il fut abat­tu lors de son avant­der­nière mis­sion le 9 avril 1945 alors qu’il vo­lait avec un autre équi­page.

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