Une an­née char­nière

Nou­velle loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire, pas­sage au tout “Ra­fale”, opé­ra­tion Ha­mil­ton en Sy­rie, ar­ri­vée du pre­mier ra­vi­tailleur “Phé­nix” : pour les Forces aé­riennes stra­té­giques, 2018 a été une an­née riche en évé­ne­ments.

Le Fana de l'Aviation - - Sommaire N° 589/décembre 2018 - DR Par Phi­lippe Wod­ka-Gal­lien

Avec l’ar­ri­vée du “Phé­nix”, les Force aé­riennes stra­té­giques font un grand bond en avant.

Ce 19 oc­tobre, à 14 h 20, la mi­nute est his­to­rique pour les Forces aé­riennes stra­té­giques ( FAS). L’ar­ri­vée du nou­veau A330 “Phé­nix” est théâ­trale. Une flèche tri­co­lore est des­si­née au même ins­tant dans le ciel d’Istres par la Pa­trouille de France. Confié à la 31e Es­cadre aé­rienne de ra­vi­taille­ment et de tran­sport, l’im­po­sant Air­bus an­nonce le dé­but d’une longue tran­si­tion, celle qui en­tre­prend le rem­pla­ce­ment, en­fin, des 15 ra­vi­tailleurs C-135 FR li­vrés par Boeing aux FAS, il y a plus de 50 ans. Mi­nistre des Ar­mées, Flo­rence Par­ly avait fait le dé­pla­ce­ment pour ac­cueillir le pre­mier exem­plaire aire d’une flotte en voie de cons­ti­tu­tion, es­ti­mée à 15 avions. Ob­ser­vant ant un contexte in­ter­r­na­tio­nal violent t et ten­du, la nou­velle loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire (LPM), ), celle cou­vrant la pé­riode 2019-2025, 25, a ins­crit comme prio­ri­té, rio­ri­té, entre autres, la mo­der­ni­sa­tion des forces nu­cléaires. Avion de tran­sport mul­ti­rôle, le “Phé­nix” en fait par­tie, un mes­sage re­layé sur place par le gé­né­ral Phi­lippe La­vigne, chef d’état-ma­jor de l’ar- mée de l’Air et par le gén. Bru­no Mai­gret, com­man­dant des FAS. Bombe nord-co­réenne, pres­sion russe à l’Est de l’Ukraine, dos­sier du nu­cléaire ira­nien, guerres au Pro­cheO­rient, course aux ar­me­ments or­ches­trée par Pé­kin et Wa­shing­ton, la stra­té­gie de dis­sua­sion nu­cléaire, en peu d’an­nées, est re­ve­nue sur le de­vant de la scène in­ter­na­tio­nale. Lorsque la pa­role pré­si­den­tielle s’ex­prime, les mots ont un sens. Dans ses voeux aux ar­mées, en jan­vier, tout en af­fir­mant l’im­por­tance de la dis­sua­sion, Em­ma­nuel Ma­cron a te­nu à mettre un terme aux spé­cu­la­tions quant à l’ar­ti­cu­la­tion fu­ture de la force de frappe. Les “tra­vaux de re­nou­vel­le­ment” se fe­ront au pro­fit, tout à la fois, de d la force océa­ni­qu nique et de la com­pos po­sante aé­rienne. Env En­vers la stra­té­gie de dis­sua­sion, son adhé­sion est sans ré­serve, celle celle- ci consti­tuant “dep “de­puis plus de 50 ans la clé de voûte de notre no­tr stra­té­gie de dé­fense […]. [… Les dé­bats sont au­jourd au­jourd’hui tran­chés”. Em­ma­nuel Em­ma­nuelMa­cron Ma­cron fait re­mar­quer que “la dis­sua­sion fait par­tie de notre his­toire, de notre stra­té­gie de dé­fense, et elle le res­te­ra”. La com­po­sante aé­rienne, sou­vent re­mise en cause par cal­cul po­li­ti­cien, est dé­sor­mais as­su­rée de sa pé­ren­ni­té. La voie est donc tra­cée s’agis­sant de l’ave­nir des forces stra­té­giques. Loin d’une op­tion de désar­me­ment uni­la­té­ral, la dis­sua­sion fran­çaise va conso­li­der son em­prise jus­qu’à at­teindre en­vi­ron 6 mil­liards d’eu­ros en rythme an­nuel. Il est im­por­tant de no­ter que sa mo­der­ni­sa­tion s’ins­crit dans le res­pect du trai­té de non-pro­li­fé­ra­tion, puisque le nombre de charges n’aug­men­te­ra pas (300) et que les ou­tils de si­mu­la­tion du Com­mis­sa­riat à l’éner­gie ato­mique se­ront mo­bi­li­sés pour le

dé­ve­lop­pe­ment des nou­velles armes. La loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire pré­voit ain­si la ré­no­va­tion à mi-vie du mis­sile ASMP-A et le lan­ce­ment des études de l’ASN4G, son suc­ces­seur, plus une fu­ture ver­sion de l’en­gin M51 ti­ré de sous-ma­rins.

Au su­jet du fu­tur ar­me­ment du “Ra­fale”, la dé­ci­sion de­vra être ar­rê­tée au dé­but de la pro­chaine dé­cen­nie. Au to­tal, sur 2019-2023, la dis­sua­sion nu­cléaire mo­bi­li­se­ra en­vi­ron 25 mil­liards, soit 5 mil­liards par an. Cet ef­fort s’exer­ce­ra sans évic­tion sur les forces conven­tion­nelles, la dis­sua­sion ab­sor­bant 12,5 % du bud­get de la dé­fense, à com­pa­rer aux 20 % des an­nées 1990.

Vers un nou­veau stan­dard stra­té­gique

L’an­cienne com­bi­nai­son mise en place par les Forces aé­riennes stra­té­giques, celle as­so­ciant C-135 FR “Stra­to­tan­ker” et “Mi­rage” 2000N (après le “Mi­rage” IV) passe dé­sor­mais le re­lais à la com­bi­nai­son A330 “Phé­nix” et “Ra­fale”. En y in­té­grant le mis­sile ASMP-A, le trip­tyque stra­té­gique est au com­plet. Cô­té es­ca­drons de chasse, l’ob­jec­tif des Forces aé­riennes stra­té­giques est to­ta­le­ment at­teint : ses deux uni­tés de com­bat sont dé­sor­mais do­tées d’un parc ho­mo­gène de “Ra­fale” om­ni­rôles en confi­gu­ra­tion bi­place. Le pas­sage de re­lais entre les der­niers “Mi­rage” 2000N et les nou­veaux “Ra­fale” avait été of­fi­ciel­le­ment ac­té le 29 août sur la base aé­rienne 113 Saint-Exu­pé­ry de Saint-Di­zier, en Haute-Marne.

De­puis ce jour, l’Es­ca­dron 2/4 La Fayette est de­ve­nu opé­ra­tion­nel sur “Ra­fale” bi­places en lieu et place de ses “Mi­rage” 2000N. Les équi­pages pro­viennent pour par­tie des avions de l’an­cien 2/4 qui vien­dront ap­por­ter leur ex­pé­rience nu­cléaire aux nou­veaux équi­pages sur “Ra­fale”. Cet été, Saint-Di­zier est de­ve­nue l’unique im­plan­ta­tion de com­bat des FAS, ce­ci à la fa­veur d’une cé­ré­mo­nie qui fait écho à la jour­née d’adieu au “Mi­rage” 2000N en juin. Par com­pa­rai­son avec le 2000N, l’avion de Das­sault ap­porte un pa­nel bien plus large de ca­pa­ci­tés : propulsion bi­mo­teur, su­pé­rio­ri­té aé­rienne (avec mis­siles air-air “Mi­ca” et “Mé­téor”) , re­con­nais­sance loin­taine, frappe air-sol de pré­ci­sion au­to­nome (au moyen d’une na­celle op­tro­nique), em­ploi du mis­sile de croi­sière “Scalp” et des armes air-sol mo­du­laires. En­fin, son ca­non de 30 mm lui confère une fonc­tion d’ap­pui rap­pro­ché. Un seul type d’ap­pa­reil, c’est aus­si une sim­pli­fi­ca­tion du sou­tien lo­gis­tique. Les “Mi­rage” 2000N iront re­joindre la base de sto­ckage de Châ­teau­dun pour ser­vir de ré­serve en pièces de re­change.

Les com­bats san­glant de Sy­rie donnent tris­te­ment l’oc­ca­sion de dé­mon­trer les ca­pa­ci­tés de frappes à longue dis­tance de l’ar­mée de l’Air dans un dis­po­si­tif com­plexe met­tant en jeu un vaste en­semble de sa­voir-faire. Lan­cée la nuit du 13 au 14 avril, le raid in­ter­al­lié était tout à la fois com­plexe, loin­tain, dan­ge­reux. L’obli­ga­tion de ré­sul­tats pour les équi­pages était un im­pé­ra­tif, l’ordre ve­nant du plus haut de l’État. La coor­di­na­tion de l’en­semble a été as­su­rée par l’ar­mée de l’Air. Por­tant le nom de code opé­ra­tion Ha­mil­ton, la mis­sion re­pre­nait toutes les sé­quences de ce que se­rait une frappe de dis­sua­sion, d’au­tant qu’elle s’est conclue par le tir de mis­siles de croi­sière, en l’es­pèce des “Scalp” à charge conven­tion­nelle. Les Forces aé­riennes es stra­té stra­té­giques ont contri­bué ri­bué à l’opé­ra­tion par ar la mise en place e de six C-135FR en­ga­gés sur la to­ta­li­té de la mi s s ion. Ils sont ve­nus sou­te­nir cinq de ses “Ra­fale” ” bi­places, l’es­corte rte étant four­nie par quatre “Mi­rage” ” 2000-5, et le contrôle aé­rien éi par d deux E-3F “Awacs”.

L’Air­bus 330 “Phé­nix” mul­ti­rôle

L’his­toire re­tient que le pro­gramme “Phé­nix” MRTT (Mul­ti Role Tan­ker Tran­sport), pla­cé sous la di­rec­tion de la DGA, fut lan­cé en no­vembre 2014 par JeanYves Le Drian, alors mi­nistre de la Dé­fense. Ses ca­pa­ci­tés cor­res­pondent bien aux nou­velles su­jé­tions im­po­sées aux ar­mées. De fait, son ar­ri­vée se tra­dui­ra par une stan­dar­di­sa­tion du tran­sport stra­té­gique, le nou­vel avion de­vant prendre la suite des “Stra­to­tan­ker”, mais aus­si des Air­bus A310 et A340 de l’Es­ca­dron de tran­sport 3/60 Es­te­rel. La flotte de “Phé­nix” au­ra donc un rôle ma­jeur de liai­son entre la mé­tro­pole et la France d’outre-mer. En mis­sion de ra­vi­taille­ment en vol, il pour­ra dé­li­vrer 50 t de car­bu­rant à 2 000 km en res­tant 4 h 30 min sur zone. zone Dans les mêmes condit condi­tions, la ca­pa­ci­té est de 1 17 t sur un C-135FR. Tro Trois sondes de ra­vi­ta taille­ment sont dis­po­nibles, une à l’ar­rière du fu­se­lage et deux en bout d’ailes. En mis­sion de ra­vi­tailleme ment, il sou­tien­dra les “Ra “Ra­fale” Air et Ma­rine, les “M “Mi­rage” 2000 en­core en ser­vice ser­vice, les E-3F “Awacs”, voire i d’ d’autres tA A330, mais aus­si les avions al­liés. La ca­bine à deux cou­loirs pour­ra ac­cueillir 273 pas­sa­gers sur 10 000 km, ou en­core em­bar­quer 40 t de fret sur 7 000 km. Il est pré­vu pour ac­cueillir la confi­gu­ra­tion mé­di­ca­li­sée “Mor­phée” des­ti­née aux bles­sés né­ces­si­tant des soins in­ten­sifs. Au titre des opé­ra­tions ex­té­rieures (Opex), l’avion sait dé­col­ler avec une charge lourde par temps chaud. Spé­ci­fi­ci­té FAS, il dis­po­se­ra de trans­mis­sions dé­diées et d’une liai­son 16 stan­dard Otan. À comp­ter de 2023, l’ar­mée de l’Air per­ce­vra un

stan­dard 2 qui ajou­te­ra des com­mu­ni­ca­tions sa­tel­lites haut dé­bit et une connec­ti­vi­té ac­crue le trans­for­mant en poste aé­ro­por­té de com­man­de­ment et de re­lais, l’avion s’in­té­grant to­ta­le­ment aux ar­chi­tec­tures de com­bat re­grou­pées en ré­seaux. Pour le gén. La­vigne, le “Phé­nix” est donc bien un “dé­mul­ti­pli­ca­teur de forces à l’échelle de la pla­nète. Il se­ra ca­pable de tra­vailler en coa­li­tion, tout en main­te­nant la pos­ture de dis­sua­sion”. Le gén. An­dré La­na­ta, alors le chef d’état-ma­jor de l’ar­mée de l’Air, le 18 oc­tobre 2017, avait in­sis­té sur la dé­marche ca­pa­ci­taire de­vant la Com­mis­sion de dé­fense de l’As­sem­blée na­tio­nale au titre de la pré­pa­ra­tion du bud­get 2018 : “Une aug­men­ta­tion de la cible [du nombre] de MRTT se­ra in­dis­pen­sable pour cou­vrir l’en­semble des be­soins de la com­po­sante nu­cléaire aé­ro­por­tée, de l’avia­tion de com­bat et du tran­sport stra­té­gique.” Il sou­hai­tait 18 ap­pa­reils. Il fut en­ten­du, au moins par­tiel­le­ment : 12 ap­pa­reils de­vraient être li­vrés d’ici 2023, pour un to­tal en­vi- sa­gé de 15. L’avion n° 2 se­ra li­vré en 2019, le troi­sième ar­ri­ve­ra en 2020, puis trois chaque an­née à par­tir de 2021. L’échéan­cier a été ac­cé­lé­ré : 12 ap­pa­reils se­ront en ligne à l’ho­ri­zon 2025 au lieu de 2029. Les trois der­niers de­vront donc être ins­crits à la pro­chaine loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire pour res­pec­ter ce for­mat. À l’ho­ri­zon 2030, le “Phé­nix” fe­ra par­tie du SCAF, le sys­tème de com­bat aé­rien fu­tur.

Cou­vrir tous les scé­na­rios d’en­ga­ge­ment

À Istres, la for­ma­tion sur le “Phé­nix” se pour­suit avec l’équipe de marque du Centre d’ex­pé­ri­men­ta­tion aé­rienne de Mont-de-Mar­san en lien avec les in­gé­nieurs de DGA Es­sais en vol (avant 2009, le Centre d’es­sais en vol). Se po­si­tion­nant au plus haut du spectre des mis­sions, le “Phé­nix” est la nou­velle pièce cri­tique d’un ma­noeuvre de dis­sua­sion conjoin­te­ment me­née par l’ar­mée de l’Air et de la Ma­rine, don­nant ain­si corps à la 500e Pa­trouille de sous­ma­rins lan­ceur d’en­gins de la Force océa­nique stra­té­gique ache­vée une se­maine plus tôt, le 11 oc­tobre, par Le Ter­rible. Ce re­nou­vel­le­ment des Forces aé­riennes stra­té­giques est par­fai­te­ment co­hé­rent avec un mo­dèle d’ar­mée qui cherche à cou­vrir tous les scé­na­rios d’en­ga­ge­ment, de la dis­sua­sion nu­cléaire aux opé­ra­tions ex­té­rieures, don­nant ain­si à Pa­ris une ca­pa­ci­té unique en Eu­rope.

AIR­BUS

Le badge sou­riant du nou­vel Air­bus de l’ar­mée de l’Air des­ti­né à mar­quer la sé­quence de qua­li­fi­ca­tion et de for­ma­tion des équi­pages, une tâche confiée au Centre d’ex­pé­ri­men­ta­tion aé­rienne mi­li­taire.

Le “Phé­nix” (en haut) rem­place le C-135 “Stra­to­tan­ker” comme ra­vi­tailleur en vol de l’ar­mée de l’Air. Il est ici ac­com­pa­gné d’un “Mi­rage” 2000C (pre­mier plan), d’un “Mi­rage” 2000B (au centre) et d’un “Ra­fale” B.

Le badge qui ac­com­pagne l’ar­ri­vée du pre­mier Air­bus A330 “Phé­nix” de l’ar­mée de l’Air. Quinze avions sont pré­vus au titre d’un pro­gramme que la DGA a confié à Air­bus, maître d’oeuvre. Ac­cueil his­to­rique à Istres du pre­mier “Phé­nix” sa­lué par la Pa­trouille de France. Pro­pul­sé par deux Rolls-Royce “Trent” 772B, l’avion pré­sente une en­ver­gure de 60 m.

DR

PHI­LIPPE WOD­KA-GAL­LIEN

Le Phé­nix de la 31e Es­cadre aé­rienne de ra­vi­taille­ment et de tran­sport stra­té­gique (EARTS) dans son nou­vel han­gar de la base aé­rienne 125 d’Istres.

AR­MÉE DE L’AIR

Un C-135 FR en mis­sion de ra­vi­taille­ment de “Ra­fale” et de “Mi­rage” 2000N ar­més du mis­sile nu­cléaire ASMP-A lors d’un exer­cice de dis­sua­sion.

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