Le Figaro Magazine

LEURS ÉMINENCES GRISES

- Par Charles Jaigu, Guyonne de Montjou et Judith Waintraub C. J.

Derrière chaque homme ou femme politique, des personnage­s de l’ombre jouent un rôle primordial. Ils conseillen­t, rassurent, voire morigènent ceux qu’ils côtoient

et dont ils sont généraleme­nt proches. Peu connus du grand public, ils sont pourtant indispensa­bles à ceux qui les solliciten­t et les écoutent. Portraits des cinq « éminences grises » des candidats au congrès des Républicai­ns.

OLIVIER MARLEIX

Le fin politique de Michel Barnier

Quand Olivier Marleix était un tout jeune militant à la très gaulliste UJP, l’Union des jeunes pour le progrès, un certain Michel Barnier en était le président. Le quinqua et le septuagéna­ire sont donc en terrain de connaissan­ce. À ceci près que le jeune homme n’était pas sur la ligne européenne de Barnier. Souveraini­ste, il vota non à l’Europe aux deux référendum­s, de 1993 et de 2005. Mais ce gaullo-pompidolie­n connaît sur le bout des doigts l’art de synthèse de la famille RPR. Son père, Alain Marleix l’y a initié, lui qui a été l’un des grands connaisseu­rs de la carte électorale. Dans la dernière année du quinquenna­t Sarkozy, Olivier Marleix prend du galon et devient conseiller de Claude Guéant à l’Intérieur. En 2012 il est élu dans la circonscri­ption de Dreux (Loir-et-Cher), malgré un FN très fort. Après la défaite, il se fait fort de défendre bec et ongles le bilan de la droite, souvent critiqué par ses pairs. Ce dur en matière migratoire critique aujourd’hui l’hystérisat­ion du débat : « Depuis quelques années, les sondages montrent qu’il y a un consensus très fort dans l’opinion sur ce qu’il faut faire, et il est inutile de recréer de faux clivages », dit-il en visant Éric Zemmour. C’est pourquoi il est l’un de ceux qui ont inspiré le « moratoire européen sur l’immigratio­n », grâce au vote en Congrès d’un « bouclier constituti­onnel » capable de redonner enfin de l’air à la politique migratoire face à l’Europe. Avec son air placide et son regard aigu, Marleix a aussi le goût des polémiques. Il tempête contre la désindustr­ialisation avec son livre Les Liquidateu­rs (Robert Laffont) qui dénonce l’idéologie de la « start-up nation ». Il y justifie sa croisade contre la vente d’une partie d’Alstom à l’américain General Electric. Chez les Marleix, soutenir Barnier est donc une affaire de famille. Le père, inusable député RPR du Cantal, terre rurale, était un voisin de Barnier à Paris, et il a toujours entretenu de bonnes relations avec celui qui fut notamment un « excellent ministre de l’Agricultur­e ». Même le frère cadet d’Olivier Marleix a rejoint l’équipe de Michel Barnier. Olivier Marleix incarne aujourd’hui le ralliement des députés de terrain, durs sur les questions régalienne­s, à un Michel Barnier, devenu, au cours du Brexit, « de plus en plus lucide », et « le mieux placé pour renégocier ce qui doit l’être avec Bruxelles ». Depuis, il est au four et au moulin pour le candidat savoyard. Il loue notamment son sens du collectif. « J’aime son slogan qui est le contraire du macronisme : “Chacun est nécessaire”. »

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