Jour de dé­prime

Le Figaro - - CHRONIQUES - JACQUES-OLI­VIER MAR­TIN JOMARTIN@LE­FI­GA­RO.FR

Âmes sen­sibles, abs­te­nez-vous de lire les études de l’ins­ti­tut Mo­li­na­ri. Deux fois par an, ce think­tank eu­ro­péen li­bé­ral livre des pu­bli­ca­tions qui ont le don de plom­ber le mo­ral. La pre­mière, au coeur de l’été, traite du jour de li­bé­ra­tion fis­cale, au­tre­ment dit, la date à par­tir de la­quelle les sa­la­riés ont fi­ni de ver­ser im­pôts et charges et com­mencent à ga­gner de l’ar­gent pour eux. La se­conde, dif­fu­sée dé­but no­vembre, tra­duit en nombre de jours le dé­fi­cit de chaque État eu­ro­péen. Dans les deux cas, la si­tua­tion de la France est ca­tas­tro­phique. De­puis cette an­née, les sa­la­riés fran­çais sont les der­niers à être li­bé­rés (le 29 juillet) et l’État fran­çais fait par­tie, avec la Grèce et le Por­tu­gal, des trois pays eu­ro­péens qui vivent le plus long­temps à cré­dit. « Lorsque je donne quatre coups de pé­dale, il y en a trois pour le fisc » , lan­çait il y a trente ans Ber­nard Hi­nault. En rap­pro­chant les deux études de l’ins­ti­tut Mo­li­na­ri, le quin­tuple vain­queur du Tour de France pour­ra consta­ter que rien n’a changé. Pire, la si­tua­tion s’est ag­gra­vée. La France est tout à la fois le pays où les pré­lè­ve­ments aug­mentent plus qu’ailleurs et les dé­penses re­culent le moins. À preuve, le dé­fi­cit des États a di­mi­nué en moyenne de six jours en Eu­rope l’an der­nier… Sauf chez nous !

PANNE DE VENT

Les Fran­çais sont pré­ve­nus, ja­mais le risque de su­bir une grande panne élec­trique n’a été si éle­vé. Il suf­fi­rait d’un très grand froid cet hi­ver pour que le pire sur­vienne. Ça fait trem­bler les plus in­quiets et les plus fri­leux. Mais ga­geons que le scé­na­rio noir ne se pro­dui­ra pas. Quoi qu’il en soit, ce type d’alerte met mal à l’aise. Avec ses 58 ré­ac­teurs nu­cléaires, on pen­sait la France à l’abri d’un black-out. Ce n’est donc plus le cas. Pas tant en rai­son d’une aug­men­ta­tion de la consom­ma­tion d’élec­tri­ci­té - c’est même le contraire-, mais parce que le nu­cléaire fran­çais n’est pas au mieux. En réa­li­té, les mau­vaises nou­velles ne cessent de s’ac­cu­mu­ler de­puis quelques an­nées. La pre­mière fut po­li­tique et re­monte à l’au­tomne 2011, lorsque les so­cia­listes ont an­non­cé leur sou­hait de fer­mer des ré­ac­teurs pour plaire aux éco­lo­gistes. La deuxième est in­dus­trielle : les re­tards du chan­tier EPR en Fin­lande ont pré­ci­pi­té la chute d’Are­va, na­guère lea­der mon­dial de l’atome ci­vil. La troi­sième, plus ré­cente, touche à la fia­bi­li­té même des cen­trales. L’Au­to­ri­té de sû­re­té nu­cléaire exige l’ar­rêt de nom­breux ré­ac­teurs EDF pour vé­ri­fier l’état de cer­taines pièces. Le nu­cléaire triom­phant, c’est bien ter­mi­né. Faut-il pour au­tant crier vive l’éo­lien et le so­laire ? De­main peut-être, mais en tout cas pas au­jourd’hui. Les ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion élec­trique sont bien là : en deux dé­cen­nies, l’équi­valent d’une ving­taine de ré­ac­teurs nu­cléaires a été dé­ployé en éo­liennes et en pan­neaux so­laires dans nos cam­pagnes. En théo­rie, c’est suf­fi­sant pour com­pen­ser la puis­sance nu­cléaire, mais ça ne fait pour­tant pas l’af­faire. Le ges­tion­naire de ré­seaux élec­trique, le fa­meux RTE, l’a rap­pe­lé lors­qu’il a ti­ré la son­nette d’alarme la se­maine der­nière. Les éo­liennes ne servent à rien lors­qu’il n’y a pas de vent et le so­laire fort peu lors­qu’il fait gris et que la nuit tombe à 18 heures. Voi­là donc la France pri­son­nière d’une fi­lière nu­cléaire mal en point et d’éner­gies re­nou­ve­lables in­ter­mit­tentes. Pas doute, la tran­si­tion éner­gé­tique est et se­ra une opé­ra­tion longue et dif­fi­cile.

CGG, EDF, EN­GIE… ET LES AUTRES

Pour me­ner à bien cette tâche, es­pé­rons que l’État stratège se­ra mieux avi­sé que l’État ac­tion­naire. En ma­tière d’éner­gie, le bi­lan de ces der­nières an­nées est peu glo­rieux. EDF qui ne vaut plus qu’une ving­taine de mil­liards d’eu­ros a per­du un quart de sa va­leur en seule­ment un an, et même 60 % sur trois ans. Ce n’est pas mieux du cô­té d’En­gie (-27 % de­puis le 1er jan­vier) dont l’Agence des par­ti­ci­pa­tions de l’État (APE) pos­sède le tiers du ca­pi­tal. À ces dé­pré­cia­tions s’ajoutent d’ores et dé­jà 5 mil­liards d’eu­ros d’aug­men­ta­tion de ca­pi­tal pro­mis par Ber­cy pour sau­ver Are­va et ren­for­cer EDF. Sur le front de l’in­dus­trie pé­tro­lière, pas de mi­racle non plus. CGG, dont la BPI est ac­tion­naire, a som­bré de 28 % mar­di der­nier après avoir an­non­cé la né­ces­si­té de me­ner une nou­velle aug­men­ta­tion de ca­pi­tal. Les ac­tions Val­lou­rec, dé­te­nues à 15 % par les pou­voirs pu­blics, ont certes plus que dou­blé de­puis le dé­but de l’an­née, mais elles s’échangent tou­jours au cin­quième de leur va­leur d’il y a cinq ans. En réa­li­té, To­tal est la seule va­leur sûre du pé­trole. Mais ni l’APE ni la BPI ne sont à son ca­pi­tal… Pas de chance !

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