Éco­no­mies, de l’am­bi­tion mais peu de pré­ci­sions

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - ANNE DE GUIGNÉ @ade­guigne

« LA FRANCE est dans les cordes et au­cune es­quive ne nous sau­ve­ra. » Pro­non­cée par un boxeur, la for­mule est sai­sis­sante. Édouard Phi­lippe veut at­ta­quer de face « l’ad­dic­tion fran­çaise à la dé­pense pu­blique ». L’ob­jec­tif est connu : te­nir les en­ga­ge­ments eu­ro­péens de la France, soit un dé­fi­cit in­fé­rieur à 3 % du PIB à par­tir de 2017. Au-de­là des ques­tions de crédibilité à Bruxelles, il s’agit de pro­té­ger la sol­va­bi­li­té du pays, c’est-à-dire sa sou­ve­rai­ne­té, et de se pré­mu­nir contre la hausse des taux d’in­té­rêt an­non­cée par la Banque cen­trale eu­ro­péenne.

Pour y par­ve­nir, le pre­mier mi­nistre s’est fixé des ob­jec­tifs pré­cis, tous énon­cés dans le pro­gramme d’Em­ma­nuel Ma­cron. Il veut ain­si faire bais­ser la pres­sion fis­cale d’un point de PIB sur cinq ans, soit ra­me­ner le taux de pré­lè­ve­ment obli­ga­toire à 43,5 % en 2022, un ni­veau tou­jours éle­vé mais ja­mais at­teint de­puis 1995. La réforme de la taxe d’ha­bi­ta­tion et celle de l’im­pôt sur les sociétés y par­ti­ci­pe­ront.

Aban­don de pro­jets

Deuxième ob­jec­tif, ra­me­ner la dé­pense pu­blique de 55 % du PIB en 2017 à 52 % en 2022, du ja­mais-vu cette fois de­puis la fin des an­nées 1980. Même si l’ef­fort est réel, il pla­ce­rait tou­jours la France par­mi les pays les plus dé­pen­siers d’Eu­rope. En 2015, dans la zone eu­ro, les dé­penses pu­bliques at­tei­gnaient en moyenne 48,5 % du PIB. « En dé­pit de la mo­dé­ra­tion de son rythme d’ac­crois­se­ment sur les der­nières an­nées, la dé­pense pu­blique a net­te­ment plus aug­men­té en France que chez ses prin­ci­paux voi­sins sur la pé­riode 20112016 », as­sé­naient ain­si les ma­gis­trats de la Cour des comptes dans leur au­dit sur la si­tua­tion des fi­nances pu­bliques, pu­blié la se­maine der­nière.

Reste à don­ner un conte­nu concret à ces ob­jec­tifs d’éco­no­mies. Pour l’heure, Édouard Phi­lippe s’est mon­tré peu pré­cis. Il s’est en­ga­gé à sta­bi­li­ser la dé­pense pu­blique en 2018, alors qu’elle a ten­dance à ga­lo­per d’une an­née sur l’autre. Pour y par­ve­nir, le pre­mier mi­nistre compte ac­tion­ner les trois le­viers re­com­man­dés par la Cour des comptes : un ef­fort sur la masse sa­la­riale du sec­teur pu­blic (ré­mu­né­ra­tions et effectifs), l’aban­don des pro­jets les moins ef­fi­caces dans chaque mi­nis­tère et une pro­fonde réforme des po­li­tiques pu­bliques dé­ce­vantes, comme le lo­ge­ment, l’em­ploi ou la for­ma­tion, et ce mal­gré leurs coûts exor­bi­tants.

AR­NAUD RO­BIN/LE FI­GA­RO MA­GA­ZINE

Le mi­nis­tère de l’Éco­no­mie, à Pa­ris.

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