La prise en charge très di­verse du stress post-trau­ma­tique

Le Figaro - - SCIENCES - AU­RÉ­LIE FRANC

LES PRE­MIERS INS­TANTS après un évé­ne­ment trau­ma­tique sont ca­pi­taux. Un constat aus­si per­ti­nent pour les sol­dats que les ci­vils té­moins de scènes vio­lentes, comme un attentat ou même un ac­ci­dent grave. Il faut sé­cu­ri­ser le pé­ri­mètre, éva­cuer les en­vi­rons et soi­gner les bles­sés. Mais il faut aus­si s’oc­cu­per ra­pi­de­ment de ceux qui sont en état de choc : soit parce qu’ils ont vé­cu la scène, soit parce qu’ils ont été les pre­miers sur place, soit parce qu’ils viennent de perdre un proche. Tous les ex­perts s’ac­cordent à dire que plus la prise en charge du stress lié au drame est pré­coce, plus le risque de dé­ve­lop­per une af­fec­tion psy­chia­trique chro­nique, ap­pe­lée état de stress post-trau­ma­tique (ESPT), est faible. Mal­gré ce consen­sus, les in­ter­ven­tions pré­ven­tives di­vergent se­lon les pays. Et pour cause : les don­nées sur le su­jet sont im­par­faites. « Il est très dif­fi­cile de re­cueillir le consen­te­ment éclai­ré chez des per­sonnes qui sont en état de choc, donc ce sont des études très com­pli­quées et dé­li­cates à mettre en place », ex­plique Syl­vie Mo­len­da, doc­teur en psy­cho­lo­gie à la cel­lule d’ur­gence mé­di­co­psy­cho­lo­gique (CUMP) de Lille.

Les CUMP (cel­lules d’ur­gence mé­di­co­psy­cho­lo­gique) ont été créées après l’attentat du RER Saint-Mi­chel en 1995. Ces uni­tés mé­di­cales psy­chia­triques se dé­placent sur les lieux du drame et mettent en place « dès les pre­mières heures des en­tre­tiens de “dé­cho­cage” où la pa­role du pa­tient est libre», ra­conte Thier­ry Bau­bet, res­pon­sable de la consul­ta­tion psy­cho­trau­ma­tisme de l’hô­pi­tal Avi­cenne de Bo­bi­gny (Seine-Saint-De­nis), qui évoque un «sas de dé­com­pres­sion». Lorsque les pa­tients rentrent chez eux (s’ils ne sont pas hos­pi­ta­li­sés), un mé­de­cin les rap­pelle sys­té­ma­ti­que­ment pour éva­luer l’évo­lu­tion des symp­tômes et prendre, si be­soin, ren­dez-vous. « À par­tir des 48 pre­mières heures sui­vant l’évé­ne­ment trau­ma­tique, il est pos­sible de me­ner des en­tre­tiens col­lec­tifs ou en in­di­vi­duel au cours des­quels des in­ter­ve­nants for­més à cette pra­tique vont de­man­der aux per­sonnes de lier le ré­cit de l’évé­ne­ment à la fois à leurs pen­sées, à leur res­sen­ti émo­tion­nel et à ce qu’elles ont per­çu par leurs cinq sens », ex­plique Alexan­dra Bottero, ré­fé­rente CUMP-Sa­mu à l’hô­pi­tal Hen­ri-Mon­dor (Cré­teil).

Jouer à Te­tris

Les pays an­glo-saxons, tels que les ÉtatsU­nis, le Royaume-Uni ou en­core le Ca­na­da, pré­viennent l’ESPT da­van­tage grâce aux thé­ra­pies cog­ni­tives et com­por­te­men­tales (TCC). « En France, nous sommes en re­vanche très en re­tard sur l’uti­li­sa­tion de ces thé­ra­pies», as­sure Syl­vie Mo­len­da. Ces der­nières in­vitent le pa­tient à tra­vailler, en pro­fon­deur, sur son trau­ma­tisme et à s’ex­po­ser à ses souvenirs. La psy­cho­logue pré­cise : «Les pa­tients ar­rivent sou­vent en di­sant “je veux ou­blier tout ce­la”, mais l’un des buts prin­ci­paux de ces TCC est au contraire de leur faire prendre le contrôle sur leurs souvenirs . »

En An­gle­terre, les cher­cheurs étu­dient le rôle de Te­tris dans la pré­ven­tion de l’ESPT. Ils ont ain­si mon­tré que «la mé­moire d’un évé­ne­ment trau­ma­tique se construit dans les heures qui suivent ». En fai­sant jouer à ce jeu de blocs à im­bri­quer, les scien­ti­fiques ont sup­po­sé que la concen­tra­tion sur un élé­ment ex­té­rieur leur per­met­trait d’évi­ter de conso­li­der les souvenirs du trau­ma­tisme. Et ils ont eu rai­son : « Chez les per­sonnes qui ont joué, il y avait moins de souvenirs in­tru­sifs et les ana­lyses ont mon­tré que le nombre d’in­tru­sions di­mi­nuait plus ra­pi­de­ment », no­ten­tils dans leurs conclu­sions.

Les dé­bats portent aus­si sur l’uti­li­sa­tion de trai­te­ments mé­di­ca­men­teux dans la pré­ven­tion de l’ESPT, no­tam­ment les bê­ta­blo­quants et les hor­mones, pour les­quelles des études sont en cours. En re­vanche, tous les ex­perts s’ac­cordent pour ne pas don­ner de ben­zo­dia­zé­pines (an­xio­ly­tiques). Ain­si, l’OMS no­tait en 2013 que «rien ne prouve qu’ils sont ef­fi­caces contre les symp­tômes de stress im­pu­tables à un trau­ma­tisme ré­cent. Ils pour­raient même al­lon­ger le temps né­ces­saire pour se re­mettre d’évé­ne­ments po­ten­tiel­le­ment trau­ma­ti­sants ».

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