Un Gien­nois a dé­fen­du sa ville

On com­mé­mo­re­ra le 78e an­ni­ver­saire de la ba­taille de Gien qui ren­dra hom­mage à Jo­seph Val­let un des com­bat­tants hé­roïques de ces ter­ribles jour­nées.

Le Journal de Gien - - Gien - RÉ­MI BICHON

Ven­dre­di, ■ Il au­ra fal­lu at­tendre 78 ans pour que la ville de Gien rendre en­fin un hom­mage of­fi­ciel* à l’un des hé­ros des com­bats de Gien, le lieu­te­nant Jo­seph Val­let, en ap­po­sant une plaque au pont. Il était de sur­croît gien­nois puis­qu’il exer­çait rue Louis­Blanc, la pro­fes­sion d’avoué.

Il voit brû­ler sa ville

Le lieu­te­nant Val­let, du dé­pot d’ar­tille­rie N° 5 d’Or­léans, est char­gé d’or­ga­ni­ser la dé­fense des ponts sur la Loire, de Jar­geau à Bon­ny­sur­Loire dès le dé­but juin. Après avoir ins­tal­lé des dis­po­si­tifs de pro­tec­tion et pla­cé les ca­nons et leurs ser­vants, il dé­cide le lun­di 17 juin de res­ter dans sa ville à com­man­der le ca­non de 75 qui prend en en­fi­lade le pont.

Ce 75 est éta­bli der­rière « une pla­te­forme com­po­sé de 500 sacs de sable de Loire, for­mant des murs épais de 70 cm, à 150 m du pont, route de Bourges, à droite sens Sud­Nord, à che­val sur le trot­toir et la route », écrit­il dans son rap­port da­té du 27 juin 1940.

À par­tir du sa­me­di 15 juin, le lieu­te­nant Val­let as­siste aux bom­barde­ ments de sa ville par l’avia­tion al­le­mande : « il y en a eu une ving­taine et les in­cen­dies achèvent l’oeuvre des bombes, la ville est lit­té­ra­le­ment écra­sée, la vie y est im­pos­sible », écrit­il dans son rap­port. Il voit en­suite sau­ter le pont par le gé­nie le lun­di 17 juin, entre 19 et 20 heures.

Il fait ti­rer sur les pre­miers al­le­mands

Le pa­ra­pet aval du pont étant en­core de­bout, « une com­pa­gnie de sol­dats al­le­mands se masse pour fran­chir un par un la brèche entre 7 et 8 heures » (mar­di 18 juin) : « je fais im­mé­dia­te­ment ou­vrir le feu, le ré­sul­tat est énorme, la pre­mière ten­ta­tive en­ne­mie est anéan­tie », écrit­il.

L’en­ne­mi ri­poste par un pi­lon­nage des po­si­tions fran­çaises, en­ca­drant le 75, sans bles­ser les ser­vants mais qui fait des morts au 32e ré­gi­ment d’in­fan­te­rie. Cinq ten­ta­tives de fran­chis­se­ment sont re­pous­sées avant mi­di. L’après­mi­di, la bat­te­rie fait en­core du tir de har­cè­le­ment, les Al­le­mands ayant fait avan­cer un ca­mion sur le pont peut­être pour bou­cher la brèche, en vain.

Les ser­vants de la pièce tirent aus­si au fu­sil, des­cen­dant des Al­le­mands tra­vaillant à bou­cher la brèche. Le lieu­te­nant Val­let est lui­même équi­pé de son fu­sil Brow­ning au­to­ma­tique mu­ni de 50 car­touches… à che­vro­tines « au cas où l’en­ne­mi s’in­fil­tre­rait à re­vers » !

À 18 heures, le mar­di 18 juin, le lieu­te­nant Val­let re­çoit l’ordre de dé­cro­cher de la part du lieu­te­nant­co­lo­nel Bes­son, pa­tron du 32e RI. Il le fé­li­cite pour « la belle conduite de sa pièce » et le sou­tien au 32e RI, qui a re­tar­dé le fran­chis­se­ment de la Loire par l’en­ne­mi, de 36 heures.

Une conduite qui vaut au lieu­te­nant Val­let et à ses ca­non­niers d’être ci­té à l’ordre de l’Ar­mée par le gé­né­ral Hunt­zi­ger en no­vembre 1940 et de se voir at­tri­buer la croix de guerre 39­45. (*) En 2016, le nom du lieu­te­nant Val­let a tou­te­fois été don­né à une rue d’un lo­tis­se­ment à la Fon­taine.

PHO­TO : COL­LEC­TION )

Le lieu­te­nant Val­let a fait ti­rer au ca­non sur les pre­miers al­le­mands vou­lant fran­chir la brèche du pont ain­si que sur le ca­mion ame­né au­près de cette brèche.(

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