Les sou­ve­nirs de Mar­cel Au­dry, bra­co re­pen­ti

Mar­cel Au­dry qui vient de souf­fler ses 84 bou­gies, ra­conte sa jeu­nesse de bra­con­nier, tout comme Ra­bo­liot, le hé­ros so­lo­gnot de Mau­rice Ge­ne­voix. Sou­ve­nirs d’une époque ré­vo­lue qui a per­mis à bien des fa­milles de se nour­rir pen­dant la guerre.

Le Journal de Gien - - La Une -

■ Sur le sec­teur, le bra­con­nage se pra­ti­quait dès le plus jeune âge et Mar­cel sur ce su­jet est in­ta­ris­sable : « Tout pe­tit, je sui­vais les co­pains avec ma bi­cy­clette. Ils connais­saient les coins et les ma­nières pour at­tra­per le gi­bier. J’avais 11 ans quand j’ai vrai­ment eu le dé­clic. Et c’est peu­têtre la faute à ce ma­gni­fique vo­la­tile, un fai­san qui s’était pris les pattes dans un des pièges que j’avais ins­tal­lé, quelque part dans les bois. Tou­jours est il que le bra­con­nage ne m’a plus quit­té du­rant des an­nées ».

Et c’est comme ça que du­rant les an­nées qua­rante, cet ora­to­rien, alors ga­min en cu­lotte courte, s’est adon­né au bra­con­nage avec pas­sion et es­piè­gle­rie. À l’époque, il vi­vait, à Dampierre­e n­Bu rly dans une ferme. Son père était par­ti faire la guerre en Al­le­magne.

Le bra­con­nage fai­sait par­tie des moyens de sur­vie pour Mar­cel, comme pour d’autres ga­mins et pour les femmes dont le ma­ri était par­ti au front. « Les la­pins très nom­breux fai­saient beau­coup de dé­gât ; bra­con­ner, c’était une né­ces­si­té. On n’était pas riche, il fal­lait se nour­rir et dans nos cam­pagnes, les au­to­ri­tés lo­cales fer­maient par­fois les yeux car elles aus­si connais­saient la faim. Moyen­nant un gi­bier sous la cape ou un bon re­pas, on lais­sait faire ! »

Une col­lec­tion d’en­vi­ron 80 pièges

Et en ma­tière de pié­geage, Mar­cel était plu­tôt bon élève : « La ma­nière de po­ser des col­lets ça s’ap­prend sur le ter­rain, pas dans les bou­quins ! On po­sait les pièges la nuit ». Mar­cel a ap­pris toutes les fi­celles du bra­con­nage et au fil des ans, il est de­ve­nu un ex­pert.

Il a d’ailleurs gar­dé quel­ ques uns de ses pièges et s’est consti­tué toute une col­lec­tion pour pe­tit et gros gi­bier re­pré­sen­tant pas loin de 80 ob­jets : pièges à oeufs, pièges à san­glier, pièges à ra­pace, pièges pour car­nas­siers, ré­cu­pé­rés dans les brocantes ou chez des par­ti­cu­liers. Cer­tains sont dif­fé­rents se­lon les ré­gions ou les ma­nu­fac­tures qui réa­li­saient ses ob­jets. Ils sont bien sûr sou­dés et ca­de­nas­sés et ne servent plus de­puis long­temps. Mais ils rap­pellent un pas­sé pas si loin­tain ou bra­con­nier et garde­chasse

jouaient à cache­cache.

Une bet­te­rave pour at­ti­rer le lièvre

« La meilleure époque pour le bra­con­nier c’était à l’au­tomne, juste avant les ge­lées. Pour les lièvres par exemple, il y avait plu­sieurs tech­niques comme mettre une bet­te­rave ou un brin de ge­nêt au ni­veau du piège pour at­ti­rer les ani­maux ». Le bra­con­nage avait aus­si son lan­gage : « Après la guerre alors que la chasse était ré­gle­men­tée à nou­veau, on "al­lait au grillage" par les belles nuits au clair de lune. On pou­vait alors cap­tu­rer une di­zaine de lièvres. La tech­nique était simple. Les chiens al­laient ef­fec­tuer de nom­breux pas­sages dans un champ de seigle en­grilla­gé du­rant toute une jour­née. Ils étaient ain­si dres­sés pour y pé­né­trer et es­tour­bir (c’est­à­dire tuer) les la­pins. Une fois le tra­vail ef­fec­tué, les maîtres n’avaient plus qu’à al­ler ra­mas­ser les prises ».

« Avec l’ar­gent, on in­vi­tait les filles à la fête de la Louée »

Il y avait aus­si le fu­re­tage dans les ter­riers des ga­rennes : « Le chas­seur uti­li­sait un fu­ret pour dé­lo­ger les la­pins du ter­rier. On pla­çait à sa sor­tie des bourses ou fi­lets pour les cap­tu­rer en­core vi­vants. Dès l’âge de 8 ans j’al­lais avec les grands et je ser­vais de guet­teur pour aver­tir de l’ar­ri­vée éven­tuelle du garde­chasse. Sou­vent j’at­tra­pais la "guer­dille "(gre­lot­ter de froid), mais c’était tel­le­ment gri­sant ! »

« Pour moi et mes co­pains, le bra­con­nage nous per­met­tait de nous faire aus­si un peu d’ar­gent. On al­lait chez Ma­dame Ray­monde, l’épi­cière, qui nous pre­nait tout ce que nous bra­con­nions. On se ren­dait aus­si à Ouzouer chez Mon­sieur Vrun, un em­ployé mu­ni­ci­pal qui nous payait un peu mieux. Les ga­mins sa­vaient at­tra­per les taupes dont ils ven­daient les peaux à un fer­railleur des Bordes, le père Be­lon. Avec cet ar­gent, les plus âgés pou­vaient alors al­ler à la fête de la Louée. On ren­con­trait des filles et on leur of­frait des frian­dises ou des tours de ma­nège ».

« J’ai ar­rê­té de bra­con­ner quand j’ai épou­sé la fille… du garde­chasse !»

Ré­pa­rer et pré­pa­rer les pièges au coin du feu

Mar­cel a vé­cu cette pé­riode in­ten­sé­ment : « J’avais ça dans la peau ». Et il ra­conte ces longues soi­rées d’hi­ver où il pré­pa­rait ses fa­meux pièges :

Mar­cel pos­sède une belle col­lec­tion de pièges, dont un énorme (à gauche sur la pho­to) qui ser­vait pour le san­glier.

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