Et si les col­lec­ti­vi­tés ra­che­taient des fo­rêts ?

Pré­sident du Parc, Syl­vain Ma­thieu ouvre une nou­velle voie.

Le Journal du Centre - - La Une - Jean-Mi­chel Man­quat et Jean-Phi­lippe Ber­tin

«De­puis tou­jours, la vi­sion na­tio­nale, celle de l’État, a tou­jours été de pro­duire du bois. Et pour ceux qui vivent de la pro­duc­tion du bois, l’im­pact pay­sa­ger n’est pas leur pro­blème. Ils ne voient d’ailleurs pas où est le pro­blème. Cer­tains cultivent la fo­rêt comme on cultive du maïs. » Avec ses pro­pos un peu pro­vo­ca­teurs, Syl­vain Ma­thieu veut ain­si dé­mon­trer la dif­fi­cul­té, et sans doute l’am­pleur, de sa tâche pour con­ci­lier cette vi­sion de la fo­rêt face à ceux qui luttent contre l’ex­ploi­ta­tion in­ten­sive et pour la bio­di­ver­si­té.

Une conci­lia­tion qui, se­lon lui, n’au­rait pas lieu d’être si la lé­gis­la­tion n’était pas si per­mis­sive. « Es­sayez de re­peindre vos vo­lets d’une cou­leur dif­fé­ rente de celles au­to­ri­sées et vous ver­rez. Dans une fo­rêt par contre, on peut presque faire ce que l’on veut au nom de la pro­prié­té pri­vée. » Pour re­mé­dier à ce­la, le pré­sident du parc de­mande à être consul­té sur la va­li­di­té des do­cu­ments de ges­tion du­rable pour la fo­rêt pri­vée, Et Syl­vain Ma­thieu de pro­ po­ser d’ex­pé­ri­men­ter dans le Mor­van un « sys­tème souple et plus ef­fi­cace » pour ré­pondre aux au­to­ri­sa­tions de coupe à tra­vers une ap­pli­ca­tion qui ne de­man­de­rait pas des moyens hu­mains im­por­tants sou­vent avan­cés comme un frein à sa mise en place par l’État.

Mais la pa­rade, l’arme ul­time pour la pré­ser­va­tion de la fo­rêt mor­van­delle, pour le pré­sident du Parc, est leur ac­qui­si­tion par les col­lec­ti­vi­tés. Et pour ce­la, il s’ap­puie sur l’exemple du Ju­ra où 50 % de la fo­rêt ap­par­tiennent aux com­munes alors que cette pro­por­tion n’est que de 10 % dans le Mor­van. « C’est ain­si une ré­ponse aux fonc­tions éco­lo­gique, éco­no­mique et so­ciale de la fo­rêt. Notre consti­tu­tion le pré­voit d’ailleurs qui dit que si un bien a un cer­tain ni­veau d’in­té­rêt gé­né­ral, il doit être sous maî­trise pu­blique », re­lance ce­lui qui, en tant que vi­ce­pré­sident de la Ré­gion, connaît bien le dos­sier.

Un pro­jet qui peut ap­pa­raître to­ta­le­ment uto­pique au re­gard des sommes né­ces­saires, mais tout à fait réa­li­sable pour le pré­sident du Parc du Mor­van : « La fo­rêt est pro­duc­tive, elle offre un cer­tain ren­de­ment. Il faut juste avoir un prêt dont les ca­rac­té­ris­tiques cor­res­pondent à l’in­ves­tis­se­ment fo­res­tier ». Un pro­jet qui ne cou­vri­rait évi­dem­ment pas la to­ta­li­té de la fo­rêt mor­van­delle, mais suf­fi­sam­ment pour en im­pac­ter la ges­tion. « Nous se­rions sur des ni­veaux de l’ordre de 8.000 hec­tares », pour­suit Syl­vain Ma­thieu, qui ouvre une voie, dont le Parc se­rait le fer de lance.

Une voie qui consti­tue aus­si l’en­jeu his­to­rique du Mor­van pour son ave­nir avec la fa­veur d’une po­pu­la­tion de plus en plus consciente de l’in­té­rêt de la fo­rêt. ■

» PHO­TOS CH­RIS­TOPHE MASSON

FO­RÊTS DU MOR­VAN. « Si un bien a un cer­tain ni­veau d’in­té­rêt gé­né­ral, il doit être sous maî­trise pu­blique.

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