Un mo­ment à part avec Mo­rice Be­nin

Le Journal du Centre - - Week-end + -

On l’a beau­coup écou­té, lors de soi­rées in­ter­mi­nables. Ses chan­sons in­ter­pel­laient, sé­dui­saient, tou­chaient au coeur. Une poésie à fleur de peau sur des ar­pèges par­fois fré­né­tiques.

À l’époque, au mi­lieu des an­nées soixante­dix, quand un de ses disques ne tour­nait pas sur une pla­tine, il y avait tou­jours quel­qu’un pour prendre une gui­tare et fre­don­ner Je vis (de l’al­bum du même nom). Mor­ceau vite re­pris en coeur avant de cé­der sa place à Plus tu es heu­reux.

Mo­rice Be­nin ne chan­tait pas chez Guy Lux, ne pas­ sait pas à la ra­dio. Mais cet al­bum, Je vis, avait quand même réus­si à se vendre à des mil­liers d’exem­plaires, presque sous le man­teau. On le trou­vait chez de très rares dis­quaires, à l’oc­ca­sion de concerts.

À l’époque, les au­to­col­lants de pro­mo­tion n’étaient pas en­core l’usage. Mais on au­rait pu col­ler, sur un coin de la po­ chette blanche et noire, un « Sub­ver­sif, poé­tique, jouis­sif et sa­lu­taire ». Au­jourd’hui, tous ceux qui pos­sèdent en­core un al­bum s’amusent sans doute de l’usure anor­male des sillons. De tous ces cra­que­ments qui en ra­joutent cô­té nos­tal­gie.

Dans les an­nées soixante­dix, Mo­rice Be­nin a été de bien des luttes. Sur le plateau du Lar­zac, dans les ma­ni­fes­ta­tions contre la cen­trale de Creys­Mal­ville. Et sur­tout sur scène. Avec l’amour en éten­dard et la non­vio­lence pour seule arme. Je vis (1975) n’est pas le seul al­bum de l’époque. Il y avait aus­si Peut­être ou Il faut tou­jours pé­né­trer les gens par la porte de ser­vice.

De­puis, les an­nées ont fi­lé. Les dé­cen­nies plu­tôt. Lui a conti­nué. Avec la même en­vie de par­ta­ger son amour de l’homme, de la na­ture, avec un éton­ne­ment in­tact. Il a chan­té Re­né­Guy Ca­dou, Léo Fer­ré. Il a pro­duit des al­bums, ré­gu­liè­re­ment. Des spec­tacles aus­si.

Il a écrit et tra­vaillé les mots avec des en­fants. Tou­jours à son rythme, à sa ma­nière. Sur sa route, il a gla­né un prix de l’aca­dé­mie Charles­Cros et un prix de la Sa­cem, il a fait aus­si l’Olym­pia à deux re­prises.

Ces der­nières an­nées, il a re­pris le ma­quis. Il em­prunte les che­mins de tra­verse, comme ce­lui qui l’amè­ne­ra à Saint­Pier­rele­Moû­tier. « C’est vrai que je ne cherche plus à dif­fu­ser mes concerts dans la sphère of­fi­cielle des pro­gram­ma­teurs dits cultu­rels où l’on m’a mis de­puis long­temps au ren­card », écri­vait Mo­rice Be­nin en fé­vrier der­nier.

Il a op­té pour les « concerts buis­son­niers » à l’in­vi­ta­tion d’amou­reux de la chan­son. En l’oc­cur­rence Mi­chel Be­noît, et l’as­so­cia­tion Lire à Saint­Pierre, pour le concert de ce ven­dre­di 25 mai.

Pour l’oc­ca­sion, il chan­te­ra des mor­ceaux de son der­nier al­bum, L’in­es­pé­ré, entre les lignes (2017). Car, il en est tou­jours ain­si avec Mo­rice Be­nin. Il faut écou­ter entre les lignes, se lais­ser hap­per par les mots. Et ce, que l’on soit un fan de la pre­mière heure ou bien un cu­rieux qui n’a pas en­core croi­sé le che­min du poète. ■

Des disques ven­dus presque sous le man­teau

Au­jourd’hui il pré­fère le concert buis­son­nier

➔ Pra­tique. Mo­rice Be­nin, salle des ma­riages, mai­rie de Saint-Pier­rele-Moû­tier, ven­dre­di 25 mai, à 20 h. En­trée : 10 €. Ren­sei­gne­ments : 07.70.11.51.79.

NOU­VEAU­TÉ. Le der­nier al­bum de Mo­rice Be­nin s’in­ti­tule L’in­es­pé­ré, entre les lignes (2017).

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