Dé­col­lage avec un géo­graphe

Dé­cryp­ter les pay­sages et l’oeuvre des hommes sur la terre par la pho­to­gra­phie aé­rienne, voi­là un pro­cé­dé qui a fait ses preuves. Em­bar­que­ment im­mé­diat !

Le Journal du Centre - - Magazine - En­tre­tien avec An­dré Hum­bert *

La pho­to­gra­phie aé­rienne oblique : un ou­til par­fait. ■ En quoi la photo aé­rienne oblique est-elle un bon ou­til d’ana­lyse du ter­ri­toire ? Au­jourd’hui, les pho­to­gra­phies aé­riennes ver­ti­cales aux­quelles a re­cours l’IGN* pour sa car­to­gra­phie, ain­si que les images four­nies par les sa­tel­lites, nous livrent de pré­cieuses in­for­ma­tions sur notre pla­nète. De ma­nière com­plé­men­taire, la pho­to­gra­phie aé­rienne oblique, elle, offre un tout autre re­gard, car elle a l’avan­tage de ne pas “écra­ser” le pay­sage. Grâce à la dis­tan­cia­tion et à l’obli­qui­té, on conserve à la fois la réa­li­té du pay­sage et l’on peut sai­sir clai­re­ment l’or­ga­ni­sa­tion gé­né­rale d’un ter­ri­toire. Plus que de simples il­lus­tra­tions, les pho­to­gra­phies aé­riennes obliques nous per­mettent de lire les in­ter­ac­tions entre l’Homme et la na­ture.

■ Comment dé­crypte-t-on une pho­to­gra­phie aé­rienne? Dé­chif­frer un pay­sage ne consiste pas à en faire l’in­ven­taire dé­taillé mor­ceau par mor­ceau pour en ex­pli­quer en­suite l’agen­ce­ment. Au contraire, il faut adop­ter un re­gard glo­bal afin de dé­ce­ler les grands en­sembles, dans les­quels on peut alors dé­ga­ger des sous­en­sembles. Puis, on dis­tingue des ob­jets géo­gra­phiques, mar­queurs de fonc­tions des ter­ri­toires. Pre­nons un pay­sage de Côte­d’Or où une zone agri­cole ap­pa­raît comme un grand en­semble. Dans ce bloc, on peut dis­cer­ner comme sous­en­sembles un ta­lus ta­pis­sé de vi­gnobles, des cultures cé­réa­lières de plaine avec des par­celles de blé et de col­za, un cor­don de ver­dure ré­vé­lant une zone hu­mide… Dans ce contexte, caves vi­ti­coles et fermes cé­réa­lières sont des ob­jets ca­rac­té­ris­tiques qui marquent les fonc­tions du ter­ri­toire. Lé­gen­der ou faire des cro­quis de ces pho­to­gra­phies aé­riennes sont de bons moyens pour s’ini­tier à la lec­ture in­ter­pré­ta­tive et com­prendre com­bien tous les élé­ments sont so­li­daires et forment des sys­tèmes fonc­tion­nels. ■ Quelle est la place de la na­ture dans la Bour­gogne vue du ciel ? Comme par­tout sur Terre, bien peu d’es­paces sont en­core « na­tu­rels » au sens strict, même lors­qu’ils ap­pa­raissent ver­doyants. Sur une com­mune comme Villersles­Pots, par exemple, à l’ex­tré­mi­té orien­tale de la Côte­d’Or, l’es­sen­tiel du ter­ri­toire est oc­cu­pé par une cou­ver­ture fo­res­tière, mais celle­ci ne cor­res­pond en au­cune fa­çon à une fo­rêt pri­maire. Au siècle der­nier, ces mêmes es­paces étaient in­ten­si­ve­ment culti­vés en ma­raî­chage. De la même fa­çon, les cultures de sa­pins de Noël dans le Mor­van offrent une amé­ni­té fo­res­tière qui peut créer l’illu­sion de la « na­tu­ra­li­té » ; en réa­li­té, elles n’ont rien de « na­tu­rel ». Il faut donc se mé­fier de ce terme. Sur le plan de l’ur­ba­ni­sa­tion, la Bour­gogne connaît la même ten­dance que le reste de la France. Au nord et à l’est de Di­jon, par exemple, on voit une nette avan­cée du front ur­bain. Il n’en est ce­pen­dant pas de même à l’ouest de Beaune, où la ville s’ar­rête de fa­çon rec­ti­ligne pour ne pas em­pié­ter sur les vignes. À l’est, en re­vanche, en l’ab­sence d’en­jeu fi­nan­cier lié à la vigne, l’ur­ba­ni­sa­tion s’étend. ■

(*) Pro­fes­seur émé­rite de géo­gra­phie de l’Uni­ver­si­té de Lor­raine.

➔ Con­tri­bu­tions. Ru­brique co­or­don­née par Da­niel Si­rugue, Ré­dac­teur en chef de Bour­go­gneNa­ture et conseiller scien­ti­fique au Parc na­tu­rel régional du Mor­van. Illustration : Gilles Ma­ca­gno.

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