AU FOND DES POCHES

Le Magazine Littéraire - - Sommaire - Pierre-édouard Peillon

À me­sure que l’on avance dans ces Pro­pos que Freud ré­di­gea au prin­temps 1915, il ap­pa­raît que, bien que ces écrits aient été pro­vo­qués par un contexte, ils n’en visent pas moins une vé­ri­té in­tem­po­relle. Dans une rhé­to­rique dé­pouillée de tout jar­gon, le père de la psy­cha­na­lyse cherche ce qui amène la ci­vi­li­sa­tion à se perdre dans la guerre, qui semble pour­tant son en­vers. « La so­cié­té ci­vi­li­sée, qui exige des ac­tions bonnes sans s’oc­cu­per de leur ar­rière-plan pul­sion­nel, a ob­te­nu d’un grand nombre d’êtres hu­mains qu’ils obéissent à la ci­vi­li­sa­tion sans que leur na­ture par­ti­cipe à cette obéis­sance. » Ce hia­tus fon­da­men­tal, Freud l’exa­mi­ne­ra d’en­core plus près en 1929 avec Ma­laise dans la ci­vi­li­sa­tion, mais il en pose les bases dès 1915 : les pul­sions mor­ti­fères de l’homme mo­derne sont le fruit d’une sur­vi­vance, celle de « l’homme de la pré­his­toire » que l’on re­trouve « in­chan­gé dans notre in­cons­cient ». En d’autres mots, le re­fou­lé n’est pas seule­ment une af­faire in­di­vi­duelle, mais le sort de toute notre es­pèce.

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