50 nuances de fu­tur

Ex­traits de trois jours de dé­bats aux Ren­contres de l’Ave­nir de Saint Ra­phaël, pour ten­ter de com­prendre le monde de de­main

Le Nouvel Économiste - - ANALYSES - PAR PHI­LIPPE PLASSART ET PA­TRICK ARNOUX

Com­ment éva­luer l’im­pact sur la so­cié­té, les ci­toyens ou en­core l’éco­no­mie, de la troi­sième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, mais aus­si de la mon­dia­li­sa­tion, des chan­ge­ments cli­ma­tiques, des nou­velles tech­no­lo­gies, des coups de bou­toirs géo­po­li­tiques ? Com­ment sur­tout es­quis­ser les lignes d’ho­ri­zon des­si­nant notre fu­tur ? Vit-on un cré­pus­cule, comme l’es­timent cer­tains ? Ou au contraire un mo­ment de bas­cule vers de nou­velles po­ten­tia­li­tés ? Et donc com­ment dé­mê­ler dans cette com­plexi­té ac­tuelle, mère d’opa­ci­té, les lignes de force et les en­jeux à ve­nir ? Il fal­lait pour trai­ter l’en­semble de ces di­men­sions, des dis­cus­sions “trans­dis­ci­pli­naires” or­ches­trées par l’éco­no­miste Ni­co­las Bou­zou, les 23 et 24 no­vembre der­niers, à l’oc­ca­sion des pre­mières Ren­contres de l’Ave­nir de Saint-Ra­phaël (Var) en confron­tant les idées et ré­flexions de phi­lo­sophes, d’éco­no­mistes, d’in­tel­lec­tuels et d’ex­perts, mais aus­si de pa­trons, d’ar­tistes… et d’une jeune pi­lote de la patrouille p de France. Mor­ceaux choi­sis par ‘Le nou­vel Éco­no­miste’, par­te­naire de l’évé­ne­ment.

“Contre les pro­fes­sion­nels du pes­si­misme, il n’y a que deux ré­ponses pos­sibles : rap­pe­ler que c’était pire hier, et faire en sorte que de­main soit meilleur qu’au­jourd’hui.” Ni­co­las Bou­zou, éco­no­miste et es­sayiste

“De­puis la pré­his­toire, l’homme est for­ma­té pour vivre dans la peur. La peur, c’est comme le sucre dans les ali­ments, on en re­de­mande. Il faut lut­ter contre ce pen­chant.”

N.B.

“L’Eu­rope est à la traîne sur le front des nou­velles tech­no­lo­gies, c’est évident. Rai­son de plus pour agir : ce n’est pas parce qu’on est re­tard que l’on doit dire que c’est trop tard.” N.B.

L’ave­nir de la dé­mo­cra­tie

“Une cy­ber-ci­toyen­ne­té per­met­tra-t-elle un meilleur ac­cès à la dé­ci­sion et de sur­mon­ter la com­plexi­té au bé­né­fice de l’in­té­rêt gé­né­ral? Sans doute, au prix d’une for­ma­tion à une nou­velle ci­toyen­ne­té, si nous vou­lons échap­per à la ty­ran­nie des al­go­rithmes.”

Cyn­thia Fleu­ry, phi­lo­sophe

“Les Fran­çais ne se posent pas la ques­tion de la dé­mo­cra­tie, même si les deux tiers es­timent, se­lon nos son­dages, qu’elle fonc­tionne mal.” Fré­dé­ric Da­bi, di­rec­teur ad­joint à l’Ifop

“La crise du po­li­tique tient à ce qu’il ne par­vient pas à trou­ver des so­lu­tions pour ré­soudre leurs pro­blèmes. D’où les gi­lets jaunes, ob­jet so­cial non iden­ti­fié !”

F.D.

“At­ten­tion, les dé­mo­cra­ties sont mor­telles. Car non seule­ment elles ne par­viennent pas à prou­ver leur ef­fi­ca­ci­té, mais elles sont de plus en plus mises en concur­rence avec d’autres mo­dèles. Ob­ser­vez la concur­rence de ce ré­gime de 8 par­tis où seul le pre­mier di­rige le pays de fa­çon mo­no­po­lis­tique avec ses 300 mil­lions d’adhé­rents, le PC chi­nois. Or ce mul­ti­par­tisme si par­ti­cu­lier ins­pire, dans leur quête d’ef­fi­ca­ci­té, de nom­breux pays en Asie ou en Afrique !” Ro­bin Ri­va­ton, es­sayiste “Il faut veiller aux abus de ma­jo­ri­té en dé­mo­cra­tie. Mais pre­nons garde aus­si aux abus des mi­no­ri­tés. Dans ce do­maine, on est ar­ri­vé à un point li­mite.”

R.R.

“Les dé­mo­cra­ties ont le défi de trou­ver de plus en plus de gens com­pé­tents pour les fonc­tions élec­tives, hor­mis ceux qui sont mus par leur seul in­té­rêt per­son­nel, ce qui conduit à un dé­tour­ne­ment de res­pon­sa­bi­li­té dé­mo­cra­tique.”

R.R.

L’ave­nir de la vé­ri­té

“Fa­ce­book donne une voix à chaque ci­toyen mais notre rôle n’est pas d’être les ar­bitres de la vé­ri­té.”

Laurent Sol­ly, di­rec­teur gé­né­ral de Fa­ce­book France

“L’uto­pie des créa­teurs de Fa­ce­book d’une dé­mo­cra­tie di­recte, et d’une cer­taine forme d’anar­chie, a vé­cu.”

Pierre-Hen­ri Ta­voillot, phi­lo­sophe

“La dif­fu­sion des fake news est 6 fois plus ra­pide que celle des vraies, donc il suf­fit d’or­ga­ni­sa­tions peu nom­breuses pour inon­der les ré­seaux. L’an­ti­dote pour évi­ter les dé­mo­cra­ties de cré­dules ? La for­ma­tion.”

P.-H. T. “Il y a une asy­mé­trie fon­da­men­tale dans le com­bat contre les fake news : il est beau­coup plus fa­cile et ra­pide de pro­pa­ger des fausses nou­velles que de les dé­men­tir.”

Gé­rald Bron­ner, so­cio­logue

L’ave­nir de l’ave­nir

“Ma ter­reur, c’est l’aban­don de la confiance dans le sa­voir. C’est le fon­de­ment de la so­cié­té qui s’ef­fondre et c’est la porte ou­verte à la bar­ba­rie.”

Erik Or­sen­na, écri­vain et aca­dé­mi­cien

“Dans un la­bo­ra­toire de l’Ins­ti­tut Pas­teur, les dé­cou­vertes dé­pendent au­jourd’hui de 14 spé­cia­listes dif­fé­rents co­or­don­nant leur tra­vail.”

E.O

“Culture scien­ti­fique ou culture lit­té­raire ? La vraie culture c’est celle de la cu­rio­si­té.” E.O

“En face de la tech­nique du troi­sième mil­lé­naire, nous met­tons une science po­li­tique qui date d’Athènes. Quel dé­pha­sage !”

“23 mil­lions de Fran­çais fré­quentent au moins une fois les bi­blio­thèques chaque an­née. Cer­tains de nos conci­toyens y rentrent parce que c’est le seul en­droit dans la ville où il y a en­core de la lu­mière.”

E.O

L’ave­nir de l’Eu­rope

“L’Eu­rope, ce concept très jeune qui a très mal vieilli. On passe plus de temps à cri­ti­quer l’Eu­rope qu’à culti­ver le sen­ti­ment d’y ap­par­te­nir.”

Ch­ris­tian Ma­ka­rian, édi­to­ria­liste

“L’Eu­rope, c’est la so­lu­tion, pas le pro­blème.” Pierre Gat­taz, pré­sident de Bu­si­ness Eu­rope

“Sur l’échi­quier de la ppla­nète,, il grosses boules d’acier d’un mètre, lesÉ­tats­q­deux y a Unis et la Chine, plu­sieurs autres boules d’acier de cin­quante cen­ti­mètres, la Rus­sie, le Bré­sil, etc., et 28 pe­tites boules de bois, les ppay­sy eu­ro­péens.”p

Ch­ris­tian Saint-Étienne, éco­no­miste et es­sayiste

“L’Eu­rope est ac­tuel­le­ment à l’ar­rêt, tan­dis qu’un duo­po­lep s’op­po­sepp ppour la do­mi­na­tion du monde. La Chine et les États-Unis­re­préq sentent 40 % du PIB mon­dial, 56 % des dé­penses mi­li­taires, 100 % des pla­te­formes di­gi­tales. Et dans les do­maines d’ave­nir – start-up, in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle – l’Eu­rope pèse très peu face à ces deux géants.” C.S.-E.

“L’ef­fort de guerre chi­nois. En 3 ans, l’aug­men­ta­tion de ca­pa­ci­té de la ma­rine chi­noise équi­vaut à l’en­semble de celle de la ma­rine fran­çaise.”

C.S.-E.

“L’Eu­rope a été conçue à la fin des an­nées 50 par des po­li­tiques trau­ma­ti­sés par les ra­vages de la guerre afin de pré­ser­ver à tout prix la paix. No­tam­ment en im­po­sant la concur­rence in­dus­trielle entre les pays afin qu’au­cun ne de­vienne do­mi­nant. Ce qui de­puis des an­nées est à l’ori­gine d’une fai­blesse struc­tu­relle ma­jeure. Les concur­rences de fiscalité, so­ciales ont ajou­té à ces fra­gi­li­tés.”

C.S.-E.

“Il n’y a plus rien à faire avec une Union eu­ro­péenne à 28. Il faut ne plus y tou­cher. Et re­ve­nir à un noyau dur très ac­tif de 10 pays. Un coeur bat­tant re­cons­truit dans les contours de la zone eu­ro.”

C.S.-E.

L’ave­nir du tra­vail

“Dans l’en­tre­prise, l’igno­rance est une forme nou­velle de sa­gesse. Elle per­met de bous­cu­ler les mau­vaises ha­bi­tudes et de dis­rup­ter les pro­cess les mieux éta­blis.”

Cla­ra Gay­mard, co-fon­da­trice de Raise

“Dans un en­vi­ron­ne­ment in­cer­tain comme ja­mais, l’en­tre­prise doit de­ve­nir le lieu de l’audace. Il faut y va­lo­ri­ser la prise de risque.” Ju­lia de Fu­nès, phi­lo­sophe

“Oui, le tra­vail a sû­re­ment de l’ave­nir. Mais ce ne se­ra ni les mêmes tâches, ni les mêmes com­pé­tences que celles d’au­jourd’hui. Le tra­vail du fu­tur se­ra fait de l’al­liage de la tech­nique et du re­la­tion­nel.”

Ber­trand Mar­ti­not, éco­no­miste, spé­cia­liste du mar­ché du tra­vail

L’ave­nir des sciences et du corps

“L’homme aug­men­té ? On est dans le quan­ti­ta­tif, pas dans le qua­li­ta­tif !”

Guy Val­len­cien, chi­rur­gien, et membre de l’aca­dé­mie na­tio­nale de mé­de­cine

“L’homme n’est pas un iso­lat. Il ne vit que dans le par­tage du com­mun avec les autres.” Cyn­thia Fleu­ry

“Alors qu’on lui de­man­dait pour­quoi il avait été le pre­mier à dé­cou­vrir la théo­rie de la re­la­ti­vi­té, Ein­stein a ré­pon­du : ‘c’est grâce à mon re­tard men­tal’.”

Étienne Klein, phy­si­cien

L’ave­nir de l’art

“Nous sommes en train de perdre notre rap­port à la ma­té­ria­li­té et nous ne per­ce­vons plus la troi­sième di­men­sion, comme en té­moigne le re­cul de la sculp­ture.”

Ju­lien Ma­gnier, uni­ver­si­taire

L’ave­nir de l’in­té­gra­tion et des ban­lieues

“Il a fal­lu cas­ser toutes ces tours, ces barres qui en­tre­te­naient une lo­gique de ghet­to, et me­ner en même temps les re­lo­ge­ments dans des im­meubles de quatre étages, créer des lieux de ren­contre, tra­vailler sur l’em­ploi et sur la sé­cu­ri­té, for­mer les gens à leurs droits mais aus­si à leurs devoirs. Le vrai rôle d’un maire, c’est la Ré­pu­blique au quo­ti­dien.” Jean-Fran­çois Co­pé, Maire de Meaux

“Je suis hal­lu­ci­né par ce que l’on peut dé­cou­vrir dans ces quar­tiers. Ce que l’on ne voit nulle part ailleurs. Aux marges de la Ré­pu­blique, avec des zones de non-droit. Ce qui des­sine d’ailleurs la phy­sio­no­mie de trois France, celle des grandes mé­tro­poles, celle des ban­lieues et celle des cam­pagnes.” J.-F.C. “Pour sup­pri­mer les ghet­tos, il faut de l’ar­gent. Jean-Louis Bor­loo a pro­po­sé des so­lu­tions, écar­tées pour des rai­sons de coûts – 45 mil­liards – alors que ce­la ne fait ja­mais qque 5 mil­liards parp an à ppar­ta­ger g entre l’État, la Caisse des dé­pôts et les­colj lec­ti­vi­tés lo­cales.”

J.-F.C.

“At­ten­tion à ne pas se conten­ter d’amé­lio­rer la seule si­tua­tion des ban­lieues en fo­ca­li­sant les ef­forts sur ces seules zones ur­baines. Sur les 9 mil­lions de pauvres en France, on en compte que 2 mil­lions dans les ban­lieues. 77 % sont dans les cam­pagnes ou les mé­tro­poles.”

Ro­bin Ri­va­ton

L’ave­nir de l’ave­nir

“Karl Marx a eu rai­son sur un point, les hommes font l’his­toire, mais ils ne savent pas la­quelle.”

Luc Fer­ry, phi­lo­sophe

“Nous al­lons vers un monde dif­fé­rent, im­pré­vi­sible, mais cer­tai­ne­ment pas vers une éco­no­mie col­la­bo­ra­tive, quand on voit l’im­por­tance des oli­go­poles, des conflits entre en­ti­tés éco­no­miques.”

L.F.

L’ave­nir de la li­ber­té

“Win­ter is co­ming”

Oli­vier Ba­beau, pré­sident de l’Ins­ti­tut Sa­piens

“Nous en­trons dans une éco­no­mie de l’at­ten­tion où la cap­ta­tion de cette at­ten­tion de­vient un en­jeu éco­no­mique ma­jeur.” Cyn­thia Fleu­ry

“On avait pen­sé qu’In­ter­net al­lait être un ou­til de li­ber­té. Il est de­ve­nu un ou­til cy­ber-au­to­ri­taire.”

Laurent Alexandre, chef d’en­tre­prise, créa­teur de Doc­tis­si­mo

“En face de la tech­nique du troi­sième mil­lé­naire, nous met­tons une science po­li­tique qui date d’Athènes. Quel dé­pha­sage !”

L.A.

“Avec un mil­liard de ca­mé­ras, les Chi­nois peuvent sur­veiller les ci­toyens, sup­pri­mer les cartes de trans­port ou de san­té aux dé­lin­quants. Et bien­tôt ha­cker les cer­veaux grâce à leur avan­cée dans les sciences cog­ni­tives.” L.A.

“Peu de po­li­tiques com­prennent les en­jeux des NBIC [na­no­tech­no­lo­gies, bio­tech­no­lo­gies, in­for­ma­tique et sciences cog­ni­tives, ndlr], ils sont peu fa­mi­liers de leur en­jeu. D’où ce dé­pha­sage de temps entre un uni­vers évo­luant très ra­pi­de­ment et un autre beau­coup plus lent.”

L.A.

“Après l’État-pro­vi­dence, les ci­toyens re­fusent les aléas et ré­clament une vé­ri­table ‘nou­nou­cra­tie’ avec une prise en charge de leurs pro­blèmes.”

Oli­vier Ba­beau

L’ave­nir des va­leurs et de la jeu­nesse

“La jeu­nesse a be­soin d’exemple qui in­carne des va­leurs.”

Vir­gi­nie Guyot, pi­lote de chasse

“Nous de­vons de­ve­nir des fu­nam­bules.” Pierre Ben­ta­ta, es­sayiste et en­sei­gnant

“La meilleure ré­ponse, c’est la culture et l’es­prit cri­tique.”

Oli­vier Ba­beau

“Culture scien­ti­fique ou culture lit­té­raire ? La vraie culture c’est celle de la cu­rio­si­té.” Erik Or­sen­na,écri­vain et aca­dé­mi­cien “L’Eu­rope, c’est la so­lu­tion, pas le pro­blème.” Pierre Gat­taz, pré­sident de Bu­si­ness Eu­rope

“Dans un en­vi­ron­ne­ment in­cer­tain commeja­mais, l’en­tre­prise doit de­ve­nir le lieu de l’audace. Il faut y va­lo­ri­ser la prise de risque.”Ju­lia de Fu­nès, phi­lo­sophe“Je suis hal­lu­ci­né par ce que l’on peut dé­cou­vrir dans ces quar­tiers. Ce que l’on ne voit nulle part ailleurs. Aux marges de la Ré­pu­blique, avec des zones de non-droit. Ce qui des­sine d’ailleurs la phy­sio­no­mie de trois France, celle des grandes mé­tro­poles, celle des ban­lieues et celle des cam­pagnes.”Jean-Fran­çois Co­pé, Maire de Meaux “Dans l’en­tre­prise, l’igno­rance est une forme nou­velle de sa­gesse. Elle per­met de bous­cu­ler les mau­vaises ha­bi­tudes et de dis­rup­ter lespro­cess les mieux éta­blis.” Cla­ra Gay­mard, co-fon­da­trice de Raise “Karl Marx a eu rai­son sur un point, les hommes font l’his­toire, mais ils ne savent pas la­quelle.”Luc Fer­ry, phi­lo­sophe

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