Les tri­bu­la­tions de Dolce & Gab­ba­na sur le web chi­nois

Le grand cou­tu­rier ita­lien se se­rait bien pas­sé d’une telle po­lé­mique

Le Nouvel Économiste - - ANALYSES - LA CHINE S’EST ÉVEILLÉE, PHI­LIPPE BARRET

Ce sont 1 500 per­sonnes qui avaient été in­vi­tées par Dolce & Gab­ba­na, pour le 21 no­vembre, au­tour d’un dé­fi­lé de mode dit “The Great Show”. Par­mi les in­vi­tés, des re­pré­sen­tants de mé­dias in­ter­na­tio­naux, des blo­gueurs de mode et des clients – par­mi les plus ai­sés – du monde en­tier. Cet évé­ne­ment de­vait être le plus im­por­tant de ceux qu’avait au­pa­ra­vant or­ga­ni­sés l’en­tre­prise, plus grand aus­si que les spec­tacles pré­sen­tés, en de sem­blables cir­cons­tances, par tous les concur­rents étran­gers. Or quelques heures avant son ou­ver­ture, cette réception a été an­nu­lée par Dolce & Gab­ba­na. Plu­sieurs cé­lé­bri­tés, à com­men­cer par l’am­bas­sa­deur de la marque, le chan­teur et ac­teur Wang Jun­kai, s’étaient dé­jà dé­com­man­dées. Pour­quoi ? D’abord parce que trois jours plus tôt, une courte vi­déo avait été pu­bliée sur les comptes Ins­ta­gram et Si­na Wei­bo de Dolce & Gab­ba­na, avec l’ap­pa­rence d’une ré­clame pour la ma­ni­fes­ta­tion du 21 no­vembre. On y voyait un man­ne­quin asia­tique – qui était peut-être une Chi­noise – uti­li­sant des ba­guettes pour man­ger de la piz­za et d’autres plats ita­liens. La man­ne­quin sem­blait em­bar­ras­sée pour man­ger de la nour­ri­ture oc­ci­den­tale avec des ba­guettes. En­suite parce que le ma­tin même du 21 no­vembre, sur Ins­ta­gram, on pou­vait en­tendre une conver­sa­tion entre un in­ter­naute et une per­sonne uti­li­sant le compte per­son­nel de Ste­fa­no Gab­ba­na, l’un des fon­da­teurs de la marque. Ils échan­geaient des pa­roles in­sul­tantes pour la Chine. Les in­ter­nautes chi­nois ont été cho­qués et beau­coup ont aus­si­tôt ap­pe­lé à l’an­nu­la­tion du spec­tacle. De son cô­té, Dolce & Gab­ba­na a pu­blié un com­mu­ni­qué sur son compte Wei­bo: “Notre compte Ins­ta­gram a été pi­ra­té. Le compte de Ste­fa­no Gab­ba­na l’a été éga­le­ment. Notre bu­reau ju­ri­dique mène une enquête ur­gente. Nous sommes dé­so­lés pour le trouble cau­sé par ces pu­bli­ca­tions non au­to­ri­sées. Nous n’avons rien d’autre que du res­pect pour la Chine et le peuple chi­nois”.

Des pré­cé­dents

Ce n’est pas la pre­mière fois que Dolce & Gab­ba­na af­fronte quelques dif­fi­cul­tés sur les ré­seaux so­ciaux. En avril 2017, l’en­tre­prise avait pu­blié des vi­déos et des pho­to­gra­phies pro­mo­tion­nelles où l’on voyait des man­ne­quins chi­nois por­tant des robes de la marque, po­sant dans des lieux em­blé­ma­tiques de la Chine. Beau­coup d’in­ter­nautes chi­nois s’étaient alors plaints de ce que les Chi­nois voi­si­nant les man­ne­quins pa­rais­saient tous être des pay­sans mal ha­billés.

Trois pos­si­bi­li­tés : des cadres de Dolce & Gab­ba­na ont ef­fec­ti­ve­ment fau­té, contrai­re­ment à ce que laisse en­tendre la di­rec­tion; le pi­ra­tage a été or­ga­ni­sé par des concur­rents, pour af­fai­blir l’en­tre­prise ita­lienne ; ou bien il est le fait, dans le même but, de Chi­nois.

Quelle qu’en soit l’ori­gine, cet in­ci­dent in­ter­vient à un mo­ment où beau­coup d’en­tre­prises de mode étran­gères s’ef­forcent de ga­gner à elles les jeunes Chi­nois. Dolce & Gab­ba­na se se­rait bien pas­sé de pa­reille po­lé­mique.

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