Avo­cats col­la­bo­ra­tifs

Trou­ver à plu­sieurs les so­lu­tions prag­ma­tiques pour faire face à la glo­ba­li­sa­tion du mé­tier et à l’in­no­va­tion tech­no­lo­gique ga­lo­pante

Le Nouvel Économiste - - DOSSIERS - NEJIBA BELKADI

Les ré­seaux de ca­bi­nets d’avo­cats ont vo­ca­tion à ac­com­pa­gner pg le dé­ve­lop­pe­mentpp de leurs adhé­rents ppar dif­fé­rents moyens. Échange de bonnes pra­tiques, groupes de tra­vail, veille mé­tier, éla­bo­ra­tion de stra­té­gies sont au­tant de tech­niques uti­li­sées par les ré­seaux pour of­frir à leurs adhé­rents le moyen de dé­ve­lop­per leur struc­ture en vue de s’ali­gner sur les stan­dards in­ter­na­tio­naux et de ga­gner en com­pé­ti­ti­vi­té. Et les clients ont aus­si beau­coup à y ga­gner.

Si tous les ré­seaux sont créés au­tour d’un in­té­rêt éco­no­mique com­mun, ils peuvent néan­moins être dé­cli­nés sous des formes très dif­fé­rentes, comme l’ex­plique le Vil­lage de la Jus­tice, pre­mier site de la com­mu­nau­té des mé­tiers du droit. “Au mo­ment de faire votre choix, il convien­dra donc d’iden­ti­fier au préa­lable vos be­soins”, re­com­mande ain­si la com­mu­nau­té du droit.

Au sein de la pa­no­plie de ré­seaux de ca­bi­nets, cer­tains ré­seaux comme Eu­ro­ju­ris ont sur­tout vo­ca­tion à ac­com­pa­gner le dé­ve­lop­pe­ment de leurs membres. “Ce­la se tra­duit no­tam­ment par la veille de l’in­no­va­tion ju­ri­dique, qui per­met aux adhé­rents d’être in­for­més des nou­velles so­lu­tions et de s’équi­per en con­sé­quence (in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, au­to­ma­ti­sa­tion, cy­ber­sé­cu­ri­té, trans­for­ma­tion di­gi­tale, etc.)”, pré­cise Mar­jo­laine Ra­tier, dé­lé­guée gé­né­rale d’Eu­ro­ju­ris France, ré­seau fran­çais d’avo­cats et d’huis­siers et membre d’Eu­ro­ju­ris In­ter­na­tio­nal, qui fé­dère 13 ré­seaux Eu­ro­ju­ris na­tio­naux en Eu­rope ain­si que des ca­bi­nets sur tous les conti­nents. La veille mé­tier, qui pro­cure un éclai­rage et re­pré­sente un ou­til de ré­flexion en vue de l’éla­bo­ra­tion d’une stra­té­gie (dé­ve­lop­pe­ment géo­gra­phique, rap­pro­che­ment avec d’autres pro­fes­sions, dé­ve­lop­pe­ment de la médiation, com­pliance, etc.), est éga­le­ment as­su­rée. L’ac­com­pa­gne­ment prend en outre la forme de for­ma­tions conti­nues dans tous les do­maines du droit mais aus­si en ma­na­ge­ment comme en “soft skills”, et d’un échange conti­nu de bonnes pra­tiques, à tra­vers des groupes de tra­vail, “très pré­cieux dans ce sec­teur où l’iso­le­ment est cou­rant”, ajoute la dé­lé­guée gé­né­rale d’Eu­ro­ju­ris France.

Éco­sys­tème construc­tif

Se­lon elle, il s’agit de ma­nière gé­né­rale d’avoir une lon­gueur d’avance dans la pro­fes­sion, et donc un avan­tage concur­ren­tiel de taille. Les ré­seaux comme ce­lui d’Eu­ro­ju­ris dé­ve­loppent des éco­sys­tèmes et en­cou­ragent le dia­logue et la concep­tion d’ac­ti­vi­tés avec l’en­semble des pro­fes­sions du droit, le monde uni­ver­si­taire, le mi­nis­tère de la Jus­tice, les start-up du droit et les so­cié­tés in­no­vantes. “Nous por­tons plu­sieurs mes­sages, ajoute Mar­jo­laine Ra­tier. L’ac­cès au droit peut être amé­lio­ré no­tam­ment par une quête d’in­no­va­tion pro­téi­forme de la part de notre pro­fes­sion : for­ma­tion ini­tiale et continue, maî­trise de la tech­no­lo­gie, connais­sance des en­jeux de nos clients, concep­tion de nou­veaux mé­tiers…” L’in­no­va­tion ju­ri­dique doit re­te­nir l’en­semble des ac­teurs tra­di­tion­nels et nou­veaux dans un cadre construc­tif : “un vé­ri­table éco­sys­tème ju­ri­dique ver­tueux, cen­tré sur l’in­té­rêt du client”, af­firme celle-ci. La dé­lé­guée gé­né­rale d’Eu­ro­ju­ris France sou­ligne éga­le­ment que la veille et la sen­si­bi­li­sa­tion au chan­ge­ment doivent bé­né­fi­cier au plus grand nombre des confrères : pro­vin­ciaux aus­si bien que pa­ri­siens, pe­tites et moyennes struc­tures aus­si bien que les Big.

Fla­vien Meu­nier, avo­cat as­so­cié au dé­par­te­ment droit public et droit de la san­té au sein du ca­bi­net Lex­cap, abonde dans ce sens. “Le ré­seau au­quel nous ap­par­te­nons, Eu­ro­ju­ris, pré­sente de nom­breux avan­tages pour une struc­ture comme la nôtre. Tout d’abord, il per­met une sy­ner­gie im­por­tante entre les dif­fé­rents ac­teurs du droit et consti­tue un lieu d’échange pri­vi­lé­gié sur notre or­ga­ni­sa­tion, notre mode de

Si tous les ré­seaux sont créés au­tour d’un in­té­rêt éco­no­mique com­mun, ils peuvent néan­moins être dé­cli­nés sous des formes très dif­fé­rentes

fonc­tion­ne­ment, nos in­ter­ac­tions… Il per­met aus­si de trou­ver des in­ter­lo­cu­teurs par­ti­cu­liè­re­ment aguer­ris sur des do­maines peu connus. En­suite, il per­met de mu­tua­li­ser nos de­mandes et les coûts as­so­ciés pour por­ter cer­taines ac­tions tant obli­ga­toires (for­ma­tion pro­fes­sion­nelle) que fa­cul­ta­tives (com­mu­ni­ca­tion à l’égard des tiers, par exemple).” Sur le plan pra­tique, Fla­vien Meu­nier af­firme que le ré­seau per­met de trou­ver des cor­res­pon­dants par­tout en France qui par­tagent une com­mu­nau­té de vi­sion avec son ca­bi­net. “Dès lors que le ré­seau pro­fes­sion­nel est bien choi­si, il est un gage de qua­li­té, d’ef­fi­ca­ci­té et de sé­cu­ri­té tant pour l’avo­cat que pour son client”, ex­plique-t-il.

Les ré­seaux consti­tuent ain­si un vi­vier de com­pé­tences et de res­sources por­tant l’am­bi­tion d’en­cou­ra­ger leurs adhé­rents à se his­ser à un ni­veau maxi­mal de maî­trise de la ges­tion de leur struc­ture. Sur la ques­tion des la­bels par exemple, le ré­seau Eu­ro­ju­ris en­cou­rage les ca­bi­nets et études par­ve­nus à ma­tu­ri­té sur les ques­tions d’or­ga­ni­sa­tion à s’em­pa­rer de stan­dards im­por­tants comme ce­lui du RGPD (Rè­gle­ment gé­né­ral sur la pro­tec­tion des don­nées). “Si le rè­gle­ment eu­ro­péen s’im­pose à tous de­puis le 25 mai, peu d’avo­cats et d’huis­siers sont en­core prêts, sur­tout dans les struc­tures de pe­tite et moyenne tailles. En re­vanche, l’en­jeu est im­mense, no­tam­ment pour la re­la­tion de confiance avec le client. Que ce der­nier soit par­ti­cu­lier, ins­ti­tu­tion­nel ou chef d’en­tre­prise, il a le droit d’exi­ger un trai­te­ment adap­té et sé­cu­ri­sé de ses don­nées, de sur­croît lors­qu’il s’agit d’échanges sen­sibles avec son avo­cat. Nous pro­po­sons donc à nos adhé­rents de la for­ma­tion sur le su­jet, mais aus­si une ‘bible’ de mo­dèles et do­cu­ments de mise en place du rè­gle­ment. Nous al­lons par ailleurs pro­po­ser un Da­ta Pro­tec­tion Of­fi­cer mu­tua­li­sé afin d’ac­com­pa­gner au mieux nos avo­cats et huis­siers”, ex­plique ain­si Mar­jo­laine Ra­tier.

Du point de vue des clients, ces der­niers peuvent avoir la ga­ran­tie de confier leurs in­té­rêts à des pro­fes­sion­nels équi­pés de bons outils, “sou­cieux de la qua­li­té de la pres­ta­tion four­nie, sen­sibles à la trans­pa­rence des ho­no­raires ain­si qu’à la cy­ber­sé­cu­ri­té, et qui conservent une ap­proche hu­maine de leur re­la­tion client”, as­sure Mar­jo­laine Ra­tier. Se­lon elle, “l’ef­fet ré­seau” est tout à fait à l’avan­tage du client : “son avo­cat peut co-trai­ter tout type de dos­sier grâce au vi­vier de com­pé­tences exis­tant au sein du groupe : pas moins de 74 com­pé­tences sont ré­fé­ren­cées chez Eu­ro­ju­ris, du droit des en­tre­prises en dif­fi­cul­té au droit du vin, en pas­sant par le droit des évé­ne­ments spor­tifs, ou en­core le droit des or­ga­nismes de for­ma­tion. Plus pré­ci­sé­ment, nos avo­cats peuvent jus­ti­fier d’une maî­trise par­ti­cu­lière de cer­taines conven­tions col­lec­tives, cer­tains sec­teurs d’ac­ti­vi­té : as­su­rance, bâ­ti­ment, phar­ma­cie, res­tau­ra­tion, etc. En plus des outils et groupes de tra­vail, nos adhé­rents peuvent sol­li­ci­ter leurs quelque mille pairs sur des ques­tions tech­niques pré­cises”.

Fla­vien Meu­nier ex­plique lui que les ré­seaux per­mettent d’at­teindre des ob­jec­tifs de per­for­mance, de connais­sance et d’ex­per­tise né­ces­saires pour sa­tis­faire les be­soins des clients. Pour lui, les ré­seaux “ne portent pas at­teinte à l’in­dé­pen­dance de chaque avo­cat ou struc­ture, pas plus qu’ils n’em­pêchent d’exer­cer la pro­fes­sion avec ‘di­gni­té, conscience, in­dé­pen­dance, pro­bi­té et hu­ma­ni­té’ comme l’exige notre ser­ment”, dit-il.

Atout à l’in­ter­na­tio­nal

Oli­vier Ver­gniolle, avo­cat as­so­cié et di­rec­teur gé­né­ral d’Ar­sene Taxand (ca­bi­net d’avo­cats in­dé­pen­dant ex­clu­si­ve­ment spé­cia­li­sé en fiscalité, Ar­sene est le fon­da­teur de Taxand, ré­seau in­ter­na­tio­nal de ca­bi­nets éga­le­ment spé­cia­li­sés en fiscalité) ex­plique que le mé­tier d’avo­cat fis­ca­liste im­plique sou­vent une ex­cel­lente maî­trise de la di­men­sion in­ter­na­tio­nale. Celle-ci passe par la créa­tion et l’en­tre­tien d’une col­lec­ti­vi­té d’ex­perts qui se connaissent, se font confiance et savent tra­vailler en ré­seau. “La par­ti­ci­pa­tion à un ré­seau de qua­li­té s’im­pose très ra­pi­de­ment pour ne pas être tri­bu­taire d’un ré­seau de ‘best friends’ qui, au-de­là de la com­pé­tence et de la ca­pa­ci­té à ob­te­nir une ré­ponse, ne peut im­pac­ter le mar­ché et per­mettre de gé­né­rer un vrai po­si­tion­ne­ment”, ex­plique-t-il. Plu­sieurs types de ré­seaux existent en ma­tière fis­cale : les bigs, ados­sés aux ré­seaux d’au­dit, les grands in­dé­pen­dants de l’au­dit, qui se dé­ve­loppent sur la base du mo­dèle des ré­seaux d’au­dit, mais sans les en­traves liées aux conflits d’in­té­rêts avec la cer­ti­fi­ca­tion des comptes, les lawyers qui dis­posent dans cer­tains pays éga­le­ment d’une com­pé­tence fis­cale et les ré­seaux de comp­tables qui réa­lisent éga­le­ment des pres­ta­tions de conseil fis­cal.

Se­lon Oli­vier Ver­gniolle, trois ob­jec­tifs sont gé­né­ra­le­ment pour­sui­vis : une ca­pa­ci­té d’exé­cu­tion qui per­mette de rendre un ser­vice in­ter­na­tio­nal aux clients, une at­trac­ti­vi­té à l’égard des clients na­tio­naux et in­ter­na­tio­naux, as­su­rée par le po­si­tion­ne­ment du ca­bi­net et du ré­seau, et une di­men­sion RH (at­trac­ti­vi­té des car­rières et exi­gence du re­cru­te­ment). Pour lui, la par­ti­ci­pa­tion à un ré­seau n’a de sens que si les ca­bi­nets membres ont un po­si­tion­ne­ment co­hé­rent sur leurs mar­chés res­pec­tifs, par­tagent les mêmes va­leurs, les mêmes ap­proches et fi­na­le­ment, pour une par­tie, les mêmes clients. “Il faut prendre garde à la pro­messe d’une marque qui ne soit pas ho­no­rée”, sou­ligne-t-il. Pour lui, la par­ti­ci­pa­tion ac­tive à un ré­seau fait en­trer le ca­bi­net dans une autre di­men­sion qui per­met de mieux ap­pré­hen­der des su­jets plus com­plexes. “Elle crée une dy­na­mique po­si­tive en in­terne et en ex­terne. Elle po­si­tionne le ca­bi­net et per­met d’at­ti­rer les clients de taille réa­li­sant de belles opé­ra­tions. Par ri­co­chet, elle va­lo­rise les clients na­tio­naux qui pour­ront le mo­ment ve­nu être ser­vis à l’in­ter­na­tio­nal sans chan­ger de ca­bi­net”, ex­plique le di­rec­teur gé­né­ral d’Ar­sene.

“Dès lors que le ré­seau pro­fes­sion­nel est bien choi­si, il est un gage de qua­li­té, d’ef­fi­ca­ci­té et de sé­cu­ri­té tant pour l’avo­cat que pour son client”

“La par­ti­ci­pa­tion à un ré­seau de qua­li­té s’im­pose très ra­pi­de­ment pour ne pas être tri­bu­taire d’un ré­seau de ‘best friends’ ”

“Le ré­seau consti­tue un lieu d’échange pri­vi­lé­gié sur notre or­ga­ni­sa­tion, notre mode de fonc­tion­ne­ment, nos in­ter­ac­tions…” Fla­vien Meu­nier, Lex­cap.

“En plus des outils et groupes de tra­vail, nos adhé­rents peuvent sol­li­ci­ter leurs quelque mille pairs sur des ques­tions tech­niques pré­cises.” Mar­jo­laine Ra­tier,Eu­ro­ju­ris France.

“La par­ti­ci­pa­tion ac­tive à un ré­seau crée une dy­na­mique po­si­tive en in­terne et en ex­terne. Elle po­si­tionne le ca­bi­net et per­met d’at­ti­rer les clients de taille réa­li­sant de belles opé­ra­tions.” Oli­vier Ver­gniolle,Ar­sene Taxand.

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