L’AL­TER­NA­TIVE DU BIO-CONTRÔLE

Pré­sident-fon­da­teur de M2i, spé­cia­li­sée dans le bio-contrôle vé­gé­tal, al­ter­na­tive aux pesticides

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - PROPOS RE­CUEILLIS PAR PHI­LIPPE PLASSART

Phi­lippe Guer­ret, pré­sident fon­da­teur de M2i, une jeune so­cié­té in­dus­trielle spé­cia­li­sée dans le bio-contrôle vé­gé­tal par les phé­ro­mones, al­ter­na­tive aux pesticides, ne cache pas son im­pa­tience. Se­lon lui, toutes les condi­tions sont réunies pour créer des li­cornes dans le do­maine du bio-contrôle. La de­mande pour une agri­cul­ture rai­son­née est en pleine ex­pan­sion, les sa­voir-faire sont maî­tri­sés, comme l’at­teste le nombre de bre­vets dans ce do­maine. Ne reste plus qu’à ré­soudre la pro­blé­ma­tique cru­ciale du fi­nan­ce­ment. “Notre mé­tier n’a pas be­soin de sub­ven­tions: les pro­duits existent et sont éco­no­mi­que­ment viables. Par contre, il y a une contre­par­tie qui pèse lourd : ce sa­voir-faire né­ces­site des usines et des com­pé­tences re­qué­rant des ca­pi­taux éle­vés” ex­plique Phi­lippe Guer­ret qui s’alarme de la

fri­lo­si­té no­tam­ment des banques: “La France risque de ra­ter une po­si­tion de lea­der mon­dial dans ce sec­teur si elle ne ré­sout pas cette pro­blé­ma­tique du fi­nan­ce­ment”, pré­vient-il. Un di­lemme qui concerne au pre­mier chef M2i qui est en quête d’une conso­li­da­tion de ses fonds propres au­près d’ac­tion­naires nou­veaux pour ac­com­pa­gner sa crois­sance.

En ma­tière agroa­li­men­taire, l’idée que l’on ne peut plus faire comme avant s’est im­po­sée. Après la Se­conde guerre mon­diale, on a pra­ti­qué une agri­cul­ture ex­trê­me­ment pro­duc­ti­viste, ce qui était nor­mal puis­qu’il fal­lait nour­rir les po­pu­la­tions. Ce­la s’est fait sou­vent au dé­tri­ment de la qua­li­té, la prio­ri­té de l’époque étant la quan­ti­té, par un usage in­ten­sif de pesticides et de pro­duits conven­tion­nels. Un cer­tain nombre de pro­duits conven­tion­nels sont né­fastes en par­ti­cu­lier pour la san­té, et cer­tains sont même dé­sor­mais in­ter­dits. La vo­lon­té est main­te­nant de tour­ner la page, les agri­cul­teurs étant les pre­mières par­ties pre­nantes de cette évo­lu­tion vers une agri­cul­ture rai­son­née. Vous ne trou­ve­rez per­sonne dans le monde agricole pour ex­pli­quer que l’on peut conser­ver les mo­dèles de pro­duc­tion an­ciens. La bas­cule vers une agri­cul­ture rai­son­née s’est ac­cé­lé­rée de­puis cinq ou six ans, sti­mu­lée par les pro­grès de la science qui ont élar­gi l’ac­cès à des so­lu­tions al­ter­na­tives en en bais­sant le coût. Au pro­duit unique qui ré­glait toute une sé­rie de pro­blé­ma­tiques, on est pas­sé à une ré­ponse as­so­ciant plu­sieurs pro­duits pour une agri­cul­ture de meilleure qua­li­té, qui fait mieux ga­gner leur vie aux agri­cul­teurs et qui est plus res­pec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment. Dans ce do­maine, la France est plu­tôt bien po­si­tion­née, et même en pointe. Il y a un ali­gne­ment réel entre les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales comme la FNSEA [Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des syn­di­cats d’ex­ploi­tants agri­coles, ndlr], les dis­tri­bu­teurs, les pou­voirs pu­blics et no­tam­ment l’ad­mi­nis­tra­tion, qui fait des ef­forts pour fa­ci­li­ter l’ar­ri­vée de so­lu­tions al­ter­na­tives sur le marché. Tous les ac­teurs sont mo­bi­li­sés et tirent dans ce sens. Le pro­blème est que face à cette de­mande en forte crois­sance, l’offre de so­lu­tions al­ter­na­tives reste en quan­ti­té in­suf­fi­sante. Ce­la tient no­tam­ment à la dis­per­sion des ac­teurs et à leur pe­tite taille. M2i est le plus gros de ces pe­tits. On a dé­ve­lop­pé en­vi­ron 70 pro­duits fi­nis re­po­sant sur une quin­zaine de fa­milles de bre­vets (nous avons en por­te­feuille 80 phé­ro­mones dé­ve­lop­pées) ce qui nous offre une op­por­tu­ni­té fa­bu­leuse. Les ra­va­geurs ont ten­dance à pro­li­fé­rer du fait du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, mais aus­si du dé­ve­lop­pe­ment des transports lié à la mon­dia­li­sa­tion qui en­traîne l’ar­ri­vée d’in­sectes jusque-là to­ta­le­ment ab­sents sur notre sol (le fre­lon asia­tique, la py­rale du buis). Le marché mon­dial des in­sec­ti­cides est au­jourd’hui de l’ordre de 50 mil­liards d’eu­ros, cer­tains de ces in­sec­ti­cides pou­vant être to­ta­le­ment rem­pla­cés par nos pro­duits al­ter­na­tifs, sa­chant que le pro­duit na­tu­rel unique qui ré­gle­ra tout n’exis­te­ra ja­mais. La lutte contre les in­sectes concerne le monde en­tier, d’au­tant que les in­sectes voyagent. L’ap­proche de ce marché ne peut donc être que mon­diale.

La so­lu­tion al­ter­na­tive du bio-contrôle

Qu’est qu’une so­lu­tion de bio-contrôle ? C’est une so­lu­tion qui re­lève d’un mé­ca­nisme na­tu­rel. Il y a dans ce do­maine plu­sieurs grandes fa­milles. À grands traits il y a les ma­cro-or­ga­nismes, ce que l’on ap­pelle les in­sectes bé­né­fi­ciaires, par exemple la coc­ci­nelle qui mange les pu­ce­rons. On place dans les cultures des larves de coc­ci­nelles is­sues d’élevage qui vont dé­truire les pu­ce­rons. Il y a en­suite les mi­cro-or­ga­nismes, qui sont des bac­té­ries po­si­tives ou des vi­rus po­si­tifs qui vont lut­ter contre des pro­blé­ma­tiques que connaissent le culti­va­teur ou le jar­di­nier. Ce sont là aus­si des so­lu­tions douces pour lut­ter contre les agres­seurs. Il existe aus­si la ca­té­go­rie des ex­traits na­tu­rels (kao­lin, soufre…). En­fin il y a la fa­mille des odeurs et des phé­ro­mones, sur la­quelle M2i s’est po­si­tion­né. L’in­secte com­mu­nique par l’odeur, qu’elle soit d’alarme, sexuelle ou ali­men­taire. Et ces odeurs sont spé­ci­fiques à chaque es­pèce. À chaque in­secte son odeur, donc sa phé­ro­mone. Nos pro­duits jouent le rôle de leurre. Il y a deux tech­niques. Dans un piège, on at­tire l’in­secte en lui fai­sant croire qu’il va se re­trou­ver avec la fe­melle ou trou­ver une res­source ali­men­taire à cet en­droit-là. L’in­secte rentre dans le piège et est cap­tu­ré. Autre tech­nique : la confu­sion sexuelle. On sa­ture l’air de phé­ro­mones sexuelles nor­ma­le­ment émises par les fe­melles ; ain­si les mâles ne par­viennent pas dis­tin­guer les fe­melles des autres sources de phé­ro­mones, ce qui li­mite la re­pro­duc­tion mâle/fe­melle avec pour consé­quence de li­mi­ter leur pro­li­fé­ra­tion et de pro­té­ger la par­celle. Ces so­lu­tions gé­nèrent peu de risque de dé­ve­lop­pe­ment de ré­sis­tances ou de mo­di­fi­ca­tions gé­né­tiques chez l’in­secte, contrai­re­ment à ce que l’on peut trou­ver avec les pro­duits conven­tion­nels pour les­quels il y a un vrai pro­blème d’ac­cou­tu­mance des in­sectes qui ont gé­né­ti­que­ment mu­té, ren­dant in­opé­rante la so­lu­tion chi­mique conven­tion­nelle. Le bio-contrôle est une science an­cienne qui date du dé­but du XXe siècle. Mais jus­qu’à pré­sent, son dé­ve­lop­pe­ment bu­tait sur plu­sieurs obs­tacles. Il fal­lait trou­ver un pro­duc­teur et donc sa­voir le pro­duire. S’agis­sant d’une odeur, il fal­lait sa­voir maî­tri­ser cette ci­né­tique de lar­gage des odeurs avec des tech­niques simples d’uti­li­sa­tion pour les agri­cul­teurs.Avec comme ob­jec­tif fi­nal une ef­fi­ca­ci­té et un coût de trai­te­ment à l’hec­tare com­pa­rables à ceux du trai­te­ment pas­sé, pour ne pas mettre en pé­ril la marge éco­no­mique de l’agri­cul­teur. Or au­jourd’hui, la France a un très grand sa­voir-faire dans ce do­maine.

À l’in­ter­sec­tion de plu­sieurs sa­voir-faire

Il y a en France un sa­voir-faire en en­to­mo­lo­gie (science des in­sectes) et en chi­mie. Il y a aus­si des ac­tifs in­dus­triels qui sont bien in­ves­tis de par les ré­gle­men­ta­tions fran­çaises et eu­ro­péennes en ma­tière de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. M2i, so­cié­té pri­vée créée en 2012, se si­tue à l’in­ter­sec­tion de ces sa­voir-faire et ac­tifs en maî­tri­sant l’in­té­gra­li­té de la chaîne de pro­duc­tion – ce que per­sonne n’avait fait jus­qu’ici –, de la pro­duc­tion de la phé­ro­mone jus­qu’au pro­duit fi­ni et sa com­mer­cia­li­sa­tion, y com­pris sa lo­gis­tique. Nul be­soin d’al­ler à l’étran­ger pour mon­ter cette fi­lière : d’un point de vue tech­nique et scien­ti­fique, tout était dis­po­nible dans l’Hexa­gone. Dé­but 2013, M2i a re­pris au tri­bu­nal de com­merce de Pau un la­bo­ra­toire de re­cherche et de dé­ve­lop­pe­ment qui était dans une si­tua­tion as­sez com­pli­quée, ce qui nous a per­mis d’ac­qué­rir un sa­voir­faire dans la pro­duc­tion d’ac­tifs de phé­ro­mones. Dans la fou­lée, M2i a re­pris un site de pro­duc­tion

en to­tale déshé­rence, en plein mi­lieu du parc na­tu­rel de Ca­margue, pour en­vi­sa­ger l’in­dus­tria­li­sa­tion de la pro­duc­tion de ses phé­ro­mones. En­fin, cou­rant 2016, dans le cadre d’un par­te­na­riat avec une grosse co­opé­ra­tive vi­ti­cole du Sud-Ouest, Vi­no­va­lie, on a ins­tal­lé à l’oc­ca­sion d’une re­struc­tu­ra­tion in­terne une uni­té de pro­duc­tion et de lo­gis­tique de nos dif­fu­seurs de phé­ro­mones et de nos pro­duits fi­nis. Le pro­ces­sus de cons­ti­tu­tion de cet en­semble a obéi à une lo­gique op­por­tu­niste de po­si­tion­ne­ment. Au­jourd’hui, près de 130 per­sonnes tra­vaillent dans l’en­semble de ces uni­tés sur une fi­lière d’ac­ti­vi­té en plein dé­ve­lop­pe­ment, où la France a des po­si­tions à prendre. Nous dé­ve­lop­pons un sa­voir­faire au­tour des pro­blé­ma­tiques de pro­duc­tion, de tech­no­lo­gie et de mise en ap­pli­ca­tion. D’abord, nous aug­men­tons les quan­ti­tés pro­duites de phé­ro­mones, ce qui nous per­met d’en contrô­ler le coût et de ne pas dé­pendre d’ac­teurs ex­té­rieurs. En­suite, il faut contrô­ler la tech­nique du re­lar­gage de cette odeur ain­si que son coût. Et pour ce­la, dans le cadre d’un par­te­na­riat avec le groupe de chi­mieAr­ke­ma, nous uti­li­sons une tech­no­lo­gie d’en­cap­su­la­tion de cette odeur per­met­tant, en jouant sur la taille des par­ti­cules, une dis­per­sion de ces phé­ro­mones beau­coup plus li­néaire dans le temps, avec à la clé une plus grande ef­fi­ca­ci­té et donc un moindre coût. Cette pre­mière rup­ture tech­no­lo­gique en amène une deuxième sur les tech­niques d’ap­pli­ca­tion. Dans ce marché du bio­con­trôle des­ti­né es­sen­tiel­le­ment jus­qu’à pré­sent à la niche du bio, les dif­fu­seurs de phé­ro­mones étaient ins­tal­lés à la main dans les champs. Or notre tech­nique d’en­cap­su­la­tion per­met d’adap­ter les modes d’ap­pli­ca­tion en fonc­tion des be­soins via le pul­vé­ri­sa­teur tra­di­tion­nel ou via d’autres moyens comme des billes de paint­balll ti­rées sur les troncs d’arbres, comme on le fait pour lut­ter contre les che­nilles pro­ces­sion­naires du pin. Ces as­pects tech­niques sont es­sen­tiels car ils per­mettent de maî­tri­ser le coût de trai­te­ment à l’hec­tare. En France, on a tout le sa­voir scien­ti­fique et uni­ver­si­taire, et on a tout pour réus­sir. L’ex­per­tise en en­to­mo­lo­gie, avec le Ci­rad de Mont­pel­lier, et en agro­no­mie avec l’In­ra, est par­mi les meilleures au monde, les pa­trons des grandes chaires d’uni­ver­si­té sont très sou­vent fran­çais, et en­fin le tis­su in­dus­triel dans la pro­duc­tion de ces mo­lé­cules de syn­thèse est de très bonne qua­li­té.Toutes les pièces du puzzle étaient là, ne res­tait plus qu’à les as­sem­bler. Les pers­pec­tives, por­tées par la de­mande en crois­sance et une tech­no­lo­gie de mieux en mieux maî­tri­sée, sont à l’échelle de plu­sieurs cen­taines de mil­lions d’eu­ros.

Toutes les condi­tions sont réunies pour créer des li­cornes fran­çaises dans le do­maine du bio­con­trôle, bien que les banques re­chignent en­core à s’en­ga­ger dans ce sec­teur.

La ques­tion cru­ciale du fi­nan­ce­ment

C’est avant tout une aven­ture hu­maine qui com­mence d’ailleurs à s’in­ter­na­tio­na­li­ser. Mais il y a une contre­par­tie qui pèse lourd : ce sa­voir­faire né­ces­site des usines et des com­pé­tences re­qué­rant des ca­pi­taux éle­vés. D’où une pro­blé­ma­tique ai­guë de fi­nan­ce­ment qui est le point dif­fi­cile de cette aven­ture de­puis le dé­part. Faute d’avoir un pro­fil clas­sique (in­dus­triel ou start-up), nous n’avons ac­cès à rien. Les fi­nan­ceurs po­ten­tiels, face à notre stra­té­gie de re­prise d’ac­tifs en déshé­rence et à re­struc­tu­rer, ont une at­ti­tude at­ten­tiste mal­gré nos créations d’em­ploi (90 en 5 ans). Ce qui est re­gret­table. M2i est très en avance en termes tech­no­lo­giques, mais nous pour­rions être beau­coup plus loin si les moyens fi­nan­ciers nous ac­com­pa­gnaient. Notre im­pa­tience est d’au­tant plus grande qu’il y a à la clé beau­coup plus d’em­plois, d’où notre frus­tra­tion. L’in­té­gra­li­té du dé­ve­lop­pe­ment du groupe a été fi­nan­cée par ses ac­tion­naires d’ori­gine, fran­çais et étran­gers puisque de­puis oc­tobre 2015, quatre ac­tion­naires pri­vés chi­nois ont re­joint le tour de table, au­quel est ve­nu s’ajou­ter en juin 2017 le fond Idin­vest. Ces ac­tion­naires croient en notre mo­dèle, et notre crois­sance de­puis 2013 leur a don­né rai­son. De­puis l’ori­gine, ce ne sont pas moins de 30 mil­lions d’eu­ros qui ont été in­ves­tis sans le moindre cen­time en pro­ve­nance du sys­tème ban­caire. Un constat qui est aus­si une forme de désa­veu pour les banques qui passent à cô­té de leur mis­sion réelle de pro­po­ser du fi­nan­ce­ment. On est dans un mé­tier très ca­pi­ta­lis­tique qui a be­soin par dé­fi­ni­tion de sou­tien. L’équipe de ma­na­ge­ment s’est beau­coup impliquée et a mis la main à la poche. Pour fi­nan­cer notre dé­ve­lop­pe­ment, nous avions étu­dié en 2016 l’op­por­tu­ni­té d’une en­trée en bourse. Mais la pé­riode, celle du Brexit, n’était pas fa­vo­rable et trop in­cer­taine. D’où la né­ces­si­té pour nous de re­por­ter l’opé­ra­tion. Sans re­gret, car ce­la nous a per­mis par la suite d’ac­cueillir des in­ves­tis­seurs de qua­li­té qui ont une vi­sion à plus long terme de leurs in­ves­tis­se­ments. Nous ne fer­mons la porte à au­cune so­lu­tion à l’ave­nir et nous conti­nue­rons à veiller à ren­for­cer le ca­pi­tal de la so­cié­té dans les douze mois qui viennent. Il ne faut ja­mais avoir de vi­sion dé­fi­ni­tive dans ces su­jets, tant il est vrai que ce qui a fait notre force jus­qu’à pré­sent a été notre ré­ac­ti­vi­té. Pour l’heure, notre prio­ri­té est d’abord l’ou­ver­ture sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux, et no­tam­ment d’Amé­rique du Nord. Au­jourd’hui, notre groupe est dans 26 pays. Et pour ce­la, nous de­vons conso­li­der nos fonds propres dans les pro­chains mois pour un mon­tant beau­coup plus im­por­tant que lors de la pré­cé­dente opé­ra­tion. Ce­la a pour but de per­mettre à la so­cié­té de conti­nuer, comme de­puis sa créa­tion, à ac­com­pa­gner la crois­sance très ra­pide de son marché (+25 % par an).

Un pro­ces­sus d’ho­mo­lo­ga­tion trop coû­teux

La de­mande pour al­ler plus vite est là, éma­nant de l’agri­cul­teur, du consom­ma­teur ou des pou­voirs pu­blics. Mais pour al­ler plus vite, il faut plus d’hommes, de re­cherche, d’es­sais et donc d’ar­gent. Or il n’y a pas le mode de fi­nan­ce­ment en face. D’où une di­cho­to­mie. Le cré­dit d’im­pôt re­cherche a été boos­té pour le bio-contrôle, c’est une bonne chose. À titre per­son­nel, je suis fa­vo­rable à la cons­ti­tu­tion d’un “France ho­mo­lo­ga­tions” à l’ins­tar du sys­tème dé­jà exis­tant “France bre­vets” qui pré­fi­nan­ce­rait l’en­re­gis­tre­ment des pro­duits de bio-contrôle et les dé­penses d’ho­mo­lo­ga­tion, et qui se fi­nan­ce­rait par la créa­tion d’obli­ga­tions vertes qui pour­raient être sous­crites au dé­mar­rage par la Banque pu­blique d’in­ves­tis­se­ment (BPI), dont c’est l’une des mis­sions d’ori­gine. Il ne s’agit pas de sub­ven­tions. Notre mé­tier n’en a pas be­soin : les pro­duits existent et sont éco­no­mi­que­ment viables. Par contre, il y a un vrai pro­blème d’ac­cès au fi­nan­ce­ment, et c’est le prin­ci­pal écueil au dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur. La France risque de ra­ter une po­si­tion de lea­der mon­dial dans ce sec­teur si elle ne ré­sout pas cette pro­blé­ma­tique. C’est le coeur du su­jet. M2i a fait la dé­mons­tra­tion de la pé­ren­ni­té de son ac­ti­vi­té et de son dé­ve­lop­pe­ment com­mer­cial et in­dus­triel. Si l’on veut al­ler plus vite, il faut im­pé­ra­ti­ve­ment mettre les fi­nan­ce­ments dans la balance pour pal­lier les dé­faillances du sys­tème ban­caire dont c’est pour­tant le mé­tier. Et si ce­la ne se fait pas, le sa­voir-faire et les en­tre­prises du sec­teur par­ti­ront à l’étran­ger, comme on l’a vu pour d’autres sec­teurs de l’in­dus­trie. Et c’est d’au­tant plus frus­trant que tous les ac­teurs de la chaîne, du pro­duc­teur au dis­tri­bu­teur, jouent le jeu, manque seule­ment le fi­nan­cier. Le be­soin de fi­nan­ce­ment pour ho­mo­lo­guer des so­lu­tions vertes ne peut que croître dans les mois à ve­nir dès lors la loi Lab­bé a pro­gram­mé l’in­ter­dic­tion de pro­duits conven­tion­nels dans les es­paces verts des col­lec­ti­vi­tés lo­cales de­puis dé­but 2017 et à par­tir de jan­vier 2019 dans les jar­dins des par­ti­cu­liers.

Le pro­ces­sus d’ho­mo­lo­ga­tion de mise sur le marché des phé­ro­mones de bio-controle a certes été sim­pli­fié, mais il reste néan­moins ca­lé sur le pro­cess stan­dard des pro­duits conven­tion­nels, avec les mêmes contraintes. Une ho­mo­lo­ga­tion coûte sur le ter­ri­toire eu­ro­péen entre 1 et 3 mil­lions d’eu­ros, ce qui est une grosse somme pour des so­cié­tés de notre taille qui dis­posent de res­sources li­mi­tées. Le pro­ces­sus d’ho­mo­lo­ga­tion est ren­for­cé, et c’est nor­mal, pour des pro­duits conven­tion­nels po­ten­tiel­le­ment toxiques avec un im­pact sur l’en­vi­ron­ne­ment. Mais pour nos pro­duits à faible risque, voire à risque nul, l’obli­ga­tion de faire deux à trois sai­sons d’es­sais par zone géo­gra­phique, avec la né­ces­si­té à chaque fois de dé­truire les ré­coltes du champ en es­sai, peut pa­raître dé­rai­son­nable. Dans ces condi­tions, le coût to­tal de l’ho­mo­lo­ga­tion, plus les taxes, avoi­sine les 3 mil­lions d’eu­ros. Une somme qui ré­duit notre ca­pa­ci­té à trois ou quatre ho­mo­lo­ga­tions par an, alors que nous de­vrions en conduire dix ou plus puisque nous avons un stock po­ten­tiel de 70 pro­duits.

L’im­pli­ca­tion du ma­na­ge­ment

Il y a une vé­ri­table adhé­sion des équipes et du ma­na­ge­ment. L’équipe ma­na­gé­riale est ac­tive au ca­pi­tal, mais nous n’avons pas en­core mis un plan d’épargne en­tre­prise pour la glo­ba­li­té des sa­la­riés du groupe. Ce­la tient à notre his­toire car nous avons par­fois marché sur le mode “économie de guerre” en rai­son de l’ab­sence de ces modes de fi­nan­ce­ment.Au lieu de cinq ho­mo­lo­ga­tions nous n’en met­tions qu’une, et les ma­na­gers ont in­ves­ti beau­coup d’ar­gent à titre per­son­nel pour ac­cé­lé­rer le dé­ve­lop­pe­ment de la so­cié­té. Et je peux être fier d’avoir à mes cô­tés une équipe de ma­na­ge­ment aus­si mo­ti­vée et impliquée. Seul, je n’y se­rai ja­mais ar­ri­vé. On est par­ti d’une feuille blanche. C’est le ta­lent des équipes qui fait que M2i s’est im­po­sée au­jourd’hui.

Les vi­sées de la concur­rence

Les géants du sec­teur ont-ils des vi­sées sur nous ? L’in­ter­dic­tion pro­gres­sive des pesticides est ins­crite dans le sens de l’his­toire. Et c’est donc une bonne par­tie du chiffre d’af­faires de ces géants qui peut être me­na­cé du jour au len­de­main. Faites le pa­ral­lèle avec la phar­ma­cie. Ce sec­teur a ré­duit sa part d’in­no­va­tion en in­terne pour se concen­trer sur les fu­sions-ac­qui­si­tions pures et dures. Le pa­ral­lèle avec l’agro­chi­mie est évident. S’ils viennent vers nous, je vous le pro­mets, je vous ré­ser­ve­rai l’ex­clu­si­vi­té de l’in­for­ma­tion.

Bio ex­press

La fibre verte du fi­nan­cier

Phi­lippe Guer­ret est di­plô­mé de l’Ed­hec avec une spé­cia­li­sa­tion en fi­nance d’en­tre­prise en 1996. Il a tra­vaillé à ses dé­buts no­tam­ment à la di­rec­tion fi­nan­cière du groupe Vin­ci, puis chez Du­fry comme res­pon­sable des opé­ra­tions stra­té­giques. De 2004 à 2010, il est di­rec­teur gé­né­ral de Mi­na­fin, so­cié­té de ser­vices et de sous­trai­tance de prin­cipes ac­tifs pour l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, dont il est un des trois fon­da­teurs. En 2011, il prend la tête d’Osy­ris, une so­cié­té d’op­tro­nique prin­ci­pa­le­ment ac­tive dans les sciences de la vie. En 2012, il crée M2i Life Sciences, un groupe in­dus­triel spé­cia­liste dans le bio-contrôle vé­gé­tal par les phé­ro­mones, al­ter­na­tive aux pesticides.

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