Le pa­ra­doxe du gent­le­man pré­sident

La ver­tu ne paie­rait-elle pas en po­li­tique ?

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - TRUMP PO­WER, ANNE TOU­LOUSE

L’hom­mage à George Her­bert Wal­ker Bush, mort ven­dre­di der­nier à l’âge de 94 ans, est una­nime. La bourse fer­mée, Mi­chelle Oba­ma an­nu­lant sa tour­née de pro­mo­tion de son livre pour as­sis­ter aux fu­né­railles, tout le pays se penche avec nos­tal­gie sur la vie ex­tra­or­di­naire d’un homme qui sym­bo­lise ce que les Amé­ri­cains ap­pellent “la grande gé­né­ra­tion”. Le même homme à qui il y a un quart de siècle, ils ont re­fu­sé un deuxième man­dat. La ver­tu ne paie­rait-elle pas en po­li­tique ? Lors­qu’il a quit­té le bu­reau ovale le 20 jan­vier 1993, le pré­sident sor­tant a lais­sé un mes­sage à Bill Clin­ton, avec qui il est plus tard de­ve­nu ami:“Quand vous li­rez cette lettre vous se­rez pré­sident (…) votre suc­cès se­ra ce­lui de notre pays (…) je se­rai de tout coeur de votre cô­té”. Ces mots se sont ré­pan­dus comme une traî­née de poudre sur In­ter­net, ils sont une sorte de baume sur un pays saou­lé d’in­vec­tives po­li­tiques.

Tous ceux qui ont ap­pro­ché le pre­mier pré­sident Bush le dé­crivent comme un homme dé­li­cieux. Il pra­ti­quait une hu­mi­li­té qui était un contre­poids aux nom­breux ca­deaux qu’il avait re­çu dans son ber­ceau. Hé­ri­tier d’une vieille fa­mille de Nou­velle-An­gle­terre, il fai­sait par­tie de cette aris­to­cra­tie amé­ri­caine que l’on n’avait ppas vue à la Mai­son-Blanche de­puisp Frank­lin Roo­se­velt. Étant de sur­croît beau et in­tel­li­gent, il avait tout pour être mo­deste, une ver­tu que sa mère lui avait in­cul­quée : se van­ter était vul­gaire… à cette époque. Il a adop­té cette at­ti­tude en po­li­tique : lorsque son en­tou­rage l’a pressé de se rendre à Ber­lin pour cé­lé­brer la chute du mur, il a re­fu­sé en ex­pli­quant qu’il ne vou­lait pas hu­mi­lier Mi­khaïl Gor­bat­chev avec qui il avait éta­bli une fruc­tueuse re­la­tion de tra­vail. Il a ain­si dis­crè­te­ment pré­si­dé à l’un des plus grands re­ma­nie­ments du siècle, la chute an­non­cée de l’Union so­vié­tique et la réuni­fi­ca­tion de l’Al­le­magne. Il est éga­le­ment res­té dans l’ombre lors du re­tour des troupes, après la vic­toire de la pre­mière guerre du Golfe, pour la­quelle il avait as­sem­blé une coa­li­tion de 35 pays. Il avait eu lui-même son heure de gloire mi­li­taire.

Il était le der­nier pré­sident amé­ri­cain à avoir ser­vi dans la Se­conde guerre mon­diale, où il s’est en­ga­gé à 18 ans, de­ve­nant le plus jeune pi­lote de l’ar­mée de l’air, sau­vé de jus­tesse lorsque son avion a été abat­tu lors de sa 58e mis­sion. Après ce­la, il a re­non­cé à la car­rière qui l’at­ten­dait à Wall Street pour par­tir dans la ré­gion la plus dé­so­lée du Texas, dans le monde rude de l’in­dus­trie pé­tro­lière. Puis la po­li­tique l’a re­joint, il est mon­té dans les rangs des mo­dé­rés du Par­ti ré­pu­bli­cain, a sié­gé à la Chambre des re­pré­sen­tants, est de­ve­nu am­bas­sa­deur au­prèsp des Na­tions unies, ppuis le ppre­mier re­pré­sen­tant des États-Unis en Chine où il est en­core dé­si­gné comme “le vieil ami”. Il a éga­le­ment di­ri­gé la CIA, dont le quar­tier gé­né­ral dans la ban­lieue de Wa­shing­ton porte son nom.

Sa pré­si­dence, re­con­nue comme un grand suc­cès sur le plan in­ter­na­tio­nal a été moins heu­reuse sur le plan in­té­rieur. Elle a coïn­ci­dé avec une pé­riode ra­len­tis­se­ment éco­no­mique, qui l’a ame­né à sa plus grande faute po­li­tique, re­ve­nir sur sa pro­messe so­len­nelle de ne pas aug­men­ter les im­pôts

Sa plus grande faute po­li­tique

Avec un tel pe­di­gree il était taillé pour de­ve­nir pré­sident, ce qui ne lui est pas ve­nu fa­ci­le­ment. Ro­nald Rea­gan, qui l’avait bat­tu lors des pri­maires, l’a choi­si comme vice-pré­sident. Ces huit an­nées pas­sées dans l’ombre d’un pré­sident flam­boyant ont dû être frus­trantes. George H.W. Bush, qui était voué à re­pré­sen­ter son pays aux ob­sèques des di­ri­geants étran­gers, avait in­ven­té le slo­gan “You die, I fly”, vous mour­rez, je m’en­vole.

Sa pré­si­dence, re­con­nue comme un grand suc­cès sur le plan in­ter­na­tio­nal, a été moins heu­reuse sur le plan in­té­rieur. Elle a coïn­ci­dé avec une pé­riode ra­len­tis­se­ment éco­no­mique, qui l’a ame­né à sa plus grande faute po­li­tique, re­ve­nir sur sa pro­messe so­len­nelle de ne pas aug­men­ter les im­pôts. Sa dé­faite face à Bill Clin­ton et au can­di­dat in­dé­pen­dant Ross Pe­rot est lar­ge­ment at­tri­buée à cette dé­ci­sion. S’il l’a dou­lou­reu­se­ment res­sen­tie, il n’en a rien mon­tré.

Les Bush n’étaient pas pour au­tant sor­tis de la vie du pays. Après John Adams , au dé­but du XIXe siècle, George H.W. a été le se­cond pré­sident du pays à voir son fils lui suc­cé­der deux man­dats plus tard. Son autre fils Jeb, a été moins heu­reux et n’a pas pas­sé les pri­maires face à Do­nald Trump. Au­cunes de ces tri­bu­la­tions fa­mi­liales n’ont en­ta­mé la dis­cré­tion que le 41e pré­sident s’était im­po­sée après avoir quit­té la Mai­son-Blanche. Il n’a ja­mais eu, en public, un mot contre ses suc­ces­seurs. Ceux qui sa­luent sa mé­moire au­jourd’hui ne peuvent pas en dire au­tant !

* au­teure de Bien­ve­nue en Trum­pie (ed Stock)

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