POUR­QUOI UN TEL SUC­CÈS ?

Di­rec­trice de France Culture, à pro­pos de la réus­site de la sta­tion

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PHI­LIPPE PLASSART

+ 319 000 au­di­teurs, soit +27 % en un an : les ré­sul­tats de la pro­chaine vague Mé­dia­mé­trie, at­ten­dus pour la mi-jan­vier, de­vraient sans nul doute confir­mer l’ex­tra­or­di­naire pous­sée de l’au­dience de France Culture ob­ser­vée de sep­tembre-oc­tobre 2017 à sep­tembre-oc­tobre 2018. “Avec 1,5 mil­lion d’au­di­teurs par jour et 23 mil­lions de pod­casts par mois, France Culture est dé­sor­mais un mé­dia de masse (…). Au­jourd’hui, nos pro­duc­teurs ont à la fois l’ex­per­tise et le sa­voir-faire ra­dio­pho­nique. Cette réa­li­té est per­çue par le pu­blic. Ré­sul­tat : le pla­fond de verre a sau­té” se ré­jouit San­drine Trei­ner qui, à la tête de France Culture de­puis 2015, ré­colte les fruits d’une stra­té­gie me­née sur

Par­mi les grandes dates de l’évo­lu­tion de France Culture, il y a en 1984 la no­mi­na­tion par Jean­Noël Jean­ne­ney, pré­sident de plu­sieurs an­nées. Et qui s’or­ga­nise au­tour de quatre élé­ments clés : une ligne édi­to­riale cla­ri­fiée, une grille d’émis­sions pen­sée comme un tout, la professionnalisation de l’an­tenne, son ra­jeu­nis­se­ment et sa fé­mi­ni­sa­tion, et en­fin la maî­trise de l’en­jeu du nu­mé­rique. Et une ligne di­rec­trice, la vo­lon­té de “s’adres­ser à tous”. “Ho­mos sa­piens a tou­jours vou­lu en sa­voir plus, notre ta­lent est de ré­pondre à cette cu­rio­si­té. (…) France Culture n’est ni une uni­ver­si­té, ni un théâtre. (…) La pro­po­si­tion de France Culture à ses au­di­teurs est de prendre du re­cul pour com­prendre le monde”, ex­plique San­drine Trei­ner. Une re­cette ga­gnante qui a ma­ni­fes­te­ment trou­vé son pu­blic.

Ra­dio France, de Jean-Ma­rie Bor­zeix, ve­nu des Nou­velles lit­té­raires à la di­rec­tion. Ce­lui- ci va com­men­cer à re­lier France Culture au débat pu­blic et à l’air du temps, avec par exemple le lan­ce­ment de ‘Ré­pliques’ d’Alain Fin­kiel­kraut. Sui­vra en 1999 Laure Ad­ler qui, sous l’égide de Jean- Ma­rie Ca­va­da, crée­ra une vé­ri­table ma­ti­nale d’ac­tua­li­té et d’idées avec l’ar­ri­vée à l’an­tenne de toute une gé­né­ra­tion de nor­ma­liens, à l’ins­tar de Ni­co­las De­mo­rand et d’Ali Bad­dou. À l’époque, France Culture, bien qu’elle ait com­men­cé sa mu­ta­tion, a en­core une au­dience re­la­ti­ve­ment confi­den­tielle au sens où per­sonne n’ose ima­gi­ner qu’elle puisse être une ra­dio pour tous. France Culture de­meure alors au­tant le re­flet du monde cultu­rel qui se consi­dère “co-pro­prié­taire” de l’an­tenne, qu’une ra­dio par­te­naire certes mais aus­si ac­teur à part en­tière de la vie cultu­relle. Un pre­mier cap sym­bo­lique – ce­lui des deux points d’au­dience – est fran­chi en 2012. Qu’une ra­dio qui s’ap­pelle France Culture puisse ac­cé­der à ce chiffre est un fait cultu­rel en soi, lance à l’époque Jean-Luc Hess, pré­sident de Ra­dio France. Di­rec­trice des pro­grammes de­puis 2011, “je suis nom­mée à la tête de France Culture en août 2015 et dès la ren­trée, j’ins­talle une nou­velle ma­ti­nale et pro­cède à des chan­ge­ments im­por­tants de mar­queurs. Les ré­sul­tats d’au­dience sont au ren­dez-vous. Pour la pre­mière fois, France Culture dé­colle à 2, 4 points d’au­dience. C’est le dé­but d’un flirt avec les 2,5 points d’au­dience. C’est aus­si le mo­ment où en l’es­pace de deux sai­sons, on va pas­ser de 10 mil­lions de pod­casts à 20 mil­lions. Au­jourd’hui avec 1,5 mil­lion d’au­di­teurs par jour (soit 8 mil­lions d’in­di­vi­dus dif­fé­rents sur trois se­maines) et 23 mil­lions de pod­casts par mois, France Culture est dé­sor­mais un mé­dia de masse, dans le même temps que nous sommes un mé­dia d’in­fluence.

Une ligne édi­to­riale cla­ri­fiée

Par­mi les fac­teurs de suc­cès, il y a se­lon moi deux élé­ments clés qui sont pre­miè­re­ment, un po­si­tion­ne­ment édi­to­rial clair au ser­vice d’un pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment, et deuxiè­me­ment une ma­nière de l’in­car­ner. La cla­ri­fi­ca­tion de la ligne édi­to­riale a fait le pa­ri d’une part d’une offre sin­gu­lière au sein du groupe au­tour de trois mots- clés, idées/ sa­voir/ créa­tion, et d’autre part de sor­tir de l’ins­ti­tu­tion­nel en se met­tant de plain-pied dans la vie, en ac­cor­dant une plus grande place à l’in­for­ma­tion et à son dé­cryp­tage. Sur cette base, France Culture pro­pose des ré­cits du monde par­fai­te­ment cen­traux pour le com­prendre. France Culture se po­si­tionne là où les faits ont de la pro­fon­deur et sont du­rables. Et ce­la en pri­vi­lé­giant l’ana­lyse et l’ap­pro­fon­dis­se­ment. Le pa­ri : construire, avec la mo­des­tie de gens qui tra­vaillent et qui ne s’au­to- pro­clament pas, un lien de confiance fort avec les au­di­teurs. La pro­po­si­tion de France Culture à ses au­di­teurs est de prendre du re­cul pour com­prendre le monde. Vous n’avez pas le temps, écou­tez France Culture ! Il est es­sen­tiel de concou­rir à ra­len­tir un temps dont on voit bien quand il va trop vite, qu’il nous ex­plose à la fi­gure. On ne traite pas que de l’ac­tua­li­té ou que des sa­voirs, on traite du monde tel qu’il va. La ra­dio est un mé­dia vi­vant. France Culture n’est ni une uni­ver­si­té, ni un théâtre. Ce que nous pro­po­sons aux au­di­teurs peut sé­duire toute per­sonne qui s’in­té­resse au monde contem­po­rain pour mieux le com­prendre. Les gens ne se disent plus “France Culture c’est bien mais ce n’est pas pour moi parce que pri­mo, c’est éli­tiste, deu­zio, on doit s’y em­mer­der quand même, ter­tio de toute fa­çon, ils ne s’adressent pas à moi”. France Culture est une ra­dio de ré­fé­rence qui peut pas­ser d’une ma­ti­nale avec Pierre Ro­san­val­lon à une autre ma­ti­nale en com­pa­gnie des cor­res­pon­dants des ra­dios

lo­cales pour ra­con­ter la France des gi­lets jaunes au­tre­ment.

Une grille pen­sée comme un tout

Dans le même temps, nous avons pro­fes­sion­na­li­sé notre ma­nière de faire de la ra­dio. Quand j’étais di­rec­trice des pro­grammes - dans ma vie an­té­rieure, nous avons construit construit une vraie grille de ra­dio avec des émis­sions quo­ti­diennes du lun­di au vend­redi, du ma­tin jus­qu’au soir – alors qu’il y avait jusque- là énor­mé­ment de ren­dez­vous heb­do­ma­daires, y com­pris du­rant la se­maine. Une dé­marche fon­da­men­tale car elle per­met de don­ner des re­pères aux au­di­teurs, grâce à quoi on peut vrai­ment pro­duire de la di­ver­si­té de conte­nus. Au­pa­ra­vant, il était très dif­fi­cile de sa­voir ce qui était pro­po­sé, quand, à quelle heure et par qui. Ain­si avons-nous créé une émis­sion quo­ti­dienne de sciences, d’éco­no­mie, de lit­té­ra­ture, etc. Une offre de pro­gramme conforme à notre vo­ca­tion de ser­vice pu­blic qui est de nous adres­ser au plus grand nombre. La grille est pen­sée comme un tout. Comme un jour­nal qui, de la pre­mière page à la der­nière, trouve sa co­hé­rence. En même temps, il y a des usages de la ra­dio contre les­quels il est im­pos­sible de lut­ter. La ra­dio s’écoute au­tour des car­re­fours de temps libre ou de cir­cu­la­tion en voi­ture c’est-à-dire le ma­tin, le mi­di et en dé­but de soi­rée. D’où le fait de bien ré­flé­chir à ce que l’on met à l’an­tenne entre 7h et 9h, entre 12h et 14h et entre 18h et 20h, cré­neaux qui sont les am­bas­sa­deurs du reste de la grille. La ma­ti­nale de France Culture est très cen­trée sur l’ac­tua­li­té et l’ac­tua­li­té des idées.

Elle est in­car­née par Guillaume Er­ner. Elle se ca­rac­té­rise par des in­ter­views longues, jus­qu’à 40 mi­nutes. Un for­mat qui per­met d’évi­ter les sim­pli­fi­ca­tions abu­sives et d’ame­ner une ré­flexion plus en pro­fon­deur. Après le pre­mier jour­nal de 6h, il y a de la même fa­çon une grande in­ter­view cultu­relle, un fort en­ga­ge­ment du cô­té de l’in­ter­na­tio­nal avec ‘ Les en­jeux in­ter­na­tio­naux’. Construc­tion iden­tique pour le 12h/ 14h d’Oli­via Ges­bert, plus axé sur le cultu­rel, qui se ter­mine avec ‘Les pieds sur terre’, tra­dui­sant notre goût du ter­rain. En­fin, le 18h/20 h com­prend un grand jour­nal sui­vi d’un débat de so­cié­té avec ‘Du grain à moudre’ et un autre, cultu­rel, avec ‘La dis­pute’. La grille dé­ve­loppe idées/ sa­voirs / créa­tion de ma­nière li­néaire. Au cours des trois der­nières an­nées, on a créé une émis­sion quo­ti­dienne de sciences, une émis­sion lit­té­raire, ‘ La com­pa­gnie des au­teurs’ qui a été un car­ton tout de suite, une émis­sion quo­ti­dienne sur l’éco­no­mie, ‘En­ten­dez-vous l’éco’ à 14 h. Dans un monde où cha­cun sent bien qu’il est très dé­ter­mi­né par l’éco­no­mie et alors que les Fran­çais ont du mal avec cette ma­tière tout au­tant qu’avec les maths, il était pour moi une évi­dence de faire une émis­sion sur l’éco­no­mie, à l’ins­tar des ‘Che­mins de la phi­lo­so­phie’. Au bout de trois mois, on était dé­jà à 800 000 pod­casts par mois. L’équipe a su tout de suite faire avec l’éco­no­mie du France Culture d’au­jourd’hui, en la trai­tant par exemple à tra­vers les ro­mans ou les films. En­fin, la nuit est le cré­neau de dif­fu­sion de nos ar­chives. Nos au­di­teurs les adorent ( 1,5 mil­lion de pod­casts). Leur nu­mé­ri­sa­tion nous aide à en­ri­chir nos pro­po­si­tions sur le site, où se cô­toient des pro­duc­tions ré­centes et des pro­duc­tions dif­fu­sées il y a plu­sieurs dé­cen­nies. En­fin, der­nière par­ti­cu­la­ri­té de France Culture, 20 % de notre au­dience se fait le week- end. Le week- end dé­cline les fon­da­men­taux de France Culture par ses grandes voix. Du­rant ces deux jours, on re­prend nos grandes ca­té­go­ries en les trai­tant de fa­çon plus ma­ga­zine. Ce­la va de ‘Ré­pliques’ (Alain Fin­kiel­kraut) à ‘Avis cri­tique’ ( Ra­phaël Bour­gois) en pas­sant par ‘Con­cor­dance des temps’ (Jean-Noël Jean­ne­ney), ‘Po­li­tiques !’ ( Her­vé Gar­dette) ‘Af­faires étran­gères’ (Ch­ris­tine Ockrent), ‘La Conver­sa­tion scien­ti­fique’ (Étienne Klein) ou ‘L’es­prit pu­blic’, qui a été com­plè­te­ment re­nou­ve­lé ( avec Emi­ly Au­bry). Une par­tie de l’en­jeu est de convaincre ces au­di­teurs du week-end qu’ils ont in­té­rêt aus­si à nous écou­ter du­rant la se­maine, même s’ils ont l’im­pres­sion d’avoir moins le temps.

Nos pro­duc­teurs ont à la fois l’ex­per­tise et le sa­voir-faire ra­dio­pho­nique. Cette réa­li­té est per­çue par le pu­blic. Ré­sul­tat : le pla­fond de verre de France Culture a sau­té.”

La professionnalisation de l’an­tenne, son ra­jeu­nis­se­ment, sa fé­mi­ni­sa­tion

Être pé­da­go­gique, c’est un mé­tier qui s’ap­pelle le jour­na­lisme. Les pro­duc­teurs d’émis­sions ont été as­sez lar­ge­ment re­nou­ve­lés, ra­jeu­nis et fé­mi­ni­sés, à la fa­veur aus­si de la vague de dé­parts à la re­traite de la gé­né­ra­tion pré­cé­dente. Ce­la fait de France Culture sû­re­ment l’une des plus jeunes an­tennes de Ra­dio France. Un atout qui nous a per­mis de ne pas ra­ter le vi­rage du nu­mé­rique. On a créé un col­lec­tif qui se pense comme tel. Au­jourd’hui, France Culture est comme une grande ré­dac­tion et ce­la s’en­tend à l’an­tenne, avec un fort sou­ci de pé­da­go­gie et la vo­lon­té d’em­bar­quer l’au­di­teur avec soi. Cette nou­velle gé­né­ra­tion prend conscience que France Culture a en réa­li­té vo­ca­tion à s’adres­ser à tous.

Nous ne sommes pas un club d’in­di­vi­dus contents d’en­tre­te­nir ses pri­vi­lèges. En même temps, nous avons rom­pu avec une forme d’ari­di­té de l’an­tenne. Au­jourd’hui, France Culture res­semble à une grande ra­dio en termes de rythme, de jingles, de mu­sique, de ma­nière d’en­re­gis­trer des mes­sages, de liai­sons entre pro­duc­teurs. Il y a une convi­via­li­té et une cha­leur que l’on ne pou­vait évi­dem­ment pas avoir lorsque les gens ve­naient en­re­gis­trer une fois par se­maine leur émis­sion… Et les au­di­teurs la res­sentent. Nous avons dif­fu­sé ré­cem­ment une fic­tion écrite sur la crise fi­nan­cière de 2008 qui nous a plon­gés dans la salle des mar­chés de Wall Street. Pour quel­qu’un qui a du mal à com­prendre les phé­no­mènes éco­no­miques – et il est vrai qu’ils n’ont rien d’évi­dents – on réus­sit là à ra­con­ter le monde, y com­pris à tra­vers la fic­tion, et ce­la fait par­tie de la ri­chesse de France Culture, étant en­ten­du que l’on y in­tro­duit aus­si la di­men­sion plai­sir. Au­jourd’hui, nos pro­duc­teurs ont à la fois l’ex­per­tise et le sa­voir-faire ra­dio­pho­nique. Cette réa­li­té est per­çue par le pu­blic. Ré­sul­tat : le pla­fond de verre de France Culture a sau­té.

L’en­jeu édi­to­rial du nu­mé­rique

On peut faire les choses les plus sen­sa­tion­nelles qui soient, ce­la reste vain si vous n’avez pas la bonne po­li­tique de dis­tri­bu­tion de vos conte­nus, tant il est vrai que nous sommes dans un monde de foi­son­ne­ment d’op­por­tu­ni­tés, d’in­vi­ta­tions et de sol­li­ci­ta­tions. La belle époque où faire une émis­sion suf­fi­sait au bon­heur de cha­cun est ré­vo­lue. Dans le même temps que l’on pense une grille pour les usages de la ra­dio, on doit né­ces­sai­re­ment la pen­ser aus­si dans la lo­gique des pod­casts et de l’écoute sur les smart­phones. La stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du pod­cast est main­te­nant an­cienne, et c’est aus­si la rai­son pour la­quelle nous en ré­col­tons au­tant les fruits au­jourd’hui. Le suc­cès nu­mé­rique de France Culture tient aus­si en par­tie à la po­li­tique nu­mé­rique du groupe Ra­dio France im­pul­sée sous la di­rec­tion de Ma­thieu Gal­let. Au­pa­ra­vant, la di­rec­tion du nu­mé­rique se per­ce­vait comme la hui­tième an­tenne du groupe et dé­ve­lop­pait ses propres pro­jets. L’ar­ri­vée de Laurent Frisch à la tête de la struc­ture a mar­qué l’in­ver­sion de cette pra­tique, la di­rec­tion du nu­mé­rique in­té­grant le coeur du mé­tier tech­no­lo­gique pour l’im­bri­quer au plus près au tra­vail édi­to­rial des an­tennes hert­ziennes. Parce que France Culture a tou­jours été une ra­dio de créa­tion, il y a tou­jours eu ici des gens qui s’in­té­res­saient à la nou­veau­té. L’im­pul­sion dé­ci­sive a été don­née à l’hi­ver 2015 avec Florent La­trive, dé­lé­gué aux nou­veaux mé­dias. En­semble, nous avons consi­dé­ré que le nu­mé­rique n’était plus une tech­no­lo­gie mais un en­jeu édi­to­rial, et que son dé­ve­lop­pe­ment de­vait s’ins­crire dans une lo­gique d’an­tenne. D’où un site, un compte Fa­ce­book et un compte Twit­ter, construits cha­cun comme une an­tenne à part en­tière. Qu’est- ce qu’une an­tenne ? C’est une offre de conte­nus qui s’adresse au pu­blic en pro­po­sant une ex­pé­rience et un par­cours gui­dés. D’où une charte re­con­nais­sable, une édi­to­ria­li­sa­tion spé­ci­fique avec un dé­rou­lé qui com­prend aus­si du texte et de l’image. Deuxième prin­cipe : France Culture sur Fa­ce­book, sur le site, ou sur Twit­ter, c’est France culture et rien d’autre. Au­tre­ment dit, tout pro­cède de la dé­marche édi­to­riale qu’im­pulse Vincent Le­merre aux pro­grammes et Fré­dé­ric Bar­reyre à la ré­dac­tion : qui que ce soit qui va sur un de nos fils doit pou­voir ra­pi­de­ment iden­ti­fier qu’il est au coeur de l’offre de France Culture, afin no­tam­ment de sus­ci­ter des en­vies de pas­ser d’un uni­vers à l’autre, de ce­lui des ré­seaux so­ciaux à ce­lui de la ra­dio par exemple. L’ex­pé­rience sur le site doit être la même que sur la ra­dio, les textes et les images en plus. Quant au for­mat des pod­casts, il n’y a

au­cune rai­son qu’ils obéissent seule­ment aux stan­dards né­ces­saires sur une ra­dio hert­zienne en termes de du­rée et de ré­gu­la­ri­té. D’où notre pro­duc­tion de pod­casts spé­ci­fiques de po­lars ou de science- fic­tion qui, en jouant avec des codes nar­ra­tifs dif­fé­rents, sont aus­si de vé­ri­tables sé­ries so­nores. Notre uni­vers de concur­rence n’est pas dans les autres ra­dios ou té­lé­vi­sions, mais dans Fa­ce­book… quand on n’est pas sur le Fa­ce­book de France culture.

Les moyens hu­mains et bud­gé­taires d’un ser­vice pu­blic

France Culture com­prend une ré­dac­tion qui in­clut toutes les équipes au mi­cro et celles pré­pa­rant les émis­sions, un ser­vice édi­to­rial du nu­mé­rique, un ser­vice de com­mu­ni­ca­tion, etc. Nous nous ap­puyons aus­si sur les di­rec­tions trans­ver­sales de Ra­dio France. Ain­si les tech­ni­ciens dé­pendent- ils de la di­rec­tion tech­nique du groupe, idem pour les réa­li­sa­teurs des ma­ga­zines, et pour les fonc­tions sup­port du nu­mé­rique. Notre bud­get de fonc­tion­ne­ment est un peu plus de 11,5 mil­lions d’eu­ros. Il com­prend les ré­mu­né­ra­tions des pro­duc­teurs et de leurs équipes (ma­ga­zines et do­cu­men­taires), des réa­li­sa­teurs et des co­mé­diens de la fic­tion, les piges, les dé­pla­ce­ments, etc. Quant aux jour­na­listes de la ré­dac­tion France Culture, ils sont sa­la­riés en CDI, ré­mu­né­rés par Ra­dio France.

Le bud­get va pour un quart de son mon­tant au dé­par­te­ment de la fic­tion – la fic­tion de France Culture est le “pre­mier théâtre de France” en termes de nombre de ca­chets de co­mé­diens et de com­mandes de textes in­édits –, pour un autre quart à l’ac­ti­vi­té do­cu­men­taire et la créa­tion ra­dio­pho­nique, et pour la moi­tié res­tante à la ré­dac­tion, aux émis­sions et ma­ga­zines qui font le fond de la grille. Que le coût glo­bal de la grille de notre an­tenne soit aus­si éle­vé que celles des autres an­tennes, non seule­ment nous l’as­su­mons, mais nous le re­ven­di­quons, puisque le ca­hier des charges de Ra­dio France com­prend un cer­tain nombre de mis­sions de ser­vice pu­blic dont la fic­tion, la créa­tion ra­dio­pho­nique, les émis­sions re­li­gieuses, qui re­posent es­sen­tiel­le­ment sur France Culture. La culture a un coût et ce bud­get cor­res­pond à l’exi­gence du ser­vice pu­blic. Faire de la fic­tion de grande qua­li­té né­ces­site des moyens (en co­mé­diens, en brui­teurs, etc.) et pour réa­li­ser des émis­sions d’his­toire ou de phi­lo­so­phie de la qua­li­té de celle que nous pro­po­sons, il faut des équipes, des ar­chives…

Et sur­tout l’im­pé­ra­tif de sim­pli­ci­té

France Culture est un mé­dia d’in­fluence po­si­tion­né sur le dé­ve­lop­pe­ment des sa­voirs, des idées et de la créa­tion. Nous tra­vaillons au­tant avec l’Édu­ca­tion na­tio­nale et l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur qu’avec la Culture. Le monde de l’uni­ver­si­té et de la connais­sance consi­dère en gé­né­ral que France Culture est le mé­dia de la mise en re­la­tion de leur tra­vail avec un pu­blic cu­rieux d’ap­prendre. Ho­mos sa­piens a tou­jours vou­lu en sa­voir plus, et notre ta­lent est de ré­pondre à cette cu­rio­si­té. Nous avons ré­cem­ment pro­duit une vi­déo sur la phi­lo­sophe Si­mone Weil qui a été vue un de­mi-mil­lion de fois ! Une vraie dé­cou­verte car peu de monde connais­sait Si­mone Weil au­pa­ra­vant… C’est bien dans cette ca­pa­ci­té d’édi­to­ria­li­sa­tion du sa­voir que l’on fait la dif­fé­rence. Si on avait fait juste un cours aca­dé­mique sur Si­mone Weil, le re­ten­tis­se­ment n’au­rait pas été le même. Quel que soit le sup­port, l’im­pé­ra­tif est de faire simple. Sim­pli­fier, ce n’est pas dé­na­tu­rer ou faire du po­pu­lisme à l’en­vers, c’est l’in­verse, c’est prendre en main un ob­jet dans toute sa com­plexi­té et le res­ti­tuer pour tous. Ce n’est pas abî­mer, c’est glo­ri­fier, on le sait bien en lit­té­ra­ture.

Il faut écrire comme Al­bert Ca­mus ou Mo­dia­no, des au­teurs qui ex­priment le plus sim­ple­ment ce qu’il y a de plus pro­fond et com­plexe. La ra­dio et le son, dans leur mo­des­tie et leur agi­li­té, ont un grand ave­nir : ils s’adaptent aux usages de la mo­der­ni­té dès lors que l’on fait ce tra­vail de trans­for­ma­tion et de sim­pli­fi­ca­tion au plus près de ceux qui nous écoutent, nous re­gardent et nous lisent – puisque France Culture pro­duit aus­si une re­vue écrite tri­mes­trielle, ‘Pa­piers’. Le but ul­time c’est la trans­mis­sion. C’est à ce­la que je consacre ma vie de­puis vingt- cinq ans et au­jourd’hui, je di­rige un ba­teau sur le­quel des ma­rins font un tra­vail for­mi­dable, mon rôle étant que ce tra­vail soit re­çu par le plus de per­sonnes pos­sible sans rien bra­der de nos exi­gences.

Quel que soit le sup­port, l’im­pé­ra­tif est de faire simple. Sim­pli­fier, ce n’est pas dé­na­tu­rer ou faire du po­pu­lisme à l’en­vers, c’est l’in­verse, c’est prendre en main un ob­jet dans toute sa com­plexi­té et le res­ti­tuer pour tous”

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