Aé­rien, la busi­ness class low cost

Comment voya­ger en classe af­faires à moindre coût

Le Nouvel Economiste - - La Une - SO­PHIE SEBIROT

Dans un contexte d’op­ti­mi­sa­tion des coûts tous azi­muts, la busi­ness class ne fait pas ex­cep­tion et cède à la mode du low cost. Grâce à l’ar­ri­vée de nouveaux ac­teurs sur ce seg­ment, à des pro­mo­tions pro­po­sées par les com­pa­gnies aé­riennes qui se livrent une concurrence achar­née et à quelques as­tuces, il est pos­sible de bé­né­fi­cier du confort de la busi­ness class à prix ré­duit et d’ar­ri­ver en forme à des­ti­na­tion. À condi­tion­tou­tep fois d’ac­cep­ter quelques contraintes, par­fois in­com­pa­tibles avec une réunion de der­nière mi­nute.

Un oxy­more, la busi­ness class low cost ? Pas tout à fait. Il est par­fai­te­ment pos­sible de pro­fi­ter du confort, de l’es­pace et des petits plus de la classe af­faires sans se rui­ner, ou du moins pour quelques di­zaines d’euros sup­plé­men­taires. Aux as­tuces dé­jà an­ciennes, telle que pro­fi­ter des miles des pro­grammes de fi­dé­li­té, se sont ajou­tées de nou­velles com­pa­gnies aé­riennes pro­po­sant des prix dé­fiant toute concurrence, ain­si Les com­pa­gnies aé­riennes pro­posent en gé­né­ral à leurs plus fi­dèles clients des offres ré­gu­lières en sur­clas­se­ment sur leur pro­gramme de fi­dé­li­té que des offres pro­mo­tion­nelles al­lé­chantes, dont le voya­geur d’af­faires au­rait tort de se pri­ver.

An­ti­ci­per, si pos­sible

“Les condi­tions pour voya­ger en busi­ness class à moindre coût sont de s’y prendre long­temps à l’avance et uti­li­ser ses miles”, dé­clare, un brin pé­remp­toire, Béa­trice de Ro­ta­lier, di­rec­trice gé­né­rale de Del­ta Air Lines France.

“En ré­ser­vant suf­fi­sam­ment à l’avance (60 jours avant le dé­part), il est pos­sible de bé­né­fi­cier de prix très in­té­res­sants en classe af­faires. Pour les en­tre­prises, une étude per­met­tra de pro­po­ser la meilleure offre ta­ri­faire adap­tée aux

be­soins du client”, confirme Pas­cal Cous­seau, di­rec­teur com­mer­cial de la com­pa­gnie ja­po­naise ANA. C’est ef­fec­ti­ve­ment la meilleure ma­nière de voya­ger moins cher et ce­la est va­lable pour toutes les classes, busi­ness comme éco. En outre, an­ti­ci­per son voyage per­met de bien le pré­pa­rer, de com­pa­rer les prix, voire d’ob­te­nir un billet mo­di­fiable ou rem­bour­sable. Mais il n’est pas tou­jours pos­sible de pré­voir à temps une réunion à l’autre bout du monde. Dans ce cas, d’autres so­lu­tions existent pour qui est à la re­cherche d’un bon rap­port qua­li­té/prix.

Bé­né­fi­cier du sur­clas­se­ment

À com­men­cer par le sur­clas­se­ment. Les com­pa­gnies aé­riennes pro­posent en gé­né­ral à leurs plus fi­dèles clients des offres ré­gu­lières sur leur pro­gramme de fi­dé­li­té. “Nous ré­com­pen­sons la loyau­té”, ex­plique Jer­ry Lee, di­rec­teur France de la com­pa­gnie taï­wa­naise EVA Air, membre

du ré­seau Star Al­liance. “Nos clients ayant ac­cé­dé au sta­tut Pla­ti­num ou Dia­mond de notre carte de fi­dé­li­té ont la pos­si­bi­li­té d’ac­cé­der à notre ca­bine pre­mium eco­no­my en fonc­tion des places dis­po­nibles. Nos pas­sa­gers peuvent éga­le­ment conver­tir leurs miles ac­cu­mu­lés ou leurs points Part­nerP­lusBe­ne­fit (PPB, dé­ve­lop­pé par Luf­than­sa) en sur­clas­se­ment busi­ness. Ce pro­gramme s’adresse par­ti­cu­liè­re­ment aux PME et PMI. Il leur per­met d’ac­cu­mu­ler des points et de les échan­ger sous forme de billets, sur­clas­se­ments ou ca­deaux”, confirme Pas­cal Cous­seau. Ceux qui n’au­raient pas en­core at­teint le ni­veau de miles de­man­dés pour bé­né­fi­cier d’un sur­clas­se­ment peuvent ten­ter le sur­boo­king. En cas de sur­ré­ser­va­tion par les com­pa­gnies aé­riennes, le pas­sa­ger au­ra une chance d’être sur­clas­sé en busi­ness. À condi­tion bien sûr d’être ha­billé cor­rec­te­ment et qu’une place soit dis­po­nible en busi­ness. “Le yield ma­na­ge­ment est tel­le­ment bien ro­dé qu’il est dif­fi­cile de trou­ver une place en classe af­faire”, nuance Béa­trice de Ro­ta­lier, qui ajoute: “Si sur­boo­king il y a, il est pos­sible d’être sur­clas­sé en busi­ness, à condi­tion que l’en­tre­prise ait pas­sé un ac­cord avec Del­ta et que le voya­geur dis­pose d’un pro­gramme de fi­dé­li­té”. Inconvénient du sur­boo­king : il est im­pré­vi­sible et peu re­com­man­dé en cas de réunion le len­de­main de la date de dé­part pré­vue.

Pro­fi­ter des offres pro­mo­tion­nelles

Concurrence et guerre des prix obligent, les pro­mo­tions sont lé­gion sur les sites des com­pa­gnies aé­riennes. Et per­mettent là en­core de ré­duire le coût d’un voyage en busi­ness class. Pour en bé­né­fi­cier, l’ins­crip­tion aux news­let­ters des com­pa­gnies s’im­pose. “Il nous ar­rive de mettre sur le mar­ché des offres pro­mo­tion­nelles très in­té­res­santes en fonc­tion de l’offre et de

la de­mande cou­vrant une large pé­riode. Nous in­vi­tons alors nos pas­sa­gers à adhé­rer à notre news­let­ter afin d’être

les pre­miers in­for­més”, dé­taille Pas­cal Cous­seau. Autre pos­si­bi­li­té, les ventes aux en­chères. La com­pa­gnie ka­za­khe Air As­ta­na fut l’une des pre­mières à mettre en place un sys­tème de vente aux en­chères, bap­ti­sé “My Up­grade”, pour avoir une chance d’être sur­clas­sé. Ex­pli­ca­tion: après avoir ré­ser­vé un vol en classe éco et vé­ri­fié la com­pa­ti­bi­li­té de votre iti­né­raire, il suf­fit de faire une offre. Si l’offre est ac­cep­tée, vous se­rez sur­clas­sé en classe af­faires. À condi­tion tou­te­fois de pro­po­ser un prix rai­son­nable et qui ne soit pas en des­sous du prix de réserve dé­ci­dé par Air As­ta­na. Des ventes aux en­chères sont dis­po­nibles sur d’autres com­pa­gnies.

Uti­li­ser les com­pa­gnies spé­cia­li­sées

Les com­pa­gnies spé­cia­li­sées peuvent s’avé­rer éga­le­ment une so­lu­tion ren­table. “Nous of­frons des vols Pa­ris-New York 30 à 50 % moins cher que les autres com­pa­gnies aé­riennes; voya­ger en busi­ness class sans se rui­ner fait par­tie du code ADN de La Com­pa­gnie”, note Jean-Charles Pe­ri­no, di­rec­teur com­mer­cial et mar­ke­ting de la

so­cié­té épo­nyme. “Notre seg­ment est une classe af­faires ef­fi­cace of­frant un bon rap­port qua­li­té/prix. Car outre le prix, l’ex­pé­rience est im­por­tante. Nous avons fait le choix de ne mettre que 74 sièges dans des avions qui pou­vaient en conte­nir 220 : nous of­frons ain­si des lits par­fai­te­ment plats, une am­biance

feutrée et une plus grande flui­di­té à l’em­bar­que­ment”, ex­plique Jean-Charles Pe­ri­no. Un concept qui a contri­bué au suc­cès de La Com­pa­gnie. “Nous avons mis en place un pro­duit qui cor­res­pon­dait à l’air du temps, no­tam­ment à la baisse des dé­penses de voyages dans les en­tre­prises”, ajoute Jean-Charles Pe­ri­no. Ce der­nier re­con­naît tou­te­fois que le mo­dèle de La Com­pa­gnie n’est viable que sur le

long-courrier: “le bé­né­fice en termes de confort qu’ap­porte la busi­ness class est es­sen­tiel pour ar­ri­ver en bonne forme à des­ti­na­tion. Ce­la est moins stra­té­gique pour le court courrier”. Et Béa­trice de Ro­ta­lier de nuan­cer: “Pour une

en­tre­prise qui ne fait que des voyages entre Pa­ris et New York, cette offre est par­faite, ce n’est pas for­cé­ment le cas pour d’autres des­ti­na­tions. 1 200 euros pour un vol Pa­ris-New York est un très bon ta­rif, mais il convient de re­gar­der

l’in­té­gra­li­té du voyage”. Quoi qu’il en soit, La Com­pa­gnie pré­voit l’ar­ri­vée de deux nouveaux Air­bus A321­neo et étu­die l’ou­ver­ture de nou­velles lignes aé­riennes. Les bud­gets plus éle­vés ou les chefs d’en­tre­prise pres­sés peuvent aussi avoir re­cours au co­je­tage. Les jets pri­vés vo­lant sou­vent à vide à l’al­ler ou au re­tour pour ache­mi­ner leurs clients, cer­taines com­pa­gnies et pla­te­formes In­ter­net pro­posent de ré­ser­ver un vol en jet pri­vé et de par­ta­ger ce vol à plu­sieurs. Une so­lu­tion, pro­po­sée par Get1Jet (voir en­ca­dré), qui per­met aux chefs d’en­tre­prise d’une même ré­gion ayant une des­ti­na­tion com­mune de voya­ger à prix ré­duit, dans des condi­tions luxueuses, sans at­tente à l’en­re­gis­tre­ment ni cor­res­pon­dances fas­ti­dieuses.

Un com­pro­misp : la “pre­mium eco­no­my”

Dans un contexte de contrôle des coûts, la pre­mium eco­no­my fait fi­gure de com­pro­mis et s’im­pose de plus en plus, sur­tout pour les tra­jets courts. “Les so­cié­tés sou­cieuses du confort de leurs col­la­bo­ra­teurs, mais aussi de leurs dé­penses, sau­ront trou­ver la ré­ponse en pre­mium eco­no­my”, af­firme Pas­cal Cous­seau. Une so­lu­tion qui ne fait pas for­cé­ment l’una­ni­mi­té. “Le sur­coût de la pre­mium eco­no­my n’ap­porte rien. On ne voit pas

le cô­té busi­ness”, es­time Jean-Bap­tiste Pa­ris, co-fon­da­teur de la com­pa­gnie Get1Jet. De son cô­té, Air As­ta­na a mis en place l’Eco­no­my Slee­per; la dif­fé­rence avec la pre­mium eco­no­my est de ga­ran­tir trois sièges à chaque pas­sa­ger, qui se trans­forment le cas échéant en lit ho­ri­zon­tal. Autre pos­si­bi­li­té pour di­mi­nuer ses dé­penses d’avion : voya­ger en busi­ness à l’al­ler pour ar­ri­ver re­po­sé, et en éco­no­mie ou pre­mium eco­no­my au re­tour.

La contrainte de flexibilité

On l’au­ra com­pris, pour bé­né­fi­cier d’un vol en busi­ness class à prix ré­duit, la condi­tion im­po­sée est la flexibilité. Flexibilité en termes de dates, de des­ti­na­tions et de par­cours. Inu­tile de re­cher­cher un bon ta­rif sur une des­ti­na­tion dont une com­pa­gnie aé­rienne dé­tien­dra le mo­no­pole, sou­lignent cer­tains pro­fes­sion­nels. Ni sur des voyages im­pli­quant des cor­res­pon­dances nom­breuses. “Tout ne peut pas être low cost. Il y a for­cé­ment des contre­par­ties en échange d’un ta­rif plus bas. Les voya­geurs dis­po­sant d’une cer­taine flexibilité en termes de dates au­ront da­van­tage de chances de payer moins cher leur billet en busi­ness class”, confirme Ma­nuel Le Gouel­lec, di­rec­teur com­mer­cial d’EVA Air. “60 % des voya­geurs en classe af­faires se dé­placent pour des mo­tifs pro­fes­sion­nels dans le cadre de contrats firmes. Nous les ac­com­pa­gnons avec des ac­cords so­cié­tés do­tés de règles souples fa­ci­li­tant les chan­ge­ments de ré­ser­va­tion de der­nière mi­nute in­hé­rents à leur fonc­tion. Dans ce cas, le prix n’est pas le cri­tère im­mé­dia­te­ment de­man­dé : la sou­plesse est la prio­ri­té dans la né­go­cia­tion”, ré­sume

Pas­cal Cous­seau.

“Nous avons mis en place un pro­duit

qui cor­res­pon­dait à l’air du temps, no­tam­ment à la baisse des dé­penses de

voyages dans les en­tre­prises.” Jean-Charles Pe­ri­no, La Com­pa­gnie.

“Les so­cié­tés sou­cieuses du confort de leurs col­la­bo­ra­teurs mais aussi de leurs dé­penses sau­ront trou­ver la ré­ponse en pre­mium eco­no­my.” Pas­cal Cous­seau, ANA.

“Le yield ma­na­ge­ment est tel­le­ment bien ro­dé qu’il est dif­fi­cile de trou­ver une place en classe af­faires en sur­boo­king.”

Béa­trice de Ro­ta­lier, Del­ta Air Lines.

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