L’ex­plo­sion des ré­seaux

Le net­wor­king, do­pé par le nu­mé­rique, de­vient fu­rieu­se­ment ten­dance

Le Nouvel Économiste - - La Une - PA­TRICK AR­NOUX

Au dé­but de ce siècle, à part quelques ami­cales pous­sié­reuses, il n’exis­tait pra­ti­que­ment au­cun ré­seau de femmes orien­té bu­si­ness ou car­rière. Les spé­cia­listes de l’agence Con­nec­ting Wo­men en dé­nombrent plus de 400 ac­tuel­le­ment. Ré­ac­tions dé­mul­ti­pliées à un os­tra­cisme cer­tain – im­pos­sible au­jourd’hui pour une femme de de­ve­nir membre du plus an­cien club de la ca­pi­tale “l’Au­to”, place de la Con­corde –, vo­lon­té sur­tout de faire jouer la so­li­da­ri­té et le rap­port de force pour s’im­po­ser bien au-de­là de ce pla­fond de verre, à faire ex­plo­ser en mu­tua­li­sant les am­bi­tions, tuyaux, re­com­man­da­tions pour par­ve­nir – en­fin – dans les co­mi­tés exé­cu­tifs comme dans les con­seils d’ad­mi­nis­tra­tion...

Au dé­but de ce siècle – hier –, à part quelques ami­cales pous­sié­reuses, il n’exis­tait pra­ti­que­ment au­cun ré­seau de femmes orien­té bu­si­ness ou car­rière. Les spé­cia­listes de l’agence Con­nec­ting Wo­men en dé­nombrent plus de 400 ac­tuel­le­ment. Ré­ac­tions dé­mul­ti­pliées à un os­tra­cisme cer­tain – im­pos­sible au­jourd’hui pour une femme de de­ve­nir membre du plus an­cien club de la ca­pi­tale “l’Au­to”, place de la Con­corde –. Vo­lon­té sur­tout de faire jouer la so­li­da­ri­té et le rap­port de force pour s’im­po­ser bien au-de­là de ce pla­fond de verre, à faire ex­plo­ser en mu­tua­li­sant les am­bi­tions, tuyaux, re­com­man­da­tions pour par­ve­nir – en­fin – dans les co­mi­tés exé­cu­tifs comme dans les con­seils d’ad­mi­nis­tra­tion.

Les hommes usent de­puis des lunes des bé­né­fices plus ou moins ca­chés de ces liens plus ou moins “ami­caux” d’entre-aide. Ceux-là même qui font par­fois fonc­tion de boos­ter in­ex­pli­qué dans le cadre de no­mi­na­tions, pour qui n’en a pas la vi­si­bi­li­té. Et de leur cô­té aus­si, les ré­seaux foi­sonnent. Sans ou­blier la dy­na­mique de tous ces gé­né­rés par ce trip­tyque clas­sique pour des in­di­vi­dus ne bé­né­fi­ciant plus de ces an­crages d’hier, cor­res­pond donc le for­mi­dable es­sor des liens gé­né­rés par le di­gi­tal, les ré­seaux so­ciaux. Struc­tures im­ma­té­rielles ve­nues s’ajou­ter à celles beau­coup plus ma­té­rielles – réunions, dî­ners, ac­ti­vi­tés par­ta­gées – des or­ga­ni­sa­tions, clubs, confré­ries et autres cercles, mul­ti­pliés eux aus­si au cours de ces der­nières an­nées. Bref, les ré­seaux prennent une im­por­tance crois­sante sans que cet ice­berg ne donne vrai­ment à voir sa trans­pa­rence de cris­tal.

D’abord, le concept est sin­gu­liè­re­ment mul­ti­forme et long­temps, le terme a ré­son­né de fa­çon pé­jo­ra­tive. Du fait d’un entre-soi mi­li­tant, ces re­la­tions ca­chées n’ins­pirent pas vrai­ment confiance. Cette triste ré­pu­ta­tion a en par­tie dis­pa­rue grâce à ses ap­pli­ca­tions bé­né­fiques et li­sibles des re­la­tions qu’il per­met d’éta­blir entre dif­fé­rentes struc­tures. D’ailleurs au­jourd’hui, on iden­ti­fie bien les ré­seaux d’en­tre­prises ou d’as­so­cia­tions, de mé­ta-ré­seaux tel In­ter­net, sans avoir pour au­tant une per­cep­tion com­plo­tiste. Par-de­là le simple car­net d’adresses, un ré­seau d’in­fluence est l’en­semble des contacts qu’une en­tre­prise ou qu’un in­di­vi­du a la pos­si­bi­li­té de sol­li­ci­ter afin d’ob­te­nir, di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment, of­fi­ciel­le­ment ou of­fi­cieu­se­ment, l’aide né­ces­saire à la réus­site de sa dé­marche.

C’est sans doute la par­tie la plus opaque de la so­cié­té, le plus sou­vent im­ma­té­rielle, et pour­tant, ce sys­tème ner­veux aux si mul­tiples ra­mi­fi­ca­tions joue un rôle es­sen­tiel dans son évo­lu­tion

Ré­seau­ter, c’est obli­gé

Soi­gner son net­wor­king, “ré­seau­ter” (dé­mul­ti­plier ses contacts) sont de­ve­nus des exer­cices qua­si obli­gés pour les gé­né­ra­tions Y comme pour leurs aî­nés. Sé­sames na­tu­rels de la vie des af­faires comme des ar­canes de la fonc­tion pu­blique. Les ré­seaux – grâce à leurs échanges de tuyaux – sont donc fu­rieu­se­ment ten­dance, car cet en­goue­ment ac­cru pour ces formes d’ap­par­te­nance va­lo­rise ce ca­pi­tal re­la­tion­nel qui joue un rôle crois­sant en se connec­tant à des ré­seaux mul­tiples. Ce net­wor­king tant fa­ci­li­té par le nu­mé­rique (dé­lo­ca­li­sa­tion, com­mu­ni­ca­tion etc.) a tou­jours un ob­jec­tif: ap­par­te­nir à des com­mu­nau­tés de proxi­mi­té à échelle hu­maine, fé­dé­rées au­tour d’une fi­na­li­té. De deux sortes: in­di­vi­duelle (car­rière, so­cia­li­sa­tion, bu­si­ness, centre d’in­té­rêt, dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel, re­la­tions) ou/et col­lec­tive (in­fluence, in­té­rêt gé­né­ral, cor­po­ra­tisme).

Dans les pre­mières, on re­trouve les as­so­cia­tions d’an­ciens, Lin­kedin, clubs fé­mi­nistes, Le Cercle, Le Siècle, l’Au­to­mo­bile club, le Jo­ckey club, le Club des cent, la Table ronde. Dans les se­condes, les grands corps, les loges ma­çon­niques, les so­cié­tés se­crètes, les cercles de ré­flexion et autres think tank, le Club du XXIe siècle, En­tre­prise et ci­té, le Ro­ta­ry, le Lions club.

Une ex­pé­di­tion dans ces struc­tures la­by­rin­thiques est bien évi­dem­ment la­cu­naire. Toute ten­ta­tive de car­to­gra­phie ex­haus­tive se­rait trop am­bi­tieuse pour la mince place al­louée à cette en­quête. Reste pour­tant, afin de mieux cer­ner le phé­no­mène, une pos­si­bi­li­té de ty­po­lo­gie per­met­tant de dis­tin­guer plu­sieurs mo­dèles de ré­seaux. Le pro­jec­teur bra­qué sur les plus em­blé­ma­tiques donne une as­sez fi­dèle image de ce pay­sage, avec ses “mo­nu­ments his­to­riques” d’un autre temps et ses start-up bour­rées d’éner­gie au­tant que d’am­bi­tion.

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