L’in­som­nie chi­noise

Pol­lu­tion so­nore, stress, écrans mul­tiples: le som­meil chi­nois n’est ap­pa­rem­ment pas sa­tis­fai­sant

Le Nouvel Économiste - - Analyses -

Beau­coup de Chi­nois dé­posent des plaintes contre ces nui­sances so­nores: 350000 par an, en moyenne, re­pré­sen­tant 35 % des plaintes re­la­tives à l’en­vi­ron­ne­ment. La moi­tié de ces plaintes mettent en cause le bruit des chan­tiers de construc­tion – qui, en Chine, sont sou­vent en ac­ti­vi­té 24 heures sur 24

À l’oc­ca­sion de la jour­née in­ter­na­tio­nale du som­meil (21 mars), les Chi­nois font le point sur l’état du som­meil dans leur pays. Cet état n’est ap­pa­rem­ment pas sa­tis­fai­sant. Par­mi les obs­tacles au som­meil des Chi­nois, vient en tête le bruit des villes. Un quart des villes chi­noises vivent avec un ni­veau de bruit ex­ces­sif, no­tam­ment le soir, au mo­ment où le plus grand nombre est cen­sé s’en­dor­mir. Sont en cause le rire des gens dans les rues et le bruit pro­ve­nant des bou­tiques de res­tau­ra­tion en plein air, ou­vertes la nuit. Beau­coup de Chi­nois dé­posent des plaintes contre ces nui­sances so­nores : 350 000 par an, en moyenne, re­pré­sen­tant 35 % des plaintes re­la­tives à l’en­vi­ron­ne­ment. La moi­tié de ces plaintes mettent en cause le bruit des chan­tiers de construc­tion – qui, en Chine, sont sou­vent en ac­ti­vi­té 24 heures sur 24. Le bruit des en­tre­prises in­dus­trielles est vi­sé par 17 % de ces plaintes, et 21 % s’en prennent au bruit gé­né­ré par les hu­mains. 59 % de ces plaintes sont dé­po­sées dans l’est du pays; 11,7 % seule­ment dans l’ouest et 6,8 % dans le nord-est (Mand­chou­rie).

Or la plu­part de ces plaintes sont sans ef­fet, car on ne sait trop quel mi­nis­tère est en ce cas res­pon­sable. Les ser­vices de l’en­vi­ron­ne­ment, de la culture, de la cir­cu­la­tion, de l’in­dus­trie et du com­merce sont en cause, mais les ins­pec­teurs ur­bains et la po­lice lo­cale, qui re­lèvent les ex­cès de bruit, ignorent le plus sou­vent à quel mi­nis­tère ils doivent s’adres­ser pour une éven­tuelle pour­suite.

Le bruit, bien sûr, n’est pas le seul obs­tacle au som­meil.

La pres­sion du tra­vail – sou­vent le tra­vail em­piète sur les heures de re­pos –, l’an­xié­té et la dé­pres­sion sont aus­si en cause. Comme l’est éga­le­ment l’uti­li­sa­tion ex­ces­sive de sup­ports nu­mé­riques. Une en­quête ré­cente a fait ap­pa­raître que 93 % des per­sonnes in­ter­ro­gées jouaient avec leur mo­bile ou re­gar­daient la té­lé­vi­sion avant de s’en­dor­mir. La même en­quête ré­vèle que les deux tiers des jeunes Chi­nois souffrent d’in­som­nie. 91 % d’entre eux évoquent une fa­tigue au le­ver, le ma­tin, tan­dis que 5,6 % seule­ment se disent pleins d’éner­gie.

Ce sont les Pé­ki­nois qui dorment le moins (6,5 heures par nuit) et le plus mal. Ce sont eux qui se lèvent le plus tôt. Ce sont les Shan­ghaïens qui se couchent le plus tôt et les ha­bi­tants de Shenz­hen qui se couchent le plus tard. Dans tout le pays, la gé­né­ra­tion née dans les an­nées 1990 dort en moyenne 7 heures et de­mie par nuit. 30 % des son­dés se couchent tard et se lèvent tôt. Pour ce qui concerne la pro­fes­sion, les pro­gram­meurs in­for­ma­tiques sont ceux qui dorment le moins, sui­vis par les cols­bleus, les ven­deurs et les gens tra­vaillant dans les ca­bi­nets de conseil. Les pro­prié­taires de bou­tiques en ligne souffrent aus­si d’un som­meil de mau­vaise qua­li­té. Or les in­suf­fi­sances et la mau­vaise qua­li­té du som­meil ont des consé­quences sur la san­té: elles aug­mentent les risques de ma­la­die car­dio-vas­cu­laire, l’an­xié­té et la dé­pres­sion. À l’in­verse, il semble qu’un som­meil suf­fi­sant et bon peut ai­der à ré­duire le risque d’Alz­hei­mer.

LA CHINE S’EST ÉVEILLÉE, PHI­LIPPE BAR­RET

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