Les villes moyennes face à la dé­vi­ta­li­sa­tion

Le gou­ver­ne­ment en­tend sou­te­nir les com­munes en proie à la dé­ser­ti­fi­ca­tion des centres-villes

Le Nouvel Economiste - - Le nouvel Economiste Grand Paris - LU­CAS HOFFET

Jacques Mé­zard, mi­nistre de la Co­hé­sion des ter­ri­toires a an­non­cé le 27 mars que dans le cadre du plan d’ac­tion “coeur de ville”, 222 villes moyennes bé­né­fi­cie­ront d’une conven­tion de re­vi­ta­li­sa­tion s’éche­lon­nant sur 5 ans. Pour le gou­ver­ne­ment, il s’agit de ré­pondre à un double en­jeu : amé­lio­rer les condi­tions de vie des ha­bi­tants des villes moyennes, tout en confor­tant le rôle de mo­teur de ces villes de dé­ve­lop­pe­ment du ter­ri­toire.

Le mi­nis­tère a ain­si dé­blo­qué une en­ve­loppe de 5 mil­liards d’eu­ros, par­mi les­quels 1 mil­liard de la Caisse des dé­pôts en fonds propres, 700 000 eu­ros en prêts, 1,5 mil­liard d’eu­ros d’Ac­tion lo­ge­ment et 1,2 mil­liard d’eu­ros de l’ANAH (Agence na­tio­nale de l’ha­bi­tat).

Si l’on pen­sait l’Ile-de-France épar­gnée par la dé­ser­ti­fi­ca­tion, abri­tée par le pa­ra­pluie mé­tro­po­li­tain et sou­te­nue par un vaste ré­seau de trans­port en com­mun, elle compte quand même 38 villes iden­ti­fiées par la conven­tion. La si­tua­tion en grande cou­ronne n’a que peu à voir avec celle de la zone dense (ca­pi­tale et villes li­mi­trophes). Au-de­là du pé­ri­phé­rique, le maillage des trans­ports en com­mun tend à creu­ser un peu plus le fos­sé entre la zone dense et le reste de la ré­gion fran­ci­lienne.

La dé­vi­ta­li­sa­tion des cen­tra­li­tés s’ob­serve par le dé­part en nombre d’équi­pe­ments com­mer­ciaux et de loi­sirs (ci­né­mas par exemple) vers de grandes sur­faces en pé­ri­phé­ries, lais­sant les centres-villes en proie à la mo­no-ac­ti­vi­té, à la dé­ser­ti­fi­ca­tion ain­si qu’à l’éta­le­ment ur­bain. “Le dé­ploie­ment d’en­seignes in­ter­na­tio­nales, l’évo­lu­tion de l’offre com­mer­ciale et l’es­sor de nou­veaux concepts ont conduit à une aug­men­ta­tion de la taille des sur­faces de vente, à la­quelle les centres ur­bains ont da­van­tage de mal à ré­pondre compte te­nu des contraintes ur­ba­nis­tiques his­to­riques”, ana­lyse JLL, en­tre­prise de conseil en im­mo­bi­lier, dans un rap­port sur la ques­tion.

La mé­tro­pole du Grand Pa­ris

Bien que mieux lo­ti, Pa­ris, qui abrite 62 507 com­merces et ar­ti­sans, n’est pour­tant pas épar­gné par le pro­blème. S’il n’y a pas de dé­ser­ti­fi­ca­tion, la si­tua­tion de cer­tains quar­tiers de la ca­pi­tale a pous­sé la mu­ni­ci­pa­li­té à mettre en place un plan pour la “vi­ta­li­té com­mer­ciale” en 2015, qui com­pre­nait no­tam­ment la “re­prise en main des 6 500 pieds d’im­meuble des bailleurs so­ciaux pa­ri­siens” ou “le lan­ce­ment d’une nou­velle vague de préemp­tion de baux com­mer­ciaux”. Avec l’ex­per­tise de l’Ate­lier pa­ri­sien d’ur­ba­nisme (Apur), 12 zones prio­ri­taires ré­par­ties sur 10 ar­ron­dis­se­ments ont été ci­blées pour bé­né­fi­cier du vo­lon­ta­risme mu­ni­ci­pal au bud­get de 37 mil­lions d’eu­ros sur douze ans.

Plus ré­cem­ment, c’est la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris (MGP) qui a an­non­cé la mise en place d’un groupe de tra­vail qui doit plan­cher sur un plan d’ac­tion. Ac­com­pa­gnée de la Caisse des dé­pôts et autres opé­ra­teurs, la MGP au­ra la pos­si­bi­li­té de pas­ser des contrats par­ti­cu­liers (dont les mo­da­li­tés res­tent à dé­fi­nir) avec les com­munes qui le sou­haitent, dans l’ob­jec­tif d’une meilleure at­trac­ti­vi­té des cen­tres­villes.

Le contre-ef­fet du e-com­merce

Mais au-de­là de la pe­tite cou­ronne, la si­tua­tion se com­plique. Tan­dis que la ma­jo­ri­té des grandes ag­glo­mé­ra­tions a su s’adap­ter à l’évo­lu­tion des ha­bi­tudes de consom­ma­tion, pré­ser­vant de la sorte leur centre-ville, “l’éta­le­ment ur­bain qui existe en grande cou­ronne change ra­di­ca­le­ment la donne”, ex­plique Pierre Creu­zet, di­rec­teur et fon­da­teur de l’as­so­cia­tion d’élus Centre-ville en mou­ve­ment, qui planche de­puis plus de dix ans sur le su­jet. “Les gens ont sou­hai­té ha­bi­ter des pa­villons, ce qui a ren­du l’ur­ba­nisme beau­coup moins dense. Ils sont tou­te­fois res­tés très for­te­ment at­ta­chés à leur cen­tre­ville. Dé­sor­mais, ils sou­haitent pou­voir se ga­rer mais plé­bis­citent les rues pié­tonnes pour la tran­quilli­té et la sé­cu­ri­té qu’elles offrent.” Tan­dis que les taux de va­cance conti­nuent de grim­per en cen­tre­ville, la toute-puis­sance des grandes sur­faces est re­mise en ques­tion par l’e-com­merce, dont les ventes ont en­core pro­gres­sé de 14 % en 2017. Entre 2012 et 2015, le taux de va­cances est pas­sé 4,6 % à 10 % dans les ga­le­ries mar­chandes de pé­ri­phé­rie. “Les en­quêtes que nous avons à notre dis­po­si­tion montrent que plus on achète sur In­ter­net, plus on est en­clin à dé­lais­ser les centres com­mer­ciaux au pro­fit des centres-villes (73 % des son­dés).” À sai­sir donc l’op­por­tu­ni­té of­ferte par l’évo­lu­tion des modes de consom­ma­tion. Comment chan­ger la donne ? Pour l’ins­tant, bien que l’Ins­pec­tion gé­né­rale des fi­nances (IGF) se soit fen­due d’un rap­port ex­trê­me­ment dé­taillé, une concer­ta­tion plus glo­bale, na­tio­nale, semble faire dé­faut. “Il n’y a pas de vue d’en­semble, tout le monde veut un Ikea dans sa com­mune, mais à quel prix pour les centres-villes ?”

Pour le gou­ver­ne­ment, il s’agit de ré­pondre à un double en­jeu: amé­lio­rer les condi­tions de vie des ha­bi­tants des villes moyennes, tout en confor­tant le rôle de mo­teur de ces villes de dé­ve­lop­pe­ment du ter­ri­toire.

Sau­ver les centre-villes

L’as­so­cia­tion d’élus Centre-ville en mou­ve­ment s’est réunie pour en­joindre au gou­ver­ne­ment de

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