Vers la fin du cash ?

Le paie­ment par mo­bile se pro­page à grande vi­tesse

Le Nouvel Économiste - - La Une -

Voi­là qui per­met de me­su­rer la ra­pi­di­té et l’im­pré­vi­si­bi­li­té avec la­quelle la tech­no­lo­gie et la fi­nance se sont dé­ve­lop­pées : les deux nou­veaux sys­tèmes de paie­ment les plus in­fluents du XXIe siècle jus­qu’à pré­sent sont tous les deux ap­pa­rus plus ou moins par ac­ci­dent. M-Pe­sa, le sys­tème de paie­ment mo­bile du Ke­nya, est is­su d’un pro­jet pi­lote lan­cé en 2005 par Sa­fa­ri­com, le plus grand opé­ra­teur mo­bile du pays, fi­nan­cé par le De­part­ment for In­ter­na­tio­nal De­ve­lop­ment (DFID), agence du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique pour la co­opé­ra­tion. Ses cher­cheurs avaient remarqué que les Ké­nyans trans­fé­raient entre eux du temps de connexion de té­lé­phone por­table comme s’il s’agis­sait d’argent.

Ils ont pen­sé que ce­la pour­rait of­frir un moyen de gé­rer les rem­bour­se­ments de mi­cro-cré­dit, ré­dui­sant ain­si les coûts. Ali­pay, un sys­tème de paie­ment par smart­phone dé­sor­mais om­ni­pré­sent en Chine et qui se ré­pand ra­pi­de­ment à l’étran­ger, est né d’un ser­vice conçu pour Tao­bao, une pla­te­forme en ligne gé­rée par Ali­ba­ba, où les pe­tites en­tre­prises vendent di­rec­te­ment aux consom­ma­teurs chi­nois. Les clients étaient ré­ti­cents à payer les mar­chan­dises avant de les avoir re­çues. Ain­si, les ache­teurs en­voyaient leurs com­mandes par fax à Ali­pay et lui confiaient leur argent avant de le faire dé­blo­quer lorsque la li­vrai­son était confir­mée. En 2008, ce sys­tème a été trans­for­mé en “por­te­feuille” mo­bile dans le­quel l’argent est conser­vé. Sa­fa­ri­com a trans­for­mé M-Pe­sa en un sys­tème glo­bal de trans­fert d’argent qui est de­ve­nu le moyen le plus po­pu­laire de faire cir­cu­ler de l’argent au Ke­nya. Les ti­tu­laires de comptes (qui sont main­te­nant au nombre de près de 30 mil­lions) dé­posent des es­pèces chez l’un des 148 000 agents de Sa­fa­ri­com, gé­né­ra­le­ment des ma­ga­sins de quar­tier qui ven­daient dé­jà des cartes à grat­ter pour re­char­ger les té­lé­phones por­tables. L’argent peut en­suite être re­ti­ré chez un autre agent ou trans­fé­ré à un autre ti­tu­laire d’un compte M-Pe­sa. Ce­la per­met aux gens qui tra­vaillent dans les villes d’en­voyer de l’argent dans leur vil­lage d’ori­gine plus ra­pi­de­ment, à moindre coût et en toute sé­cu­ri­té. D’autres ser­vices se sont ajou­tés au fil des ans. M-Pe­sa s’est éten­du à l’étran­ger et a don­né nais­sance à des dou­zaines de sys­tèmes qui l’ont imi­té. Presque tous sont mi­nus­cules par rap­port à Ali­pay, qui compte 520 mil­lions d’uti­li­sa­teurs ac­tifs, presque au­tant que tous les comptes de paie­ment mo­bile dé­te­nus dans le reste du monde réunis. Ali­pay es­père por­ter sa base de clients à 2 mil­liards d’uti­li­sa­teurs à l’échelle mon­diale d’ici 2025. Ant Fi­nan­cial, qui édite Ali­pay, a été fon­dé en 2014 et de­vrait en­trer en bourse l’an­née pro­chaine. Ant cher­che­rait à ob­te­nir des fi­nan­ce­ments plus tôt, ce qui lui per­met­trait d’être va­lo­ri­sé à 150 mil­liards de dol­lars (à titre de com­pa­rai­son, Gold­man Sachs est éva­lué à en­vi­ron 100 mil­liards de dol­lars). Les vo­lumes trai­tés par ses sys­tèmes sont stu­pé­fiants. Du­rant la seule Jour­née des cé­li­ba­taires en Chine (le 11 no­vembre de l’an der­nier), qui est dans ce pays une jour­née d’achats en ligne fré­né­tiques, Ali­pay a trai­té 25 mil­liards de dol­lars en tran­sac­tions, dont 90 % via des té­lé­phones por­tables. Le seul ser­vice de paie­ment mo­bile qui se rap­proche de l’échelle d’Ali­pay est We­Chat Pay, pro­po­sé par son ri­val chi­nois Tencent, un géant des mé­dias so­ciaux. Il a fait di­mi­nuer la part d’Ali­pay sur le mar­ché chi­nois du paie­ment mo­bile, qui est pas­sée de plus de 80 % à un peu plus de 50 %. La plu­part des Chi­nois uti­lisent les deux sys­tèmes. M-Pe­sa et Ali­pay ont des mo­dèles très dif­fé­rents. M-Pe­sa a été conçu pour un té­lé­phone mo­bile pre­mier prix, fonc­tion­nant à par­tir d’un me­nu tex­tuel d’op­tions (bien qu’il soit main­te­nant aus­si dis­po­nible sous forme d’ap­pli­ca­tion). Ali­pay, lui, n’est dis­po­nible que sous la forme d’une ap­pli­ca­tion pour smart­phone, liée à un compte ban­caire, ce qui montre l’adop­tion ra­pide des té­lé­phones connec­tés à In­ter­net en Chine. Les paie­ments sont ef­fec­tués au moyen de QR codes, ces grilles de car­rés noirs et blancs de­ve­nues om­ni­pré­sentes en Chine. Même cer­tains men­diants les ac­ceptent. Les deux sys­tèmes par­ti­cipent à la di­mi­nu­tion du nombre d’ex­clus du sys­tème fi­nan­cier. Une étude me­née au Ke­nya ci­tée dans le Fin­dex par deux éco­no­mistes, Tav­neet Su­ri du MIT et William Jack de l’Uni­ver­si­té de Geor­ge­town, a mon­tré que l’ac­cès à M-Pe­sa a aug­men­té le ni­veau de la consom­ma­tion et per­mis à 194000 mé­nages ké­nyans (2 % du to­tal) de sor­tir de la pau­vre­té. En Chine, le nombre d’adultes qui n’ont pas de compte ban­caire, 225 mil­lions, est plus im­por­tant que par­tout ailleurs dans le monde. Mais 82 % des per­sonnes non ban­ca­ri­sées pos­sèdent un té­lé­phone por­table, contre en­vi­ron deux tiers dans le monde. Dé­jà 40 % des adultes en Chine ef­fec­tuent des paie­ments mo­biles, et 85 % de ceux qui font des achats sur In­ter­net paient en ligne (glo­ba­le­ment, plus de la moi­tié des ache­teurs en ligne paient comp­tant à la li­vrai­son). Dans un do­cu­ment ré­cent, le Consul­ta­tive Group to As­sist the Poor, une or­ga­ni­sa­tion hé­ber­gée par la Banque mon­diale à Washington DC, sou­ligne que 44 % de la po­pu­la­tion chi­noise vit dans les zones ru­rales, où la connec­ti­vi­té peut consti­tuer un obs­tacle. Dans les cam­pagnes, 71 % des ha­bi­tants n’uti­lisent tou­jours pas In­ter­net, contre 33 % dans les zones ur­baines. Les mo­dèles chi­nois et ke­nyan ont fran­chi les fron­tières. La plu­part des pays en dé­ve­lop­pe­ment dis­posent d’un ser­vice de paie­ment mo­bile, mais l’Afrique sub­sa­ha­rienne est la seule ré­gion où la pro­por­tion d’adultes dis­po­sant d’un compte mo­bile dé­passe 10 %. Tencent dis­pose d’une li­cence de paie­ment élec­tro­nique en Ma­lai­sie où elle pré­voit de lan­cer We­Chat Pay – ses pre­miers pas en de­hors de la Chine et de Hong Kong. Ali­pay a adop­té une ap­proche plus agres­sive, in­vi­tant des com­merces en Eu­rope et en Amé­rique à l’ac­cep­ter comme moyen de paie­ment au pro­fit des ré­si­dents et des tou­ristes chi­nois. Et en Asie même, Ant Fi­nan­cial a in­ves­ti dans des ser­vices lo­caux de paie­ment mo­bile en Inde, en In­do­né­sie, en Ma­lai­sie, aux Phi­lip­pines, à Sin­ga­pour, en Co­rée du Sud et, plus ré­cem­ment, au Pa­kis­tan.

Les Chi­nois ar­rivent

Ce der­nier in­ves­tis­se­ment, d’un mon­tant de 184,5 mil­lions de dol­lars, est des­ti­né à l’achat de 45 % de Te­le­nor Mi­cro­fi­nance Bank (TMB), qui gère le plus grand ser­vice d’argent mo­bile du Pa­kis­tan, Ea­sy­pai­sa. Propriété de Te­le­nor, un opé­ra­teur mul­ti­na­tio­nal nor­vé­gien de ré­seaux mo­biles, TMB a lan­cé Ea­sy­pai­sa en 2009. Les concur­rents au Pa­kis­tan voient l’ar­ri­vée de Ant avec une cer­taine hos­ti­li­té. “Ils ne sont pas ici pour sau­ver les pauvres Pa­kis­ta­nais, mais pour pro­mou­voir le com­merce élec­tro­nique”, dit un prê­teur lo­cal de mi­cro­fi­nance. Il n’est guère sur­pre­nant que beau­coup de gens dans ce sec­teur du dé­ve­lop­pe­ment ca­ri­ta­tif aient des sen­ti­ments am­bi­va­lents face à ces grosses en­tre­prises com­mer­ciales qui se lancent dans le do­maine du paie­ment mo­bile. Les soup­çons ne se li­mitent pas au Pa­kis­tan et risquent de s’ag­gra­ver au fur et à me­sure que les géants tech­no­lo­giques amé­ri­cains et chi­nois s’ar­rachent des parts de mar­ché dans les pays pauvres. Mar­ché émergent do­té d’un po­ten­tiel énorme, le Pa­kis­tan illustre éga­le­ment les autres ten­sions qui af­fectent le bu­si­ness du paie­ment. D’un cô­té, il y a le dé­sir des gou­ver­ne­ments et des en­tre­prises de nu­mé­ri­ser ra­pi­de­ment les paie­ments, et de l’autre la ca­pa­ci­té de la po­pu­la­tion à l’adop­ter. L’aban­don des paie­ments en es­pèces ré­duit les coûts, di­mi­nue les dé­tour­ne­ments dus à la cor­rup­tion, dé­cou­rage l’éco­no­mie in­for­melle et aug­mente l’as­siette fis­cale. Les pauvres peuvent éga­le­ment réa­li­ser ra­pi­de­ment que l’argent mo­bile est mieux pro­té­gé des vo­leurs, peut leur épar­gner des heures de dé­pla­ce­ments et de files d’attente tout en don­nant ac­cès une gamme de ser­vices fi­nan­ciers. Mais les pauvres peuvent avoir du mal à se payer même un simple té­lé­phone ba­sique, et les anal­pha­bètes et ceux qui ne savent pas comp­ter, en par­ti­cu­lier, peuvent trou­ver ce­la in­ti­mi­dant au dé­but. Au Pa­kis­tan, ce­la concerne une grande par­tie de la po­pu­la­tion. Le taux glo­bal d’al­pha­bé­ti­sa­tion des adultes, de 58 %, cache des pro­por­tions plus faibles dans les cam­pagnes (49 %) et chez les femmes (45 %). Le mou­ve­ment en fa­veur de fi­nan­cia­ri­sa­tion ne ré­dui­ra peut-être pas l’écart entre les sexes. Le pro­gramme pa­kis­ta­nais Be­na­zir In­come Sup­port Pro­gramme (BISP), qui pro­pose des trans­ferts en es­pèces aux femmes les plus dé­mu­nies, sem­blait être un bon moyen d’y par­ve­nir, mais il n’a pas été fa­cile de le faire fonc­tion­ner. Les agents qui livrent l’argent pre­naient une com­mis­sion au passage. Presque tous les Pa­kis­ta­nais ont une iden­ti­té nu­mé­rique sto­ckée dans une base de don­nées na­tio­nale qui les aide à ou­vrir un compte ban­caire ou un compte sur mo­bile. Mais don­ner aux bé­né­fi­ciaires de la BISP des cartes de dé­bit liées à ces comptes afin qu’ils puissent ob­te­nir l’argent à un gui­chet au­to­ma­tique si­gni­fiait aus­si par­fois que des in­ter­mé­diaires pre­naient les cartes, re­ti­raient l’argent et pré­le­vaient une com­mis­sion. L’argent mo­bile fonc­tionne mieux, mais il né­ces­site gé­né­ra­le­ment une vi­site chez un agent. Le nombre de comptes mo­biles dé­te­nus par les femmes au Pa­kis­tan a aug­men­té de 4 mil­lions au cours de la pé­riode de 12 mois se ter­mi­nant en sep­tembre de l’an­née der­nière, pour at­teindre 7,3 mil­lions, mais le nombre de ceux dé­te­nus par les hommes a aug­men­té de 12 mil­lions, ce qui est en­core plus re­mar­quable, pour at­teindre 25,6 mil­lions. Des obs­tacles si­mi­laires ra­len­tissent le passage des sys­tèmes “cash-in-ca­shout” (CICO) à ceux dans les­quels l’argent mo­bile est ac­cep­té pour les achats quo­ti­diens (Ea­sy­pai­sa est en grande par­tie un sys­tème “over-the­coun­ter”, dans le­quel l’ex­pé­di­teur et le des­ti­na­taire uti­lisent de l’argent li­quide, et où l’argent nu­mé­rique passe d’un agent à un autre). L’ob­jec­tif est d’aug­men­ter le nombre de comptes mo­biles in­di­vi­duels, puis des paie­ments mo­biles. Mais tant que les autres ma­ga­sins ac­ceptent de l’argent comp­tant, un com­mer­çant in­dé­pen­dant n’est pas in­ci­té à ac­cep­ter les paie­ments élec­tro­niques. Et une nou­velle étude de McKin­sey ré­vèle que le CICO est tou­jours cru­cial pour les bu­si­ness mo­dels ac­tuels des comptes sur mo­bile, re­pré­sen­tant en­vi­ron 60 % des pro­fits. L’argent li­quide est bien par­ti pour du­rer. “Il marche plu­tôt bien”, constate Mme White de McKin­sey. Même en Nor­vège, où la part des paie­ments nu­mé­riques est plus im­por­tante que par­tout ailleurs dans le monde, 17 % de tous les paie­ments sont en­core ef­fec­tués en es­pèces. Mais les paie­ments nu­mé­riques vont de­ve­nir plus fa­ciles et plus cou­rants. Les mé­thodes “Tap-to-pay” (Ta­pez pour payer) uti­li­sant les tech­no­lo­gies NFC sur mo­bile ont dé­col­lé en Eu­rope, et les ter­mi­naux de paie­ment ba­sé sur l’EFTPOS (Elec­tro­nic Funds Trans­fer at Point of Sale, trans­fert élec­tro­nique de fonds au point de vente), om­ni­pré­sentes dans les pays riches, peuvent être sup­plan­tées dans de nom­breux pays en dé­ve­lop­pe­ment par une ap­pli­ca­tion sur le smart­phone d’un pe­tit dé­taillant. Au Pa­kis­tan, comme dans la plu­part des autres pays du monde, il s’agit pro­ba­ble­ment d’un mo­dèle qui peut lire un QR Code. M-Pe­sa au Ke­nya, par exemple, dé­ploie des ser­vices “scan-to-pay” (Scan­nez pour payer) ain­si que des ser­vices “tap-to­pay” au­près de ses com­mer­çants. Les paie­ments élec­tro­niques sont pos­sibles sur un té­lé­phone ba­sique, et cer­tains de ces té­lé­phones ont des ap­pa­reils pho­to qui peuvent lire les codes QR. Mais un smart­phone rend

les choses beau­coup plus fa­ciles, ce qui sou­lève une autre dif­fé­rence, celle exis­tant entre les ser­vices ba­sés sur les té­lé­phones ba­siques et les té­lé­phones avec ac­cès à In­ter­net. Au Pa­kis­tan, la fi­liale lo­cale de Fin­ca, un ré­seau mon­dial de mi­cro­fi­nance à but non lu­cra­tif, a une co-en­tre­prise avec Fin­ja, une en­tre­prise lo­cale de fin­tech, qui com­mer­cia­lise un porte-mon­naie mo­bile pour smart­phones ap­pe­lé SimSim. Ce­la semble éton­nant dans un pays où les smart­phones ne re­pré­sentent qu’en­vi­ron un quart des connexions. Ce­pen­dant, comme ailleurs, cette pro­por­tion aug­mente ra­pi­de­ment grâce aux ap­pa­reils chi­nois bon mar­ché. Qa­sif Sha­hid, de la Fin­ja, sou­tient que dans le monde mo­derne, ceux qui n’ont pas de smart­phone n’ont pas d’iden­ti­té nu­mé­rique et ne sont pas vrai­ment “in­clus”. Conce­voir pour eux des sys­tèmes qui s’ap­puient sur des té­lé­phones ba­siques non do­tés d’une connexion wi­fi est “un stra­ta­gème pour que les gens conti­nuent d’ap­par­te­nir à la ca­té­go­rie de ceux qui n’ont rien”. Une der­nière ten­sion se si­tue entre la concur­rence et la concen­tra­tion qu’im­pliquent les ré­seaux. Les pays riches ont de plus en plus de choix. As­seyez-vous dans un taxi à Sin­ga­pour et vous ver­rez votre fe­nêtre rem­plie d’au­to­col­lants pro­po­sant dif­fé­rentes fa­çons de payer avec cartes de cré­dit, cartes de dé­bit, cartes pré­payées et toutes sortes d’ap­pli­ca­tions pour smart­phone. Les comp­toirs de ma­ga­sin gé­missent sous le poids de toutes les ma­chines EFTPOS. Mais sur les mar­chés émer­gents, les cou­ra­geux pion­niers du paie­ment sur mo­bile ont ten­dance à de­ve­nir des qua­si­mo­no­poles. M-Pe­sa dé­tient 80 % du mar­ché au Ke­nya. Au Ban­gla­desh, la Banque cen­trale a oc­troyé des li­cences pour 27 ser­vices et Ka­mal Qua­dir re­ven­dique une part de mar­ché de 60 % pour son ser­vice bKash. Mais son ré­seau de 176 000 agents est dif­fi­cile à éga­ler. Comme il le dit, “il faut des ef­fets de ré­seau et d’échelle pour

être ef­fi­cace”. Au Pa­kis­tan, Ea­sy­pai­sa et JazzCash, ses plus grands ri­vaux, dé­tiennent à eux deux une part de mar­ché d’en­vi­ron 85 %. Une fa­çon à la fois de fa­vo­ri­ser une plus large adop­tion de la fi­nance nu­mé­rique à court terme et d’at­té­nuer les risques à long terme de créa­tion de mo­no­poles, est d’adop­ter l’“in­ter­opé­ra­bi­li­té”, qui per­met les paie­ments entre dif­fé­rents sys­tèmes.y À cette fin, la Fon­da­tion Gates acolp la­bo­ré avec un cer­tain nombre d’en­tre­prises des fin­tech, dont Ripple, un dé­ve­lop­peur de re­gistres dis­tri­bués très ap­pré­cié, pour créer des lo­gi­ciels libres à code source libre. Le ré­sul­tat, un sys­tème ap­pe­lé Mo­ja­loop (mo­ja si­gni­fie “un” en swa­hi­li), fa­ci­lite le dé­ploie­ment de plates-formes de paie­ment in­ter­opé­rables. L’idée est de faire en sorte que les très pauvres aient ac­cès au reste du mar­ché, quoi qu’il ar­rive. Pour l’ins­tant, la concur­rence in­tense dans la plu­part des pays si­gni­fie que les consom­ma­teurs dé­fa­vo­ri­sés de­vraient en ef­fet bé­né­fi­cier de la gé­né­ra­li­sa­tion de l’en­voi d’argent sur mo­bile. Mais la concur­rence est fé­roce, en par­tie parce que les ef­fets de ré­seau si­gni­fient que le ga­gnant rem­por­te­ra toute la mise. Et comme le trans­fert d’argent se rap­proche de plus en plus de l’ob­jec­tif de paie­ments gra­tuits, sans contacts et en temps réel, l’im­por­tant n’est pas tant le pro­ces­sus lui-même que les ser­vices sup­plé­men­taires pro­po­sés par le four­nis­seur.

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