HALLS D’AC­CUEIL ET CO-WOR­KING

L’exemple de WeWork bou­le­verse aus­si les ha­bi­tudes des en­tre­prises clas­siques

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - EM­MA JA­COBS, FT

En­trez dans le vaste hall d’en­trée de l’im­meuble Al­pha­be­ta, en pé­ri­phé­rie de la Ci­ty à Londres, et vous y ver­rez un grand hall de ré­cep­tion tout en courbes. Si vous en ju­gez le de­si­gn pom­peux, alors vous au­rez ra­té le fait que cet es­pace sert de bu­reau pour les em­ployés de l’im­meuble mais aus­si pour les vi­si­teurs.

Le bu­reau n’est qu’un es­pace par­mi d’autres pour tra­vailler ou se réunir dans l’im­meuble. Il y a éga­le­ment des fau­teuils en ve­lours ins­tal­lés dans un es­pace bi­blio­thèque et une grande table en bois qui ne se­rait pas dé­pla­cée au mi­lieu d’une cui­sine.

En plus d’es­paces de réunions in­for­melles et d’es­paces mo­du­lables pour l’or­ga­ni­sa­tion d’évé­ne­ments, les halls d’en­trée in­cluent de plus en plus des es­paces de co­wor­king, en d’autres termes, des bu­reaux à l’usage des vi­si­teurs et des em­ployés qui sou­haitent chan­ger d’es­pace et de vue.

Agnes Bak, la res­pon­sable de l’ac­cueil chez Al­pha­be­ta, qui dé­crit son rôle comme un mé­lange de ré­cep­tion­niste et de concierge, dit qu’il ar­rive sou­vent que des vi­si­teurs ou des ré­si­dents tra­vaillent sur son bu­reau pen­dant des heures. Au dé­but, les vi­si­teurs peuvent “se sen­tir in­ti­mi­dés” et elle a donc ap­pris à “leur parler et leur ex­pli­quer com­ment fonc­tionnent les lieux”.

C’est un exemple de la ra­pide re­fonte des halls d’en­trée des en­tre­prises qui, avant, étaient des pas­sages im­po­sants et in­ti­mi­dants vers le lieu de tra­vail. Mais do­ré­na­vant, en plus d’es­paces de réunions in­for­melles et d’es­paces mo­du­lables pour l’or­ga­ni­sa­tion d’évé­ne­ments, ils in­cluent de plus en plus des es­paces de co­wor­king, en d’autres termes, des bu­reaux à l’usage des vi­si­teurs et des em­ployés qui sou­haitent chan­ger d’es­pace et de vue.

Ri­chard Kauntze, pré­sident de l’as­so­cia­tion bri­tan­nique des bu­reaux et es­paces de tra­vail, es­time qu’his­to­ri­que­ment, un hall d’en­trée d’im­meuble de­vait af­fir­mer le sta­tut du pro­prié­taire ou des per­sonnes qui l’oc­cu­paient.

“Do­ré­na­vant, alors que les fron­tières de­viennent de plus en plus floues entre le tra­vail, la culture d’en­tre­prise et la vie pri­vée, le hall d’en­trée se trans­forme en un ‘con­den­sa­teur so­cial’, un es­pace qui sert de mé­dia­teur entre les trois” dit-il.

James Evans, le di­rec­teur de l’agence im­mo­bi­lière Sa­vills, ob­serve les nou­velles ten­dances dans la construc­tion et l’amé­na­ge­ment. “Nous nous éloi­gnons des halls d’en­trée dé­fen­sifs et al­lons plu­tôt vers un en­droit à vivre.” To­ny Layne, di­rec­teur de la fi­liale de Min­nea­po­lis chez Per­kins + Will, un ca­bi­net d’ar­chi­tectes et de de­si­gn, dit qu’il a com­men­cé à per­ce­voir ces chan­ge­ments il y a sept ans, lors­qu’on lui a de­man­dé de conce­voir “des halls de bu­reaux comme des halls d’hô­tels, qui offrent des pos­si­bi­li­tés aux gens de se ras­sem­bler et de tra­vailler, en s’éloi­gnant des en­vi­ron­ne­ments tran­si­toires”.

De tels es­paces sont gé­né­ra­le­ment gé­rés par des concier­ge­ries et non par le per­son­nel des halls d’en­trée. Ces es­paces peuvent aus­si ser­vir de lieu de li­vrai­son des co­lis Ama­zon ou de sta­tion­ne­ment de vé­los.

Le co­wor­king a connu son es­sor grâce à WeWork, l’en­tre­prise amé­ri­caine dé­sor­mais éva­luée à plus de 20 mil­liards de dol­lars. Des en­tre­prises comme De­loitte, le géant des ser­vices aux en­tre­prises, Cen­trice, en­tre­prise du sec­teur éner­gé­tique et la banque Ci­ti, ont tous pla­cé cer­tains de leurs em­ployés dans des bu­reaux WeWork, en es­pé­rant que l’am­biance “co­ol” et l’at­mo­sphère de start-up leur don­ne­raient des idées.

La ten­dance à l’in­for­mel a à son tour ins­pi­ré des chan­ge­ments dans l’es­thé­tique des bu­reaux et des es­paces com­muns comme le hall de ré­cep­tion, pour fa­ci­li­ter le tra­vail col­la­bo­ra­tif et les réunions.

“Les pro­prié­taires d’im­meubles de bu­reaux doivent se mettre à jour pour être à la hau­teur des es­paces WeWork”, dit Adam Strud­wick, ma­na­ger du ca­bi­net d’ar­chi­tectes et de de­si­gn HLW. “Ils sont ha­bi­tués à se la cou­ler douce. Ça ne se­ra plus le cas. Ils doivent dé­sor­mais of­frir tous ces pe­tits plus pour ne pas perdre de clients.”

Le de­si­gn est une par­tie im­por­tante de la stra­té­gie d’une en­tre­prise pour at­ti­rer et gar­der son per­son­nel, dit M. Strud­wick. L’en­trée, dit-il, donne la pre­mière im­pres­sion et ils doivent ré­flé­chir sur l’im­pact sur le per­son­nel et les vi­si­teurs.

“Le hall de ré­cep­tion im­po­sant est dé­mo­dé. Il faut dé­sor­mais don­ner un peu d’am­biance à l’es­pace.” Dans les en­tre­prises, l’amé­na­ge­ment s’ins­pire de plus en plus de ce­lui des hô­tels, ajoute-t-il. Beau­coup d’en­tre­prises ont des ca­fés ou des ma­ga­sins dans leurs halls d’en­trée. Il y a aus­si ce dé­sir de mon­trer que l’en­tre­prise est plus trans­pa­rente, mon­trer la culture d’en­tre­prise et don­ner la pos­si­bi­li­té aux clients de “re­gar­der à l’in­té­rieur de la ma­chine”. Ga­brielle Omar, di­rec­teur de Spot This Space, a re­çu plu­sieurs de­mandes pour des es­paces “tel­le­ment dé­con­trac­tés qu’on di­rait une gar­çon­nière, avec des flip­pers et des tables de billard”.

Un client lui a même de­man­dé une ins­tal­la­tion aqua­tique pour que ses propres clients puissent se ra­fraî­chir en maillot ou en bi­ki­ni. “Nous sommes en pour­par­lers” di­telle de fa­çon di­plo­ma­tique. Ch­ris Hayward, pré­sident du co­mi­té pour la pla­ni­fi­ca­tion et le trans­port pour la ville de Londres, dit que “la main-d’oeuvre est la plus jeune que la ville ait ja­mais eu. C’est plu­tôt une maind’oeuvre dé­con­trac­tée.” Le nombre crois­sant d’en­tre­prises de tech et de fi­nance a eu un ef­fet sur l’es­thé­tique des es­paces de tra­vail à Londres.

Les vi­si­teurs adorent le cô­té in­for­mel du lounge d’en­trée des bu­reaux de Shoos­mith, un ca­bi­net d’avo­cats de Man­ches­ter, dit Va­qas Fa­rooq, un as­so­cié de ce ca­bi­net. “On a dé­sor­mais des clients qui passent plus de temps chez nous. Beau­coup ne viennent pas de Man­ches­ter et vont uti­li­ser nos bu­reaux comme leur bu­reau tem­po­raire. D’un point de vue re­la­tion­nel, c’est plu­tôt bien.”

Les bu­reaux d’un autre ca­bi­net d’avo­cats, Ho­gan Lo­vells, dans le quar­tier lon­do­nien de Hol­born, in­cluent éga­le­ment un es­pace de ré­cep­tion et un bu­si­ness lounge dans les­quels les em­ployés mais aus­si les clients et leurs contacts sont en­cou­ra­gés à pas­ser du temps.

“Les gens voyagent beau­coup” dit Su­san Bright, as­so­ciée et di­rec­trice ré­gio­nale pour le Royau­meU­ni et l’Afrique. “Nous avons des avo­cats de ca­bi­nets d’af­faires avec les­quels nous tra­vaillons qui viennent à Londres où ils n’ont pas leur propre bu­reau. Ils peuvent tra­vailler et avan­cer sur leurs dos­siers. C’est une fa­çon de tra­vailler plus agile.”

Il a sou­vent été dit que les smart­phones et la connec­ti­vi­té gé­né­rale ren­draient les bu­reaux ob­so­lètes. Ce­la ne semble pas en­core être le cas. Ceux qui tra­vaillent veulent en­core se voir, en face-à-face.

Par ailleurs, un es­pace de co­wor­king d’une en­tre­prise offre de la confi­den­tia­li­té, af­firme De­vin­der Bho­gal, di­rec­teur de la stra­té­gie pour les es­paces de tra­vail chez De­loitte. “Si nous al­lons dans un ca­fé, nous ne sa­vons pas qui se­ra as­sis juste à cô­té. Ici, il y a plus de confi­den­tia­li­té.”

Les vi­si­teurs adorent le cô­té in­for­mel du lounge d’en­trée des bu­reaux de Shoos­mith, un ca­bi­net d’avo­cats de Man­ches­ter. “On a dé­sor­mais des clients qui passent plus de temps chez nous. Beau­coup vont uti­li­ser nos bu­reaux comme leur bu­reau tem­po­raire. D’un point de vue re­la­tion­nel, c’est plu­tôt bien.”

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