JON LANSMAN, MOMENTUM

Fon­da­teur du groupe de pres­sion Momentum, et émi­nence grise de Je­re­my Cor­byn, chef du par­ti tra­vailliste bri­tan­nique L’ac­ti­viste parle du Brexit, des luttes de pou­voir au sein du par­ti tra­vailliste et de l’an­ti­sé­mi­tisme à gauche

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - CAROLA LONG, FT

Après avoir ser­vi pendant 65 ans de

à la gauche lon­do­nienne, la fer­me­ture dé­fi­ni­tive du res­tau­rant hon­grois le Gay Hus­sar dans le quar- tier de So­ho, où nous dé­jeu­nons, est proche. Ce sont peut-être les pho­to­gra­phies de per­son­na­li­tés po­li­tiques dis­pa­rues de­puis long­temps qui ta­pissent les murs qui nous ont in­fluen­cés, car la conver­sa­tion a tour­né au­tour de la mort.

“Je n’ai pas du tout peur de la mort”, dit Jon Lansman avec in­sis­tance. “Ayant été aux cô­tés de ma femme lors­qu’elle est morte, très jeune, à 39 ans, j’ai l’im­pres­sion d’en avoir fait l’ex­pé­rience ou d’en avoir été aus­si proche que pos­sible sans vrai­ment mou­rir. Elle ne m’an­goisse pas.”

L’ac­ti­viste de 61 ans est as­sis dos à la fe­nêtre qui donne sur la rue. Ces temps-ci, il porte une grande barbe blanche et buis­son­nante, se­lon une tra­di­tion juive après une autre mort plus ré­cente: celle de sa mère. Cette barbe, avec sa cra­vate vert tilleul et bleu ma­rine, plus sa che­mise bleue, lui donne un air de Père Noël. Lansman parle des der­nières an­nées de sa mère. “Elle était at­teinte de dé­mence, ce­la a du­ré long­temps, c’était ter­rible. Elle avait l’ha­bi­tude de me dire : ‘Si je perds la tête, étouffe-moi en met­tant un oreiller sur ma tête‘. Elle m’a fait pro­mettre que je le fe­rais, mais bien sûr, j’ai men­ti.”

Il s’agit d’un rare aper­çu de la vie pri­vée d’une émi­nence grise qui, après avoir contri­bué à l’as­cen­sion de l’ac­tuel chef du par­ti tra­vailliste, Je­re­my Cor­byn, est sou­vent dé­peint comme une mé­chante ca­ri­ca­ture de la gauche pure et dure. En tant que fon­da­teur du groupe de pres­sion proCor­byn Momentum, Lansman est au­jourd’hui l’une des per­son­na­li­tés les plus in­fluentes de la vie po­li­tique bri­tan­nique. In­évi­ta­ble­ment, il a ses dé­trac­teurs : on en re­par­le­ra plus tard. Mais d’abord, il y a une dé­ci­sion à prendre. Il y a quelques an­nées, Lansman a fait don d’un de ses reins à un étran­ger, après l’avoir of­fert à l’origine à son frère, qui souf­frait d’une ma­la­die ré­nale po­ly­kys­tique (les frères et soeurs n’étaient pas com­pa­tibles). Donc… peut-il boire de l’al­cool pendant le dé­jeu­ner?

“Ce qui est mer­veilleux, c’est qu’on m’a dit qu’il n’y avait pas de pro­blème d’al­cool – et qu’en fait, ap­pa­rem­ment, une trans­plan­ta­tion ré­nale pro­longe l’es­pé­rance de vie”, re­marque-t-il. “C’est pro­ba­ble­ment parce qu’ils sur­veillent votre san­té de plus près.J’ai au moins un contrôle par an.” Nous com­man­dons une ca­rafe de mer­lot et par­cou­rons le me­nu qui com­prend un as­sor­ti­ment de schnit­zels, dum­plings et ra­goûts tout droit sor­tis de la cui­sine de l’em­pire aus­tro-hon­grois, spé­cia­li­tés de la mai­son.

Dr Fran­ken­stein

Lansman est pé­tri de contra­dic­tions. Momentum a été ac­cu­sé de to­lé­rer l’an­ti-sé­mis­tisme ; Lansman est juif. Cor­byn est vu comme l’en­ne­mi des riches. Momentum est per­çu par beau­coup comme étant une tri­bu mal­veillante ; Lansman est un homme af­fable.

Dans les an­nées 1980, en tant qu’or­ga­ni­sa­teur tra­vaillant dans l’ombre pour la gauche tra­vailliste, il a été mar­gi­na­li­sé pendant les an­nées du New La­bour. Dans les an­nées 2000, il a per­du sa femme d’un can­cer. Il a alors aban­don­né la po­li­tique, ne tra­vaillant qu’à temps par­tiel comme consul­tant, pour se consa­crer à l’éducation de ses trois jeunes en­fants.

Il est ré­ap­pa­ru en 2010 en tant que cer­veau du site web Left Fu­tures. Puis en 2015, alors que peu de gens pen­saient que Cor­byn pour­rait l’em­por­ter dans les urnes pendant la course à la di­rec­tion du Par­ti tra­vailliste, c’est Lansman qui a ob­te­nu le sou­tien des dé­pu­tés. Peu de temps après, il mit sur pied le groupe de pres­sion, Momentum, comme une sorte de garde pré­to­rienne, dé­fen­dant le lea­der face à ses nom­breux en­ne­mis, or­ga­ni­sant des réunions pu­bliques et choi­sis­sant des can­di­dats pro-Cor­byn à chaque fois qu’un poste po­li­tique de­ve­nait va­cant. Momentum a été consi­dé­ré comme “brouillon” à ses dé­buts, mais il est main­te­nant vu comme une for­mi­dable ma­chine po­li­tique, re­dou­tée par les cen­tristes tra­vaillistes pour la rhé­to­rique guer­rière de ses membres : beau­coup ne veulent plus des op­po­sants de Cor­byn au sein du par­ti. Le groupe a failli s’ap­pe­ler au­tre­ment. “Cer­taines pro­po­si­tions étaient bonnes, d’autres ca­tas­tro­phiques, dit-il. On nous a sug­gé­ré Swarm (es­saim) mais c’était une très mau­vaise idée.”

Lansman était se­cré­taire d’un autre groupe de pres­sion de gauche, main­te­nant tom­bé dans l’ou­bli : “C’était le Rank and File Mo­bi­li­sing Com­mit­tee, en 1981. Nous n’étions pas bons en ma­tière d’image de marque dans les an­nées 80, de­puis nous avons pro­gres­sé.”

Pour la plu­part des dé­pu­tés tra­vaillistes, ce n’est pas une rai­son de se ré­jouir. Ils en veulent à Lansman, qui n’a ja­mais été élu en de­hors d’un man­dat de conseiller à Hert­ford, une ex­pé­rience qu’il qua­li­fie de “mor­telle”. Les dé­pu­tés pensent que Lansman a ou­vert une boîte de Pan­dore : qui­conque cri­tique le lea­der fait l’ob­jet d’une agres­sion mo­ra­li­sa­trice ani­mée par les membres de Momentum. Alan John­son, l’ancien mi­nistre de l’In­té­rieur tra­vailliste, dit que Momentum re­pré­sente le “vice dé­gui­sé en ver­tu”. Un dé­pu­té en fonc­tion dit : “J’aime bien Jon, mais il me rap­pelle le Dr Fran­ken­stein”. Sa po­si­tion est : “J’ai ras­sem­blé des mor­ceaux de ca­davres et conçu un monstre, ce n’est pas ma faute s’il tue des gens”.

D’une cer­taine ma­nière, il est dif­fi­cile de conci­lier cette mé­ta­phore avec l’idéa­liste cha­leu­reux as­sis à cô­té de moi, en train de dé­gus­ter une soupe aux ce­rises. “C’est ra­fraî­chis­sant”, dit-il. “C’est une

soupe acide, les au ce­rises yaourt. sont J’aime des ce­rises bien, acides.” en fait, c’est plu­tôt Lansman ne semble pas par­ti­cu­liè­re­ment cla­nique, ra­con­tant avec ad­mi­ra­tion comment son ancien pa­tron Mi­chael Mea­cher avait l’ha­bi­tude de tra­vailler en étroite col­la­bo­ra­tion avec les conser­va­teurs de droite lorsque c’était né­ces­saire. Il dit de son propre père, qui a re­joint le Par­ti conser­va­teur, en par­tie pour pro­tes­ter contre le ra­di­ca­lisme de son fils : “Il avait une vé­ri­table éthique du ser­vice pu­blic… C’était un To­ry par­ti­san d’une na­tion unie.” Lansman évoque éga­le­ment des conver­sa­tions ami­cales avec Ni­gel Fa­rage, l’ancien lea­der de Ukip, qui a fait campagne pour le Brexit : “Je suis très heu­reux de dia­lo­guer avec toute per­sonne qui a en­vie de me par­ler”. Alors que pense-t-il de l’agres­si­vi­té de cer­tains mi­li­tants de gauche, dont beau­coup ap­par­tiennent à Momentum, contre les membres de leur propre par­ti ? Il es­saie de pa­raître mo­dé­ré : “Les dé­pu­tés qui tra­vaillent cor­rec­te­ment… et qui traitent les gens de ma­nière cor­recte n’ont vrai­ment rien à craindre. La gauche est for­mée de gens qui sont des tendres, qui n’aiment pas agres­ser les gens”. Il ajoute qu’il ne peut pas as­su­mer la res­pon­sa­bi­li­té de tout ce que les 42 000 membres de son groupe disent

et font. “Je ne suis pas un ma­na­ger. J’aime à pen­ser que je suis un stra­tège, qui ne peut ab­so­lu­ment pas contrô­ler tout ce qui se passe. Momentum est une or­ga­ni­sa­tion très dif­fé­rente des autres, beau­coup moins hié­rar­chique que d’autres, et cultu­rel­le­ment très dif­fé­rente. Nos membres veulent faire de la po­li­tique en agis­sant eux-mêmes, pas seule­ment re­ce­voir des ordres.” Cette ex­pli­ca­tion res­semble à une échap­pa­toire.

Ac­ti­viste in­né

Le Gay Hus­sar est un lieu évo­ca­teur pour Lansman, dont les pa­rents – des juifs mo­dé­ré­ment or­tho­doxes – étaient dans la fa­bri­ca­tion de vê­te­ments à Ha­ck­ney, dans le nord-est de Londres. Le Gay Hus­sar, ou­vert en 1953 comme lieu de ren­contre pour les im­mi­grants juifs d’Eu­rope de l’Est, dont beau­coup étaient de gauche, est ra­pi­de­ment de­ve­nu un lieu de ren­contre pri­vi­lé­gié des di­ri­geants syn­di­caux et des dé­pu­tés, bien qu’il soit si­tué à près de deux ki­lo­mètres de West­mins­ter et du Parlement. Aneu­rin Be­van, fi­gure du Par­ti tra­vailliste de­puis le dé­but des an­nées 30 jus­qu’au dé­but des an­nées 1960 man­geait ici, tout comme Bar­ba­ra Castle, qui fut pré­si­dente du Par­ti tra­vailliste et dé­pu­tée eu­ro­péenne, sans ou­blier l’écri­vain TS Eliot, prix No­bel de lit­té­ra­ture en 1948.

En théo­rie, les per­son­na­li­tés po­li­tiques ne fré­quentent plus le Gay Hus­sar. Pour­tant, la porte s’ouvre et John Cryer, pré­sident du groupe par­le­men­taire du Par­ti tra­vailliste, ap­pa­raît avec son épouse El­lie Reeves, éga­le­ment dé­pu­tée. Ils s’ar­rêtent à notre table, le temps d’échan­ger quelques brèves plai­san­te­ries. Plus tard, le maître d’hô­tel du res­tau­rant qui ferme nous dit qu’il a re­çu ces der­niers jours 140 cour­riels en­voyés par des po­li­tiques, la plu­part sou­hai­tant ve­nir man­ger une der­nière fois.

La plu­part des personnes qui gra­vitent au­tour de Cor­byn le connaissent de­puis des lustres et le pré­sident de Momentum ne fait pas ex­cep­tion : ils se sont ren­con­trés pour la pre­mière fois en 1974, alors que Lansman était en­core tout jeune. “Je­re­my était un ac­ti­viste, il a tou­jours été un ac­ti­viste et est tou­jours ac­ti­viste, je pense que c’est in­né.” Les ta­bloïds bri­tan­niques sou­lignent que Lansman a fré­quen­té une école d’élite. Il a ga­gné une bourse d’études pour la très ré­pu­tée High­gate School, qu’il a trou­vée “si­nistre”. “J’étais pas­sion­né par mes études, le sport ne m’in­té­res­sait pas”, dit-il. Le jeune homme a étu­dié les ma­thé­ma­tiques et l’éco­no­mie à l’uni­ver­si­té de Cam­bridge, a pas­sé six mois à ex­plo­rer le Sa­ha­ra, puis a conduit le four­gon d’un pres­sing avant de se lan­cer en po­li­tique. En 1981, Lansman est de­ve­nu un col­la­bo­ra­teur de To­ny Benn, alors porte-dra­peau de la gauche, et fut no­toi­re­ment ac­cu­sé par son ri­val De­nis Hea­ley “d’or­ches­trer le

cha­hut” contre lui lors de di­verses ma­ni­fes­ta­tions – ce qu’il nie.

Je de­mande ce que Benn pen­se­rait du phé­no­mène Cor­byn. “Je pense qu’il se­rait stu­pé­fait. Je ne pense pas qu’il [Benn] en ait eu la moindre idée.” La plu­part des dé­pu­tés consi­dèrent tou­jours le leadership ac­tuel comme une rup­ture sur­pre­nante dans les 118 ans d’his­toire du mou­ve­ment tra­vailliste. Pour Lansman, le New La­bour était la vé­ri­table aber­ra­tion, avec sa ma­nière de cour­ti­ser les grandes en­tre­prises et son sou­tien à la dé­sas­treuse guerre en Irak. “Ils [le gou­ver­ne­ment Blair] n’avaient pas de li­mite, donc ils ont par­lé du­re­ment de l’asile, ils ont été gé­né­reux en ma­tière d’avan­tages so­ciaux et ils ont par­lé avec in­sis­tance des pro­fi­teurs de l’aide so­ciale, ce qui a pous­sé les gens contre nous ; c’était un ter­rible, ter­rible échec po­li­tique”, af­firme-t-il. “… il a alié­né beau­coup d’élec­teurs, c’était im­par­don­nable”. Lansman a lui-même abor­dé le su­jet de la ri­chesse. Il semble rai­son­nable de s’in­ter­ro­ger sur le fait qu’il est un so­cia­liste ten­dance cham­pagne comme son men­tor Benn, qui a re­non­cé à sa pai­rie hé­ré­di­taire mais a vé­cu dans une su­perbe mai­son à Hol­land Park.

Les mé­dias qui le cri­tiquent aiment sou­li­gner que Lansman vit dans un ap­par­te­ment qui donne sur la Ta­mise à But­ler’s Wharf, bien que ces ar­ticles ignorent sou­vent le fait qu’il n’est pas pro­prié­taire mais lo­ca­taire. Et bien qu’il ait un mode de vie confor­table, ce­la pro­vient en par­tie du pro­duit de l’indemnisation ver­sée par le Na­tio­nal Health Sys­tem (NHS) qui n’a pas réus­si à diag­nos­ti­quer cor­rec­te­ment le can­cer du sein de sa femme à temps.

Je l’in­ter­roge éga­le­ment sur la so­cié­té im­mo­bi­lière di­ri­gée par son frère et son fils, un autre élé­ment es­sen­tiel de la cou­ver­ture mé­dia­tique: ce­la pro­voque un rare mo­ment d’éner­ve­ment de la part de Lansman. “La presse s’en prend à mon plus jeune en­fant. Ce sont des men­songes. On leur a ex­pli­qué. Ils conti­nuent à l’im­pri­mer.” Pour dé­tendre l’at­mo­sphère, je lui de­mande son avis sur le vin rouge: “Il est bon”. Et son plat prin­ci­pal, un gou­lasch de veau ?“En fait, c’est bien… Je ne mange pas tout le temps de la viande, mais j’aime la viande. J’es­père qu’il est is­su d’un éle­vage équi­table.” Mon as­siette de “kac­sa­sult” est com­po­sée de deux gros mor­ceaux de ca­nard crous­tillant cou­verts d’une sauce orange vif : une nour­ri­ture ré­con­for­tante.

Lansman et l’an­ti­sé­mi­tisme

Au cours des der­niers mois, Cor­byn a été for­te­ment cri­ti­qué pour sa ges­tion des al­lé­ga­tions d’an­ti­sé­mi­tisme par­mi les membres du Par­ti tra­vailliste, ce qui a in­ci­té le vé­té­ran Frank Field à dé­mis­sion­ner de son poste de “whip” du Par­ti tra­vailliste, char­gé de s’as­su­rer que les élus suivent bien la ligne du par­ti et ses consignes. Cer­tains ont mis en ve­dette des per­son­nages de Momentum, par exemple son ancien vice-pré­sident, Ja­ckie Wal­ker, dont les com­men­taires sur la ques­tion ont en­traî­né sa sus­pen­sion du Par­ti tra­vailliste.

C’est pa­ra­doxal, étant don­né les an­té­cé­dents de Lansman. Il ra­conte comment son père avait es­sayé de s’ins­crire au club de golf lo­cal afin d’uti­li­ser le court de squash du club : “Ils ont re­fu­sé son ins­crip­tion. C’était dans les an­nées 1960, avant l’en­trée en vi­gueur de la loi sur les re­la­tions in­ter­ra­ciales. Cer­tains lui ont dit que c’était parce qu’il était juif.”

Lansman dit qu’il trouve “étrange” que cer­tains de ses al­liés de gauche ne puissent pas re­con­naître leur “par­ti pris in­cons­cient” par rap­port à l’an­ti­sé­mi­tisme. “Il m’est ar­ri­vé de me ré­veiller, de re­gar­der mon iPad. Un ma­tin que je n’ai pas ou­blié, il n’y a pas long­temps, et j’ai été hor­ri­fié par les choses que j’ai lues sur ma page Fa­ce­book, écrites par des gens que je consi­dé­rais comme des amis.” Ce­pen­dant, il in­siste sur le fait que le La­bour n’est pas “ab­so­lu­ment rem­pli d’an­ti­sé­mites”, ce sont des im­pres­sions “qui n’ont rien à voir” avec la réa­li­té. Lansman a été par­mi les membres du cercle res­treint de Cor­byn qui ont es­sayé de désa­mor­cer le conflit qui a écla­té sur la fa­çon de dé­fi­nir l’an­ti­sé­mi­tisme, plai­dant en pri­vé pour l’adop­tion des règles de l’In­ter­na­tio­nal Ho­lo­caust Re­mem­brance Al­liance, mais le par­ti a jus­qu’à pré­sent ré­sis­té en es­ti­mant que ce­la pour­rait em­pê­cher toute cri­tique lé­gi­time d’Is­raël. J’évoque le ré­cent dis­cours de Lu­cia­na Ber­ger, une dé­pu­tée juive mo­dé­rée, qui a ému cer­tains. Elle a dé­crit sa vie face à un dé­luge de mes­sages hai­neux. “Je soup­çonne que la plu­part d’entre eux viennent en fait de vrais fas­cistes purs et durs, et je ne pense pas que beau­coup de ces mes­sages viennent vrai­ment du par­ti, de l’in­té­rieur”, ré­pond len­te­ment Lansman.

Alors pour­quoi Lu­cia­na Ber­ger a-t-elle men­tion­né que beau­coup de mes­sages étaient ac­com­pa­gnés du ha­sh­tag “JC4PM” [Je­re­my Cor­byn pour Pre­mier mi­nistre] ? “Je ne dis pas qu’elle ne re­çoit pas des mes­sages de la part de gens ap­par­te­nant à mon par­ti, mal­heu­reu­se­ment, c’est le cas… mais ce n’est pas la ma­jo­ri­té.” Jon Lansman af­fiche une per­plexi­té presque naïve quant au ni­veau de ten­sion à l’in­té­rieur et à l’ex­té­rieur du par­ti. “J’ai­me­rais bien que ce­la se

calme”, concède-t-il. “Je ne pense pas qu’il y ait d’ex­cuse pour ce genre de choses.”

Le fos­sé du Brexit

Les des­serts sont ar­ri­vés : une paire de crêpes ané­miques au ci­tron pour moi et une grande por­tion de stru­del aux pommes et de crème gla­cée pour lui, ar­ro­sés avec deux ca­fés Ame­ri­ca­nos.

Main­te­nant, l’ob­jec­tif de Lansman est de s’as­su­rer que Momentum conti­nue­ra long­temps après son dé­part, qui pour­rait sur­ve­nir dès l’an­née pro­chaine. “Ce­la n’ar­ri­ve­ra pas cette an­née… peu­têtre l’an­née pro­chaine. Je veux vrai­ment pas­ser le re­lais.” Il pense que le vent po­li­tique est main­te­nant fa­vo­rable aux tra­vaillistes, no­tam­ment en rai­son de la dé­mo­gra­phie. “Si nous pou­vons at­ti­rer des jeunes, un plus grand nombre vont adhé­rer… Les personnes âgées partent, c’est triste”, dit-il en dé­gus­tant son stru­del.

À quatre ans des pro­chaines élections, les scep­tiques sug­gèrent que les par­ti­sans de Cor­byn pour­raient perdre leur en­thou­siasme. Il y a aus­si la ques­tion du Brexit, qui creuse un fos­sé entre la di­rec­tion et ses membres. Ces der­niers mois ont été mar­qués par une forte pres­sion de la part des membres op­po­sés au Brexit, beau­coup sou­haitent que le con­grès tra­vailliste de sep­tembre pro­pose un vote en fa­veur d’un deuxième ré­fé­ren­dum. Lansman croit que c’est une ma­noeuvre or­ches­trée par des dé­pu­tés contes­ta­taires, sug­gé­rant qu’ils pour­raient être “cy­ni­que­ment en train d’es­sayer d’uti­li­ser le Brexit contre la di­rec­tion du par­ti”. Lansman dit qu’il n’a ja­mais par­ta­gé l’eu­ro-scep­ti­cisme to­tal de son idole Benn et qu’il a vo­té pour que la Grande-Bre­tagne reste dans l’Union Eu­ro­péenne en 2016, bien qu’il croie que l’UE a be­soin d’une “ré­forme ma­jeure” et souffre d’un dé­fi­cit dé­mo­cra­tique. Main­te­nant, il ad­met : “Je pense que je me se­rais beau­coup plus en­ga­gé si j’avais pen­sé qu’il y ait une chance que les choses se passent comme elles se sont pas­sées.Je suis un an­ti-na­tio­na­liste cos­mo­po­lite.” La plu­part des autres clients sont main­te­nant par­tis. Pendant que nous fi­nis­sons le vin rouge, Lansman parle de ses loisirs pour sa fu­ture re­traite, et no­tam­ment de ses goûts en ma­tière de mu­sique, du jazz jus­qu’au folk­lore bri­tan­nique. Il y a quelques mois, il a as­sis­té à un concert de The Gra­te­ful Dead au Mexique en com­pa­gnie de quelques beat­niks bar­bus et âgés. Pour­tant, on a du mal à croire qu’il puisse aban­don­ner le com­bat qu’il mène chaque jour. Au cours de l’été, il y a eu de plus en plus de spé­cu­la­tions se­lon les­quelles cer­tains dé­pu­tés tra­vaillistes dé­cou­ra­gés pour­raient for­mer une fac­tion dis­si­dente, re­créant ain­si la di­vi­sion qui a abou­ti à la créa­tion du So­cial De­mo­cra­tic Par­ty SDP, par des mo­dé­rés du Par­ti tra­vailliste, au dé­but des an­nées 1980. Beau­coup craignent d’être pous­sés de­hors s’ils ne marchent pas droit. Un peu plus tôt, dans notre conver­sa­tion, Lansman a dit que les dé­pu­tés tra­vaillistes n’avaient pas à craindre d’être pous­sés de­hors par Momentum, et qu’il ne vou­lait pas en­ter­rer les par­ti­sans de To­ny Blair dans une “tombe” – une formule au­tre­fois uti­li­sée par le New La­bour à propos de la gauche. Mais main­te­nant, il af­fiche une at­ti­tude plus com­ba­tive : “Tant qu’il y a au­ra entre 12, 25 ou 30 personnes qui sont très hos­tiles, qui at­tendent que Je­re­my Cor­byn s’en aille pour pou­voir re­ve­nir en ar­rière, alors… nous conti­nue­rons à nous battre”.

“Lansman dit qu’il n’a ja­mais par­ta­gé l’eu­ro-scep­ti­cisme to­tal de son idole Benn et qu’il a vo­té pour que la Grande-Bre­tagne reste dans l’Union Eu­ro­péenne en 2016, bien qu’il croie que l’UE a be­soin d’une “ré­forme ma­jeure” et souffre d’un dé­fi­cit dé­mo­cra­tique. Main­te­nant, il ad­met : “Je pense que je me se­rais beau­coup plus en­ga­gé si j’avais pen­sé qu’il y ait une chance que les choses se passent comme elles se sont pas­sées. Je suis un an­ti-na­tio­na­liste cos­mo­po­lite.”

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