FAUT-IL DUR­CIR LA LOI ?

Neuf Fran­çais sur dix uti­lisent leur té­lé­phone en condui­sant. Les as­so­cia­tions de vic­times de la route ré­clament des sanc­tions plus lourdes à leur égard.

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - PAR ÉMI­LIE TORGEMEN

sur dix uti­lisent leur smart­phone au vo­lant. Bien sûr, c’est in­ter­dit, mais « en cas de drame, si le conduc­teur, té­lé­phone en main, tue un pié­ton, le por­table ne se­ra pas re­te­nu comme une cir­cons­tance ag­gra­vante. Vous y croyez, vous ? » fait mine de s’in­ter­ro­ger Me Je­hanne Col­lard, avo­cate spé­cia­li­sée dans la dé­fense des vic­times d’ac­ci­dents.

La der­nière cam­pagne de la Sé­cu­ri­té rou­tière « Au vo­lant, le té­lé­phone peut tuer » n’y fait rien, les au­to­mo­bi­listes conti­nuent à dé­cro­cher en condui­sant, à lire leurs mails ou même à jouer. Des as­so­cia­tions spé­cia­li­sées montent au cré­neau pour ré­cla­mer une meilleure prise en compte pé­nale de ce fléau.

Té­lé­pho­ner en condui­sant mul­ti­plie par trois le risque d’ac­ci­dent ; com­po­ser un message, par 23. Der­nier exemple en date : jeu­di, un au­to­mo­bi­liste a per­cu­té une voi­ture de gen­dar­me­rie dans les Côtes-d’Ar­mor alors qu’il ré­di­geait un SMS. Par chance, la col­li­sion n’a fait que des bles­sés lé­gers. Le mois der­nier, dans l’Aisne, c’est un chauf­feur de poids lourd qui est ren­tré dans le car d’une co­lo­nie de va­cances. Sept en­fants ont été hos­pi­ta­li­sés.

Of­fi­ciel­le­ment, le por­table n’est res­pon­sable « que » de 9 % des bles­sés et des tués sur la route. Un taux sans doute sous-es­ti­mé. « Je pense que nous sommes plus au­tour des 25 %. Car il n’y a pas de re­cherche sys­té­ma­tique. Sou­vent, les pro­cu­reurs, s’ils trouvent de l’al­cool dans le sang d’un conduc­teur im­pli­qué dans un ac­ci­dent, ne vont pas vé­ri­fier en plus les com­mu­ni­ca­tions té­lé­pho­niques », pointe Je­hanne Col­lard.

Sanc­tion­ner da­van­tage, c’est une fa­çon de don­ner « un élec­tro­choc » à tous les au­to­mo­bi­listes fran­çais at­teints de té­lé­pho­nite au vo­lant, es­time Me Vincent Julé-Pa­rade pour qui « il y a ur­gence à considérer le por­table comme l’al­cool ou la drogue ». Ur­gence parce que les fu­turs conduc­teurs ont plus en­core que leurs pa­rents leur mo­bile gref­fé à la main.

Jean-Ch­ris­tophe Des­senne a per­du sa mère et vu son père gra­ve­ment bles­sé dans un ac­ci­dent cau­sé par une conduc­trice qui était en ligne. « Au tri­bu­nal, je n’ai pas com­pris que l’usage du por­table n’ait pas été ins­crit comme une cir­cons­tance ag­gra­vante. C’était pour­tant à l’ori­gine de l’ac­ci­dent », té­moigne-t-il. Pour ceux qui res­tent, « c’est une vio­lence ter­rible, je suis en co­lère ».

Le col­lec­tif Jus­tice pour les vic­times de la route veut al­ler plus loin en ta­pant au por­te­feuille les au­to­mo­bi­listes res­pon­sables d’ac­ci­dents graves té­lé­phone en main. Son idée : per­mettre aux as­su­reurs de ré­cla­mer une par­tie des com­pen­sa­tions dues aux vic­times. Des in­dem­ni­tés qui se chiffrent par­fois en mil­lions d’eu­ros. « Il y a une cer­taine injustice à ré­cla­mer aux res­pon­sables d’ac­ci­dents vrai­ment in­vo­lon­taires de payer toute leur vie parce qu’ils ont lou­pé une échéance de leur prime d’as­su­rance et, à l’in­verse, lais­ser tran­quilles ceux qui com­mettent dé­li­bé­ré­ment une faute en ayant bu, consom­mé des stu­pé­fiants ou té­lé­pho­né », es­time Me Phi­lippe Cour­tois, un avo­cat qui tra­vaille à un pro­jet de loi avec Jus­tice pour les vic­times de la route.

De son cô­té, le gou­ver­ne­ment ré­flé­chit à un autre type de sanc­tion. Dans le cadre de son plan pour ren­for­cer la sé­cu­ri­té rou­tière, il pré­voit, à par­tir de l’an pro­chain, des ré­ten­tions de per­mis de conduire lors­qu’une per­sonne au­ra com­mis une in­frac­tion met­tant en dan­ger la sé­cu­ri­té d’au­trui, tout en uti­li­sant son por­table au vo­lant.

« IL Y A UR­GENCE À CONSIDÉRER LE POR­TABLE COMME L’AL­COOL OU LA DROGUE » Me VINCENT JULÉ-PA­RADE, AVO­CAT

Dans les rues de Pa­ris, hier. Tous ces conduc­teurs pho­to­gra­phiés en train de té­lé­pho­ner ou de consul­ter leur por­table au vo­lant au­raient, s’ils avaient été ar­rê­tés, éco­pé d’une amende de 135 € et d’un re­trait de trois points sur leur per­mis. PA­RIS, BOU­LE­VARD RI­CHARD-LE­NOIR

PA­RIS, BOU­LE­VARD DU TEMPLE

PA­RIS, PÉRIPHÉRIQUE

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